samedi 29 décembre 2012

Pourquoi le roi Albert II s’inquiète à propos de l’intégrité du Congo

26 décembre 2012



Que le roi Albert II soit sensible aux souffrances du peuple congolais et qu’il admire le Dr Mukwege, qui soigne les femmes du Kivu victimes de violences sexuelles, ne représente pas une grande surprise.

A plusieurs reprises, le roi des Belges avait déjà exprimé son intérêt personnel pour le Congo et rappelé discrètement aux Belges à quel point ce pays fait partie de son histoire et de son devoir de solidarité.

Mais cette fois, dans un discours que d’aucuns présentent déjà comme l’un des derniers du genre, le souverain va plus loin : il assure que « l’intégrité du Congo n’est pas respectée ».

En termes soigneusement pesés, -qui ont reçu l’aval du gouvernement-, le roi, qui est aussi le lointain descendant de Léopold II qui fonda le Congo dans ses frontières actuelles, défend ainsi l’intégrité territoriale de notre ancienne colonie et donc sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire.

Ne serait-ce pas une évidence ? Des menaces pèseraient elles, une fois encore, sur l’unité du Congo, sur le droit qu’ont ses populations, diverses mais unies, à bénéficier au premier chef de ressources immenses et convoitées ?

Force est de constater que l’inquiétude d’Albert II se fonde sur des faits réels : la nouvelle guerre qui a éclaté au Nord Kivu au printemps dernier ne représente pas une simple « mutinerie » de militaires rwandophones refusant d’être affectés dans d’autres provinces ou récusant le mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale à l’encontre de certains officiers, dont le général Bosco Ntaganda.

Au fil des mois, des évidences se sont fait jour. Les « mutins » dont le nombre ne dépassait guère les 800 hommes au départ, ont été renforcés par des éléments neufs, des hommes en grande partie recrutés au Rwanda ou appartenant aux forces armées rwandaises.

Ces troupes, bien pourvues en armements, munitions et combattants aguerris, se sont emparées de la ville de Goma, humiliant autant l’armée congolaise que la force des Nations unies, et n’ont consenti à évacuer la capitale du Nord Kivu que moyennant l’ouverture de négociations à Kampala, le président ougandais Museveni, allié au Rwanda, étant curieusement présenté comme un médiateur.

A Kampala, les négociations, qui doivent reprendre début janvier, dépassent de loin les revendications initiales.

Le « M23 » s’est doté d’une représentation politique, dirigée par le pasteur Buniga, il tente de séduire l’opposition congolaise en reprenant certaines de ses revendications, il met en cause la légitimité du président Kabila tandis que ses hommes, qui n’ont pas quitté la périphérie de Goma, multiplient agressions et actes de déstabilisation, afin de démontrer que les autorités de Kinshasa ne contrôlent guère la situation et qu’il vaudrait donc mieux pour elles que Kinshasa passe la main.

Du reste, les porte paroles des rebelles ont été jusqu’à exiger l’administration de Goma et réclamer le départ du gouverneur de la province du Nord Kivu, Justin Paluku, comme si ce dernier, même si sa gestion peut être critiquée, n’avait pas été élu par l’Assemblée provinciale !

Comble du cynisme : alors que les troupes du M23, à Goma, ont volé les voitures, pillé les administrations, attaqué les banques, emporté les équipements de la commission électorale et que, dans la province, ils ont provoqué l’exode de centaines de milliers de déplacés, recruté des enfants soldats et multiplié les viols, les porte parole politiques du mouvement exigent à Kampala des garanties de « bonne gouvernance » !

Steve Hege, qui a dirigé le groupe des experts chargé de déterminer si le M23 avait ou non bénéficié de soutiens extérieurs, a publié trois rapports accablants, démontrant avec témoignages, photos, graphiques, chiffres, combien le Rwanda soutenait et téléguidait le mouvement rebelle.

Persistant dans ses dénégations, Kigali a insulté et dénigré Steve Hege, nié les évidences. Sans réussir cependant à convaincre des pays qui furent ses principaux alliés, les Britanniques, qui assurent disposer de nombreuses preuves en plus des rapports des experts, et surtout les Américains, à tel point que le président Obama téléphona lui-même à Paul Kagame pour le dissuader d’encore soutenir le M23 !

Analyste pointu, Steve Hege a témoigné devant le Congrès américain et pulvérisé toutes les raisons « objectives » qui auraient pu amener le Rwanda à intervenir au Congo : protection des Tutsis rwandophones, traque des combattants hutus génocidaires, maintien d’une administration parallèle, contrôle des régions minières.

Tous ces atouts, observe-t-il, le Rwanda en jouissait déjà avant le début de la guerre et aurait aisément pu les préserver…

Pourquoi alors une telle obstination, qui risque même de priver Kigali d’une partie de l’aide internationale dont le développement du pays a tant besoin ?

La conclusion de l’ analyste américain rejoint l’inquiétude du roi des Belges. Pour lui, « l’implication du Rwanda et son orchestration de la rébellion du M23 devient plus compréhensible lorsqu’elle est comprise comme un vecteur déterminé et calculé pour frayer un chemin à la création d’un Etat fédéral autonome dans l’Est du Congo. »

Et de citer l’exemple du Sud Soudan, qui a finalement choisi de se détacher définitivement de Khartoum…

Autrement dit, l’objectif réel de la rébellion et de ses commanditaires serait d’aboutir, tôt ou tard, à un Etat autonome du « Congo oriental », lié à l’Afrique de l’ Est et à ses voisins, et par conséquent délié d’un Etat central présenté comme gourmand, inefficient voire illégitime…

Un tel fédéralisme, imposé de l’extérieur, ouvrirait ainsi la voie à la désintégration du Congo. Un pays qu’ à la fin du 19eme siècle déjà, d’aucuns jugeaient trop vaste et surtout trop riche pour être administré par le seul roi Léopold II puis par la petite Belgique.

Un pays qui, au lendemain de son indépendance, fut miné par les rébellions et les tentatives de sécession. Un pays dont l’intégrité territoriale et la souveraineté sont aujourd’hui défendues par le roi Albert II, au nom de l’histoire, au nom surtout des populations congolaises qui ont toujours démontré qu’elles refusaient le démembrement de leur héritage…

Le carnet de Colette Braeckman

D'où viennent ces tutsis qui sont au Congo?

Le M23, Robert Krueger, Barack Obama, les complicités de Kigali

23 Décembre 2012

« L’étude de l’histoire est l’un des moyens d’éviter sa répétition. » P.D. Scott

Le mois de décembre 2012 donne l’impression d’avoir été riche en évènements pour l’avenir de la sous-région des Grands Lacs.

Dans les lignes qui vont suivre, nous allons essayer d’émettre certaines hypothèses qui nous permettent d’être un peu plus attentif à ce qui se joue à l’est de notre pays.

Pour rappel, notre pays est victime d’une guerre de basse intensité orchestrée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leurs alliés depuis les années 1990.

Cette guerre est menée par Kigali (Kagme) et Kampala (Museveni) et leurs infiltrés dans les institutions et structures étatiques congolaise depuis la guerre de l’AFDL en 1996..

Le M23, après l’AFDL, le RCD, le PPRD et le CNDP est « un cheval de Troie » dont se sert le Rwanda pour la énième fois pour infiltrer le Congo, l’affaiblir davantage et réussir son émiettement.

Sa visée stratégique est de remettre la question de la légitimité du pouvoir politique ainsi que celle la souveraineté économique, politique et culturelle de notre pays aux calendes grecques. Ce rappel fait, il est important d’être attentif aux signes des temps pour pouvoir poser certaines questions pertinentes.

Des signes de temps, parlons-en. Le 15 décembre 2012, dans une salle de conférence à l’hôtel Thon à Bruxelles en Belgique, un parti politique rwandais rend compte de son avancement et de ses objectifs à ses partisans, aux opposants au pouvoir actuel de Kigali, à ses amis et aux curieux venus nombreux pour cet évènement.

Avant que le Président du Parti pour la Démocratie au Rwanda-Ihumure, Paul Rusesabagina, ne puisse prendre la parole, Robert Krueger (formerly U.S. Congressman, U.S. Senator, U.S. Ambassador) l’introduit.

Que dit-il entre autres dans cette introduction ? Que Kagame et le FPR ont commis un deuxième génocide après celui de 1994 et qu’il est resté ignoré parce que le monde voulait qu’il en soit ainsi. Robert Krueger dit : « The first 1994 genocide was known throughout world.

The second, revenging genocide that began under Kagame, was and is still largely ignored – because the 2 outside world does not want to acknowledge that those who had won in July 1994 were no better than those who had lost.” Pourquoi le monde (la communauté internationale) a-t-elle ignore ce deuxième génocide?

Robert Krueger répond : « To acknowledge it would mean that the UN and the outside world needed to do something about it. » Dans son mot d’introduction, Robert Krueger s’en prend à ceux qui, à travers le monde, croit que Kagame a arrêté le génocide au Rwanda.

Pour lui, il n’en est pas question. Au Rwanda, Kagame ne vole pas tout simplement les élections, il vole aussi les vies humaines et cela depuis 1994.

Et le comble est qu’il l’étend au Congo (RD) en soutenant le M23 et les autres groupes de miliciens.

Robert Krueger qualifie le pouvoir de Kagame de dictatorial, l’accuse d’avoir fraudé aux dernières élections et d’avoir contraint ses opposants au silence, à l’exil et d’en avoir tués.

Le 18 décembre 2012, trois jours après ce texte de Robert Krueger, Barack Obama s’entretient au téléphone avec Paul Kagame. Il l’exhorte à cesser de soutenir non seulement le M23 mais aussi les autres groupes armés déstabilisant la RDC.

Il y a une certaine ressemblance de discours entre ces deux membres du Parti Démocrate américain. Cette ressemblance de discours apparaît après que certains compatriotes et experts de l’ONU aient été parlé de « la crise dévastatrice dans l’est de la RD Congo » à la Chambre de la Commission des affaires étrangères (du Congrès Américain) et plus précisément au sous-comité sur l’Afrique, la Santé Mondiale et les Droits de l’homme le 11 décembre 2012.

Un ex-expert du Groupe de l’ONU ayant participé à l’élaboration du dernier rapport sur la guerre de l’est et publié le 21 novembre 2012 y a lu un texte dont les thèses se résument dans ce que Robert Krueger et Barack Obama ont dit de et à Kagame.

Néanmoins, le texte de Steve Hege, parce que c’est de lui qu’il s’agit, soutient, avec des preuves à l’appui, que Kigali (Kagame) travaille à l’avènement d’un Etat fédéral autonome à l’est de notre pays. Le M23 et le CNDP ont accepté de s’adonner à l’accomplissement de cet objectif majeur.

Kigali travaille à la réalisation de cet objectif avec l’appui de Kampala (Museveni).

Pour le cacher, ces deux messieurs, leurs armées et les milices qu’ils soutiennent servent aux Congolais(es) le discours qu’ils veulent entendre : ils leur parlent du hold-up électoral, de l’imperium de Tshisekedi, de la mauvaise gouvernance, de la libération des prisonniers politiques, du non-respect des droits de l’homme, de l’affaire Chebeya, etc.

« En outre, écrit Steve Hege, les Rwandais ont entrepris tous les efforts possibles pour dépeindre le Congo comme un « un grand trou noir » en jouant sur les représentations coloniales de Joseph Conrad qualifiant l’Etat Congolais comme étant « le cœur des ténèbres ». » Et ce discours plaît bien aux impérialistes et aux néocolonialistes soucieux de mettre notre pays en coupes réglées.

La lecture du texte de Steve Hege est riche en révélations. Même s’il ne fait pas allusion au soutien des parrains du Rwanda à Kagame après leurs sanctions symboliques.

Donnons deux exemples. Les gouvernants (usurpateurs de Kinshasa) n’ont pas dénoncé un peu tôt l’implication de l’Ouganda dans le soutien offert au M23.

Steve Hege écrit : « Le gouvernement Ougandais a reconnu officiellement lors d’une réunion avec le Groupe d’experts au début d’octobre que ce soutien a effectivement eu lieu.

Un officier de police Ougandais désigné a déclaré que le gouvernement prendrait des mesures pour enquêter et arrêter les personnes impliquées.

Le gouvernement de la RDC est pleinement conscient de ce soutien par des individus au sein du gouvernement de l’Ouganda, mais a choisi de ne pas dénoncer, espérant convaincre les Ougandais qu’ils ont plus à gagner en travaillant avec Kinshasa qu’avec Kigali. »

Dans l’entre-temps, Kinshasa caresse aussi Kigali dans le sens de ses poils. Il n’est pas disposé à participer à la collecte d’informations sur le Rwanda.

« Durant les étapes initiales de la rébellion, écrit encore Steve Hege, des représentants du gouvernement Congolais ont cherché même à entraver notre accès à des informations clés sur l’implication Rwandaise, préférant traiter ces questions de façon discrète entre Kigali et eux-mêmes. »

Cette ambiguïté du pouvoir usurpateur de Kinshasa, c’est-à-dire Joseph Kabila et son clan, est une écharde dans la chair de notre pays. L’infiltration de nos institutions étatiques par « les clients » de Kigali et de Kampala nous convainc davantage que les dépeceurs de notre pays travaillent patiemment à son émiettement.

