vendredi 14 octobre 2011

Libye : Washington envoie des experts pour retrouver les armes disparues


Des miliataires libyens neutralisent des missiles à Benghazi le 1er octobre 2011 ©AFP








BRUXELLES (AFP) - (AFP)
Les Etats-Unis ont déployé une équipe de 14 experts en Libye et s’apprêtent à en envoyer une cinquantaine d’autres pour retrouver les armes du régime déchu du colonel Mouammar Kadhafi et éviter leur dispersion, a affirmé vendredi un membre du gouvernement américain à Bruxelles.
La menace représentée par les missiles sol-air et les roquettes portables "nous préoccupe fortement et nous faisons tous les efforts" pour éviter leur dissémination, a indiqué Andrew Shapiro, sous-secrétaire d’Etat chargé des Affaires militaires.
"Nous savons que des groupes terroristes ont exprimé leur intérêt à acquérir ces armes", a-t-il ajouté."Si elles tombent entre de mauvaises mains, elles peuvent représenter une menace pour l’aviation civile", selon lui.
Les Etats-Unis ont décidé de financer à hauteur d’environ 30 millions de dollars le programme destiné à aider les nouvelles autorités libyennes à sécuriser les stocks d’armes, a-t-il précisé à des journalistes.
M. Shapiro était à Bruxelles pour des discussions à ce sujet avec des responsables de l’Otan et de l’Union européenne."Nous saluons les contributions additionnelles de nos partenaires", a-t-il indiqué, en précisant que Londres a donné son accord pour envoyer des experts.
"Il y a un large consensus quant à l’urgence de cette menace et à la nécessité de prendre des actions urgentes pour y faire face", selon le sous-secrétaire au département d’Etat.
Le régime de Mouammar Kadhafi aurait acquis quelque 20.000 missiles SAM-7, des armes de technologie russe militairement obsolètes mais relativement faciles à déplacer et à manier.
M. Shapiro a indiqué ne pas être en mesure d’évaluer le nombre d’armes disparues mais a affirmé que "des milliers avaient été détruites", notamment par les bombardements des avions participant à l’opération de l’Otan.
Les experts anti-terroristes redoutent en particulier que certaines de ces armes ne soient tombées dans les mains de groupes comme Al-Qaïda au Maghreb (Aqmi) ou n’alimentent les conflits en cours au Sahel.
"La possibilité que ces armes puissent traverser les frontières est une grande source d’inquiétude", a indiqué M. Shapiro, en précisant que des discussions à ce sujet étaient en cours avec les pays voisins de la Libye.
Le secrétaire-général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, avait récemment indiqué que la question des stocks d’armes relevait du Conseil national de transition, "comme l’a dit clairement la résolution du Conseil de sécurité" sur la Libye.Le CNT "doit s’assurer que les armes soient sécurisées, contrôlées ou détruites", avait-il ajouté.

Libye : les forces du CNT reculent face aux pro-Kadhafi à Syrte


Par  Le Potentiel
forces du nouveau régime libyen, qui disaient avoir cerné les derniers fidèles de Mouammar Kadhafi dans deux quartiers de Syrte, ont reculé de deux kilomètres hier jeudi 13 octobre sous leur feu nourri. Une résistance des pro-Kadhafi qui prouve amplement que la stabilité de la Libye est loin de s’obtenir au bout du canon et qu’il faudra privilégier une solution politique.
Les forces du nouveau régime libyen, qui disaient avoir cerné les derniers fidèles de Mouammar Kadhafi dans deux quartiers de Syrte, ont reculé de deux kilomètres jeudi sous leur feu nourri, a constaté un journaliste de l'AFP sur place.
Le Conseil national de transition (CNT), l'ex-rébellion qui a renversé le régime Kadhafi, attend la chute de Syrte, à 360 km à l'Est de Tripoli, pour proclamer la "libération totale" du pays et reprendre ses discussions en vue de former un gouvernement chargé de gérer la transition.
«Nous avons dû nous retirer vers le QG de la police (pris mardi, près de la place centrale de la ville) et nous allons utiliser l'artillerie lourde pour frapper les forces de Kadhafi », a déclaré Hamid Neji, un combattant pro-CNT sur la nouvelle ligne de front. «Plus tôt dans la journée, nous étions engagés dans des combats de rue, mais nous avons arrêté. Les pro-Kadhafi tirent sur nous des roquette, des mortiers et des bombes», a déclaré Faysal Bringo, un autre combattant pro-CNT qui revenait de la ligne de front.
SOLUTION POLITIQUE
Mais selon Rawad Friwane, chirurgien à l'hôpital de campagne situé à l'entrée ouest de Syrte, les pertes enregistrées jeudi --quatre pro-CNT tués et 40 blessés-- étaient dues en majorité à des tirs fratricides et aux balles des tireurs embusquées pro-Kadhafi toujours positionnés dans la ville.
"Il y a encore 500 combattants pro-Kadhafi dans Syrte et nos forces en ont arrêté 15 aujourd'hui" (jeudi), a affirmé Faysal Bringo, assurant que "le quartier n°3 est libérée" mais faisant toujours état de "violents combats dans les quartiers n°1 et 2", au bord de la Méditerranée dans le Nord-ouest.
En dépit des déclarations proclamant la victoire du CNT, la farouche résistance des pro-Kadhafi à Syrte prouve amplement que la stabilité de la Libye post-Kadhafi est loin de s’obtenir au bout du canon. Ce qui met en relief la recherche d’une solution politique comme voie par excellence susceptible de favoriser la réconciliation dans ce pays de l’Afrique du Nord.

PEK

Présidentielle 2011 en RDC: Il y a du «blanchiment» dans l’air

 
Le roi dollar


Pour ceux qui pourraient l’ignorer, le mot «blanchiment» signifie le fait de donner une existence légale à de l’argent d’origine criminel ou illicite. Lors du déjeuner de presse organisé le vendredi 23 septembre à Bruxelles, le président de la Commission électorale nationale dépendante, pardon, indépendante, «Papa pasteur» Daniel Ngoy Mulunda Nyanga, alias «conseiller spirituel» du fermier de Kingakati, paraissait fou de joie d’annoncer aux journalistes présents que le gouvernement du «raïs» a pris à sa charge 80% du budget de l’organisation des élections dont le montant total s’élève à 830 millions de dollars yankee. Selon cet «homme de Dieu», la part de la très nébuleuse «communauté internationale» ne représenterait «que» 20% voire moins. La République très très démocratique du Congo a donc déboursé 664 millions $ US. Par quelle magie a-t-on trouvé autant d’argent pendant que les pouvoirs publics sont incapables de donner de l’eau potable à la population? N’empêche. Les «nokos» et compagnie ont donné le solde, soit 166 millions. Certains observateurs avertis assurent même que les «pays amis» n’auraient libéré jusqu’ici que 84 millions de dollars. Mulunda a tenu à préciser que les Congolais ne gèreraient que leur quote-part. Selon des experts des ministères des Finances et du Budget, les millions $ US brandis par le président de la Ceni ne seraient pas sortis des comptes du Trésor congolais. Quelle est l’orgine de cette masse d’argent?

Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien, en janvier dernier, le budget initial pour les élections était estimé à 735 millions $ US. A l’époque le premier vizir Adolphe Muzito ne pouvait prendre en charge que 60% de ce montant. Selon des indiscrétions au sein du parti présidentiel, le «raïs» possédait un «trésor de guerre» estimé à 300 millions de dollars yankee. Cet argent serait la «contribution» des «amis congolais et étrangers» - entendez : des commerçants véreux indo-pakistanais et libanais et autres opérateurs miniers sulfureux du genre Dan Gerttler. Ces «amis très chers» dont certains sont proches du Hezbollah libanais ont décidé non seulement de «garder le diable qu’ils connaissent» mais surtout de priver la fameuse «communauté internationale» du droit de regard sur les résultats du vote du 28 novembre prochain. Pour eux, la défaite du "raïs" doit être transformée en victoire.

