mardi 14 mai 2013

Comment le "grand Congo" se retrouve à la merci du petit voisin rwandais



Actif en République démocratique du Congo depuis plus de quinze ans, j’entretiens d’excellentes relations aussi bien avec Joseph Kabila qu’avec d’autres chefs d’état de la région jouant un rôle éminemment central dans la crise congolaise, notamment Paul Kagame (Rwanda) et Yoweri Museveni (Ouganda).

Fort de cette expérience, je suis sidéré de l’incapacité de la communauté internationale à percevoir que le « Grand Congo » est à la merci de ses petits voisins.

Ils sont venus, ils ont vaincu, puis… ils sont repartis. Il faudrait être plus que candide pour croire que les rebelles du M23 ont pendant douze jours occupé Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), uniquement pour se rappeler au bon souvenir de Kinshasa et du monde extérieur avant de se fondre de nouveau dans les collines alentour.

La communauté internationale se bercerait également d’illusion en se persuadant que ses pressions sur le Rwanda ont cerclé d’une ligne rouge à ne plus franchir l’État du général-président Kagamé.

Ce dernier, ayant fait du génocide des Tutsis en 1994 le bouclier de son impunité, vient au contraire d’apporter la preuve de son emprise décisive sur son grand voisin. Voulez-vous la paix dans l’est du Congo ? Alors, il faut en négocier le prix à Kigali.

On pourrait appeler cela la « loi du post-mobutisme ». En effet, pour chasser du pouvoir le maréchal Mobutu, alors qu’il n’était déjà plus que l’ombre de lui-même en raison d’un cancer terminal, les voisins orientaux du Congo – principalement l’Ouganda et le Rwanda – ont organisé sa succession manu militari.

En octobre 1996, une première « rébellion congolaise » est sortie du sol, toute en armes, treillis de camouflage et bottes en caoutchouc, pour marcher sur Kinshasa. Figure de proue sans corps armé à lui, Laurent-Désiré Kabila, otage des troupes rwandaises, a pris les rênes à Kinshasa. Après son assassinat en janvier 2001, son fils Joseph lui a succédé au pouvoir comme se sont succédées les « rébellions ».

En 2009, un partage des richesses minières dans l’est a été conclu entre Kabila-fils et Kagamé. Cette paix des pillards était fondée sur l’intégration dans l’armée congolaise des rebelles télécommandés par Kigali.

Or, au mois de mars, passé le cap de sa réélection frauduleuse, Joseph Kabila a rompu ce pacte pour le réécrire en sa faveur. La suite est connue.

Pour l’avenir prévisible, cette suite sera sans fin. Comme le soleil, les rébellions se lèveront à l’est tant que le Rwanda n’aura pas sa part des diamants, de l’or et du coltan.

Si l’est du Congo est martyrisé, Joseph Kabila et la classe politique à Kinshasa n’en sont pas pour autant des victimes innocentes de leurs voisins orientaux.

D’abord parce qu’il se trouve toujours un parti d’opposition dans la capitale congolaise – à présent c’est celui de Vital Kamerhe – qui ne demande qu’à monter dans les fourgons rwandais pour se faire conduire au pouvoir.

Ensuite parce que Kabila-fils a de facto effrité le Congo en trois : l’est swahiliphone qu’il ne cesse de se disputer avec les Rwandais et les Ougandais ; Kinshasa et le « pays du fleuve » où le lingala sert de langue véhiculaire et où l’actuel chef de l’Etat n’a jamais été populaire ; enfin, le Katanga, la province méridionale du cuivre et du cobalt dont est "originaire" Joseph Kabila mais qu’il a bradée aux groupes miniers belges, canadiens et chinois.

Comment cette dictature concessionnaire s’est-elle mise en place ?

Poser la question revient à pointer du doigt la responsabilité de la communauté internationale.

En 2001, Paris et Washington n’avaient rien de plus urgent à faire qu’à adouber l’inconnu qui venait de prendre la place de "son père" en successeur dynastique.

Belle leçon de démocratie !

Elle a été entérinée en 2003 quand, en vertu des accords de Sun City négociés sous la houlette sud-africaine, le pouvoir au Congo a été partagé selon la formule « 1 + 4 », lisez : un président de fait entouré de quatre chefs de guerre reconvertis en vice-présidents.

En 2006, une élection présidentielle que l’on aurait voulue juste et équitable a fait le tri des ambitions : le survivant face à Kabila, Jean-Pierre Bemba, a été éliminé au second tour. Bien qu’il ait réuni sur lui 42 pour cent du vote populaire, Bemba a été forcé à s’exiler puis s’est vu arrêter par la Cour pénale internationale pour sa responsabilité hiérarchique présumée dans des crimes de guerre commis par ses forces en Centrafrique.

Après avoir fermé les yeux sur la fraude électorale au Congo, la communauté internationale a prêté son bras judiciaire à Kabila pour faire le vide autour de lui.

Le résultat : l’élection présidentielle en novembre 2011 n’a même plus sauvé les apparences d’un scrutin régulier, la plus importante mission de paix des Nations unies dans le monde – 17.000 casques bleus, 1.500 policiers et plus 3.000 civils au service de la démocratie et des droits de l’homme – cautionnant une farce.

De la même façon, 1.500 soldats de paix onusiens viennent d’assister, impuissants, à la conquête de Goma, une ville frontière d’un million d’habitants.

En définitive, les casques bleus n’y ont assuré que la libre circulation des tueurs et pillards entrants ou sortants – des soldats réguliers, battus mais autorisés à revenir, et des rebelles, vainqueurs mais contraints d’abandonner le terrain.

Quant à la protection de la population, mieux vaut-il ne pas demander aux intéressés. Spoliés du peu qu’ils avaient, les habitants de Goma ont vécu deux semaines pendant lesquelles la mort pouvait frapper à leur porte à tout moment.

Les victimes ont été surtout les plus actifs et les plus engagés d’entre eux, soit précisément les membres de cette « société civile » dont l’ONU se gargarise de vouloir favoriser et sécuriser la libre expression.

Ainsi piétine le Congo, un Etat d’exception. On pourrait remonter à Léopold II et à la « cueillette rouge » – rouge de sang – du caoutchouc naturel ; ou à Mobutu en oubliant, bien souvent, que sa première décennie au pouvoir – avec des taux de croissance près de 10 pour cent – était ce que le Congo a vécu de mieux depuis son indépendance.

Car la suite, y compris cet après-guerre froide qui devait enfin voir fleurir la paix et la démocratie aussi dans le Tiers monde dont les « petites guerres » nous avaient épargné une Troisième guerre mondiale, a été pire.

Plus que jamais, l’exception est la règle au Congo : le pouvoir s’y prend encore par la force, désormais de père en fils ; et l’étranger s’ingère toujours, dorénavant non seulement en tirant les ficelles à partir des grandes capitales occidentales mais, aussi, en fournissant kalachnikovs, uniformes et bottes à partir de Kigali.

Le « grand Congo » est à la merci d’un petit voisin. Hier comme aujourd’hui, seul comptent les richesses du pays. La population n’en fait pas partie. Elle est abandonnée au plus fort.

jean-yves-ollivier
Direct!cd

L’évolué au Congo Belge, l’homme à l’identité en pièces



Lomami Tchibamba est né en 1914 à Brazzaville, dix-neuf ans après l’établissement de l’État Indépendant du Congo (EIC). Mais pourquoi donc chercher à établir une corrélation entre l’EIC et le lieu de naissance de cet homme, dont l’orthographie du nom affiche qu’il est « Congolais d’en face » ?

En effet, au Congo-Brazza, les Français ont transcrit [] => ch, tandis qu’au Congo-Kinshasa, les Belges ont transcrit ce phonème ainsi : sh. Hélas, les colonisations différentes ne sont pas arrivées à abolir dans cet homme ce que la nature entêtée affiche :

« Brazzaville et Kinshasa ont ceci de particulier qu’elles sont des capitales jumelles, les plus rapprochées du monde géographiquement et historiquement. Sur les rives du Pool Malebo, grand lac béant de près de 30 km avant les fameuses chutes de Kinsuka et du Djoué, la littérature et la musique – quoique avec des parcours variables – sont une seconde nature, une manière intime, consubstantielle à l’être congolais de survivre, de résister. Et non un luxe… » (1)

C’est dire que Lomami Tchibamba est un « biriverain » (2). En 1933, il est engagé comme rédacteur au périodique La Croix du Congo. Six ans plus tard, il ira travailler au Gouvernement Général de la Colonie et se fait remarquer par un article dans La Voix du Congolais (3) : « Quelle sera notre place dans le monde demain ? » Cet écrit décrit la situation des évolués.

Des hommes entre les eaux, « ballottés entre, d’une part, les mœurs et la mentalité des indigènes qualifiés de primitifs et, d’autre part, l’européanisme, nous ne savons au juste à quel saint nous vouer (…).

De jour en jour, en présence et victimes de faits, gestes, attitudes, etc., de ceux auxquels nous croyions avoir été assimilés, notre âme ulcérée et aigrie nous fait douloureusement croire que nous avons dévoyé, ou mieux, l’on nous a sciemment mis hors de la voie qui doit nécessairement mener l’homme vers sa destinée sociale » (4).