A Kinshasa, à Goma comme ailleurs dans notre pays, nous devrions être attentifs à la menace de l’amnésie collective. Le Rwanda, l’Ouganda et leurs parrains sont à la fois cyniques et patients.

D’ailleurs, « certains anciens officiers du CNDP ont répété, écrit Steve Hege, que lorsque les Rwandais leur avaient convaincus de se joindre à l’armée congolaise, ils leur avaient dit de « faire preuve de patience ».

Nous arriverons à l’objectif (ultime), faites-nous confiance, leur avaient-ils demandé. » Pour qui sait que certains officiers du CNDP sont à Kananga, que certains autres homme politique de ce mouvement politico-miliaitre ont été validés comme députés à l’Assemblée nationale, nous avons, en tant que Congolais, du souci à nous faire.

Dans ce contexte, quand nos docteurs en sciences politiques et les autres professeurs-docteurs viennent nous affirmer que le M23 peut être un début de solution à notre disparition en tant que peuple, nous avons envie de demander que tous les diplômés des universités occidentales soutenant cette thèse chez nous soient déchus de leurs titres pour avoir cédé à l’amnésie collective. Non.

Le M23=l’AFDL=le RCD=le PPRD=le CNDP et peut-être, demain, il sera égale au M25. Nous n’avons pas à nous leurrer.

L’émiettement du Congo demeure l’objectif majeur des impérialistes, des colonialistes des néocolonialistes et de « leurs nègres de service » depuis la traite négrière jusqu’à ce jour. Leur rhétorique officielle est mensongère.

Cela étant, il se pourrait qu’un changement intervienne dans notre sous-région. Que Kagame soit remplacé par Paul Rusesabagina ou par un autre.

Les prises de positions de Barack Obama et de Robert Krueger peuvent être interprétées comme des signes du début de « la fin d’une ère » au cours de laquelle Kagame et le FPR ont décidé de la pluie et du beau temps au Rwanda et dans la sous-région des Grands-Lacs.

Elles témoignent que Paul Kagame a violé le droit humanitaire international. (Si nous avions un gouvernement responsable, il prendrait les parrains de Paul Kagame au mot en le traduisant devant la Cour Internationale de Justice. Ne fût-ce que de manière symbolique.)

Néanmoins, pour ceux qui ont une certaine maîtrise de l’histoire du monde, il n’y a pas plusieurs exemples où les interventions US ont bénéficié aux peuples exploités et opprimés par les dictatures ayant joui du soutien de l’élite dominante anglo-saxonne[1].

Si un changement intervenait dans la sous-région des Grands-Lacs, il n’est pas sûr qu’il soit à l’avantage de nos peuples. N’empêche qu’il puisse entraîner Kagame et « ses chevaux de Troie » du Congo.

Nous devons rester attentifs parce que l’ennemi commun des peuples de Grands-Lacs peut capituler mais il ne se convertira jamais.

Frantz Fanon nous avertissait déjà sur le modus operandi de cet ennemi en commentant l’assassinat de Lumumba en ces termes : « « Notre tort à nous, Africains, est d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas. Notre tort est d’avoir cru que l’ennemi avait perdu de sa combattivité et de sa nocivité. »

Du reste, à partir du moment où Barack Obama a parlé à Paul Kagame (et à Kabila), les négociations de Kampala ne sont plus que des formalités sans réelles incidences sur les décisions que ces « deux nègres de service » (Kagame et Kabila) vont imposer à leurs valets. Toutes les négociations avant celles de Kampala ont suivi le même schéma[2]. Contrairement aux apparences.

Il serait aussi un fait que « ces deux nègres de service » jouent leurs dernières cartes. Mettre à nu Kagame et le FPR est une entreprise périlleuse pour les actuels et les anciens membres de ce parti politico-militaire. L’histoire pourrait nous réserver des surprises

Le PDR-I saura-il changer la donne ? Ce n’est pas encore très sûr. Il appartient aux patriotes et autres résistants Congolais de demeurer vigilants de façon que les changements dans notre sous-région ne nous tombent dessus sans que nous y ayons participé comme véritables acteurs…

Mbelu Babanya Kabud____________________

[1] Lire P. D. SCOTT, La route vers le nouveau désordre mondiale. 50 ans d’ambitions des Etats-Unis, tr. de l’américain par Maxime Chaix et Anthony Spaggiari, Ed. Demi-Lune, Paris, 2001 et M. COLLON, Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Bruxelles Inveg’Action, 2009

[2] Lire P. PEAN , Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2010. Lire surtout le 17ème chapitre.

Source : CongoOne

Congo-Kinshasa: «Nos vies ne valent rien».

Rapport accablant sur les exactions du régime Kabila et des rebelles.

C'est un constat mais, surtout, un chef d'accusation.




«Nos vies ne valent rien», a résumé hier le président de l'Association africaine de défense des droits de l'homme (Asadho), Guillaume Ngefa, en présentant le rapport annuel de son organisation sur la situation au Congo-Kinshasa, intitulé Le pouvoir à tout prix. Répression systématique et impunité.

En 1998, l'Asadho a recensé «une cinquantaine de massacres», dont certains ont coûté la vie à plusieurs centaines de civils, tués à la machette ou mitraillés. «80% de ces massacres ont été commis par les rebelles et leurs alliés, les armées du Rwanda et de l'Ouganda, a expliqué Guillaume Ngefa.

Un peu plus de 10% par l'armée congolaise, et le reste par des milices.» Face à ces «crimes de guerre et crimes contre l'humanité», la communauté internationale fait preuve d'une coupable inertie. «On est loin du Kosovo. Nous ne sommes pas des Blancs à proximité, a regretté le président de l'Asadho. Il y a là deux poids, deux mesures.»

Le régime de Laurent-Désiré Kabila, le successeur de Mobutu qui a pris le pouvoir à Kinshasa en mai 1997, et la «rébellion d'essence externe» qui, depuis août dernier, sert de paravent à la conquête de l'Est par les armées rwandaise et ougandaise, sont renvoyés dos à dos.

De part et d'autre, l'Asadho relève «l'usage du massacre pour étouffer toute contestation», le règne de l'arbitraire qui se solde par «un vide du droit», des crimes économiques à grande échelle.

«Les uns et les autres s'achètent des villas en Belgique ou en Afrique du Sud alors que la population, quand elle ne fait pas directement les frais de la guerre, risque de mourir de faim.»