Mon ami de me raconter : «Le raïs se rappelle que lors de la présidentielle de 2006, la communauté internationale l’avait porté à bout de bras en l’imposant à la tête de l’Etat par le financement de 90% du budget total des consultations politiques. Le gouvernement n’avait apporté que dix millions». Pour mon ami, le
«raïs», alias la «haute hiérarchie», a compris que ceux qui l’avaient hier fait roi ne le "piffent" plus à cause notamment de son idylle avec le «péril jaune» chinois. «Qui aurait pu penser que Charles Michel, le fils de Louis, puisse dire un jour que "Kabila nous a déçu", alors que son père présentait jadis la haute hiérarchie comme l’espoir pour le Congo?», s’est interrogé mon ami avant de lâcher : «Le montant brandi par Mulunda est d’origine criminel. Cet argent n’est pas sorti du compte du Trésor.»

Mon ami qui sait décidément tout croit savoir que la rencontre Kengo-Tshisekedi à Bruxelles et Kamerhe-Tshisekedi au Canada résulterait des pressions exercées par la «communauté internationale» sur «Mwena Nkwassa», alias le «Sphinx de Limete». Selon lui, les «amis du Congo» ont décidé de tourner la «page Kabila». Aussi, demandent-ils à «Tshi-Tshi» de mettre un peu d’eau dans son vin. Friand de l’humour noir, mon ami de ricaner : «Le problème est que nul ne sait si "Tatu Etienne" buvait encore du vin…». Retrouvant son sérieux, mon ami dit se souvenir qu’en mars dernier, les bonzes du PPRD s’étaient réunis en conclave autour du «raïs». Lors de cette messe noire, certains participants lancèrent l’idée du «découplage» de la présidentielle et des législatives. Motif invoqué : faire des économies. Pour mon ami, il ne s’agissait que d’un fallacieux prétexte. Et de conclure : «Pour avoir sorti 664 millions de dollars yankee d’origine maffieuse, le «raïs» considère qu’il a déjà sa «victoire» en poche. Il appartient désormais à Mulunda de soigner les apparences…». Il y a du "blanchiment" dans l’air.

Issa Djema 
© Congoindépendant 2003-2011

Butembo : Assassinat du policier MUMBERE OBEDI alias « NGOYI »

Plus on approche de la date des élections de novembre prochain, plus les policiers congolais déployés dans la région de Kivu-Ituri rejoignent les rangs des cibles de l’armée d’occupation de l’Est de la RDC. Le policier Mumbere OBEDI a rejoint le rang des martyrs de Beni-Lubero hier jeudi 13 octobre 2011. Son corps retrouvé ce matin à la morgue de l’Hôpital de Kitatumba portait les traces d’une balle dans la jambe gauche et six balles dans le thorax. 
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Feu Policier Mumbere OBEDI "alias NGOYI" sur son brancard de mort à Kitatumba
Le Jeudi 13 octobre vers 23 heures, les bubolais ont entendu pendant prés d’une demi-heure des crépitements des balles au Centre-ville de Butembo. Au matin de ce vendredi 14 octobre, un fin limier patriote de FURU qui faisait le tour des morgues pour s’enquérir des possibles conséquences des crépitements des balles de la veille, a découvert le corps sans vie du Policier Mumbere Obedi alias « Ngoyi » dans la morgue de l’Hôpital de Kitatumba. Arrivé sur le lieu, nous avons trouvé la morgue déjà fermée et des femmes des policiers en colère qui scandaient des injures contre le gouvernement congolais et contre le Colonel Blaise DIMUNDU, Inspecteur de la Police de Butembo.
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Avec notre macaron de Beni-Lubero Online, nous avons demandé à parler à la veuve de l’illustre disparu. De l'attroupement des mamans en pleurs est sortie la veuve éplorée du policier Mumbere. Elle s’est présentée à nous comme Maman Kahambu Matumaini. Assise par terre au pied du mur de la morgue de Kitatumba, elle nous a remis quelques documents de son feu mari sur lesquels nous avons relevé ce qui suit : Numéro Matricule du Policier Mumbere OBEDI : 104053/S. Le N° transitoire du Policier Mumbere OBEDI obtenu après le recensement biométrique du 27/09/2011 à Butembo:9232891213.
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D’après la veuve Kahambu Matumaini, son mari était en prison de Butembo depuis le 17 septembre 2010 (Plus d’un an). Il était emprisonné la veille de l’arrivée du Président Joseph Kabila à Butembo pour inattention grave vis-à-vis de son commandant Blaise DIMUNDU. En pressant la veuve par des questions pour savoir ce qu’elle voulait dire par inattention, elle a dit que lors du désarmement des policiers la veille de l’arrivée de Joseph Kabila à Butembo, le policier Mumbere était retenu parmi les policiers qui devaient désarmer les autres et démonter leurs fusils. Pendant cette séance en présence du Colonel Blaise DIMUNDU, le Policier Mumbere avait commis l’imprudence de tourner le canot en direction du Colonel Blaise au lieu de le tourner contre la terre ou dans l’air. D’après la veuve, il s’agissait d’une imprudence pure et simple, surtout que le Policier Mumbere avait plusieurs fusils à démonter.
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Veuve Kahambu Matumaini et l'orphelin bébé Kambale Faustin (9 mois)
Malheureusement dit la veuve Kahambu, le colonel Blaise a toujours pensé que le policier Mumbere voulait tirer sur lui. Il le jeta en prison. Avant son emprisonnement, le policier Mumbere qui était chauffeur lors des diverses patrouilles en savait un peu trop sur les actions du Colonel Blaise et de la police en ville de Butembo. Cela peut aussi constituer un motif d’acharnement contre lui de la part du Colonel Blaise. L’auditorat militaire l’a acquitté plusieurs fois mais le colonel Blaise le récupère toujours pour le remettre au gnouf ! Une fois, le colonel Blaise aurait dit au policier Mumbere qu’aussi longtemps qu’il sera à Butembo, Mumbere mourra en prison. Et selon la veuve, la volonté du colonel Blaise s’est réalisée hier Jeudi 13 octobre. Le Policer Mumbere OBEDI alias « Ngoyi » est mort en prison. Il aurait été exécuté dans l’enceinte de la prison.
Cependant des sources proches de l’hiérarchie de la police de Butembo disent que le Policier Mumbere voulait s’évader et que les gardes auraient tiré sur lui dans sa tentative de fuite.
Mais cette version est balayée d’un revers de la main pour plusieurs raisons. Si la balle dans la jambe gauche voulait justifier la thèse de l’évasion, les six balles dans le thorax démontrent selon les observateurs une volonté de le tuer.
L’accès aux prisonniers qui partageaient la même cellule de détention avec lui n’a pas été facile pour en savoir plus sur les circonstances de son assassinat.
Dans un pays où la justice des petits n’existe pas, on ne saurait peut-être pas les vrais mobiles de l’assassinat de ce jeune policier qui laisse une veuve et deux enfants, dont le dernier bébé KAMBALE Faustin (9 mois d’âge) né pendant que son papa était déjà en prison ne connaîtra jamais la tendresse paternelle. 
L’assassinat du policier Mumbere révèle ainsi la politique de deux poids deux mesures dans le traitement des prisonniers au Kivu-Ituri. Les grands criminels sont évadés de prisons par complicité des chefs de prison, d’autres sont transférés vers Rutshuru et Goma pour y être libérés, mais d’autres, principalement les congolais sont gardés ou tuer en prison. Le policier Mumbere rejoint ainsi le rang des martyrs de Beni-Lubero car il a été traité injustement jusqu'à payer de sa vie une imprudence si pardonnable. 
On constate qu’il ne se passe une semaine sans qu’un policier congolais soit assassiné à Beni-Lubero. Il ne fait aucun doute que l’objectif des assassinats des policiers congolais est de supprimer tous les témoins gênants de la violence que l’armée d’occupation attend infligée aux congolais de l’espace Kivu-Ituri très convoité pour son climat tempéré, ses eaux et forêts, ses parcs Nationaux, ses gorilles de montagne, sa montagne avec neige éternelle, sa riche terre pour l’agriculture et l’élevage, bref, sa biodiversité, en plus de ses minerais coltan, gaz méthane, or, cassitérite, diamant, pétrole, etc. 
Tembos Yotama
Butembo
©Beni-Lubero Online

RDC : Evariste BOSHAB gaspille plus 45.000 euros pour faire plaisir aux musiciens

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Evariste BOSHAB - SG du PPRD et président de l’Assemblée nationale de la RDC.

