samedi 13 août 2011

Les kermesses à Kinshasa : Lieux de dépravation de la morale

13/08/2011

Bar a Kin.

Les dites kermesses sont dénuées de toute valeur culturelle, récréative et caractérisées par un manque d’hygiène profond. Elles n’ont qu’une visée : l’exaltation à l’alcoolisme, le tabagisme et la débauche.

On observe à travers la ville de Kinshasa vers les mois de juillet et août des manifestations à caractère forain. Une ébullition de kermesses tous azimuts dans des quartiers résidentiels, occupant anarchiquement les aires de jeux. Les dites kermesses sont dénuées de toute valeur culturelle, récréative et caractérisées par un manque d’hygiène profond.

Elles n’ont qu’une visée : l’exaltation à l’alcoolisme, le tabagisme et la débauche. La jeunesse est privée de toutes activités juvéniles et sportives ; les paisibles habitants violés dans leur quiétude et intimités ne savent pas à quel sein se vouer face à cet assaut.

Des stratégies de survie !

Kinshasa est un melting-pot qui, au-delà des ses difficultés liées au social, incarne une culture festive. A tel enseigne que -Deuil et Fête- deux termes sémantiquement et diamétralement opposés se rapprochent, et on a de fois du mal à les découdre.

Le kinois s’illustre par sa capacité à transcender ses problèmes (souffrances) quotidiens en y trouvant des solutions provisoires et adaptées. Malgré l’amenuisement de son pouvoir d’achat (incidence de la pauvreté alimentaire se situe entre 50% et 58 % de la population qui consomme moins d’ 1§/personne/jour) ; le kinois se crée au jour le jour les conditions de survie.

Les stratégies de survies sont montées à tous les coins de rue. La débrouillardise est le maître mot Kinshasa.

Nonobstant cette pauvreté ou précarité extrême, le kinois a un penchant vers la bière, la mode ou le luxe. Il refuse de basculer dans ce qu’il considère comme étant une pauvreté ridicule, c’est-à-dire vivre dans un dénuement qui priverait même une bouteille de bière.

Tandis que les huppés profitent d’offrir à leur famille (enfants) des voyages touristiques pendant les vacances ; d’autres se contentent et assistent à des spectacles d’ambiance sauvage et déchainée à travers des kermesses et autres. Toute une euphorie ébranle Kinshasa.

Des clôtures en tôles, triplex, nattes, bâches ou calques d’aluminium s’érigent autour des terrains de foot qui, de ce fait, se transforment en des vastes marchés ou espaces d’ambiance, de » kuluna » et des péripatéticiennes. Une situation déplorable mais non sans l’aval des notaires de la ville qui l’ont légitimé.

Plus des distractions saines pendant les vacances, sinon l’image de l’alcoolisme et voyoucratie qu’on imprègne à cette jeunesse par ses propres parents et » faiseurs » des lois à cause de leur cupidité et avarice.

Les kermesses : lieux de dépravation de la morale

» J’ai été contraint de déplacer mes enfants à cause de cette distraction malsaine des kermesses qu’on inculque aux enfants. Le tapage diurne et nocturne, des scènes obscènes de fois à grand jour sont invivables avec ses enfants.

On est parfois victimes des » kuluna » au sortir de kermesses. N’eut été ces kermesses, j’encadrerais seul mes enfants pendant les vacances « , témoigne amèrement Papa Albert à Bandalungwa.

Et à cette institutrice qui requiert l’anonymat de renchérir : » c’est abominable ! Nous n’avons pas les droits seulement les devoirs. Les autorités n’ont pas de compte à rendre à la population.

Nos enfants ne savent plus où jouer parce qu’ils ont loué le terrain unilatéralement pour des intérêts égoïstes. Comme c’est eux qui votent des lois, ils décident de tout sans la moindre inquiétude. »

Jadis Kinshasa s’occupaient sainement des vacanciers. Colonies des vacances, concours littéraires, compétitions sportives, danses, etc., étaient organisés en faveur des enfants.

Pour mémoire, avant l’interdiction des mouvements de la jeunesse vers 1972 (le Scoutisme et le Guidisme), la jeunesse congolaise en générale reflétait l’éthique et la morale vis-à-vis de la société. Ces mouvements s’occupaient de l’encadrement physique, éducationnel et mental des jeunes. Ce fut un véritable bastion de redressement (éducation) national en dehors de l’école.

La Foire Internationale de Kinshasa (FIKIN) a valablement pendant un temps accompli cette tâche de divertissement et d’attraction en proposant à un public vaste une gamme variée des loisirs (manèges, expositions, tombola, marché d’arts, activités culturelles…). Certains parents sur-motivaient leurs enfants à obtenir des meilleures cotes à l’école au risque de rater l’édition foraine.

» Trop c’est trop !que le gouvernement prenne ses responsabilités. On ne ferme plus l’œil la nuit. Nos enfants deviennent de plus en plus distraits. » Kinshasa ezalaka boye te « . » Comment voulez-vous que ces jeunes gens vous respectent dans la mesure où ils se tapent le luxe de vivre à grand jour dans des kermesses les interdits auxquels nous n’avions aucun droit ? « , s’insurge un septuagénaire voisin du terrain dit » Comète » à Lingwala. »

On ne dort plus à cause des concerts toute la nuit. On pisse et défèque partout « , affirme une vendeuse des pains dans la même commune.

La grande indignation est que, à l’heure où la situation épidémiologique de choléra demeure préoccupante à Kinshasa (187 cas et 17 décès) et que le ministère de la santé publique cherche voix et moyens pour éradiquer ce fléau ; des kermesses sans installations hygiéniques où des nourritures sont à la portée de la poussière œuvrent à Kinshasa. Les murs de celles-ci remplacent des latrines.

Certes, l’informel devient un dernier rempart contre la pauvreté, une réponse aux besoins réels des kinois qui débordent d’imaginations pour survivre dans la crise. Ils vivent à l’ » Article 15 « . La décennie 70 devient alors très trouble sur le plan économique. La zaïrianisation précipite cette économie dans le gouffre.

Les scènes de pillages de 1991 et 1992 parachèvent le délabrement du tissu économique national déjà précaire. Kinshasa perd du coup 100.000 emplois selon les statistiques de l’Association nationale des entreprises du Zaïre (ANEZA) aujourd’hui FEC (Fédération des Entreprises du Congo).

Remettre la Fikin sur les rails

L’occasion faisant le larron, les opérateurs forains ont envahi ce secteur avec des kermesses dénuées de tout sens. Une kermesse en-soi est une fête en plain air comportant des jeux et des stands de vente, et organisée le plus souvent au bénéfice d’une œuvre. Elle a une approche plus culturelle avec comme fondamentale, des distractions plus ou moins saines. Il ne s’en suit pas que l’approche marchande soit omise, mais revenait quand même au second plan.

Contraste avec nos kermesses qui ne mettent en exergue que la boisson et une cacophonie de musique. La jeunesse kinoise doit s’assumer et réfuter des pratiques qui laissent à désirer. Il revient de féliciter la jeunesse de Lemba qui s’est opposée farouchement à cette tentative des autorités et operateurs forains à occuper leur terrain.

Le gouvernement congolais doit redorer le blason de la FIKIN longtemps terni par ces prédateurs forains.
FÉLIX KONGOLO
Stagiaire
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