Le gouvernement et les «rebelles» se livrent à la chasse aux journalistes et aux militants des droits de l'homme. En 1998, côté gouvernemental, 98 reporters étrangers et, surtout, locaux ont été arrêtés. Côté rebelles, les journalistes sont triés sur le volet et ne peuvent pas travailler librement dans la zone occupée où, l'an passé, deux membres d'organisations pour la défense des droits de l'homme ont été assassinés.

Dans tout le pays, l'Asadho, affiliée à la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), est contrainte au travail clandestin.

Au régime instauré par Kabila, le rapport reproche en particulier la création d'une Cour d'ordre militaire, dont plus de 90 sentences capitales ont été exécutées en public depuis un an. Ce tribunal d'exception juge jusqu'aux «dissidents» dont le seul crime consiste à avoir participé, à l'étranger, à des tables rondes de réconciliation.

«La justice est en réalité administrée par le chef de l'Etat, certains de ses ministres ainsi que les services de sécurité», désormais une dizaine, dont la Détection militaire des activités «antipatrie»" Des comités de base et autres organes du «pouvoir populaire» contribuent à la mise en place d'une «répression informelle».

L'Asadho dénonce aussi l'existence d'un «centre d'exécutions nommé "Alpha, situé non loin de Kinshasa».

Les «armées sans frontières» du Rwanda et de l'Ouganda sont accusées de nombreux massacres, dont le dernier en date ­ 85 morts selon l'Asadho, «quelque 200» selon le rapporteur spécial de l'ONU ­ a eu lieu dans le Sud Kivu, il y a une semaine.

Ultimes témoins, les religieux dans l'Est sont la cible d'agressions, qui donnent «l'impression d'une action concertée». Des jeunes sont enrôlés de force et des prisonniers «déportés» au Rwanda ou en Ouganda.

Le rapport s'achève sur un appel à la communauté internationale pour une «diplomatie agressive» aussi bien à l'égard du régime Kabila que du Rwanda et de l'Ouganda, dont les troupes se trouvent désormais à «plus de 1000 km» de leurs frontières et dont «les tendances hégémoniques, basées sur la suprématie ethnique, entretiennent l'aversion des autres ethnies de la région contre les Tutsis».

SMITH Stephen
Libération

L'opposant Diomi Ndongala empêché de quitter la RDC

Eugène Diomi Ndongala (à gauche) aux côtés du leader du principal parti d'opposition Etienne Tshisekedi, en l'église Notre-Dame de Kinshasa, le 22 juin 2012.
Eugène Diomi Ndongala (à gauche) aux côtés du leader du principal parti d'opposition Etienne Tshisekedi, en l'église Notre-Dame de Kinshasa, le 22 juin 2012.
AFP PHOTO / JUNIOR DIDI KANNAH

 
Par RFI
 
Le député d'opposition Eugène Diomi Ndongala avait été porté disparu pendant plusieurs semaines en République démocratique du Congo (RDC), séquestré par les services de renseignements selon lui, en cavale pour ne pas répondre d'accusations de viol sur mineurs, selon le pouvoir.

Il était réapparu en plein sommet de la Francophonie. Il a été empêché de quitter Kinshasa le vendredi 28 décembre alors qu'il voulait traverser le fleuve pour se rendre à Brazzaville.

Cette affaire intervient au moment où l'Assemblée nationale a amorcé une procédure pour lever son immunité parlementaire.

Eugène Diomi Ndongala voulait se rendre à Brazzaville le vendredi 28 décembre. Au Beach Ngobila, les agents de l’immigration l’ont empêché de traverser le fleuve Congo.

Motif : le député a des soucis avec la justice.

« Il a été intercepté par les services d’immigration. Nous avons effectué les déplacements pour voir exactement ce qui s’est passé. Les services nous ont produit un document de justice, c’est-à-dire du parquet général de la République, qui lui interdit de pouvoir sortir du pays », explique le commissaire général de la police nationale, Charles Bisengimana.

Diomi Ndongala est en effet accusé de viol sur mineurs, des faits que le député nie et qualifie de « pur mensonge ». Pour permettre à la justice de statuer sur l’affaire, l’Assemblée nationale a amorcé la procédure pour lever son immunité parlementaire.

Cette levée de l’immunité est critiquée par l’opposition.

« Nous ne pouvons pas imaginer un seul instant qu’on lève l’immunité de l’honorable Diomi Ndongala pour la seule et simple raison qu’on connaît un peu son activisme au sein de l’opposition et son rôle joué au côté du président Etienne Tshisekedi », estime Albert Fabrice Puela, rapporteur du groupe parlementaire Union pour la démocratie et le progrès social-Forces acquises au changement (UDPS-FAC).

La RCA, un casse-tête pour Hollande

jeudi 27 décembre 2012

 
Depuis l’époque de Bokassa, en République centrafricaine (RCA), le temps semble s’être arrêté. Tous les régimes successifs, y compris celui croulant de François Bozizé, ont réussi l’exploit d’installer le peuple centrafricain dans le régime de la déceptivité permanente.

Pourtant, ce petit pays regorge d’immenses ressources (or, diamant, pétrole, bois, coton) qui n’ont guère profité à son peuple, plongé dans une misère indescriptible. A l’heure où, une fois de plus, dans sa tragique histoire, la voix des armes semble plus audible que celle du dialogue politique, le peuple centrafricain ignore tout de ce qui se trame sur sa tête, entre Paris, Ndjamena et Bangui.

Exaspérés, démunis, impuissants, une partie des Centrafricains réclament à cor et à cri l’intervention militaire de la France pour arrêter la ballade de santé d’une rébellion disposant de soutiens extérieurs, encore indéchiffrables.

Qui se cache derrière ces rebelles ?

Quoi qu’il en soit, François Hollande dont l’expérience africaine semble vierge, est attendu au tournant avec cette patate chaude centrafricaine. Le bourbier centrafricain sera-t-il, paradoxalement, le laboratoire de la nouvelle politique africaine de Hollande ? Il n’a pas le choix.

Souvenons-nous que lors du 14e sommet de la Francophonie à Kinshasa, il avait affirmé, face à la presse, qu’il sera exigeant avec l’Afrique parce que, disait-il, il aimait l’Afrique. Comme pour dire, qui aime bien châtie bien. Et il ajoutait d’un ton ferme : « La démocratie ne se négocie pas ». Certes, on connaît la sensibilité des militants et sympathisants socialistes français sur la question des droits de l’Homme et de la démocratie.

Et l’on sait également la mauvaise conscience qui agite la gauche française, après les errements et le doute moral de la politique mitterrandienne au Rwanda. Mais, Hollande a l’avantage d’être un homme neuf.

