dimanche 18 janvier 2015

RDC : loi électorale, vers l’épreuve de force ?

13 jan 2015

La nouvelle loi électorale en discussion au Parlement est fortement contestée dans la rue et à l’Assemblée. L’opposition exige le retrait du projet et lance un ultimatum à Joseph Kabila.


Ce lundi à Kinshasa, à proximité des sièges des partis d’opposition © DR

Le projet de modification de la loi électorale passe mal en République démocratique du Congo (RDC). L’opposition affirme que si cette loi est votée en l’état, elle conditionnera la tenue de l’élection présidentielle de 2016 au recensement de la population. 

Un défi impossible à relever avant la date butoire de 2016. 

Les opposants craignent donc que cette disposition ne permette au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir après 2016, ce que lui interdit la Constitution actuelle. 

Lundi, la tension est d’abord montée dans la rue, aux abords du Palais du Peuple, où le texte devait être discuté. Dès le matin, une manifestation était organisée à l’appel des principaux partis d’opposition (UDPS, UNC, MLC…). 

Dans le cortège, on pouvait trouver : Vital Kamerhe, José Makila, Kudura Kasongo, Mweze Kongolo, Jean Lucien Busa, mais aussi d’anciens membres de la Majorité présidentielle, comme Jean Claude Muyambo, très hostile à toute modification de la loi électorale. 

Les 300 manifestants se sont rapidement heurtés à la police présente aux abords du Parlement ; les accès aux Palais du Peuple ayant été bouclées dès le début de la matinée. 

Arrivés à quelques centaines de mètres du Parlement, les manifestants ont été dispersés par des grenades lacrymogènes et assourdissantes. Militants et leaders politiques ont alors pu trouver refuge dans les locaux du MLC et de l’UNC-Kinhsasa, situés à proximité. 

Un premier bilan fait état d’une dizaine de blessés chez les manifestants, dont Kudura Kasongo, président du FIS, grièvement blessé à la jambe. Huit policiers ont également été blessés.

Des sifflets dans l’hémicycle

Pendant ce temps, à l’intérieur du Parlement, l’ambiance était également chauffée à blanc. Dès l’annonce de l’ordre du jour de la plénière par le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, un grand nombre de députés de l’opposition se sont mis à siffler, perturbant la séance. 

Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Evariste Boshab, a alors présenté le projet de loi aux députés sur fond de bruits assourdissants et des sifflets. Les députés de l’opposition ont alors quitté la salle des congrès. 

Pour la Majorité présidentielle, cette nouvelle loi vise pourtant à « corriger les erreurs du passé« . Le nouveau recensement devrait permettre d’établir un « décompte fiable de la population » et donc « des électeurs»

La loi augmente également les frais de dépôt de candidature pour l’élection présidentielle, passant de 55.000 $ à 110.000 $. 

Plusieurs autres aspects de la loi doivent, selon le gouvernement, rectifier « le manque de transparence dans les opérations de vote et de compilation des résultats, ainsi que le manque de probité morale des agents commis à l’organisation des scrutins»

Mais pour les opposants, cette loi n’a qu’un seul objectif : faire « glisser le calendrier électoral » avec la mise en place d’un recensement qui ne pourra être effectué dans les délais.

Ultimatum

Après la journée mouvementée de lundi, l’opposition s’est réunie ce mardi au centre Béthanie pour donner suite à son mouvement. Craignant un passage en force de la Majorité présidentielle sur le projet de loi électorale, l’opposition a décidé d’accentuer la pression sur le gouvernement. 

Dans un communiqué, les opposants ont d’abord dénoncé la répression et les arrestations de ses membres par la police congolaise : « tirs de balles réelles, grenades à détonation et brutalité physique sur les manifestants »

« Au moment où en France on manifeste massivement contre la terreur, il est ahurissant de constater que le régime de Monsieur Kabila se distingue, lui, par le terrorisme d’Etat » accuse les signataires du communiqué. 

L’opposition appelle le gouvernement à « retirer sans délai » le projet de loi à l’Assemblée nationale et indique que « le moment venu, un ultimatum sera donné à Joseph Kabila pour se conformer aux prescrits de la Constitution« . 

« Au-delà de cet ultimatum, conclut l’opposition, l’opposition ainsi que les organisations de la société civile donneront un mot d’ordre à la population :« Kabila dégage ».
_________________
Christophe RIGAUD 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire