vendredi 27 janvier 2012

Le Congo une victime qui refuse de mourir


par Ferdinand ILUNGA NKONKO Mardi, 17 Janvier 2012


Le peuple congolais s’est mobilisé massivement au mois de novembre 2011 pour concrétiser son rêve de souveraineté, de bonheur comme maître de son destin. L’occasion propice pour pareille prise en mains du pays était ce rendez-vous électoral du 28 Novembre de l’année écoulée.

Nous avons vu des compatriotes de tous bords, hommes et femmes, jeunes et vieux, acteurs de la société civile, religieux et hommes de bonne volonté se mettre debout pour un processus électoral voulu comme porteur d’espoir.

A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, les congolais se sont levé, comme jamais auparavant, pour conquérir leur liberté et leur dignité d’un peuple fier d’assumer ses responsabilités historiques face aux générations présentes et futures, conscients du fait que le sort de la nation passe par son action.

En cela les congolais ont voulu une fois pour toute honorer la mémoire de Patrice Lumumba, du cardinal Malula, de Simon Kimbangu et de biens d’autres personnalités qui ont versé leur sang pour le salut de la nation congolaise notamment Armand Tungulu et le jeune Cédrikc qui s’est immolé par le feu pour la dignité du Congo.

Mais dans cet élan patriotique, ce que le peuple congolais avait ignoré ou minimisé c’était la capacité de nuisance des forces occultes de ce monde. Le peuple congolais, dans sa soif légitime de paix et de justice, s’est cru digne de prétendre reconquérir sa grandeur alors que les puissants de ce monde ne voient pas les choses de cette façon.

Mon peuple avait oublié que depuis la tristement célèbre conférence de Berlin qui a vu l’Afrique partagée comme une tarte par les maîtres du monde, le Congo son pays, n’est pas une entité dont il doit disposer, dont il doit jouir des ressources. Il est plutôt un territoire qui lui est confié pour l’habiter mais sans jamais en avoir la réelle maîtrise ni le véritable pouvoir d’autonomie.

C’est cette logique qui est en vigueur jusqu’à ces jours. C’est elle qui guida Léopold II dans son aventure conquérante, la Belgique dans sa colonisation et c’est elle qui présida aux destinées du Congo avec le néocolonialisme.

Pour avoir oublié cela, les congolais font l’expérience douloureuse du caractère sanguinaire des puissances de ce monde qui n’ont cure des souffrances et des malheurs imposés au peuple congolais. C’est pour avoir ignoré cela que le peuple congolais a fait, une fois de plus, l’expérience de la grande injustice qui guide la justice de ce monde.

Impuissant devant cette confiscation électorale, pourtant prévisible, le peuple congolais a appris à ses dépends qu’il ne compte pas aux yeux de ceux qui veulent éternellement s’enrichir de son sol et de son sous-sol scandaleusement riche.

Qui n’a pas vu au grand jour l’hypocrisie de tous les observateurs étrangers dans leurs rapports d’observation du scrutin congolais ?

Qui n’a pas senti la langue de bois de ces soient disant observateurs étrangers qui, dénonçant ici les graves irrégularités, ne se prononçaient pas sur la crédibilité du scrutin.

Sans sourcier, certains observateurs se sont même livrés à des contradictions gravissimes : comment dénoncer un scrutin chaotique et sans mesurer l’ampleur de ce chao, affirmer que cela ne pourrait pas changer l’ordre des résultats ?

Et le temps que ces observateurs ont mis pour donner leurs conclusions est un fait qui a montré bel et bien l’embarras qui était le leur et l’hésitation qu’ils avaient à assumer leurs responsabilités devant la tricherie la plus ridicule de l’histoire des élections.

Tout cela a démontré que le monde occidental n’a pas besoin de la démocratie en Afrique, sauf quand il faut prendre cela pour prétexte afin de garantir ses intérêts machiavéliques et égoïstes.

Les récentes élections congolaises ont montré que le monde occidental n’a aucune valeur à promouvoir en Afrique, mais se livre à perpétuer sa nature historique barbare d’envahisseur, au nom de laquelle les indiens d’Amazonie ont été exterminés comme des bêtes, au nom de laquelle jadis on a justifié et entretenu la traite des noirs, l’esclavage et la colonisation ; au nom de laquelle enfin, on s’est dit que les autres peuples ne peuvent pas avoir le droit d’exister tant que leurs intérêts sont contraires à ceux de leurs éternels et autoproclamés maîtres.

Cette logique occidentale qui est toujours en quête de conquête, est à la base des graves injustices à l’échelle internationale : les pauvres palestiniens n’auront de cesse tant que le puissant Israël ne peut subir aucune contrainte de ses alliés avec les USA en tête.

Sous prétexte d’importer cette démocratie à plusieurs vitesses, l’Irak est devenu une éternelle vallée de sang désormais abandonné à son triste sort. On livre une guerre sans merci contre Kadafi sous ce fallacieux motif démocratique, mais on autorise Kabila à terroriser le peuple congolais avec un dispositif militaire de guerre au vue et au su de toutes les représentations diplomatiques en RDC.

On se dit donneur de leçon de démocratie, mais on maintient l’Afrique dans un obscurantisme avéré avec des rois déguisés qui sont sûrs de leurs réélections avant même les mascarades électorales. Au nom d’une certaine stabilité, on cautionne la présence des régimes dictatoriaux qui ignorent toutes les lois en matière de droits de l’homme et des libertés individuelles.

Tout cela est le produit de la barbarie congénitale de l’homme occidental qui ne peut être tranquille que quand il a des peuples qu’il s’est assujetti. Après s’être envahi à tour de rôle à travers l’histoire, les occidentaux se sont tourné vers les indiens et les peuples noirs qu’ils n’ont cessé de considérer comme des sous hommes.