Contrairement à Nicolas Sarkozy qui avait ce don inné de crisper et de susciter des passions inutiles, Hollande jouit d’une image favorable sur le continent. Cependant, en matière de politique africaine, en France, gauche et droite n’ont jamais brillé par leur créativité et leur imagination.

Mais droite et gauche prônent, depuis la présidence de Chirac, une refondation de la politique africaine de la France. S’agissant de son dispositif militaire sur le continent, notamment dans les pays dits du champ ou « pré-carré », la France a engagé avec eux des processus de renégociation de ses accords de défense et de sécurité.

Rappelons tout de même que cette renégociation est plus subie que voulue côté français. Sans les contraintes budgétaires pesant sur son économie nationale, la France n’aurait jamais procédé à de tels réaménagements. Officiellement, la France de Hollande dit non à toute intervention pour sauver le régime aux abois de Bozizé.

Aux Centrafricains de régler leurs comptes entre eux. Difficile de le croire et de le suivre quand on sait historiquement que la Centrafrique a toujours été l’arrière-cour de Paris ; avec Bangui, on peut parler de relations particulières, spéciales.

Comment Hollande compte-t-il concilier les valeurs de démocratie et de droits de l’Homme avec la défense des intérêts économiques et stratégiques à Bangui ? Se reniera-t-il ?

Va-t-il se salir les mains dans les eaux troubles de la politique africaine ?

Une chose est sûre, quoi qu’il décide, il doit savoir que l’Afrique a changé et change, que la France est condamnée elle-même à changer, et son regard, et sa politique africaine. Il est temps qu’on en finisse avec ce que l’historien congolais Elikia M’Bokolo appelle « ses nostalgies colonialistes attardées, ses pesanteurs rampantes de néocolonialisme, ses réseaux honteux de la Françafrique ».

Mais, qu’elle intervienne ou pas en Centrafrique, la France n’a pas à répondre à cette question fondamentale à la place des Africains : la moindre situation d’injustice justifie-t-elle le recours aux armes ? Et que vaut l’honneur national sans une armée nationale ?

Cinquante ans après « les indépendances », il est choquant de voir des Africains appeler à des interventions étrangères militaires pour régler des différends entre eux. Comme s’ils n’avaient jamais été préparés, dès « les indépendances », à payer le prix fort pour assurer leur propre défense et leur sécurité.

En 2013, pour tous les pays africains, la question cruciale demeurera la même : quel régime politique faudrait-il instaurer pour garantir durablement la paix civile ?

Les lamentations et les fantasmes sécuritaires de certains dirigeants du type Bozizé ne répondent, en aucun cas, à cette question. Selon le philosophe anglais Thomas Hobbes, chantre de la sécurité, la crainte qui plane sur toute collectivité humaine, c’est la guerre civile.

Or, en Afrique, même des élections dites libres et transparentes finissent par conduire à la guerre civile. Ce qui apporte un démenti cinglant à l’optimisme libéral de Tocqueville suivant lequel seule la démocratie peut insuffler et répandre dans le tissu social de toute nation, la paix civile, cette sorte d’énergie de l’espoir.

Il existe une théorie funeste qui continue à prédominer en terre africaine : sans les armes, on ne peut pas arriver au pouvoir. Et pour éviter cette dialectique naïve de la poudre et du canon, il faut que la politique prenne le pas sur une vision militarisée de l’ordre politique.

L’édification de sociétés africaines démocratiques peut et doit se faire avec les armées en tant qu’institutions républicaines. Il ne sert à rien de diaboliser l’ordre militaire en tant que tel.

Mais sans la démocratie républicaine, la politique ne s’affranchira jamais, en Afrique, du bruit des armes. D’ailleurs, l’expérience centrafricaine actuelle a mis en lumière ce juste sentiment d’humiliation nationale de ce peuple, par rapport à la pesante tutelle militaire tchadienne.

Il faut rappeler aux Africains, surtout aux jeunes générations, qu’il n’y a pas d’amour de la patrie sans amour de la démocratie. Bien comprise, cette idée peut permettre aux peuples africains d’accomplir leur propre historicité. Mais en attendant, il faudra accepter d’en payer le prix.

Abdoulaye BARRO

Centrafrique: que veulent vraiment les rebelles du Séléka?

Depuis le 10 décembre, les rebelles centrafricains avancent sur la capitale Bangui. Que veulent-ils obtenir? Explication avec Roland Marchal, spécialiste de l'Afrique subsaharienne.


Rebelle et armement en RDC le 21 novembre 2012. Reuters/James Akena

Le régime de François Bozizé est ébranlé par l’avancée de rebelles sur la capitale Bangui. Depuis le 10 décembre, la rébellion du Séléka («alliance» en sango, la langue nationale) ne rencontre aucune résistance de la part de l’armée centrafricaine, manifestement indigente.

Après avoir occupé les villes du nord (Ndélé, Ouadda et Ouandjia), les rebelles ont continué leur avancée en direction de la capitale, jusqu’à la prise de Kaga-Bandoro, le 25 décembre 2012.

Ils avancent depuis bientôt deux semaines, mais déclarent vouloir négocier et ne pas entrer dans la capitale. L’explication cherchera à mieux comprendre qui sont ces groupes de combattants communément appelés «la rébellion du Séléka» et quelles sont leurs véritables intentions.

Rébellion hétéroclite

A l’origine, la rébellion du Séléka est formée de deux groupes dissidents de mouvements qui contestent la mise en œuvre des accords de paix de Libreville signés en 2008 entre le président centrafricain et les rebelles: l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) et la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP).

Selon Roland Marchal, spécialiste de l’Afrique subsaharienne au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po-Paris, d’autres groupes sont venus se greffer à la rébellion, lui permettant de grossir ses rangs et sa capacité d’action:

« Le mouvement a crû, s’est agrandi car la victoire appelle la victoire. De nombreux combattants qui appartenaient à d’autres groupes y ont vu la possibilité de gagner plus et les ont rejoints, plus par opportunité que par engagement idéologique. Ce groupe a acquis ce qui lui manquait au début, en plus des armes et des munitions qu’il avait déjà, des moyens de transport! Des motos et des voitures d’ONG ou de l'administration locale des villes conquises ont été confisquées. C’est donc une force militaire plus importante.»

Les chefs rebelles: des marginaux

Au-delà du nombre, la rébellion bénéficie d’une logistique et de moyens conséquents qui dépassent le budget alloué à une armée centrafricaine harassée.

Or, l’argent ne viendrait pas des chefs de la rébellion qui n’appartiennent pas à la classe dirigeante de Bangui. Les rebelles et leurs chefs proviennent des régions périphériques du nord.