Écrit incendiaire contre le pouvoir colonial, il est arrêté, torturé et s’exile à Brazzaville, une partie du « Grand Congo » séparée de sa jumelle Kinshasa par Ebale ezanga mokuwa (5). Il y restera de 1950 à 1959 animant la revue Liaison (6).

Dans les milieux des Évolués « d’en face », il a un rang prestigieux. N’avait-il pas failli à l’avènement des indépendances devenir président de la République à la place de l’abbé Fulbert Youlou ?

Il retraverse à nouveau le fleuve d’amour et s’installe à Kinshasa. Mobutu prend le pouvoir en 1965, propose un poste ministériel à l’écrivain. Ce dernier décline l’offre. Un refus de trahir la mémoire de Lumumba. Mais là j’ai traversé le temps ! Revenons à 1948.

Alors qu’il est en prison à cause de son article cité plus haut, la Foire coloniale de Bruxelles (1948) récompense Ngando par un prix. Puis, c’est le grand silence… interrompu en 1981 par la publication de Ngemena (7) aux éditions Clé de Yaoundé. Une manière d’échapper à la censure de son pays qui continue à être sous la botte de la dictature.

Car, Ngemena, comme le dit Ngandu Nkashama est un « récit [...] d’une facture complexe [...] qui semble procéder du témoigne (sic) historique. La narration est avantageusement autobiographique » (8). Mopodime, pour ceux qui ne le savent pas est un nom ou un surnom de Lomami Tchibamba.

L’unité de temps et de lieu n’est que factice. Un refuge dans le passé qui dit le présent de l’écriture. Mais un passé si identique au présent. Car, « les absurdités des pouvoirs actuels, [...] empruntent au système colonial ses visages de cauchemars, ses méthodes d’agressivités permanentes, et ses cercles vertigineux de violences inutiles » (9).

Ce récit mène le lecteur dans l’univers colonial et revient sur certaines réflexions de l’article précité. Les événements datent de 1948, trois ans après la seconde guerre mondiale. Le Congo belge y avait été impliqué économiquement et humainement. Au contact des Blancs, les soldats noirs avaient vu la vulnérabilité du maître.

« L’accroissement numérique de l’élite noire, fière de sa formation intellectuelle, consciente de son évolution et sensible à toute forme de discrimination » (10) revendique le droit d’être reconnu homme à part entière. Suite à ces faits, une certaine agitation va naître dans la colonie belge.

Afin de museler ces revendications, le colonisateur invente une catégorie sociale : l’évolué. Un statut flou qui voulait qu’au terme des rites de passage le Noir soit assimilé au Blanc : « pour le Noir colonisé, c’est-à-dire le soumis, échapper au statut dénigrant d’indigène devient rapidement un rêve.

Une élite cherchera, surtout dés les années 1940, à se distinguer de la masse, à se démarquer de ses confrères de « race » dans l’espoir de flatter le Mundele (le blanc) et d’ainsi trouver le salut qui ouvrirait la voie à quelques avantages tant moraux que matériels apportés par la civilisation. Mais l’humiliation sera au bout de toutes ses initiatives » (11).

Dans cette analyse, je vais décrire une tranche de la vie de Mopodime. L’évolué quitte la capitale pour entreprendre un voyage dans l’arrière pays, fort des papiers, symbole valorisé dans la culture occidentale, qui confirment son statut, supérieur à celui des autres Nègres.

L’humiliation est de la partie et démystifie le titre et les papiers reçus à Léopoldville. Ce n’est pas sans rappeler ce que Tierno Monénembo, écrivain guinéen, écrira quatorze ans plus tard au sujet des Sans Papiers de l’église Saint Bernard : le papier « est la source de tous les malheurs de l’Afrique (…) à chaque méandres, il nous serait demandé un papier et, bizarrement, jamais le bon » (12). Ces papiers serviraient à emprisonner les Africains, selon cet écrivain.

Dans cette étude, je vais analyser la problématique des papiers liée au statut d’évolué. La carte d’évolué est-elle une pièce libératrice pour son détenteur ou un élément qui réduit sa liberté ?

Cette problématique sera traitée par l’entremise du voyage qui amène Mopodime Pualo de Léopoldville vers Libenge. Embarquons-nous avec lui vers Ngemena, non Gemena. Peu importe, ce qui compte c’est le voyage dans la littérature congolaise, mal connue.

Une traversée, au sens profond du terme de Ngemena l’œuvre de Lomami Tchibamba qui est un des piliers de la littérature congolaise. L’itinéraire suit la scansion du voyage de Mopodime : Léopoldville, le bateau, Lisala Ngomba et Gemena.

Léopoldville

Lorsque Mopodime, l’évolué de Léo, prend congé de ses collègues avant d’aller passer ses vacances dans l’hinterland. Ces derniers le mettent en garde contre cet ailleurs dangereux : « un pays où les rapports entre Européens et indigènes-évolués sont pleins de risque (…). Les Até (13) (…) sont très mal disposés à l’égard des intellectuels venant de Léo (28).

Le commis de Léopoldville rétorque : « je n’agis jamais sans mûre réflexion » (28). Or, dans le Congo Belge de l’époque, la réflexion n’était pas une qualité. Ceux qui réfléchissaient étaient embrigadés pour être mieux contrôlés et finalement être bannis.

Le commis de Gougal, comprenez, le gouvernement général, Mopodime, avait été embrigadé pour écrire des articles dans le Journal La Voix du Congolais. Journal qualifié par un de ses collègues de « pamba pamba » (sans valeur), dans lequel les aînés prudents « ne s’amusent (pas) à gaspiller leur intelligence et leur calligraphie pour faire étalage des articles » (32).

Et ce, à juste titre. Car, « l’évolué », le nègre instruit, et à fortiori le nègre qui écrit, était à priori suspect aux yeux du colonisateur. Il fallait désamorcer, réprimer toute velléité de contestation ou d’insoumission » (14). La collaboration à La Voix du Congolais n’avait-elle pas déjà valu à Mopodime « un dossier spécial à direction de la Sûreté » (35).

Selon un de ses collègues : « on attend qu’une occasion pour (le) foutre en relégation quelque part en brousse, sans parents, sans amis » (35). Devons-nous comprendre que le commis de Gougal est un prisonnier en puissance ou un prisonnier qui s’ignore ?

 En mettant en marche mon encyclopédie, des lexèmes comme gougal, ngemena, le titre de ce récit, émergent dans ma tête. J’ai tendance à répondre déjà par l’affirmative. Car, gougal sonne comme goulag. Au sens large, ce lexème renvoie à « la mise à l’écart, dans un régime totalitaire, des éléments jugés indésirables ».

Cette mise à l’écart dans la langue du pays vers lequel Mopodime se dirige s’appelle ngemena. Le voyage de l’évolué aura pour terme le bannissement qui est une espèce de mort. Une mort qui en évoque d’autres dans la littérature africaine : la mort de Samba Diallo, la mort de Toundi, la mort du Vieux Nègre de Ferdinand Oyono et d’autres encore…

Mais, je n’en suis pas encore là. Mopodime est confiant dans ses papiers trop bien tamponnés sur lesquels étaient consignés son itinéraire, son statut spécial d’évolué qui le mettait au-dessus de la masse indigène et le rapprochait du Blanc et cela l’empêchait de voir que ces papiers étaient comme un bracelet électronique, je voulais dire, un bracelet de « papiers » – en 1948, le système pénitencier n’avait pas encore mis au point cette invention – à sa cheville qui permettait au garde-chiourme d’avoir l’œil sur lui. C’est sur cette note que s’amorce le voyage en bateau vers Lisala.

Le Bateau

Le bateau est un lieu de mémoire chargé dans l’imaginaire des Nègres déportés aux Antilles, en Amérique. Lieu de maltraitance, prison, lieu de mort. Anxieux, le survivant attendait une délivrance probable. Dans cette Odyssée, il y avait eu aussi des papiers : des papiers qui avaient servi à asservir l’Africain.

Longtemps après l’abolition de l’esclavage, les papiers continueront à scander sa vie avec diverses vicissitudes. Réglementation de la physionomie des villes : quartiers blancs séparés des quartiers noirs. L’indigène qui franchissait le quartier blanc devait être muni d’un laisser-passer.

Ce régime apartheid s’étendait aussi aux moyens de locomotion. Pour ne citer que le cas du transport fluvial, les bateaux étaient divisés en quatre classes, ainsi réparties : la première classe réservée aux Européens, la seconde aux asiatiques, aux prêtres et aux séminaristes, la troisième aux évolués et la dernière aux indigènes.

Sur l’Eendracht (15) bateau qu’emprunte Mopodime, Le capitaine n’a cure d’appliquer ces lois. Les Noirs, toutes catégories confondues, voyagent « dans l’étroit espace entre la chaudière et le bord emmuraillé par une haute pile de bois de chauffage, refuge de rats, de scorpions et de mille-pattes, sans oublier les serpents » (37). Mopodime, lui a quitté la situation in-genus, au sens zoologique du terme. Il peut prétendre « à la cabine de 3°classe-pont destinée aux évolués » (37) et non au bestiaire.