Cette somme représente, les salaires mensuels de 900 enseignants. Avec cette somme, plus de  150 femmes retenues à Mama Yemo pour insolvabilité seront libérées, 1000 enfants de familles pauvres iront à l’école, 1.500 bancs de 30 dollars la pièce, seront achetés etc.… 
Pourquoi les kabbalistes souffrent –il d’un complexe vis-à-vis des musiciens ? Pourquoi se font –ils des soucis aux problèmes des nos artistes que nos populations ? Encore et toujours Evariste Boshab, vient de donner un lot des instruments d’une valeur de 45.000 Euros au groupe Bayuda du Congo. La cérémonie de la remise était diffusée sur les antennes de la RTNC, ce dimanche 9 octobre 2011, en présence du couple BOSHAB. Quel choc ! Prenant la parole pour remercier la foule, Evariste Boshab a declaré que c’est sa femme qui a l’idée de l’achat des instruments au nom du grand Kasai.  La cérémonie a eu lieu dans sa résidence privée de Binza.  Ce don propre, qui a couté plus de 45.000 est venu de l’Afrique du sud par avion. 
Nous sommes en droit de nous poser la question de savoir, comment nos fonctionnaires ne sont pas payés depuis plusieurs mois et Boshab gaspille plus 45.000 euros pour faire  plaisir aux musiciens ? Cette somme représente, les salaires mensuels de 900 enseignants. Avec cette somme, plus de  150 femmes retenues à Mama Yemo pour insolvabilité seront libérées, 1000 enfants de familles pauvres iront à l’école, 1.500 bancs de 30 dollars la pièce, seront achetés etc.… Mais le deshorable Evariste Boshab, préfère le libanga de BAYUDA que le futur de notre jeunesse.  Croyez vous que ce monsieur pense à l’avenir de notre population  qui croupie dans une misère noire ?
Bien sûr que non, les amis de Kabila n’ont aucun respect à l’égard de notre peuple. Mais jusqu’à quand, devons nous accepter cette injustice ?  Un jour viendra ….


Par Hippolyte Kimbalanga

La persistance de l’insécurité ā l’Est : une raison pour voter utile


Quatre ans après ma visite de septembre-novembre 2007 au pays, je me suis rendu compte, lors de mon récent séjour au bercail en juin-juillet dernier, que la situation sécuritaire au Nord-Kivu n’a pas évolué. Elle est restée préoccupante en dépit de tous les programmes de pacification qui y ont été initiés. Les programmes Kimia I, Kimia II, Kimia III, Amani leo -et que sais-je- ont accouché chacun du statu quo : la persistance de l’insécurité. Au regard de cette insécurité persistante, massive et traumatisante, il n’est pas excessif de soutenir que l’expression « sécurité des personnes et de leurs biens » dont le Président de la République est censé être le garant et que la police nationale est chargée d’assurer[1] conjointement avec les forces armées en temps de paix[2] est tout simplement une des nombreuses figures de style qui ornent la Constitution congolaise. Tout spécialiste sérieux de la loi sait, en effet, qu’une règle de droit qui n’est pas appliquée n’en est pas une. Il n’y a de règles de droit que protégées et appliquées. Le texte qui va suivre et qui n’a pas la prétention d’être exhaustif est la synthèse des informations et témoignages recueillis sur le terrain et de ce que j’ai moi-même constaté. Tout cela n’a fait d’ailleurs que confirmer ce que je savais déjà. Tant que l’insécurité est encore lā, on doit continuer ā en parler.
Le Nord Kivu : un des espaces non encore apaisés[3]
L’éradication de l’insécurité : telle est l’une des promesses faites aux populations du Nord-Kivu lors de la campagne électorale de 2006. Cette promesse a-t-elle été réalisée ? La réponse est « Non ». En effet, j’ai retrouvé l’insécurité[4] au Nord-Kivu laquelle y sévit depuis des lustres. Comme en 2007, il m’a formellement été déconseillé ā partir de Kinshasa de prendre le bus entre Goma et Butembo. Aussi me suis-je ā contrecœur résolu ā payer un billet d’avion qui coûte plusieurs fois plus cher qu’un billet de bus. Il coûte 175$ pour un aller simple auxquels il faut ajouter la taxe d’embarquement soit 10$.[5] Les actes de vandalisme, les braquages, les cambriolages, les assassinats et les viols des femmes sont toujours monnaie courante au Nord Kivu. Aussi n’est-il pas exagéré de soutenir que les habitants de cet espace géographique ont cessé d’être les propriétaires de leurs biens et -chose plus grave encore- même de leur vie en ceci que les brigands peuvent les leur arracher n’importe quand. Leur soif insatiable de rapine, de sadisme et de sang a dépouillé la vie des autres de son caractère sacré. Contrairement ā ce que voulaient les Constituants, la vie de l’homme au Congo est loin d’être sacrée.[6] Les inciviques peuvent impunément y mettre fin quand bon leur semble.
Ayant compris que la police ou l’armée n’intervient que plusieurs heures après leur forfait, les brigands opèrent tranquillement la nuit avec la quasi-certitude que personne ne les inquiétera. Cet état des choses troublant a été ā plusieurs reprises dénoncé par les correspondants de Beni-Lubero. C’est seulement le lendemain que la police ou l’armée se déploie sur les lieux de l’agression pour constater les dégâts et éventuellement, si mort d’hommes il y a, pour conduire la ou les dépouille(s) ā la morgue. Les policiers et les militaires prétendraient, selon ce que m’ont raconté les gens, qu’ils ne savent pas intervenir la nuit ā cause de l’obscurité. Ce qui veut dire que c’est peine perdue de les appeler au secours. Mais de l’avis des populations paysannes aux prises elles aussi avec l’insécurité, cet argument ne pourrait tenir debout que, si au lever du soleil, les éléments de la police ou de l’armée se mettaient aux trousses des brigands jusqu’ā leur capture. Rien n’est malheureusement fait dans ce sens. Faute d’être traqués, ceux-ci finissent par se volatiliser dans la nature non sans semer désolation et mort sur leur chemin de retour vers leurs repères. Dans les cités et les villes, les enquêtes -initiées la plupart du temps sans conviction ni volonté de succès- débouchent rarement sur l’identification des malfrats et leur capture. Quand bien même ils seraient capturés par la population et jetés en prison, il n’est pas rare d’apprendre qu’ils s’en sont évadés ou qu’ils en ont été extraits par force par des hommes en armes et en uniforme militaire. Sous d’autres cieux, ceux qui osent s’échapper des prisons sont très vite rattrapés dans leur cavale et remis en détention. Ce qui est loin d’être le cas dans la contrée de Beni-Lubero où les bandits de grand chemin, les assassins, les violeurs, les milices étrangères armes… sont en liberté. D’où la question : «  A quel type d’Etat -si Etat il y a- a-t-on affaire au Congo si la sécurité des personnes et de leurs possessions est le moindre de ses soucis ? »
J’ai déjà entendu certains dire que Beni-Lu Beni-Lubero Online dramatise les choses et que l’insécurité chez nous n’est pas aussi alarmante qu’il le laisse entendre. On peut leur objecter que les correspondants de Beni-Lubero Online rapportent des cas concrets d’assassinats, de vols, viols, incendies des maisons, etc., de leurs villages ou cités. Aussi, s’il n’y avait pas de drame, pourquoi la majorité des gens, pour ne pas dire tout le monde, « se terre » la nuit ou encore pourquoi on ne peut plus entreprendre un voyage -aussi bref soit-il- sans une certaine inquiétude et sans  une certaine peur. Les assassinats répertoriés par Beni-Lubero Online ne traduisent qu’une partie de la réalité. Ce qui est compréhensible : Beni-Lubero Online n’a pas de correspondants partout. C’est ainsi, par exemple, qu’il n’a jamais parlé de personnes massacrées dans les villages de ma contrée. Parmi ces personnes ā qui on a brutalement ôté la vie au cours des attaques nocturnes, il y en a que je connaissais personnellement notamment un ancien condisciple d’école primaire -Bonaventure- abattu après avoir été battu et dépossédé de ses maigres biens. Il a été abattu parce que son cousin qui était tapi dans un coin avait, dans un mouvement de colère et de désespoir, osé donner un coup ā un des agresseurs avant de disparaître dans le noir. Au mois de juillet, pendant mon séjour ā Butembo, une dame qu’on appelait « nya-Florent » c’est-ā-dire « la maman de Florent » a été assassinée pour s’être trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Au moment de l’agression, elle se trouvait chez une amie ā Kambaila où elle se rendait épisodiquement pour entretenir ses champs. Toutes deux ont péri la même nuit. Ces trois cas, parmi tant d’autres[7], n’ont jamais été signalés ā l’attention de Beni-Lubero. Un cousin pourtant paysan et analphabète dont le bassin avait été fracassé par des inciviques et qui, depuis lors, boîte m’a dit sur un ton plaintif qu’en matière de sécurité, le régime de Mobutu était de loin meilleur que le régime actuel sous lequel l’insécurité a atteint des proportions jamais égalées dans l’histoire du pays. A l’époque de Mobutu[8], en effet, il y avait aussi du brigandage où certains de ses militaires étaient impliqués mais ces derniers se contentaient de voler ou de piller et se gardaient bien d’attenter ā la vie de leurs victimes. Aujourd’hui, les choses ont changé. En effet, non seulement les malfrats pillent mais aussi tuent. Parfois, ils se contentent de tuer sans ravir quoi que ce soit ā leurs victimes ou dans les domiciles de celles-ci. Point n’est besoin de dire qu’il n’est pas rare que certains de ces malfrats se révèlent être des militaires ou des policiers. Des analystes indulgents -ā mon avis superficiels- soutiennent que ce comportement est ā mettre sur le compte du détournement ou du non payement des soldes des militaires et des policiers, leurs cousins. Ce qui est loin de convaincre car si ces gens avaient faim ou qu’ils n’avaient pas de quoi suppléer aux besoins de leurs familles, ils se borneraient ā piller, comme jadis certains militaires de Mobutu. Mais ils pillent et tuent. Et comme je le disais plus haut, parfois ils tuent sans piller. Comment comprendre ce genre de comportement qui dépasse tout entendement humain ? Ceux qui invariablement pensent que ces gens auraient un agenda machiavélique caché -ā savoir l’extermination lente des populations locales- n’ont peut-être pas tort. D’où la peur de la population : celle-ci a d’autant plus peur que, parmi les pillards-tueurs, il y a aussi des éléments « dits incontrôlés » de l’armée et de la police censées pourtant défendre et protéger les citoyens. Que l’armée et la police gardent en leur sein des « éléments incontrôlés » sans penser ā les réduire ā l’état civil, cela ne peut que faire peur. Comment ne pas être tenaillé par la peur si ceux qui ont mission d’assurer la sécurité des autres se retrouvent parmi ceux qui sèment l’insécurité ?  
La peur : lot quotidien des habitants
S’agissant de l’insécurité et de la peur qu’elle engendre, Beni-Lubero ne dramatise rien. Les gens vivent effectivement dans une peur permanente, peur que j’ai de nouveau eu ā partager avec eux lors de ma dernière visite. Je congédiais toujours mes visiteurs ā 17h00 au plus tard pour ne pas porter la responsabilité de ce qui pourrait leur arriver sur leur chemin de retour chez eux. Quand c’était mon tour d’aller voir les gens, je m’imposais la même discipline. A la tombée de la nuit, en effet, l’inquiétude est ā son comble non seulement dans les agglomérations urbaines mais aussi ā la campagne où pourtant régnait jusqu’il y a peu un certain calme. Intensifiée par l’obscurité ā la faveur de laquelle opèrent les inciviques, la peur accule tout le monde, sauf les brigands et les téméraires, ā se terrer chez soi jusqu’au matin. Mobutu avait une fois déclaré que tout citoyen zaïrois -aujourd’hui congolais-, est libre de circuler dans son pays 24h sur 24 sans être inquiété. Il n’avait pas tort. Si Mobutu était encore en vie, il devrait revoir ou tout simplement retirer sa déclaration. En effet, cette liberté d’aller où on veut peu importe l’heure est aujourd’hui confisquée aux congolais, d’une part, par les brigands et, d’autre part, par ceux qui, tout en ayant qualité de mettre ces derniers hors d’état de nuire, laissent faire soit par inconscience soit par incompétence soit tout simplement par sadisme.
Le drame est que se calfeutrer ou se barricader chez soi la nuit n’est nullement une garantie qu’on est ā l’abri. Même ceux dont les parcelles sont entourées de hautes murailles de protection restent vulnérables face ā l’intrépidité des malfrats qui les escaladent sans peine s’ils ne font pas sauter les verrous des portails métalliques ā coups de balles. Ce qui étonne est que le crépitement nocturne des armes -phénomène assez courant dans la région- laisse les gardiens des agglomérations urbaines ou paysannes ou les soldats de la MONUSCO sans réaction. A cause de l’obscurité dans laquelle sont plongés les espaces habités, on est plus inquiet la nuit que le jour car on ne sait pas ce qui va se passer et qu’on ignore si on aura le privilège d’assister au lever du soleil. Les domiciles ont pour ainsi dire cessé d’être des lieux de repos pour n’être plus que des cachettes c’est-ā-dire des lieux où on se cache. Se cacher quand on n’a rien ā se reprocher  et quand on sait que le lieu où on se cache n’est qu’une cachette éphémère: rien de plus inquiétant, rien de plus traumatisant.
Sur mon chemin de retour ā Kinshasa, j’ai malgré moi, fait deux jours ā Goma où j’ai séjourné en véritable reclus non par choix mais par peur : celle d’être agressé ou massacré loin des miens. Dans le passé, lors de mes nombreuses escales ā Goma, je pouvais me permettre, pour assouvir ma curiosité ou pour prendre de l’air, de circuler dans cette ville seul ā pied. Depuis que Goma fait partie des espaces où sévit l’insécurité, je n’ai plus osé le faire sous peine de provoquer le destin. Mais une seconde raison m’empêchait de sortir : la peur de la poussière qui se soulevait des artères qui, dans le cadre des fameux cinq chantiers, ont été dépouillées de leur vieille couche d’asphalte et sont depuis lors en attente de restauration. Une attente qui, malheureusement, se fait trop longue. A cause de cela, la ville Goma est toute la journée noyée dans un nuage de poussière suffocante. S’aventurer dehors avec une chemise blanche est une grosse imprudence. Cette situation aurait, selon une récente information livrée par Beni-Lubero, provoqué la grève des conducteurs des motos-taxi. Le même phénomène s’observe ā Butembo dans les pourtours de l’ex-avenue Mobutu et ā Kinshasa sur les tronçons dont la réfection se fait aussi attendre.