«Les chefs rebelles sont des élites militaires locales qui n’ont jamais été au centre du pouvoir dans l’armée nationale ou à Bangui même. Les deux personnages les plus connectés avec la capitale sont Eric Massi, puisque fils d’un ancien ministre et porte-parole du mouvement et Michel Djotodia, un haut fonctionnaire centrafricain et l’un des fondateurs du groupe de l’UFDR. Les chefs militaires sont souvent marginaux dans le sens sociologique du terme, c'est à dire originaires des périphéries du pays.

Les cadres les plus expérimentés ont combattu dans des précédentes rébellions, quelquefois dans les rébellions tchadiennes, mais ils sont minoritaires dans le mouvement», poursuit Roland Marchal.

Alors d’où vient l’argent dont dispose la rébellion? Avec précaution Roland Marchal mentionne un possible soutien du Tchad d’Idriss Déby:

«La seule chose qu’on puisse affirmer est que le président tchadien cultive l’ambiguïté sur sa posture militaire. Cela veut-il dire une relation avec les rebelles et un financement de leurs opérations? Peut-être mais rien ne l'atteste aujourd'hui. (…) Des individus comme des grands opérateurs économiques —à la dimension de la Centrafrique— peuvent également soutenir la rébellion. L’idée serait de faire main basse sur les richesses minérales de la Centrafrique (or, diamant, fer...). En effet, riche en ressource, ce pays reste très pauvre: l'espérance de vie moyenne y régresse année après année. Pourtant le potentiel est important.»

Les rebelles veulent le pouvoir

On n’en connait pas exactement l’origine, mais ces soutiens financiers permettent aux rebelles d’avancer progressivement vers Bangui et de faire entendre leurs revendications, notamment la mise en œuvre des accords de 2008, prévoyant la réintégration des rebelles, et davantage d’investissements dans les régions du nord, complètement délaissées par le pouvoir central.

Pour Roland Marchal, la mort de l’ex-ministre et fondateur de l’UFDR, Charles Massi, en 2010, est l’un des griefs retenus contre François Bozizé, tenu responsable de sa mort. Arrêté au Tchad, Charles Massi a disparu après avoir été remis aux autorités centrafricaines.

Mais les rebelles vont-ils se satisfaire d'éventuelles concessions de la part du régime? Pourquoi avancer jusqu’à Bangui si ce n’est pour prendre la ville?

Pour le chercheur Roland Marchal, leurs ambitions ne font aucun doute: ce groupe de rebelles veut le pouvoir, même s’ils n’ont pas les moyens intellectuels et politiques de le prendre.

«L’idée de renverser le régime est là. C’est l’illusion de la Centrafrique: vous commencez, vous continuez et vous vous retrouvez progressivement au bord de la capitale sans avoir combattu. Vous vous dites donc que le fruit est mûr! Pourquoi renégocier avec Bozizé des aménagements d'accords de paix mal négociés ou appliqués alors qu’ils peuvent obtenir davantage en dirigeant eux-mêmes le pays? Je crois que les ambitions ont augmenté à mesure que les victoires s’accumulaient.»

Les rebelles, populaires?

Quid du soutien dans la population. Depuis quelques jours des manifestations ont lieu dans la capitale. Des centaines de femmes réunies à l'initiative d'associations proches du régime du président François Bozizé se sont rassemblées le 28 décembre à Bangui pour demander aux rebelles de «cesser les combats».

Pour le spécialiste Roland Marchal, la population est mitigée. Une grande partie ne soutient plus le régime, mais craint l’arrivée de rebelles dits «tchadiens» dans la capitale. Les pillages de 2003 sont encore dans les mémoires.

«Les rebelles sont composés en majorité d’éléments identifiés comme des musulmans, et sont donc perçus comme étant des Tchadiens par la population du sud. Alors qu'une très grande partie des rebelles est centrafricaine. Le régime est assez isolé. Les manifestations qui ont eu lieu devant l’ambassade de France ne doivent pas faire illusion. C’est lui qui finance ces soutiens dans la population. Les manifestants étaient 200 à 300, sans doute payés pour lancer de la caillasse sur l'ambassade. Bozizé a eu une réelle popularité ce qu’il ne faut pas nier, mais il l’a largement perdue durant les dernières années, et notamment depuis 2011.»

Une prise de Bangui par les rebelles n’est pas exclue. Les prochains jours vont donc être décisifs pour le président François Bozizé et pour l'avenir de la Centrafrique.

Nadéra Bouazza
L'Explication remercie Roland Marchal, spécialiste de l’Afrique subsaharienne au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po-Paris.
Source: SlateAfrique

R.D.C.: y a crise ou y a pas crise?

Les dessinateurs de presse ont très souvent le statut d’éditorialistes.



Ainsi Kash dans l’édition du «Canard déchaîné» parue ce 21 décembre en République démocratique du Congo.


Damien Glez
SlateAfrique

L'ONU travaille à la redéfinition de son rôle en RDC

Alors que l'Est de la RDC connaît des tensions accrues, les rebelles congolais du Mouvement du 23 mars (M23) effectuant des déplacements « erratiques mais inquiétants » autour de Goma, l'ONU dit travailler à l'élaboration d'une nouvelle stratégie plus « musclée »

A la fois sur le plan politique en impliquant les pays voisins, et sur le plan militaire avec la création d'une sorte de brigade d'intervention rapide qui serait intégrée à la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco).

Lors de sa conférence de presse de fin d'année, le secrétaire général Ban Ki-moon a souligné qu'il s'était « personnellement engagé à trouver une issue à cette crise » évoquant ses nombreux entretiens avec les chefs d'État de la région des Grands Lacs (RDC, Rwanda, Ouganda, Burundi), mais aussi de Tanzanie, du Congo-Brazzaville, d'Angola et d'Afrique du Sud.

L'idée, selon une source proche du dossier, est de réunir ces huit pays lors d'un sommet à Kinshasa, avec l'ONU « comme témoin et garant », afin de leur faire signer un « accord-cadre » porteur de grands principes comme le respect de la souveraineté, l'interdiction de soutenir les milices et la fin de l'impunité pour les criminels de guerre.

« Il faut que chacun fasse sa part du travail », souligne un diplomate, rappelant l'obligation qui revient à la RDC de réaliser la réforme de son armée et de sa police, et d'affermir l'autorité de l'État dans les provinces de l'Est. Selon lui, cet accord serait une « première historique », les pays voisins s'engageant de manière « formelle » à respecter la souveraineté de la RDC.

Le président rwandais Paul Kagamé, dont le pays est - avec l'Ouganda - accusé de soutenir les rebelles du M23, aurait donné son accord, tout comme ses sept autres homologues. La tenue de rendez-vous réguliers avec les acteurs concernés est envisagée, notamment à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies ou lors du sommet annuel de l'Union africaine (UA).