C’est ainsi qu’il va réclamer la clef de la cabine à l’indigène chargé de l’ordre pour la section noire sur le bateau, preuves à l’appui. Sa feuille-de-route, que le scripteur met en italique.

Une différenciation scripturale qui renvoie à l’isotopie de la fracture sociale. Cette exhibition est accompagnée de la déclinaison du « titre de noblesse administrative que confirmait la plaque dorée des armoiries impériales « Union fait la force » qui brillait au front de son casque colonial collé à la tête » (37).

Ailleurs, pour parler de ce papier, le narrateur lui préférera le terme : « sauf-conduit » (41). Mopodime, l’évolué veut être pris au sérieux. Ce qui justifie sa parade : sauf-conduit, déclamation du titre de noblesse et casque colonial.

Pourtant, ces signes, renvoyant à l’exception, ne seront pas le sésame qui vont permettre à Mopodime de se rendre à Libenge, le but de son voyage, ni de traverser sans histoire les zones qui en constituent les étapes. Lorsque l’on se réfère à la linguistique, on apprend que le signe signifie lorsqu’il est différentiel. Ici, il y a un amoncellement de signes renvoyant à un sens identique. On pourrait dire à l’insignifiance.

« L’insignifiance de la personne que (Mopodime) s’attribuait imaginairement » (94). Imbu de sa différence imaginaire, il demande la clef de la cabine réservée aux évolués.

Le mungamba, entendez travailleur, va rejeter sa requête : « il ignorait la cabine de n’importe quelle classe réservée aux évolués ; qu’il était inutile pour le commis de l’État de chercher à faire du Blanc ; qu’en tant qu’indigène, il ferait mieux de se débrouiller comme les autres passagers qui l’entouraient » (37sq).

En effet, les évolués cherchaient à se différencier de la masse et Mopodime n’entendait pas se faire traiter de la sorte. C’est ainsi que lui le Mundele-Ndombe, le Blanc à peau noire, va transgresser la hiérarchie et l’espace. Il pénètre dans le « sanctuaire de l’officier supérieur : le CAPITAINE lui-même» (39).

L’espace de l’Européen est désigné par un terme sacré : sanctuaire. On retrouve à nouveau une différence scripturaire, non pas l’italique penché, mais les majuscules pour désigner le maître du bateau : CAPITAINE. Ces lettres capitales connotent et crient la supériorité du Blanc vis-à-vis du Noir.

Dans sa précipitation pour faire appliquer à la lettre ce qui est inscrit sur son papier, l’évolué en oublie, les rites de dépouillement, devant n’importe quel Blanc, pourtant rappelés par ses collègues, qualifiés de « conseil salutaires de sécurité (…). Cache vite ton casque sous l’aisselle dépêche-toi d’enlever tes souliers et de les tenir à la main, dénoue et empoche ta cravate (…), il ne faut pas essayer d’utiliser le français devant n’importe quel Européen» (29).

La vue de « cet indigène cravaté qui tenait un casque où luisait l’écusson de Mbula Matari qu’il détestait » (39), aura un effet volcan sur le maître des céans. Il va refluer un torrent d’injures sur lui : « macaque…), tes sales pieds, ton sale minois de singe-comis-de-première-classe, espèce de singe-intellectuel-évoluééé, qu’est-ce qui me retient de t’écraser comme une vermine (sic) ».

Après l’avoir gratifié ainsi, le civilisateur prononce une sorte d’anamnèse : « Oh ! abominables macaque…

L’ingratitude qui noircit votre cœur à vous autres indigènes soi-disant évoluééés (sic) n’a d’égal que le ridicule orgueil qui vous gonfle bêtement la tête et vous pousse à oublier que c’est de notre propre volonté que les portes de la civilisation vous sont ouvertes petit à petit.

Cependant vous vous impatientez déjà, comme si notre largesse était un droit absolu pour vous autres et une impérative obligation pour nous qui, de plein gré, avons pris la généreuse initiative de vous initier gratis » (44).

Cette sortie atteste que le papier mentionnant : évolué n’a aucune valeur dans la vie courante. Les rapports Blancs-Noirs sont toujours imprégnés de racisme. Á ce sujet Omasombo dit : « la détermination de l’élite congolaise à se rapprocher de l’Européen se heurte continuellement au refus de ce dernier de partager le bien-être de la colonisation.

Jusqu’à la fin de l’ère coloniale, une nette injustice sociale persistera dont les habitations et les salaires en sont les traces les plus tangibles. Le racisme marquera jusqu’aux gestes les plus anodins de la vie courante la gestion du Congo Belge » (16).

Au point qu’en 1954 et en 1955, Pétillon écrit au ministre des colonies pour demander l’organisation dans les écoles coloniales « des cours de déontologie et des conférences consacrées à l’enseignement des devoirs d’humanité et de bienséance qui incombent au personnel de la Colonie envers les indigènes immatriculés, les porteurs de la carte du mérite civique et tous les autochtones ». (17) C’est dire que la détention de la carte d’immatriculé ou d’évolué était lettre morte.

L’évolué demeure dans un statut brumeux que lui-même n’arrive pas à définir : « il est vrai que j’ai été à l’école. Mais ce n’était pas pour devenir un évolué. Je ne sais donc pas comment qualifier autrement ma situation maintenant que je ne fréquente plus l’école » (42). Le Noir qui est passé par les épreuves de blanchissement n’a plus de repère.

C’est un détribalisé, un « mundele-ndombe » auquel le Blanc refuse le droit de jouir de certains avantages.

Le papier qui stipule qu’il peut voyager dans la troisième classe pont est nul et non avenu. L’emploi du lexème pont est significatif à cet égard. Le pont est un ouvrage réalisé pour relier deux points. Deux points séparés par une dépression ou un obstacle, ajoute le dictionnaire.

C’est dire que pour le commandant du bateau, il n’y a pas de rencontre possible entre les deux races. La race blanche et la race des « transplantés, (…) des quart de civilisé. [des] demi-évolués, ou encore des « vernivoulués », néologisme mettant l’accent sur l’aspect brillant et superficiel des évolués » (18).

Les Noirs doivent rester où ils sont. C’est donc par un coup de pied que Mopodime est renvoyé : « les évoluééés (sic) seront refoulés obligatoirement parmi les autres macaques indigènes [...], c’est dans la communauté nègre qu’ils auront le loisir de se métamorphoser en ultra-évoluééés » (45sq.).

« Le mondélé ndombe » orgueilleux qui ne voulait pas faire son voyage comme les autres passagers indigènes [redescend avec dans] son slip une déjection molle » (48) qui s’était échappée après le coup administré par le capitaine. La rumeur de l’altercation avait précédé le commis de Léo.

Aux sarcasmes s’ajoutaient des propos sur une hypothétique arrestation à la prochaine escale de Bolobo ou l’éventualité d’être renvoyé à Kinshasa pour être emprisonné à la prison de Ndolo. Lui qui se croyait supérieur revient réduit « avec son mobilisé rempli de la chose que fait un bébé » (48). Cependant, dans la situation où se trouve Mopodime, l’événement acquiert une autre signification.

Il y a d’abord la scatologie. Les excréments sont un thème récurrent dans la littérature carcérale. « Leur déjection par la personne torturée est, pour le tortionnaire, le signe de sa victoire sur sa victime (19) ». Dans ce topos, se retrouve également la possibilité d’être emprisonné.

Ces lexies (coup administré, la chose que fait un bébé) sont des relata corrélés au goulag et à ngemena. Ainsi réduit, l’évolué se remémorera les conseils de ses collègues. Le narrateur omniscient rapporte que tout cela se métamorphosa en une « dimension d’une solide prophétie de malheur qui venait de commencer à se réaliser sur ce bateau » (49).

Le bateau se confirme à nouveau comme mémoire de la maltraitance. Il devient un lieu de découverte progressif de la mystification « des papiers » par lesquels le colon menait l’évolué en bateau. Le sauf-conduit bien tamponné n’a aucune portée. À cause de lui, Mopodime est fiché à nouveau. Rempli d’appréhension, il voit le bateau accosté à Lisala.

L’escale de Lisala Ngomba

Le but du voyage de l’évolué, c’est Libengé qu’il ne peut atteindre qu’en camion. À son arrivée à Lisala, il s’empresse de se présenter à l’administration du territoire pour faire viser sa feuille de route comme le prescrit la loi. Après la cérémonie du « monde des ronds-de-cuir et les tampons » (20).

L’administrateur du territoire affable engage une conversation avec l’évolué de la capitale au cours de laquelle trois sujets sont évoqués : sa version de l’incident du bateau – le rapport avait déjà été fait par l’homme de main du capitaine -, sa collaboration à La Voix du Congolais et pour finir le débat sur le statut des évolués : « où en est-on là-bas à Léo ?

Le Grand Bwana de Kalina lancera-t-il bientôt la fameuse loi pour « européaniser complètement » le statut des évolués » ? (55sq). Mopodime a donc un dossier qui le précède. C’est un prisonnier qui porte à sa cheville un bracelet de surveillance, comme je l’ai fait remarquer précédemment.

Des articles imprudents publiés dans La Voix du Congolais lui avait déjà valu « de féroces coup de fouet [...] au Parquet Général » (30) et son dossier avait déjà été transmis aux services de sécurité. Cette conversation est-elle un interrogatoire ou une manière pour l’administrateur, réputé bon, d’entrer dans l’âme du prisonnier en sursis ?

Cela, Lomami Tchibamba ne le dit pas. Il se limite à souligner la bonté de ce chef. Cependant, il arrange son récit de manière à ce qu’il y ait un retard du « car-fourgon-Contoco », que le sujet devrait emprunter pour continuer son voyage, afin de le livrer au chef de la police du lieu.

Notons au passage, l’emploi du lexème « fourgon » qui fait penser au fourgon cellulaire. Pris de court par cette déconvenue, n’ayant pas de connaissance à Lisala, l’évolué de Léo se demande comment assurer son gîte. L’administrateur rédige une recommandation adressée au commissaire de police Lörach afin qu’il le loge.

Il savait pourtant que le « capitaine d’Eendracht (…) ne manquait jamais de s’arranger avec le commissaire de police de Lisala pour faire arrêter quelques passagers indigènes chaque fois que son bateau faisait escale » (55). Mopodime est incapable de comprendre ce monde du papier qui fonctionne « avec ses propres codes, ses propres intérêts » (21), il tombe dans la trappe et va se livrer au chef de police, Otto-Fritz Lörach.

Un Allemand naturalisé Belge-flamand « dont l’éducation de base lui venait de l’école des brigands et qui avait eu le courage de quitter son groupe opérationnel des bords du Rhin pour venir civiliser les nègres du bled de la Mongala » (68). Le français, il le parle et le lit mal : « il déchiffrait le papier de recommandation (…) avec une lenteur étonnante (…) tel un analphabète » (59).

Incommunicabilité avec l’écrit ou énervement et colère face à cet évolué qui affiche de manière ostentatoire les signes de sa caste : « le casque colonial, les souliers luisants, les bas de sport, l’impeccable mobilisé immaculé » (59).

L’ex-brigand, devenu civilisateur des Nègres en pays Ngombe s’abat sur l’ « efoulouis (sic) de Léo » (60) avec une déflagration d’injures : « mosenzi nyama ! Yompe nani ? (Primitif animal ! qui peux-tu être toi aussi ? » (59). Les injures sont suivies de coups.

 Cette fois-ci le mécâââque (sic) se prépara au sport » (60). Sur la terre ferme, la victime n’entend « plus se laisser transformer en porching ball » (60). Il réplique mais, il est déjà donné perdant, car au Congo Belge nommé également Empire du silence, « le Noir n’avait que deux droits réels : travailler et se taire » (22).

C’est ainsi qu’il ira se réfugier chez l’administrateur du territoire qui lui donne une solution de rechange pour son logement et lui propose de meubler son temps en s’enfermant pour « beaucoup lire » (71) au cercle Cercle-Pierre-Ryckmans. Ce lieu est ainsi décrit : « une imposante maison, bien meublée à la « bibliothèque garnie de livres » bien choisie et de bonne moralité », ainsi que d’une collection de « la Voix du Congolais » alimentée par un abonnement régulier ; le soir, des lampes « pétromax », (…) sollicitaient la gaieté. (…) Mais hélas… Pierre-Ryckmans végétait dans l’abandon et dans l’inutilité.

Selon une rumeur venant de Léopoldville, ce haut lieu de culture était une trappe : « les intellectuels qui fréquentaient les deux cercles culturels de Kinshasa et de Kintambo, ainsi que les membres du comité de rédaction de la « Voix du Congolais », (n’étaient-ils pas) tous des condamnés en sursis ignorant la « relégation politique » qui les attendait et dont on préparait sous cape les mesures administratives d’exécution ? » (64).

Jaloux de sa liberté, le Lisala lettré et confondu ne fréquentèrent pas ce lieu en raison de la réputation répressive des centres apparentés de la capitale. « Tous entretinrent une vigilance agressive autour de leur précieuse sécurité en se choisissant des distractions saines : la chasse, la pêche dans des îlots invisibles à Lisala, les pratiques religieuses à la mission catholique figurait également sur l’agenda des distractions saines et saintes en vue d’« échapper aux griffes de Pierre-Ryckmans » (66).

L’évolué de Léo, inconscient, est canalisé lentement vers la relégation. L’escale de Lisala révèle qu’il est embastillé sous des airs de liberté. D’ailleurs, la fréquentation de la bibliothèque est évoquée judicieusement par le verbe s’enfermer qui entre dans le topos pénitencier.

Ce lieu fait penser à certains univers carcéraux dans l’imaginaire littéraire : « des grappes de chauves-souris accrochées aux chevrons, tout à la fois endormies et occupées à déféquer la chiasse de leur gueule de chien (…) tandis qu’un amas d’inextricables toiles d’araignées habillaient exagérément les encoignures. Et le tout dégageait une odeur prenante » (67) (23).

L’isotopie de la prison se resserre de plus en plus autour de l’intellectuel de Léo. Cette fictionnalisation renvoie à l’univers colonial qui ne voulait pas favoriser une ouverture d’esprit chez le colonisé.

« L’instruction était donnée au compte-gouttes [de peur] de la menace que pouvait représenter pour l’Ordre colonial une ouverture des esprits non contrôlée » (24).

La création de ces centres répondait à des impératifs de surveillance. Ce qu’Aimé Césaire dans Le Discours sur le colonialisme nomme : « la muflerie des élites décérébrées ».

Gemena

Lomami a bâti le récit de Ngemena autour du voyage que l’on peut interpréter comme la métaphore de la vie qui passe avec ses aléas. Une lecture intertextuelle en donne plusieurs explications et interprétations que je n’évoquerai pas dans le cadre de cette analyse. Je me limiterai à Montaigne et à Saint Augustin.

Pour le premier, le voyage connote le plaisir. Mais saint Augustin condamne le plaisir lié au voyage qu’il nomme : concupiscentia ocolorum, la concupiscence des yeux. Le damné de la terre, Mopodime qui voyageait pour le plaisir d’aller retrouver sa tante va voir s’ajouter à la liste de ses péchés capitaux : la concupiscence des yeux.

Son voyage entamé sur une note sombre va continuer à se décliner ainsi à toutes les étapes. L’étape de Gemena n’y dérogera point. Le chef du charroi automobile, « monsieur van Assenède (…) n’avait pas de raison de respecter le calendrier ni l’horaire des voyages de nègres, sales indigènes de surcroît » (77).

C’est ainsi que l’évolué va meubler son temps en répondant aux invitations des employés de bureau de Gemena, qui l’entouraient, l’admiraient et l’enviaient même, afin de parler « du fameux Statut des évolués, cette antichambre de la Civilisation européenne… » (78).

Le reste du temps, il le consacrait à l’exploration touristique de l’environnement. « Le commis de Gougal était vraiment à l’aise » (78) jusqu’au jour où il alla violer l’espace redécrété par l’administrateur du territoire, Hermann von Schechting, « zone interdite à la circulation ».

Car, cette zone avait été jadis le lieu où le pouvoir colonial déversait les adeptes du Kimbanguisme, du Kitawala et d’autres religions estimées dangereuses pour la foi chrétienne catholique et pour l’État.

Cependant, pour des raisons économiques, l’ostracisme avait été levé, « les ngemena perdirent instantanément le stigmate d’heimatlos (25) et le déshonorant état de bagnards politiques qui les avaient si longtemps diffamés, déclassés et diminués socialement » (91).

Ceux qui étaient affaiblis par la maladie ou l’âge durent rester dans la forêt, comme Kashidi Mwan’Nzal, « perclus (…). Détruit par une précoce décrépitude fertilisée par d’interminables privations débilitantes et des maladies consécutives jamais soignées » (81).

Dans ses pérégrinations en Zone interdite, Mopodime va rencontrer Kashidi, frappé par la déchéance, et il cherchera à comprendre cet aspect de l’atrocité coloniale. Informé par ses espions, von Schlechting convoque le coupable.

Le voyage revêt à présent une autre dimension : la concupiscenta ocolorum qui lui vaut convocation et confiscation de « toutes ses pièces (un livret d’identité, une carte de mérite civique, et sa feuille de route) » (94).

Après un échange violent de paroles, von Schechting lui intime l’ordre de quitter le territoire de Gemena dans les vingt-quatre heures. Malheur ! Le car-fourgon venait de quitter la contrée. Aurait-il pu le faire même si le car n’était pas parti ?

Plus haut, j’ai relevé que le Congolais était soumis à un système de visa même dans son propre pays. Leur absence dans certaines circonstances de temps et de lieu équivalait à une peine de prison.

Dans Codes et Lois du Congo Belge au § 5, on peut lire : « aucun indigène n’est autorisé à quitter pendant une période continue de plus de trente jours la circonscription dont il fait partie, qu’à la condition d’obtenir un passeport de mutation de l’administrateur territorial ou de son délégué ».

La confiscation de ces papiers prélude à l’emprisonnement de l’évolué de Léo « ignorant l’insignifiance de la personnalité qu’il s’attribuait imaginairement » (94). Ce sont ses hôtes qui lui révéleront peu de temps avant sa relégation comme Ngemena que l’administrateur du territoire « (avait) quelque secrète prévention téléguidée » (103) contre lui.

 Car, l’administrateur von Schlechting – schlecht signifie mauvais, en allemand – avait des origines allemandes. Il était naturalisé Belge. « Il est donc le « frère » (au sens africain du terme) de Compolice (Loräch) de Lisala. Celui-ci doit certainement vous avoir signalé à son frère von Hermann Fédor en le priant de vous « alambiquer des mixtures politiques » à Gemena » (103).

C’est ce que disent les personnages. En fait, Mopodime était un individu indexé depuis Léopoldville par le pouvoir colonial. Ses pièces d’identité ont servi à le contrôler, à le canaliser et finalement à l’arrêter.

La détention de la carte d’évolué se révèle mortifère. Elle lui a conféré un statut qui l’a séparé des siens pour le rapprocher du Blanc (26) mais ce dernier n’a pas voulu de lui alors que c’est lui qui avait créé ce chiffon de mérite civil. Maintenant, il s’en sert pour réduire le Noir en pièces.

Mopodime finit son voyage anéanti dans la forêt comme un banni. Lomami a subi la même peine « de relégation politique, dans l’enfer de ngemena. Il n’en n’est libéré que sur des démarches insistantes de ses amis de Léo qui alertent les autorités concernées dans un véritable mouvement de revendication politique » (27).

Conclusion

L’auteur stigmatise la mission civilisatrice de la Belgique au Congo. Le Blanc en arrivant s’était comporté en iconoclaste des cultures locales pour attester la supériorité de sa culture. Cependant, les Blancs de Ngemena ne sont pas des modèles. Leur commerce avec les Noirs est jalonné de mépris.

Tout au long de l’analyse, j’ai montré comment les Belges traitaient les Noirs : injures, êtres proches des animaux, maltraitance physique, humiliations. C’était un régime de quasi apartheid. Peut-on transmettre ses valeurs culturelles dans une telle ambiance, à des êtres humains ainsi réduits ?

En se référant à l’histoire de la seconde guerre mondiale, on apprend qu’elle a bouleversé le mythe de la supériorité de la culture occidentale chez le colonisé. Les anciens combattants de retour dans la colonie ont commencé à revendiquer des droits. Il y avait également, les revendications des Congolais instruits. Ce cocktail inquiète le colon. Il crée une doctrine.

Les Noirs n’ont pas de civilisation mais une certaine catégorie d’entre eux peuvent prétendre, au terme d’un cursus qui s’avérera laborieux et humiliant pour les prétendants, s’européaniser. Au terme, ils sont immatriculés ou reçoivent la carte de mérite civile.

Mais ces papiers, certificat de la civilisation, sont un leurre et sont attribués au compte-gouttes : « à la fin du régime colonial, les détenteurs de la carte du mérite civique au Congo belge ne dépassent pas 2000 : 217 cartes d’immatriculation et 1557 de mérite civique sont attribués jusque 1958 » (28).

C’est une sorte de bouchon que les colons avaient installée pour protéger leur sécurité devant les revendications qui émergeaient.

Dans ce récit, nous avons constaté que plus Mopodime s’éloignait de la capitale, plus se révélait l’insignifiance de ce papier qui n’avait qu’un seul but paralyser, emprisonner. Tout au long de l’analyse, j’ai démontré que ce personnage était un prisonnier par les sèmes : gougal, ngemena, pièces d’identité, fouet, parquet général, l’enfermement dans la bibliothèque, la méfiance du Lisala lettré et confondu, confiscation des pièces d’identité qui renvoient à l’isotopie carcérale.

La construction du récit est une récurrence de cette isotopie. Ngemena est construit en boucle. Le récit qui démarre à Kinshasa constitue le paradigme de toute l’histoire. L’étape du bateau, l’escale de Lisala et Gemena sont concaténés à l’étape initiale.

Ces étapes ou ces fragments du voyage sont des pièces, qui mises ensemble donnent l’image de la boucle et font penser à un des anneaux d’une menotte. Schématiquement Nous représentons cela ainsi :



L’évolué immatriculé, révolté, incarcéré, réduit en pièces pouvait-il prétendre à une émergence culturelle, à être un bâtisseur de République dans cet état de tension ? La réponse est négative.

L’évolué Lumumba s’y était essayé. Sa vie s’est terminée en pièces. Le papier valorisé dans la culture occidentale, lorsqu’il est présenté à l’Africain se révèle comme le lieu de l’impuissance, de l’incapacité, un Xala.

Mais Jean-Marie Adiaffi dont le roman paraît une année avant Ngemena met en scène Mélédouna, un prince arrêté et contraint d’apporter sa carte d’identité après d’atroces tortures qui lui font perdre la vue. Sa quête ne sera pas la quête de l’hypothétique pièce d’identité en papier, mais une quête identitaire pour retrouver sa propre histoire bouleversée par la colonisation.

Mopodime pourra-t-il faire ce chemin, son destin n’est-il pas semblable à celui du paralytique rencontré dans la zone interdite ? Ou bien, Lomami Tchibamba veut signifier, en écrivant en 1981 un roman qui traite de la réalité coloniale, l’impuissance à gouverner des dirigeants d’aujourd’hui.

À quoi est lié l’échec de l’État en Afrique ? Les leaders ont-ils une connaissance profonde leur culture, une vision prospective du devenir de leur peuple, de leur pays ? Demeurent-ils ces choses hybrides conçues dans les laboratoires occidentaux ?

Joséphine Mulumba

MondesFrancophones.com

RDC - Mgr Pierre Marini : "La désignation du président de la Ceni doit se faire par voie démocratique"

14/05/2013


Mgr Marini Bodho a dirigé le Sénat de la RDC pendant la transition (2003-2006). © DR

Qui prendra la tête de la nouvelle Ceni en RDC ? Les tractations se poursuivent dans les états-majors des différents courants et partis de la majorité, de l'opposition ou de la société civile.

Des rumeurs à Kinshasa citent déjà comme favori l’abbé Malu Malu, l’homme des élections de 2006.

Si personne ne confirme, Mgr Pierre Marini, responsable de l’Église du Christ au Congo et ancien président du Sénat congolais, lui, n’exclue pas cette éventualité. Le prélat protestant insiste néanmoins sur le respect des règles démocratiques. Interview.

Une (folle) rumeur a circulé, le 12 mai, à Kinshasa : l’abbé Malu Malu, reviendrait aux manettes de la Ceni en RDC. Officiellement, bien-sûr, il n’en est rien. La Conférence nationale épiscopale du Congo (CNCO) a d’ailleurs improvisé un point de presse dès le lendemain pour « fixer l’opinion nationale et internationale [sur le fait] qu’elle n’a pas présenté de candidat » au poste du président de l’organe électoral.

« Il s’agit en réalité d’un rappel d’une disposition commune des évêques sur la présence des ecclésiastiques (prêtres, religieux, frères, sœurs…) dans l’organe chargé d’organiser les élections », précise l’abbé Félicien Mwanama, secrétaire général adjoint de la CNCO.

« Sauf dérogation exceptionnelle d’un supérieur, il leur est interdit de prendre part à la Ceni, un statut de membre électoral étant incompatible avec leur vocation d’être au dessus des clivages politiques », ajoute-t-il.

De son côté, Mgr Pierre Marini Bodho, le numéro un de l’Église du Christ au Congo (ECC) et ancien président du Sénat (2003 – 2006), explique à Jeune Afrique que les tractations se poursuivent dans les confessions religieuses pour désigner le candidat idéal, le « moins mauvais », capable de diriger la Ceni.

Jeune Afrique : En coulisses, on parle de plus en plus d’un possible retour de l’abbé Malu Malu, qui a déjà présidé à l’organisation des élections de 2006. Serait-il la personne à même de conduire la RDC vers des élections transparentes et apaisées ?

Mgr Pierre Marini : Je n’ai pas d’objection à une éventuelle candidature de l’abbé Malu Malu à la présidence du bureau de la Ceni. S’il estime qu’il peut apporter un plus, aider son pays, pourquoi pas…

L’essentiel pour moi, c’est que la désignation du délégué des confessions religieuses [qui deviendra président de la Ceni, selon la loi électorale, NDLR] se déroule par la voie démocratique. Un vote pour départager les candidats, suivant les critères bien établis, nous éviterait des conflits inutiles.

Quel est donc aujourd’hui le profil d’un bon président de la Ceni qui proviendrait de la société civile ?

Il doit être un homme d’écoute. Un homme capable de concilier les divergences de vue, qui respecte les règles du jeu.

Il doit considérer sa fonction comme un service à rendre à la nation, et non comme un gagne-pain. C’est là que se situe le problème de nos démocraties africaines. Démocratie ne rime pas avec pauvreté : beaucoup se laissent vite corrompre.

Pour sa part, la CNCO vient d’indiquer qu’elle ne présentait pas de candidat à la présidence de la Ceni, "sauf dérogation exceptionnelle". Est-ce que la même disposition est prise au niveau de l’Église du Christ au Congo (ECC) ?

Je n’ai pas tous les éléments de cette décision de la CNCO, mais je considère qu’il s’agit d’une volonté d’instaurer la distance entre l’Église et les aspirations individuelles. Une façon donc d’éviter que les candidats se présentent au nom de l’Église.

C’est une bonne chose dans la mesure où nous sommes là sur un terrain glissant. À l’ECC, nous privilégions les principes généraux qui nous régissent. Si l'un de nous veut prendre part à la Ceni, il devra faire une demande de mise en disponibilité.

C’est une mesure qui rejoint celle de la CNCO. Nous voulons tous qu’il n’y ait pas de confusion entre l’Église et l’individu qui aspire à diriger l’organe électoral.

Je suggère que les confessions religieuses désignent un homme capable de dire "non".

Avez-vous pris des garanties pour que la personne choisie par les membres des confessions religieuses ne soit pas un homme ou une femme imposé par la majorité ou l’opposition ?

C’est une question de conscience individuelle. Nul n’est parfait, mais il existe parmi nous des « moins mauvais ». C’est pourquoi je suggère que les confessions religieuses désignent un homme capable de dire « non ».

Un nom ?

Je ne peux pas donner de nom, mais ces personnes existent bien en RDC.

Et si vos paires vous demandaient de prendre la direction de la Ceni ?

On verra. Moi, j’ai déjà servi mon pays et, en plus, à un moment de belligérance – à l’époque du schéma 1 + 4 [un président de la république et quatre vice-présidents lors de la période de la transition 2003-2006, NDRL]. Aujourd’hui, je préfère que nous laissions la place aux autres. Nous devons chercher les oiseaux rares qui conduiront le pays vers des élections apaisées.
_______________________
Propos recueillis par Trésor Kibangula
Jeune Afrique

Au Mali, en temps de guerre

Bamako, Mopti, Tombouctou, puis à l'est sur la frontière mauritanienne et au sud-ouest du pays... Entre le 15 janvier et le 20 février 2013, Stephen Dock est resté un mois au Mali. Un reportage aux premiers jours de l'engagement des armées françaises, mais sans être embarqué auprès d'elles.

Les images du front ne l'intéressent pas : « On ne peut pas accéder aux zones de combat, et à part quatre pick-up calcinés, on ne peut rien photographier. Il y a une vraie volonté, surtout du côté de l'armée malienne, de ne pas voir des photographes au front. »

Alors Stephen Dock est parti seul. À 25 ans, il est familier des reportages de guerre : en 2011 et 2012, il s'est rendu plusieurs fois en Syrie et il nous a présenté, en décembre dernier, son reportage à Gaza, que l'on peut toujours voir ici.
01
Dans le dispensaire d'Yirimadio, un village sur la route du nord, juste avant d'arriver à Bamako. Cette femme est venue se réfugier ici avec son enfant qui souffre de malnutrition.
02
Fin janvier, à l'entrée de Tombouctou. À travers la carcasse d'un pick-up carbonisé, « la seule chose qui témoigne visuellement d'un conflit », précise Stephen Dock, des femmes reviennent en ville, chargées de provision.
03
Des démineurs du 6e régiment d'Angers ont été appelés par le gardien de l'ancien centre d'étude des manuscrits du désert (institut Ahmed Baba) de Tombouctou. Cet homme a caché des manuscrits afin qu'ils échappent à l'autodafé perpétré par les djihadistes, le 25 janvier. L'équipe de déminage n'a trouvé aucune trace d'explosifs.
04
Le directeur par intérim du nouveau centre Ahmed Baba, financé notamment par l'Afrique du Sud, fait l'inventaire des manuscrits brûlés par les djihadistes avant qu'ils ne quittent la ville.
05
Cette femme était l'une des archivistes du centre Ahmed Baba. Elle est restée cloîtrée chez elle, avec son enfant, pendant les dix mois d'occupation de la ville par les djihadistes.
06
L'imam de la mosquée Sankoré à Tombouctou devant un manuscrit qu'il avait caché. « S'ils l'avaient brûlé, j'aurais eu le même sentiment que s'ils m'avaient brûlé, moi », a-t-il expliqué à Stephen Dock.
07
Dans le centre-ville de Tombouctou, alors que les armées françaises et maliennes patrouillent non loin.
08
À Bamako, le long du fleuve Niger, à la mi-janvier. C'est l'un des quartiers les plus pauvres de la capitale malienne.
09
Des membres de l'association malienne des expulsés, l'AME. Au départ, cette association créée en 1996 portait assistance aux expulsés de France et d'ailleurs. Aujourd'hui, elle se concentre sur les réfugiés de l'intérieur et, en partenariat avec des ONG, dispense des soins et propose quelques travaux.
10
À Mopti, au centre-est du Mali. Deux femmes devant le fleuve Niger. Les pirogues autrefois très prisées des touristes sont aujourd'hui désertées.
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À Niamana, au nord de Bamako, cette petite fille venue du Nord a trouvé refuge avec sa famille dans un centre chrétien. 
12
Dans ce même centre de Niamana, ces trois chrétiennes ont trouvé asile alors qu'elles fuyaient les zones de combats. Au moment du reportage, une ou deux familles musulmanes s'y étaient aussi réfugiées. 
13
Au marché à Mopti, fin janvier-début février.
14
Sur les berges du fleuve Niger à Bamako, la zone des bidonvilles. Les plus pauvres, qui pouvaient trouver de menus travaux dans les hôtels, ou subsister tant bien que mal en vendant des objets au marché de l'artisanat, n'ont plus de quoi survivre depuis que le pays est entré en guerre et que les touristes l'évitent.

Stephen Dock


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RDC: l'Eglise ne veut pas d'un prêtre à la tête de la future Céni


Qui sera le futur président de la Comission électorale nationale indépendante ?
Daniel Finnan

Par RFI

En RDC, beaucoup de questions se posent autour de la future Commission électorale nationale indépendante. Notamment, qui en sera le président ?

La presse a annoncé que l’Abbé Malu Malu pourrait reprendre du service. Il avait présidé la Céni en 2006. Mais l’Eglise catholique a exprimé son désaccord : pas question de revoir un prêtre à la tête de la Comission. C’est contraire au droit canon, a dit dimanche la conférence épiscopale.

L’Eglise congolaise tient à être claire et ferme : aucun membre du clergé catholique ne sera autorisé à devenir membre de la Commission électorale et a fortiori ne pourra la présider.

« Un ecclésiastique est là pour rassembler la gauche, la droite, le centre, explique l’Abbé Félicien Mwanama, secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale nationale du Congo.

Etre dans ces institutions, c’est compromettre sa position de rassembleur, de l’homme qui rassemble, de l’homme de communion. Il y a incompatibilité ».

L'Abbé Malu Malu pressenti

Cette mise au point intervient alors que l’on apprend que l’Abbé Apollinaire Malu Malu serait pressenti pour prendre la tête de la nouvelle Céni. Ce dernier avait déjà présidé la première Commission électorale qui avait organisé le scrutin de 2006.

Son bilan est certes moins controversé que celui de son successeur, le pasteur méthodiste Daniel Ngoy Mulunda, mais l’Eglise ne veut pas que l’institution soit une nouvelle fois mêlée à l’organisation des élections. Il y a des laïcs pour cela, dit la conférence épiscopale.

Congo : de la mutinerie à la guerre régionale

Jeudi 22 Novembre 2012

En proie à des conflits réguliers depuis une vingtaine d'années, la République Démocratique du Congo est désormais miné par des combats entre les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda et une armée régulière fragile. Les Etats-Unis laissent faire et les forces de l'ONU se révèlent impuissantes à arrêter une mutinerie. 

Melanie Gouby/AP/SIPA
Melanie Gouby/AP/SIPA
Troisième plus grand pays africain, la République démocratique du Congo, notamment les provinces des Nord et Sud-Kivu sont le théâtre de conflits quasiment ininterrompus depuis le début des années 1990, en raison de leurs richesses en ressources minières, que se disputent le gouvernement congolais, divers mouvements rebelles et les pays voisins, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

Acteur majeur des conflits récents, le M23, mouvement politico-militaire fondé, comme son nom l'indique, le 23 mars 2009. A cette date, le groupe signe un accord avec le gouvernement pour mettre fin à la rébellion, se muer en parti politique, et faire intégrer ses troupes dans les Forces Armées de la République Démocratiques du Congo. 

Les membres du groupe se mutinent en avril 2012 considérant que le gouvernement congolais n’a pas respecté cet accord. Après 3 ans de calme relatif, les mutins et les forces armées congolaises repartent au combat au combat. Un combat inégal en apparence si un troisième acteur régional autrement plus puissant n’était pas entré dans la danse. 
 
Composé d’à peine quelques milliers de combattants, le M23 -dont les membres les plus radicaux luttent pour la chute du président Joseph Kabila- bénéficie, en effet, du soutien logistique et militaire du Rwanda.

Le M23, bras armé du Rwanda ? c’est en effet ce que pense l’association Human Rights Watch qui interpelle les Etats-Unis dont le mutisme est assourdissant : « le silence du gouvernement américain à propos du soutien militaire apporté par le Rwanda aux rebelles du M23 ne peut plus se justifier face aux preuves accablantes du rôle joué par le Rwanda et face à la menace imminente qui touche les civils aux alentours de Goma. Le gouvernement américain devrait appuyer l’adoption de sanctions urgentes à l’encontre des responsables rwandais qui soutiennent les combattants du M23 (voir encadré)  auteurs de graves exactions »  clame Tom Malinowski, directeur du bureau de Washington de HRW après la chute de Goma.

Une fois n’est pas coutume, c’est l’ONU qui est monté au créneau. A l’initiative de la France, le Conseil de sécurité  a voté une résolution, condamnant la prise de Goma par les rebelles. En revanche, de Washington, on ne voit toujours rien venir. 
 
Ce serait d’ailleurs la nouvelle « doctrine Obama »  selon le site d’investigation Counterpunch : la dénonciation des crimes du mouvement M23 est autorisée, en revanche pas question de critiquer l’allié rwandais. 
 
« Sous l'administration Clinton, trois chefs de gouvernement ont été désignés comme la nouvelle génération de dirigeants africains : Yoweri Museveni pour l’Ouganda, Isaias Afwerki en Erythrée et Paul Kagame au Rwanda ».

L'ONU incapable d'arrêter une mutinerie

Dans un rapport publié le 11 septembre 2012, l’association HRW révélait déjà que les rebelles du M23 responsables de crimes de guerre dans l’est de la RDC étaient clairement soutenus par les autorités rwandaises dont les troupes avaient été déployées dans l’est du pays.   
 
« Entre 200 et 300 Rwandais avaient été recrutés au Rwanda en avril et mai et emmenés de l’autre côté de la frontière pour combattre avec les forces du M23. Depuis lors, Human Rights Watch a recueilli de nouveaux éléments de preuve de recrutements forcés au Rwanda en juin, juillet, et août, concernant plusieurs centaines de personnes » stipule l’enquête. 

(En rouge, la région du Nord-Kivu)
(En rouge, la région du Nord-Kivu)
Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende va plus loin, affirmant que le M23 est une force fictive et que « l’agresseur réel » est le Rwanda. 
 
En plus du déploiement de renforts et de recrues pour appuyer des opérations militaires, des autorités militaires rwandaises auraient fourni une importante assistance aux rebelles du M23 sous forme d’armes, de munitions et de formation. Autant d’actions qui font du Rwanda un État partie au conflit.

La prise de Goma en offre une preuve flagrante. Il aura suffi de quelques heures aux rebelles du mouvement du 23 mars pour conquérir la capitale provinciale du Nord-Kivu avec la complicité passive de l'armée rwandaise « bien équipée, postée de l'autre coté de la frontière à raison d'un homme tous les dix mètres qui observait la scène dans le silence et la concentration » tel que décrit par l’envoyé spécial de Jeune Afrique. 

La conquête des mutins ne fait que commencer. Ils prévoient désormais de se rendre à Bukavu avant de prendre la direction de Kinshasa, la capitale du pays.

Ainsi, l'histoire se répète dans un pays miné par la violence et les luttes intestines depuis, au moins, la proclamation de son indépendance en 1960. 
 
Outre les appels à la résistance et à la mobilisation générale de la population, la presse congolaise  redoute que cette opposition qui aurait du en rester au stade de la mutinerie ne se transforme désormais, faute d’investissement rapide  des acteurs internationaux en guerre régionale. 
 
Pour le moment, l’échec est patent selon Didier Reynders, le ministre des affaires étrangères belge, ancienne puissance coloniale de la République démocratique du Congo qui appelle à un « renforcement » de la Monusco (Mission d'Organisation des Nations Unies pour la stabisiation en RD Congo), déjà « plus grande opération des Nations Unies dans le monde » avec 17.000 hommes. 
 
Et le Ministre d’interroger : « Comment se fait-il qu'on n'arrive pas à arrêter une rébellion ? ».
 
 Régis Soubrouillard
 Marianne

Le Nzango, sport féminin populaire aux deux Congo



Une nouvelle ligue sportive est née ! Entre danse, chant et jeux de pieds, le nzango compte de plus en plus d’adeptes chez les femmes africaines.

Ce qui était autrefois l’apanage des adolescentes africaines dans les cours d’école fait maintenant partie des disciplines sportives officielles dans tout le Congo. En effet, le nzango moderne avait déjà été adopté par décret et arrêté ministériel en 2005 au Congo-Brazzaville.

Depuis, la réglementation en a été précisée et les associations se sont mises à l’enseigner, des matchs officiels ont été organisés et, en 2009, la République démocratique du Congo l’a elle aussi intégré dans sa législation sportive.

Aujourd’hui, les deux pays espèrent que le nzango pourra rejoindre bientôt le rang des disciplines sportives olympiques.

Les règles du nzango

Ce sport se joue par équipe. Lors des tournois, deux équipes s’affrontent pendant 50 minutes, un membre de l’équipe alternant avec un membre de l’équipe adverse.

Le principe : sans aucun support, il s’agit de réaliser un jeu de pieds accompagné par des chants et des claquements dans les mains où chacune doit s’imposer face aux autres dans une chorégraphie au rythme soutenu, et entre deux limites de terrain marquées au sol.

Et qui sort de ces limites ou manque de fair-play avec ses adversaires peut se voir attribué, comme au football, un carton jaune ou un carton rouge.

Le règlement, dicté par Afis-sport – l’association sportive nationale qui a initié le développement du nzango -, stipule aussi, en raison de l’effort physique intense qu’il demande, que “les équipes de nzango affiliées à Afis-sport n’ont pas le droit d’entrer dans les bars-dancing après un match.

Chacune d’elle a l’obligation de prévoir sa glacière de boisson pour une consommation sur place.” Il est même prévu des sanctions “pour celles qui ne respecteront pas cette prescription”.

Pourquoi officialiser le nzango ?

C’est en voyant des fillettes jouer à ce jeu dans une cours d’école que Mpasi Titov, médecin congolais, a conseillé à ses patientes en surpoids ou souffrant de diabète de se mettre au nzango.

Il raconte : “J’essayais par tous les moyens de traiter des femmes qui avaient des problèmes de surpoids et d’autres troubles associés. Jusqu’au jour où j’ai vu des petites filles jouer au Nzango.

Après un temps d’observation, j’ai posé la question à mes patientes en leur demandant si elles avaient déjà joué à ce jeu. Elles ont acquiescé. Je leur ai alors demandé de recommencer à le jouer. Après quelques minutes de jeu, elles se sont mise à transpirer et à perdre du poids”.

Très rapidement, l’information s’est diffusée, reléguée par les médias africains (notamment All Africa.com, Congo Plus et Mbokamosica) et des équipes de nzango se sont créées dans les écoles, les paroisses, les villages et certaines entreprises, jusqu’à organiser entre elles des matchs et des tournois.

Un effort médiatique important

Observant alors sur un plus large échantillon de population que ce sport avait des effets bénéfiques sur la santé, et surtout en matière de traitement contre l’obésité, les médecins ont alors encouragé les femmes à s’y mettre, considérant de plus que cela pouvait aussi aider à régler des conflits familiaux.

Selon les dires de l’agence de presse Syfia Grands Lacs, ce fut le cas pour des familles polygames où les épouses réglaient leur différends en “s’affrontant” au nzango et non plus en se disputant dans leur maison.

En mars 2010, dans le cadre de la célébration de la journée de la femme, un séminaire était organisé sur le thème : “Femmes unies pour le développement du sport nzango moderne au Congo”. Ceci, afin de faire le point sur les bienfaits de ce sport, de grossir les rangs des équipes existantes et d’inciter chaque province à développer la pratique du nzango.

Et madame Ninette Marie-Louise Medi, chef du bureau d’étude d’animation rurale au ministère de la jeunesse et des sports déclarait même récemment à Kinshasa que “le Nzango moderne, c’est un sport qui mérite l’attention de l’autorité.”

La ferveur du nzango, déjà en train de gagner les pays voisins (Gabon et Cameroun), est donc en passe de devenir une discipline internationale.

Article écrit par Lise Pathé via www.suite101.fr

Les nouveaux prédateurs par Colette Braeckman


( Livre )
Aden
2009, 394 p., 25 euros
Première édition : 2003
ISBN : 2213614881

Politique des puissances en Afrique centrale

Le temps viendra-t-il où le Congo surmontera la malédiction de ses richesses ? La dictature de Mobutu avait été un frein à l'exploitation du cobalt, de l'or, du diamant : pour les prédateurs, il était urgent d'ouvrir les immenses réserves congolaises aux prospecteurs et aux aventuriers.

Dans le même temps, les pays voisins - Rwanda, Ouganda, Zimbabwe - rêvaient de bâtir leur développement sur les ressources puisées chez leur voisin. Mais Laurent-Désiré Kabila, le tombeur de Mobutu, qui aurait dû être le fondé de pouvoir de ce vaste projet régional, ne tarda pas à renier ses promesses. Telle fut la raison profonde de l'éclatement du conflit.