Dans un environnement où les brigands sont presque partout, entreprendre un voyage ā pied, ā moto ou en véhicule (voiture, bus ou camion) est un grand risque qu’on prend. Non seulement ils vandalisent les véhicules et s’emparent de tout ce qu’il y a dedans et mais aussi fouillent les passagers ā qui, d’après ce qui m’a été relaté, ils tiennent ce funeste discours après avoir étalé un morceau de bâche sur le sol : « Téléphones hapa, dollars pale, francs congolais ile ngambo» (les téléphones par ici, la monnaie américaine par lā, et la monnaie congolaise de l’autre côté ). Tous ceux qui ne seraient pas en possession d’un de ces trois biens sont dits n’avoir aucune valeur ni aucune place dans ce bas-monde : « Nyiye hamuna faida mu hii dunia. Njo kusema kama hamuna nafasi hapa duniani ». A ces mots, ils sont sans pitié criblés de balles en présence des autres passagers éberlués et apeurés ā juste titre. J’avais la gorge serré en écoutant ceux qui avaient eu ā vivre ces scènes barbares. Le serrement de ma gorge tenait aussi bien au sadisme dont ces brigands sont capables qu’ā l’abandon de la population ā la merci et ā la loi de ces derniers. Comment ne pas avoir peur dans un environnement où l’effusion du sang humain est devenue un fait banal et donc un fait divers et où tout appartient virtuellement aux brigands? La peur de perdre ses biens et, dans le pire des cas, sa vie ou la vie des siens: c’est cela que vivent les gens au quotidien. Vivre constamment dans la peur est un signe manifeste qu’on n’est pas libre. Nous avons perdu notre liberté. Il nous faut la reconquérir et faire changer la peur de camp.
Si je raconte tout ceci alors que d’autres l’ont déjà fait, c’est, d’une part, pour dire, en cette période pré-électorale, que l’insécurité au Nord Kivu ne relève pas du mythe mais qu’elle y est encore terriblement présente et, d’autre part, pour sensibiliser nos compatriotes électeurs ā ne plus se laisser rouler dans la farine comme en 2006. Le Gouverneur de la province du Nord-Kivu, Paluku Julien ainsi que le ministre provincial de l’intérieur, Mbalutwirandi Valérien ont reconnu sur les antennes de Radio Okapi[9] la persistance de cette insécurité. Curieusement, le Président du pays a toujours prétendu que la paix et la sécurité avaient été rétablies sur toute l’étendue du territoire national. Dans la présentation de son bilan ā ses partisans du PPRD et de la MP le 14 septembre dernier ā Kingakati, il est de nouveau revenu sur cette prétention malheureusement fallacieuse. Clamer contre des faits qui parlent d’eux-mêmes que la paix et la sécurité sont revenues sur toute l’étendue du pays semble indiquer qu’on n’a pas l’intention de travailler ā l’éradication de l’insécurité mais qu’on veut bien enfermer le pays dans le chaos.
Les autorités civiles en province: des généraux sans troupes
A en croire le ministre provincial de l’intérieur Mbalutwirandi Valérien dont personne parmi les autorités n’a contredit les propos, la police nationale et les forces armées relèvent de la compétence exclusive du gouvernement central.[10] Ce qui, en d’autres termes, signifie que le gouverneur et son ministre de l’intérieur n’ont pas le pouvoir d’envoyer les militaires et les policiers lā où leur intervention s’impose, l’ordre d’intervenir ne pouvant venir que du gouvernement central : Kinshasa. Dans une configuration administrative de ce genre, le gouverneur et son ministre de l’intérieur sont comparables ā des généraux sans troupes. Que peut, sur le champ de bataille, un Général sans troupes, aussi compétent soit-il? Plus concrètement, que peuvent le gouverneur et le ministre provincial de l’intérieur en matière de sécurité sans une force répressive et dissuasive qui dépend d’eux et qui leur est soumise? La nébuleuse disposition qui fait dépendre l’intervention des policiers et des militaires du seul gouvernement central place le gouverneur, le ministre de l’intérieur ainsi que toutes les autres autorités civiles dans une double situation fonctionnelle d’inconfort : d’un côté, le manque d’emprise sur les policiers et les militaires affectés dans leurs entités et, de l’autre, l’inefficacité par rapport ā ce qu’on attend d’eux ā savoir la restauration ou le maintien de la paix, de la sécurité et de l’ordre dans les entités en question. Le droit sans la force, disait ā juste titre Blaise Pascal, est voué ā l’inefficacité. C’est une illusion, selon lui. Sous d’autres cieux, chaque entité administrative a qualité ou compétence pour s’occuper directement de la sécurité des personnes qui s’y trouvent ainsi que de leurs biens et pour mettre les fauteurs de troubles -qui qu’ils soient-hors d’état de nuire ou de continuer ā nuire. Si tel n’est pas le cas au Congo, il ne serait pas alors excessif d’en conclure que l’insécurité qui prévaut ā l’est du pays et qui commence aussi ā envahir Kinshasa où sévissent depuis un certain temps des bandits appelés « kuluna »[11] est ā mettre ā l’actif du gouvernement central qui seul est habilité ā ordonner l’intervention de la police et de l’armée. Dans le cas d’espèce, le gouvernement central est coupable d’un triple refus : refus d’assistance ā populations en danger, refus d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens et refus de faire régner l’ordre. Faire dépendre la sécurité des habitants des provinces du pouvoir central apparaît tout simplement comme une façon insidieuse de livrer ces derniers ā la loi et ā la barbarie des malfrats, d’entretenir l’insécurité et de pérenniser le chaos. Comment qualifier cela sinon qu’il y a haute trahison ? Dans la mesure où des contrées entières sont sous la coupe des forces négatives étrangères (FDLR, LRA, ADF-NALU) ou locales qui continuent ā y semer la mort et la désolation en toute tranquillité et où des éléments de l’armée et de la police nationales participent ā « l’insécurisation » des paisibles citoyens qu’ils sont pourtant censés protéger, il est clair que la paix et la sécurité demeurent une tâche non pas déjà réalisée mais plutôt encore ā réaliser. Tout quiconque ne le reconnaît pas est un danger pour le pays et ses habitants. Le minimum que l’Etat peut offrir ā ses citoyens c’est la sécurité qui est le corollaire de la paix. En effet, une paix sans sécurité est une contradiction dans les termes ou, soit dit autrement, une absurdité.
Appel aux électeurs
Puisque les animateurs actuels de l’Etat congolais se sont révélés incapables d’organiser celui-ci de façon ā lui permettre d’éradiquer l’insécurité, de restaurer la paix et de restituer au peuple congolais sa respectabilité ainsi que sa dignité, le moins que l’on puisse dire est que leur place est ailleurs qu’en politique. En politique, en effet, le maître-mot c’est l’efficacité. Tous ceux qui sont soucieux de leur sécurité et de la refondation du Congo en tant qu’Etat devraient profiter de prochaines échéances électorales pour mettre hors circuit tous les inefficaces, tous les incompétents et tous les opportunistes en votant contre eux. Il n’est pas anodin de rappeler ā l’intention du peuple congolais que de ces échéances électorales en perspective, la plus importante parce que la plus déterminante c’est l’élection présidentielle. Je conviens avec Paul Ricoeur qu’avoir de bons dirigeants est une chance. Aux électeurs d’offrir au Congo cette chance. Ils doivent savoir, pour ainsi dire, qu’ils ont une lourde responsabilité devant l’histoire au regard de l’état de déliquescence avancé dans lequel se trouve le pays et auquel il doit impérativement être arraché. « Qui parmi les candidats ā l’élection présidentielle paraît avoir la poigne et les compétences requises pour arracher le pays ā cet état de déliquescence et pour répondre aux attentes légitimes des congolais ā savoir, d’une part, la restauration de l’autorité de l’Etat, de la paix et de la sécurité et, d’autre part, la remise du pays sur les rails du développement et du bien-être matériel ? » : telle est, me semble-t-il, la question de fond qui doit guider les électeurs. L’expérience montre ā suffisance qu’un chef de l’Etat peut, en raison de l’immunité et de la multiplicité des prérogatives qu’il tient de la constitution, conduire le peuple soit au bien-être matériel et au bonheur soit ā des conditions de vie oppressives ou infrahumaines. Dans le premier cas, on a affaire ā un chef d’Etat pour qui le pouvoir est un service en vue de l’émancipation de l’homme et de la promotion du bien commun, dans le second cas ā quelqu’un qui abuse de son pouvoir pour se servir et asservir ou avilir les autres. Aux congolais de dire si, après dix ans au pouvoir, le régime actuel a fonctionné comme un service ou, pour dire autrement la même chose, s’il a réalisé leur rêve : celui d’un être-ensemble sécurisant où il soit possible, comme dirait Paul Ricoeur, de vivre en harmonie avec et pour les autres dans des institutions justes et efficaces.
Appel ā l’opposition
Etant donné la réduction de l’élection présidentielle ā un seul tour et la suppression du débat contradictoire qui devrait orienter les électeurs, l’opposition doit faciliter la tâche ā ces derniers en ne présentant qu’un seul candidat : celui qui est ā même de peser lourd dans la balance et de se frotter efficacement au président sortant. J’ose espérer que ceux qui, dans l’opposition, se sont portés candidats ā l’élection présidentielle finiront par s’entendre et se désister en faveur d’un seul : celui qui présente le plus de chance de gagner. Le pays va très mal. Il est plus que temps que le peuple congolais soit remis debout afin de refléter ce qu’il chante dans l’hymne national que ses compositeurs n’ont pas intitulé pour rien « Debout congolais ». Continuer ā exécuter cet hymne national pendant qu’on est ā genoux, empêtré dans la précarité et immergé au quotidien dans une insécurité tentaculaire est une contradiction ou, ā tout le moins, un vœu pieux sans contenu. C’est cette contradiction qu’il est demandé au peuple congolais de lever en novembre prochain en hissant sur les devant de la scène politique des hommes et des femmes qui ont des rêves de grandeur pour le Congo et qui sont ā fois soucieux et capables de créer les conditions d’un lendemain meilleur sinon pour tout le monde, du moins pour la grande majorité. Le pouvoir, étant donné sa lourdeur, use et fatigue très vite. D’où la nécessité de l’alternance ā de brefs intervalles, ainsi que cela se passe en Occident où on a compris que personne dans ce bas-monde n’est indispensable. L’exécution des « cinq chantiers » dont d’ailleurs la visibilité reste fort discutable ne devrait pas servir de prétexte pour donner sa voix au président sortant au motif qu’il faut lui donner la chance de terminer ce qu’il a commencé. Quelqu’un d’autre peut en poursuivre l’exécution.
Conclusion
Aujourd’hui plus qu’hier, le Congo ressemble ā plusieurs égards au « Bateau ivre » d’Arthur Rimbaud, un bateau malmené par des vagues en furie et menacé de naufrage et ne pouvant être manœuvré que par des mains expertes, alertes et adroites. Par cette image, je veux tout simplement dire que le Congo a besoin d’un chef aussi bien désireux que capable de l’arracher au chaos multiforme actuel, de le faire respecter par ses voisins de l’Est et d’en faire un pays « beau » ou, si l’on veut, « plus beau qu’avant », ainsi que le souhaite l’hymne national, un pays où il soit agréable de vivre dans la paix et dans la joie et d’où personne ne soit tenté de s’évader ā cause de l’anarchie, des actes de violence ā répétition et de la chronicité de la précarité. Nous besoin d’un Etat nouveau, responsable et efficace qui prenne ā cœur la sécurité de ses citoyens, qui mette hors d’état de nuire tous les Caëns tueurs et qui rende justice aux familles des Abels assassinés ainsi qu’aux innombrables victimes de viols. On attend des électeurs qu’ils se positionnent non sur base de l’émotion, du sentiment ou de la régionnalité mais sur base de la raison, du bon sens. Ce n’est pas pour rien que la Conférence Episcopale Nationale du Congo ne cesse, depuis un certain temps, d’appeler les électeurs ā voter utile pour ne pas de nouveau le regretter au lendemain des élections. « Voter utile », dans ma compréhension de cette expression polysémique c’est voter pour des hommes et des femmes disposés ā « sécuriser » le peuple congolais, ā débarrasser le territoire national de tous ces faux rebelles étrangers qui, depuis des décennies, pourrissent la vie aux congolais en lieu et place des hommes au pouvoir dans leurs pays respectifs, ā travailler ā l’avènement d’un Etat qui fonctionne en cohérence avec la Constitution, ā engager le pays sur la voie du développement et ā assurer le minimum vital aux congolais. A noter que le développement du Congo n’est pas possible sans la dyade « paix-sécurité ». Grosso modo, le Congo a besoin d’un Etat protecteur c’est-ā-dire qui fait de la sécurité son cheval de bataille et non d’un Etat qui abandonne ses citoyens ā la merci et ā loi des brigands.
Père Kamundu Léopold
Philosophe politique / Belgique
©Beni-Lubero Online


