Yoheri MUSEVENI et Paul KAGAME
Aujourd’hui, tous les ingrédients sont réunis pour un nouvel affrontement sur le sol congolais entre des troupes rwandaises et ougandaises. A l’image de la bataille de Kisangani en 2000.
Le Rwanda et l’Ouganda inquiètent de nouveau. Ils ne cessent de multiplier des accusations réciproques. Ils craignent, chacun, l’émergence, au départ de la RDC, des rébellions à leurs régimes respectifs. Aujourd’hui, tous les ingrédients sont réunis pour un nouvel affrontement sur le sol congolais entre des troupes rwandaises et ougandaises. A l’image de la bataille de Kisangani en 2000.
La paix dans la partie Est de la RDC demeure encore fragile, malgré tous les efforts déployés ça et là pour neutraliser les forces dites négatives. Pourquoi ? Parce qu’il existe toujours des agendas cachés. La bataille de Kisangani en 2000 entre les troupes rwandaises et ougandaises est fraîche dans la mémoire collective. D’aucuns l’ont appelée « La guerre des six jours » pour avoir duré du lundi 5 au 10 juin 2000.Cela en référence à l’affrontement entre Israël et la Ligue arabe en 1967. Bilan, 1.000 morts et au moins 3.000 blessés, en majorité la population civile.
11 ans après, la RDC en général, et la population de Kisangani en particulier, n’a pas encore complètement pansé ses plaies. Les stigmates de ces affrontements sont bien visibles dans la ville-martyre. Depuis 2000, aucun acte de réparation n’a été actionné en faveur des victimes – pour la plupart congolaises. A Kigali comme à Kampala, l’indifférence est totale, alors que des Congolais sont tombés sur le champ de bataille du fait de leurs troupes.
La répétition
Comme si l’histoire se répétait, le décor serait en train d’être planté pour un nouvel affrontement entre le Rwanda et l’Ouganda sur le sol congolais. Il suffirait d’une étincelle pour précipiter le chaos.
Les prétextes à Kigali et à Kampala n’ont pas changé. Il s’agit de se protéger contre d’éventuelles invasions de leurs territoires respectifs qui partiraient de la RDC. Aussi, s’empressent-ils de déclarer que des groupes hostiles à leurs régimes respectifs auraient des bases arrière en RDC.
Tout récemment, la police rwandaise avait présenté à la presse un groupe d’hommes en arme interceptés dans le parc des Virunga (RDC), alléguant qu’ils se préparaient à des attaques terroristes contre le Rwanda. Dans ses explications, Kigali a dit avoir démantelé ce groupe de terroristes qui aurait des ramifications jusqu’en Afrique du Sud, avec la complicité de certains de ses voisins, dont l’Ouganda. Réponse du berger à la bergère, Kampala a également accusé Kigali d’encadrer des rebelles qui s’opposent à son régime.
Dans cette gué-guerre, c’est toujours la RDC qui est choisie comme champ de bataille. D’ici là, l’on ne sera pas étonné de voir le Rwanda et l’Ouganda monter un bel alibi en béton pour se régler une fois de plus leurs comptes sur le sol congolais.
Les faits sur terrain se prêtent bien à un tel scenario. L’armée nationale congolaise en pleine restructuration, donc encore inefficace dans l’Est, serait prise en otage par les ex-mouvements rebelles proches de Kigali. Du Nord-Katanga jusqu’en Ituri, les grands postes de commandement de l’armée nationale seraient occupés soit par des ex-officiers CNDP ou ceux ayant opéré autrefois sous la bannière du RCD. Or, nombreux sont les observateurs qui estiment que le CDNP et le RCD n’ont pas coupé totalement le cordon ombilical avec leur ancien maître.
Aussi, dans le Nord et le Sud-Kivu, ainsi qu’une bonne partie de la Province Orientale, le Rwanda et l’Ouganda seraient les véritables commanditaires de divers mouvements rebelles qui pullulent encore dans cette partie du territoire national.
Prévenir le pire
Malheureusement, c’est encore et toujours la paisible population congolaise qui, en dernier lieu, payera le lourd tribut. Pendant ce temps, dans les différentes structures du pouvoir l’on ne mesure pas la gravité du problème. L’on feint d’ignorer cette bombe à retardement susceptible d’éclater à tout moment à l’Est.
Il y a quelque temps, l’état-major général des FARDC avait tenté de résoudre le problème en initiant la permutation des unités de commandement au sein des troupes installées à l’Est. Il s’est buté à une farouche résistance des éléments issus des rangs du CNDP et du RCD si bien que le projet a été mis au placard. Toujours est-il que le mal est là, bien ancré dans l’Est de la RDC. Mieux prévenir que guérir, en parant au plus pressé.
[Le Potentiel]
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