Ce tableau sombre de la réalité politique internationale n’est pas une preuve de fatalisme, il ne peut en aucun cas conduire à la résignation. Car dans le cas du Congo, on est devant une victime qui refuse de mourir, qui veut démentir les calculs maléfiques de tous les pêcheurs en eux troubles, ces pyromanes qui jouent au pompier.

Il s’agit d’identifier les ennemis du peuple congolais afin de radicaliser sa noble et légitime lutte pour un état de droit. Mais qui dit état de droit au Congo dit en même temps clarification de tous les contentieux qui ont contribué à l’appauvrissement et aux pillages de la nation congolaise.

C’est rétablir la vérité sur les pillages des ressources du pays, les assassinats politiques, les viols et bien d’autres crimes. Cela fait trembler l’imposteur et usurpateur Kabila et surtout ceux qui l’ont placé à la tête du pays pour parachever l’œuvre de la descente en enfer du peuple congolais.

Aux grands maux, des grands remèdes. Le peuple congolais sait maintenant avec plus d’assurance qu’hier, que ce monde d’intérêts mesquins ne lui fera aucun cadeau. Les congolais doivent avoir appris qu’ils sont seuls dans ce monde, panier à crabes, à se battre contre des puissances qui n’hésitent pas sur les moyens à utiliser pour anéantir et rendre vaine toute velléité à l’autonomie réelle.

Les congolais sont maintenant convaincus que tous les grands de ce monde ont fait de notre pays leur réserve de matières premières, leur grenier qui ne doit connaître ni liberté ni démocratie. Seuls contre tous, ils doivent désormais se dire qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort. Aucune puissance ne peut résister devant un peuple en colère et conscient de son sort.

La première démarche pour réussir ce combat, c’est l’identification de l’adversaire et de sa capacité de nuisance. Cela étant, le congolais sait désormais que lui seul a la clé de son destin en mains. Cela lui exige un courage exceptionnel pour combattre toutes ces forces négatives jusqu’au sacrifice de sa vie. La liberté, la dignité ne se donnent pas, mais s’arrachent.

Dans la phase qui est la nôtre maintenant, celle de savoir ce qu’il faut faire pour que la volonté du peuple congolais soit respectée, il ne faut exclure aucun moyen. Toutes les forces vives de la nation où qu’elles se trouvent doivent continuer à se mobiliser pour dénoncer le complot international dont est victime la nation congolaise.

Mais dénoncer ne suffit plus car les adversaires et leurs collaborateurs ne sont pas prêts à lâcher le morceau. Il faut commencer par rendre impossible la gouvernance du Congo par un pouvoir issu de la tricherie et de la fraude. Le Congo doit être ingouvernable par Kabila et sa bande qui veut diriger le peuple par défi.

On ne dirige jamais un peuple contre sa volonté. La minorité kabiliste de ces immoraux pilleurs et affameurs du peuple doit être mise hors d’état de nuire par tous les moyens. Ils doivent se sentir en insécurité même dans leurs propres chambres à coucher.

Mais parce que le Congo meure à cause de ses richesses, il faut inventorier toutes les entreprises étrangères qui sont sur le sol congolais, surtout les multinationales qui sont à la base du silence international sur l’usurpation dans notre pays.

Il faut cibler ces multinationales et se mettre à les insécuriser. Il faut leur rendre le travail impossible tant que leur bonheur fait le malheur du peuple congolais.

En ce moment, il faut que toutes les forces vives de la diaspora unissent leurs efforts pour des actions en profondeur. Il faut continuer les marches qui dénoncent à des opinions des pays d’accueil les manipulations dont est victime le peuple congolais.

Il faut aussi continuer ces marches pour maintenir allumée cette flamme de quête légitime de dignité, de liberté et de démocratie. Mais il faut en même temps intensifier le combat pour atteindre les ennemis du Congo quels qu’ils soient et où qu’ils se trouvent.

A l’intérieur du pays, il faut braver la peur, emboiter les pas au clergé kinois et aux chrétiens catholiques de kinshasa pour prendre part massivement à des marches de protestation et à d’autres actions qui exprimeront la détermination de notre peuple à être maître de son destin à exiger la vérité des urnes.

Enfin, il est temps d’apprendre une fois pour toute que nous devons cesser à jamais de chercher à compter sur les autres. La fameuse communauté internationale est à la base de notre malheur, elle ne peut pas nous venir en aide, être juge alors qu’elle joue dans le camp des ennemis du peuple congolais.

Prenons-la seulement à témoin dans nos actions pour lui opposer ses sanguinaires et éternelles contradictions. Mais ignorons-la si nous voulons nous libérer comme peuple.

Cessons de chercher que les autres épousent la cause de notre lutte, comme si celle-ci était en crise de légitimité. Luttons seulement et la légitimité de notre cause et notre détermination nous conféreront une victoire certaine dont nous seront fiers devant les générations futures.

Si quelqu’un nous attaque, attaquons-le, mais n’attendons pas que les autres nous rejoignent. Mais s’ils nous rejoignent, ils sont les biens venus. Les églises et les autres membres de la société civile doivent se sentir concernés par le sort du peuple de Dieu qui est au Congo.

C’est cela le gage de leur pertinence et de leur crédibilité. Cette dynamique de changement qui s’est emparé du peuple congolais est un vent prophétique qui ne peut s’estomper tant que le Congo n’est pas totalement libéré. Ne laissons donc pas mourir le Congo, la seule patrie que nous avons sur cette terre des hommes.

Le Congo n’est pas à vendre.

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