[1] Cfr Constitution, Art. 182.
[2] Cfr Idem, Art. 187, alinéa 2.
[3] N’ayant jamais été dans d’autres contrées qui sont aussi en proie ā l’insécurité (Sud-Kivu, Maniema et Ituri), il ne sera ici question que de l’insécurité au Nord Kivu en général, et dans l’espace Beni-Lubero en particulier.  
[4] Au sujet de l’insécurité au Sud Kivu, on peut lire avec intérêt l’ouvrage de MUKANIRE Mugaruka Floribert intitulé Kivu au cœur de la violence. C’est un recueil de témoignages affreux et révoltants relatifs ā l’insécurité au Sud Kivu. Comment des êtres humains peuvent-ils faire ā d’autres êtres humains ce qui est décrit dans ce recueil ? Les violences, les atrocités qui y sont décrites et qui dépassent l’entendement humain par leur caractère bestial et crapuleux sont attribuées aux Interamwe, aux FDLR, aux Rastas, aux soldats du RCD-Goma ainsi qu’ā leurs alliés du FPR et ā certains éléments des FARDC. Le recueil sus-évoqué a été publié en 2006. Curieusement, ces violences d’un autre âge sur les paisibles citoyens se poursuivent au Sud Kivu, d’après des rapports récents dont ceux sur les violences sexuelles.
[5] La taxe d’embarquement pour l’intérieur s’élève ā 10$ et pour l’extérieur du pays ā 50$. Cette taxe est ā payer non en monnaie locale -le franc congolais- mais uniquement en monnaie américaine. Elle aurait été inventée en vue de l’entretien ou de la restauration des aéroports. Le non payement de cette taxe entraîne l’ajournement du voyage et une pénalité relative ā cet ajournement. Espérons que l’argent collecté ne finit pas par atterrir dans les poches de ceux qui ont inventé cette taxe étrange.
[6] Pourtant l’art.7 de la Constitution stipule que la personne humaine est sacrée, que l’Etat a l’obligation de la protéger et que toute personne a droit ā l’intégrité physique. Une jolie formule qui n’engage que ceux qui y croient.
[7] Parmi ceux-ci, je pense ā la grande sœur d’un ancien condisciple du secondaire que je connais bien. En juillet dernier, elle a été blessée par balles ā Kasindi par des malfrats. Par un coup de chance, elle a survécu ā ses blessures dont elle continue toutefois ā se faire soigner jusqu'à nos jours. Un membre de sa famille n’a pas eu cette chance : il est mort au cours de l’attaque. Je pense aussi ā cette autre dame qui m’a dit avoir fait l’objet d’une agression nocturne ā Butembo en juillet 2010 alors qu’elle se trouvait en congé chez ses parents. Elle a été malmenée pendant plusieurs heures par des hommes cagoulés en présence de ses vieux parents impuissants. Elle n’a eu la vie sauve que parce que laissée pour morte par les brigands.
[8][8] D’aucuns pourraient penser que je suis nostalgique du régime de Mobutu. Loin de lā. Ce régime m’avait toujours apparu comme tyrannique, oppressif et destructeur. Mais je trouve frustrant et navrant que les congolais soient passés d’une situation infernale ā une situation plus infernale, d’une posture inconfortable ā une posture plus inconfortable. On n’est pas sorti du cauchemar !
[9] Cfr Radio Okapi, 6 septembre 2011.
[10] Cfr Ibidem. L’art. 202 de la Constitution confisque aux provinces un certain nombre de matières et en confie la compétence exclusive au pouvoir central. Parmi ces matières figurent la défense nationale et la police nationale. Toutefois, cet article semble être contredit par l’art. 184 qui stipule que la police nationale est soumise ā l’autorité civile locale (le gouverneur, je suppose) et la place sous la responsabilité du ministère qui a les affaires intérieures dans ses attributions (c’est-ā-dire le ministre provincial de l’intérieur). S’agissant de forces armées, l’art. 188, alinéa 3 abonde dans le même sens en stipulant que celles-ci sont apolitiques et sont soumises ā l’autorité civile (le gouverneur et ses collaborateurs, je suppose). Au regard des art. 184 et 188, les propos tenus sur Radio Okapi par le gouverneur et le ministre provincial précités ne semblent pas tenir debout. On a l’impression qu’ils se cachent derrière l’art. 202 pour ne pas assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. Comment, en effet, les croire lorsqu’ils disent n’avoir pas d’emprise sur la police nationale et les forces armées alors que, selon la Constitution, celles-ci leur doivent soumission. Au cas où il y aurait conflit de compétence entre le pouvoir central et les autorités provinciales, celles-ci ne devraient-elles pas, en vue du bien de leurs gouvernés, tout faire pour que ce conflit soit vite réglé par la Cour constitutionnelle ?
[11] Les “kuluna” sont des bandes composées de jeunes gens généralement armés de machettes. Ils sévissent la nuit où ils volent, pillent, violent, tailladent ou tuent leurs victimes avec leurs armes blanches. Jusque-lā, le gouvernement a difficile ā les mettre hors d’état de continuer ā semer l’insécurité. La journée, on a affaire a un autre type d’insécurité : l’insécurité sur les routes. En effet, la journée, une portion de la population de Kinshasa est exposée aux tracasseries de la police routière notamment les conducteurs. Ceux-ci sont rançonnés au su et au vu des autorités par les policiers de roulage. Ils sont partout ā travers la ville en groupe d’au moins six ā des endroits où les embouteillages sont fréquents et où il est difficile de prendre le large. Le véhicule ciblé est sommé de se mettre sur le côté et dès qu’il s’arrête, trois policiers s’engouffrent dedans et placent le chauffeur devant cette alternative : ou bien nous vous emmenons au Bureau où vous allez payer une amende de 45 Dollars ou bien vous nous remettez 10 Dollars et nous vous laissons passer. La plupart du temps, les infractions sont « inventées » de toutes pièces. Un pare-brise ou une vitre fendillé(e) est, selon certains d’entre eux, une contravention routière. Le premier jour que j’étais sorti ā bord d’un véhicule conduit par un confrère, nous avions été interpellés par trois groupes différents. Au premier groupe, j’avais dû remettre 10 Dollars, au 2e groupe 10 Dollars et au 3e groupe 10 Euros. Tout ceci sans reçu. Conséquence, nous sommes arrivés ā la Gombe, notre destination ā 15h00 au lieu de 12h00, heure de notre rendez-vous. Nous avions ainsi raté notre rendez-vous car la personne qui nous attendait avait autre chose ā faire 13h00. Le salaire mensuel de policiers serait l’équivalent de 35 Dollars. Une rétribution manifestement insuffisante. Aussi se font-ils payer en rançonnant les conducteurs. Une semaine plus tard, ce sera la même expérience malheureuse. Interpellés au niveau de l’Echangeur ā Limete, nous avons dû remettre aux policiers racketteurs tout l’argent avec lequel nous devions acheter du carburant. Quand nous discutions avec ces derniers, un Capitaine en tenue civile s’est arrêté pour savoir quel était le problème entre nous et les policiers. Quand il a appris de quoi il s’agissait, j’étais surpris de l’entendre nous dire : « Donnez-leur un peu d’argent, ils vous laisseront passer ». Je m’attendais pourtant ā ce qu’il prenne notre défense. Comprenant que nous n’échapperions pas aux groupes suivants, j’ai tout simplement demandé au chauffeur de rentrer au couvent. J’ai dû continuer ma route vers la Gombe en taxi-bus. Depuis ce jour-lā, chaque fois qu’on me proposais de sortir en véhicule, je refusais pour être sûr d’arriver ā destination sans être enquiquiné. Il est agaçant de se rabattre sur les moyens de transport en commun alors qu’on a la possibilité de se déplacer autrement. A cause des tracasseries de la police routière, en effet, il est préférable de sortir par les moyens de transport en commun qui, malheureusement aux heures de pointe, se révèlent insuffisants. A ces heures, la demande est de loin supérieure ā l’offre. On n’est nulle part libre au Congo. Quel pays !