« La bonne nouvelle, c'est que les États, enfin, discutent ensemble et que les vraies questions vont être soulevées », estime un expert de la région, curieux toutefois de voir quel impact ce plan aura sur le terrain, alors que des centaines de rebelles du M23 ont été repérés à l'intérieur d'une zone de cessez-le-feu à moins de 20 km de Goma. « Nous saurons très vite dans quelle mesure les pays voisins, à commencer par le Rwanda, maîtrisent le M23 », souligne-t-il.

« Rambos » de la Monusco

Quant aux retombées sur les négociations entre la rébellion et Kinshasa, suspendues au bout de deux semaines en raison des fêtes, il faudra attendre leur reprise début janvier 2013. La remise à plat du dossier congolais passe par une revue du mandat de la Monusco, qui, avec 17.000 soldats, constitue la plus importante mission de maintien de la paix de l'ONU dans le monde.

Lorsque, le 20 novembre, Goma est tombée aux mains du M23, sous le regard impuissant des casques bleus, la France avait été la première à réclamer un réexamen du rôle des Nations unies.

Dans ses recommandations au Conseil de sécurité, Ban Ki-moon devrait bientôt proposer la création d'une unité d'intervention rapide de 2.000 soldats africains, extrêmement mobiles, à même de « jouer les pompiers à chaque coup dur éventuel », précise une source diplomatique.

La Tanzanie et l'Afrique du Sud seraient prêtes à y contribuer. Ces futurs « Rambos » de la Monusco seraient clairement différenciés des casques bleus mais répondraient au même commandement et seraient financièrement pris en charge par l'ONU. La force neutre que l'UA veut déployer dans le Kivu mais peine à mettre en place, faute de fonds, n'aurait donc plus lieu d'être.

L'autre proposition du secrétaire général, dont la paternité revient au chef des opérations de maintien de la paix Hervé Ladsous, serait le recours à des drones pour surveiller les frontières et les mouvements de groupes armés.

L'utilisation d'avions sans pilote a peu de chances d'être approuvée par l'Inde et le Pakistan », deux pays siégeant actuellement au Conseil de sécurité, même si leur statut de membre non permanent ne leur octroie aucun droit de veto, insiste un diplomate, qui s'interroge sur la légitimité de ces réformes potentielles : « Une opération de maintien de la paix peut-elle avoir un mandat offensif ? »

LeMonde.fr

Un juge de la CPI fait de graves révélations sur cette Maffia: pourquoi il a rendu sa démission de cette juridiction



Pour les cinq ans qu’ont duré l’action en responsabilité pour crime de guerre contre l’ancien Président libérien, Charles Taylor, le juge sénégalais, EL Hadji Malick Sow, était juge suppléant à la chambre de première instance du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.

Il en assurait la présidence toutefois que l’un des trois «principaux» juges du fond était indisponible. Durant ces cinq années, Sow parlait en ces termes: «Je travaillais plus que tout autre parce que je prenais l’affaire au sérieux».

Pour moi, continuait-t-il, «j’étais le seul juge de la sous région ouest africaine, et en tant que tel, je ne pouvais retourner chez moi face à mon peuple, dire des mensonges sur ce que je n’avais ni vu, ni ne pouvais justifier».

L’engagement consciencieux de Sow et sa détermination à appliquer la loi, tels que l’exigent les statuts de ce Tribunal d’exception et le dispositif de la justice pénale internationale, l’ont rendu impopulaire parmi les autres juges statuant sur l’affaire, au point où, ils l’ont isolé au stade crucial des délibérations où il fut débattu de l’innocence ou de la culpabilité de Taylor.

Ce ne fut donc pas une surprise quand après, le 26 avril 2012, Sow lut une opinion dissidente, après que les juges principaux eurent rendu leur décision en référé, déclarant Taylor coupable et le condamnant par voie de conséquence à 50 ans de prison.

«Je ne suis pas d’accord avec la décision et les conclusions des autres Juges, parce que selon moi, aux termes du régime de la responsabilité, et aux termes de tout moyen admis de preuve, la culpabilité de l’accusé n’a pas été indiscutablement établie au delà de tout doute raisonnable par les preuves apportées à ce procès par l’accusation», avait déclaré Sow : «Et ma seule inquiétude est que tout le système est en désaccord avec tous ces principes que nous connaissons et que nous chérissons, et qu’il est en plus en désaccord avec les valeurs de la justice pénale internationale, et je crains qu’il soit tout entier en danger de simplement perdre toute crédibilité, et j’ai peur que le tout court à la perte».

Nombreux sont ceux qui ont trouvé sa déclaration courageuse, eu égards aux circonstances, mais les autres juges n’en étaient pas contents.

En effet, quand Sow a entamé la lecture de sa déclaration, les trois autres juges se sont levés et sont sortis de la salle d’audience. Le micro de Sow fut après débranché, les rideaux dans la gallérie publique furent tirés, descendus, et fermés.

Plus tard, sa déclaration fut enlevée du registre officiel de la cour et il fut sanctionné par la majorité des juges, à la fois de la première instance et de l’instance d’appel de la cour pour faute professionnelle.

En punition, il fut ordonné à Sow par les autres juges de suspendre sa participation à toute délibération jusqu’à ce que fût rendue une décision de l’autorité tutélaire (à laquelle, les juges avaient demandé de se prononcer sur ce qui adviendrait de Sow, son statut futur).

Depuis cette décision des juges en Mai, Sow n’a pas eu l’occasion de donner au grand public sa version des faits. C’est à la lumière de ces faits, que notre correspondant, Sheriff Bojang, est allé l’interviewer à son domicile à Dakar, au Sénégal.

Après la lecture de ses critiques, nombreux pourraient se demander comment une cour, établie par le droit international à dessein supposé de rendre justice, puisse se conduire de la manière décrite par Sow. Interview…

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Au moment où le monde entier suivait la retransmission en direct de la décision longtemps attendue, dans l’affaire Charles Taylor, vous avez adjoint à la décision unanime de la Chambre de la première instance une opinion dissidente. Qu’est ce qui n’a pas marché et qui vous a ainsi déterminé ?

Ce qui n’a pas marché, c’est le plan secret, ourdi par les autres juges de la Chambre de la première instance II pour me réduire au silence. Des consignes avaient été données aux fonctionnaires de la cour pour déconnecter mon micro, et aux techniciens pour descendre les rideaux.

Affirmer au people Sierra Léonais que le Président du Libéria, le pays voisin, a sa responsabilité pénale engagée dans les crimes commis en Sierra Léone est une affaire sérieuse. Et les preuves en appui à cette affirmation doivent être claires, convaincantes et sans trop de contentieux.