La Françafrique vit et sévit toujours

Le carnet de Colette Braeckman

4 octobre 2011

La France de Nicolas Sarkozy est enlisée dans les scandales et plusieurs proches du chef de l’Etat sont éclaboussés, Thierry Gaubert son témoin de mariage, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire… Pour couronner le tout, ou pour créer un contre feu, Robert Bourgi, longtemps considéré par l ’Elysée comme un spécialiste de l’Afrique, a révélé avoir à plusieurs reprises ramené en France des valises» remplies d’argent qui lui avaient été confiées offertes par des chefs d’Etat d’Afrique francophone dans le but de financer les campagnes présidentielles françaises.

Ces révélations ont ramené l’attention sur la «Françafrique», cette étrange relation que Paris entretient depuis un demi siècle avec ses anciennes colonies.

C’’était, à la veille des années 60, le pari du général de Gaulle : quitter l’Afrique pour mieux y rester. Fragmenter l’ancienne Afrique Occidentale française (AOF) et l’Afrique Equatoriale française (AEF) en une quinzaine d’Etats, indépendants en théorie mais en réalité étroitement liés à l’ancienne métropole. Soucieux de les préserver d’une éventuelle influence communiste ou d’une réelle émancipation, ces pays dits du «pré-carré» devaient garder avec la France des liens visibles et invisibles.

Côté visible : dès l’accession à l’indépendance, Paris fait signer aux jeunes régimes des accords de défense, de coopération et d’assistance technique. Des conseillers militaires français aident les nouveaux régimes à se défendre contre tout ennemi, intérieur ou extérieur. Et veillent aussi à préserver les intérêts de la métropole. L’agence d’Aide française au développement (AFD) met en œuvre une politique de coopération, mais surtout, via les projets dits «hors budget>» organise de nombreux «retours>» : l’argent distribué en Afrique est ristourné en France, à des partis ou des hommes politiques. En outre, les quinze pays “ du champ “ sont dotés d’une monnaie commune, le franc CFA, lié au Trésor français. Stabilité d’un côté, dépendance de l’autre : en septembre dernier, c’est encore, le ministre français des finances qui a présidé la réunion des gouverneurs des Etats de la zone franc car toute décision prise par les autorités monétaires régionales (Banque des Etats d’Afrique de l’Ouest ou Banque des Etats d’Afrique centrale) doit être contresignée par le Trésor français. Est-il besoin de préciser que, durant un demi siècle, la convertibilité du franc CFA en francs français puis en euros a été un instrument privilégié d’évasion de capitaux ? 

En 1960, “ le secrétariat général pour les affaires africaines et malgache “ fut créé pour gérer cet empire fragmenté, avec à sa tête un homme de l’ombre qui, depuis les années de guerre, avait tissé d’innombrables réseaux : Jacques Foccart. A l’époque, un seul pays refusa la main tendue de la France<TH>: la Guinée de Sekou Touré, qui fut victime d’un boycottt sans pitié avant de devenir une dictature paranoïaque puis de rentrer dans le rang après la mort du tyran.

L’histoire de la Françafrique est jalonnée de cadavres : dans tous les pays “ du champ “, les dirigeants nationalistes furent systématiquement écartés, assassinés et remplacés par des hommes lige de Paris, souvent des militaires qui avaient participé, sous l’uniforme de l’armée française, aux guerres d’Indochine et l’Algérie.

La liste est longue et loin d’être close : au Togo, Sylvanus Olympio est assassiné et remplacé par Gnassingbe Eyadéma (son fils Faure a repris la succession), au Cameroun, au terme d’une guerre qui fera des dizaines sinon des centaines de milliers de morts, Ruben Um Nyobe et Felix Moumié, fondateurs de l’Union des populations camerounaises, sont éliminés, remplacés par Amadou Adhidjo (dont le Premier ministre Paul Byia est toujours au pouvoir), en Centrafrique, l’avion de Barthelemy Boganda s’écrase mystérieusement et le sergent Jean Bedel Bokassa, le futur empereur, prend le pouvoir, au Burkina Faso, ex Haute Volta, Thomas Sankara est assassiné et son adjoint Blaise Compaoré qui prend le pouvoir est resté un fidèle allié de Paris, au Gabon Omar Bongo, dont le fils Ali a repris la succession, a remplacé Léon M’ Ba, en Côte d’Ivoire Houphouet Boigny, contré par un opposant appelé Laurent Gbagbo sera longtemps le plus fidèle et le plus riche (avec Mobutu) des alliés de la France. Cette année encore, les forces françaises ont chassé Gbagbo qui, à l’issue d’une élection contestée, refusait de quitter le pouvoir. Gbagbo est aujourd’hui en résidence surveillée et c’est l’ancien Premier Ministre de Houphouet, Alassane Ouattara qui a été installé par Nicolas Sarkozy à la présidence. L’un de ses premiers gestes a été de placer des conseillers français dans tous les ministères et d’accueillir une bonne centaine de grands patrons venus de l’Hexagone…

Des pays francophones ou lusophones qui n’ont pas été colonisés par la France font également l’objet de beaucoup de sollicitude : en 1960 la sécession katangaise est soutenue par le colonel Trinquier et des anciens de la guerre d’Algérie et le maréchal Mobutu trouvera toujours à paris des interlocuteurs bienveillants, la France appuie la sécession du Biafra, riche en pétrole et Bernard Kouchner, alors jeune médecin, invente pour l’occasion le concept d’ingérence humanitaire : les appareils français apportent aux rebelles de la nourriture et des médicaments, mais aussi des armes…

Quant au Rwanda, le président Mitterrand décide, en 1990, de défendre ce petit pays “ francophone “ contre des rebelles “ anglophones “ venus d’Ouganda et jusqu’à la victoire du Front patriotique rwandais en juillet 1994, l’armée française se trouvera aux côtés du régime génocidaire.

Malgré les déclarations de plusieurs présidents, dont Sarkozy “ la Françafrique, c’est fini “ la “ cellule Afrique “ de l’Elysée n’a jamais chômé : Charles Pasqua, fort de ses réseaux corses, a succédé à Jacques Foccart, ,Mitterrand avait nommé son ami Guy Penne, Chirac sur Fernand Wibaux, et Sarkozy sur Robert Bourgi….

Pourquoi la France a-t-elle besoin de ses partenaires africains ? Pour pouvoir compter sur leurs voix à l’ONU et garder son siège au Conseil de sécurité ? Pour préserver son rayonnement culturel grâce à la francophonie ? Pour assurer des débouchés, voire des marchés captifs à ses entreprises?: Elf Aquitaine, qui a fusionné avec Total et Fina, est toute puissante au Cameroun et surtout au Gabon, Bouygues, Bolloré se sont déployés sur le continent noir et en particulier dans les pays côtiers, Areva devenue numero un mondial du nucléaire grâce à l’uranium du Niger…Pour garder un accès privilégié aux ressources naturelles africaines? Lucide, le président Omar Bongo avait trouvé la formule : “ l’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant. “

L’existence du pré carré africain, dont la monnaie commune est le franc CFA permet ce que l’on appelle à Kinshasa les «<TH> opérations retour“. Les porteurs de mallettes voyagent dans les deux sens : il suffit de passer un accord avec ceux que l’on corrompt, afin qu’ils s’engagent à rétrocéder une partie des sommes qui leur ont été versées. S’ils amènent aux présidents de pays amis des projets et des budgets, les “ porteurs de mallettes “ décrits par Pierre Péan ramènent aussi des contributions financières pour les campagnes électorales ou des enveloppes plus personnelles, parfois dissimulées… dans des djembés (sortes de gros tam…)

Ces dernières années, les contrats d’armement passés avec des pays qui n’étaient pas «du champ» comme les Etats du Golfe ou le Pakistan ont permis les rétrocommissions, fonctionnant suivant un principe bien rodé en Afrique: pour vendre des armes, les industriels vendeurs ont longtemps versé des commissions aux acheteurs. Une partie des sommes provenant du Trésor public des acheteurs et destinée à payer les armes est rétrocédée par l’industriel vendeur aux dirigeants du pays concerné. Ces derniers, bon princes, ristournent alors une partie de cet argent aux dirigeants du pays vendeur.

En décrivant cette pratique et en dénonçant certains de ses bénéficiaires supposés,- Jacques Chirac, Dominique de Villepin-, Robert Bourgi, le dernier en date des Messieurs Afrique de l’Elysée, a dévoilé un secret de Polichinelle. Il a aussi, fort opportunément, détourné les projecteurs au moment où Pierre Péan sortait son ouvrage consacré à Alexandre Djhoury l’un des porteurs de valises du président actuel. La Françafrique c’est cela aussi : des coups tordus entre amis, qui s’échangent d’une génération à l’autre…

Quelques lectures utiles:
Pierre Péan,La République des mallettes, enquête sur la principauté française de non droit, Fayard, 486 pages
Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsiba, Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971, éditions La Découverte, 717 pages
Grégory Jarry et Otto T. Petite Histoire des colonies françaises, tome 4, la Françafrique, éditions FLBLB (livre illustré)
François-Xavier Verschave, la Françafrique, le plus long scandale de la République, éditions Stock, 1998