Ce que je disais était que, l’accusation n’avait pas apporté la preuve, qui établisse au-delà de tout doute raisonnable, la culpabilité de l’accusé. Ce fut une surprise totale pour moi d’entendre que la décision fut unanime, parce ce que, toutes les rares fois que nous discutions de quelque point, il y avait des opinions divergentes. Je fus très surpris de les voir servir une décision en référé dont ils se prévalent comme d’une décision unanime.

Même les brouillons de rédactions préliminaires que je recevais subissaient toujours des modifications. Les autres juges savaient que je n’étais pas d’accord avec la décision. Voilà pourquoi ils voulaient me contraindre au silence.

Et ma seule inquiétude est que tout le système est en désaccord avec tous ces principes que nous connaissons et que nous chérissons, et qu’il est en plus en désaccord avec les valeurs de la justice pénale internationale, et je crains qu’il soit tout entier en danger de simplement perdre toute crédibilité, et j’ai peur que le tout court à la perte.

En tant que juge suppléant, vous avez été présent tous les 5 ans qu’ont duré le procès. A quel moment vous êtes vous rendu compte que le tout courait à la perte ?

Les principes fondamentaux du droit pénal international se trouvent consignés dans les statuts des différentes cours et ils sont les mêmes: Ils commencent tous par la présomption d’innocence.

Et, le seul critère de preuve acceptable, est la preuve au-delà de tout doute raisonnable. Le troisième principe, est un principe général de droit pénal tel qu’il s’énonce dans sa formule latine, «In dubio pro reo» (l’accusé a le bénéfice du doute ou le doute profite à l’accusé).

Ces principes ont été foulés aux pieds dans le procès de Charles Taylor. Mais avant que nous n’allions plus loin, laisser moi éclairer ce point. Au moment où je prenais la parole à l’audience, je n’étais plus juge suppléant.

J’étais juge à part entière siégeant en tant que tel. Je n’étais pas celui qui n’était pas à sa place. Une des juges siégeant en première instance avait été élue juge à la Cour Pénale Internationale (Cpi).

Cette juge a solennellement prêté serment et siège à la Cpi, dans cette juridiction. Comme si de rien n’était, et de manière concomitante à son exercice à la Cpi, cette juge avait gardé son ancien poste de juge au Tribunal spécial pour la Sierre Léone (Scls).

Je ne pense pas que ces deux postes soient compatibles. Si l’élection à un poste dans une juridiction différente ne rend pas un juge inapte à continuer de siéger au Tribunal spécial pour la Sierra Leone, on doit alors nous expliquer quand un juge suppléant devrait-il être éligible au plein exercice en tant que juge à part entière.

J’ai eu des difficultés inimaginables pour que soit inscrit à l’ordre du jour de la réunion des juges en session plénière en septembre 2008, le sujet de l’interprétation qu’il faudrait faire des articles Article 12 des Statuts de la cour, et des règlements 16.

Ma requête a été rejetée par les mêmes juges qui m’ont férocement attaqué dans ce qu’ils appelaient une procédure disciplinaire. Les procès verbaux des deux réunions en séance plénière sont disponibles.

La question est de savoir si vous aviez l’autorisation d’exprimer en public cette opinion comme vous l’avez fait?

Je ne sais pourquoi personne ne veut parler des l’Article 18 du Statut de cette Juridiction d’Exception et du Règlement 88 du code de procédure et de preuve, qui sont les seules dispositions précises relatives aux décisions et aux opinions qui les accompagnent. L’article 18 du statut dit clairement (à lire dans notre livraison suivante)

Comment peut-on alors dire que pendant les «délibérations», un juge suppléant n’a pas le droit d’avoir une opinion, donc ne pourrait en exprimer une ? Il va de soit, qu’en principe général de droit, toutes les exclusions et limitations fassent l’objet d’une disposition expressément écrite.

Ici, il n’est pas question du droit de vote aux délibérations. Il est question de mon opinion sur ce procès, et contrairement au règlement 16 Bis (c), il n’y a ni limitation, ni interdiction ou exclusion dans la norme supérieure qu’est le Statut de la cour, ni non plus dans le règlement 88 pour l’expression d’opinions sur une décision.

Steve Beko
Source : Africawatch, de novembre 2012

5ème anniversaire de la mort de Madilu à Toulouse, Les Combattants gâchent la fête



Tel que nous l’avions annoncé dans l’une de nos éditions antérieures, le samedi 22 décembre 2012, à l’initiative de Me Vincent Gomez, le grand mécène de Madilu System, habitant à Pointe-Noire au Congo Brazza, une cérémonie des réjouissances devrait être organisée à Toulouse, en France, pour commémorer le 5ème anniversaire de la mort du Grand Ninja.

Cette fête, on le sait, est la suite logique de ce qui s’était déroulée au mois d’août dernier à Kinshasa pour le même fait. Il fallait donner l’occasion, tant à la famille du défunt qu’à tous ceux qui l’avaient connu et qui, résidant dans l’Hexagone, n’ont pas fait le déplacement de la capitale congolaise, de se rappeler de cet artiste qui a consacré sa vie au rayonnement de la culture congolaise.

Une production était initiée pour la circonstance et des musiciens de la diaspora dont les chanteurs Danos Canta Nyboma Mwan’Dido, Kuluna Elba Top, Jamaitha Inanga, Wuta Mayi, Luzubu Suzuki, Stino Mubi, Faya Tess ; les guitaristes Caïn Madoka, Beniko Popolipo et tant d’autres, devraient animer ce concert ponctué essentiellement sur des œuvres du Grand Ninja Madilu System.

Des invitations étaient lancées, des billets d’entrée vendus, on n’attendait plus que l’heure convenue dans la soirée pour des réjouissances.

Des délégations sont venues de la RDC, du Congo-Brazza, du Gabon ainsi que d’autres pays africains où Madilu System comptait de nombreux fans. Malheureusement, dans la journée de ce samedi 22 décembre, « les combattants », non autrement identifiés, sont descendus en bande dans la grande salle de la Mairie de Toulouse où devrait avoir lieu le concert, pour fracasser tout et perturber l’ordre.

Ils ont ainsi cassé des tables, des chaises, des verres, etc… Heureusement qu’à ce moment là les équipements musicaux loués n’étaient pas encore arrivés sur le lieu autrement ils les auraient aussi abîmés.

Informée, la police est descendue sur le lieu pour constater les faits. Néanmoins, elle a rassuré les organisateurs que, grâce aux caméras de surveillance qui ont pu filmer l’événement, elle ne va pas tarder à mettre la main sur les éléments de cette bande. Pour le moment, l’enquête est en cours.

Kingunza Kikim Afri
L'Avenir