Depuis l'assassinat de Kabila, en janvier 2001, l'équation a changé : au nom de l'ouverture, le pays s'est soumis aux institutions financières internationales, les promesses d'assistance se sont multipliées, les prédateurs ont subi de fortes pressions.

Car, après le 11 septembre, il importe que l'ordre règne dans les banlieues du monde, et les grandes puissances - Etats-Unis, France, Grande-Bretagne - s'y emploient.

Mais si les rôles ont été redistribués, si de nouveaux acteurs sont apparus, les ambitions demeurent, et les intérêts des populations continuent de passer au second plan. Les accords de paix de Sun City ont ouvert la voie aux élections démocratiques, que le peuple congolais attendait depuis si longtemps.

Mais c'est une autre histoire qui s'est posée et que nous décode ici Colette Braeckman, jusqu'aux derniers rebondissements de janvier 2009.

BiblioMonde

Coronavirus, le nouveau nom de la peur



Mardi 14 Mai 2013


Uncredited/AP/SIPA

Il faut vraiment vivre au fond d’une grotte ou sortir d’un long coma pour ignorer le mot « coronavirus ». Sans trop bien savoir ce qui se cache derrière ce virus à la forme ornée d’une effrayante couronne, voilà un nom qui fait peur. Vraiment peur.

Au point que lorsque les autorités sanitaires françaises ont annoncé des mesures de surveillances accrues après l’annonce d’un deuxième cas d’infection par le dangereux virus, l’info a fait l’ouverture sur les TV et les radio d’info continue. Comme si elles avaient trouvé le nouveau sujet catastrophe capable de nourrir les audiences. Info ou intox ?

Si l’émergence d’un nouveau coronavirus effraie, ça n’est pas tout à fait sans raison. A priori, ce type de virus est d’une banalité confondante : chaque hiver et à plusieurs reprise chacun d’entre nous est victime de ces virus puisqu’un coronavirus est toujours à l’origine d’un rhume bénin ou d’une légère gastro-entérite.

Mais là où l’affaire se complique et inquiète, c’est que ces virus ont une telle capacité d’adaptation et de transformation rapide qu’ils risquent d’être à l’origine de la pandémie gigantesque que les virologues redoutent depuis 25 ans. Celle à côté de laquelle la grippe espagnole de 1918 et ses 100 millions de morts risquent de passer pour une séance de répétition. Les scientifiques la prédisent tant elle est dans la logique de l’évolution des virus, sans très bien savoir si elle arrivera un jour.

« Les virus tentent en permanence de se transformer, explique Jacques Cohen, immunologiste spécialiste des infections virales à l’Université de Reims. Dans un éternuement, mille milliards de particules sont dispersées dont un million vont tenter une excursion vers un nouvel hôte. La plupart du temps, ça ne marche pas. Il arrive que ça réussisse, sans que l’on sache pourquoi. »


Marisol Tourraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé se rend à l'Institut de veille sanitaire après l'annonce d'un deuxième cas d'infection - LANGLOIS-POOL/SIPA/SIPA

Le SRAS (syndrome respiratoire aïgu sévère) de 2003 a sonné la première alerte. 8000 personnes ont été contaminées, 800 personnes en sont mortes.

Nouveau, d’origine inconnu, d’une structure génétique ne correspondant à rien de connu ni chez l’homme, ni chez les animaux couramment étudiés comme les bovins, les volailles d’élevage, les porcs, les rats ou les chauves souris, il était capable de provoquer des symptômes auxquels l’organisme humain n’avait encore jamais été confronté.

En clair, aucun traitement ne peut lutter efficacement contre ses attaques. D’où la panique quand apparaît un mutant. L’attaque de cette année est du même ordre.

Le virus actuel progresse lentement: il est apparu en avril 2012 en Jordanie, 24 cas ont été identifiés provocant la mort de 18 personnes. « Il semble être contagieux en cas de contact très proches, ce qui fait du personnel de santé la population la plus à risques » estime le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Parisien de la Pitié-Salpétrière.

La surveillance, discrète mais efficace, recommandée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) s’impose donc. Sans panique, sans psychose sciemment orchestrée par les laboratoires comme à propos du H1NI en 2009 et scrupuleusement relayée par la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot. Pour l’heure, Marisole Touraine, l’actuelle ministre, ne succombe pas aux sirènes des laboratoires. Pourvu que ça dure !

Jean-Claude Jaillette
Marianne

Neutralisation des rebelles en RDC : Une mission ardue, mais pas impossible

13/05/2013



Armée tanzanienne - Gén.Maj. Mwabulanga (gauche) en consultation avec le Lt Col. Bitega

Après le commandant de la Brigade d’intervention James Mwakibolwa, arrivé le 23 avril dernier à Goma, plusieurs éléments de l’état-major ainsi que 1.280 militaires tanzaniens chargés de neutraliser les groupes armés sur le territoire congolais sont arrivés depuis quelques jours à Goma.

L’armée malawite et celle de terre d’Afrique du Sud les rejoignent cette semaine. Peu avant le départ des tanzaniens pour la Rdc, le président Kikwete a présidé une cérémonie officielle au cours de laquelle il leur a exhorté d’être dignes et disciplinés.

Quant aux soldats sud-africains, ils ont organisé un entraînement au cours duquel ils ont simulé la guerre et les batailles de brousse avec l’infanterie appuyée par les hélicoptères de combat, des lance-missiles, … question de monter la force de frappe de l’armée sud-africaine.

Et comme les choses sérieuses commencent, Joseph Kabila a pris acte de l’arrivée de ces militaires dans le cadre de l’accord-cadre d’Addis-Abeba et de la résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

La Brigade d’intervention de la Monusco, Mission des Nations Unies pour la stabilisation de la République démocratique du Congo prend de plus en plus corps dans l’Est de la Rdc.

Le commandant de ladite Brigade, James Mwakibolwa est arrivé le 23 avril dernier à Goma. Et le jeudi passé, près d’une centaine d’éléments de l’état-major ainsi que 1 280 militaires tanzaniens chargés de neutraliser les groupes armés sur le territoire congolais l’y ont rejoint.

Une mission ardue

En attendant des précisions sur les Malawites, les soldats de l’armée de terre d’Afrique du Sud rejoindront les Tanzaniens cette semaine. Des militaires sud-africains ont organisé un entraînement en simulant la guerre et les batailles de brousse avec l’infanterie appuyée par les hélicoptères de combat et des lance-roquettes.

L’armée de la République sud-africaine a voulu ainsi montrer sa force de frappe.

Les hommes de la force de la Brigade d’intervention sont partis jeudi 9 mai 2013 de Dar-es-Salam à destination de la République démocratique du Congo. Ce, en vue du démarrage effectif, dans les tout prochains jours, des activités relatives à leur mission.

Cette mission réputée ardue, mais pas impossible, consiste à neutralistes les forces négatives, y compris le M 23.

Avant leur départ, le président tanzanien Jakaya Kikwete a présidé une cérémonie officielle au cours de laquelle il a dit à ses soldats, qui avait le drapeau de leur pays en mains, d’avoir un comportement exemplaire, de rester dignes, de se soumettre aux ordres de la hiérarchie et d’honorer leur pays qui a une bonne réputation en Afrique et dans le concert des nations du monde.

Le porte-parole de la Monusco avait reconnu l’arrivée des officiers : "(…) aujourd’hui effectivement, un certain nombre de soldats tanzaniens sont arrivés avec des équipements.

Environ une centaine d’éléments sont déjà en place. Ce sont des officiers, des éléments d’état-major, donc des personnes chargées de la planification qui sont arrivés", a affirmé Madnodje Mounoubai.

Le commandant de cette brigade était déjà sur place, avec certains éléments d’état-major de la force qui devra être déployée sur le territoire congolais pour neutraliser les groupes armés. James Mwakibolwa y était arrivé à Goma depuis le 23 avril, dans l’est de la RDC, toujours selon M. Mounoubai.

Et d’ajouter : "le site qui doit accueillir ces éléments est déjà bien avancé dans les travaux d’aménagement. Au fur et à mesure que le site sera prêt, on va activer la cadence, pour que dans le délai le moins long possible, tous les éléments soient en place". C’est à ce mouvement que l’on assiste actuellement.

Pour rappel, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté le 28 mars la résolution 2098 de la création de la Brigade de la Monusco. Constituée de 3069 membres, cette force est dotée d’un mandat offensif, contrairement à ce que certains pêcheurs en eaux troubles, parlant le langage de Paul Kagame, ont fait entendre dernièrement aux oreilles du Conseil de sécurité.

En effet, la Brigade vient neutraliser les groupes armés opérant dans l’Ets de la RDC. Sans quoi, elle n’aurait pas de raison d’être.

Bientôt arrivent les Sud-africains

L’armée sud-africaine est déterminée à en découdre avec la guerre en Rdc.

Elle profitera certes de l’occasion pour redorer l’image de marque du pays de Nelson Mandela, image dernièrement ternie avec la mort de 13 de ses hommes en Centrafrique.Selon les informations dignes de foi, le jeudi 9 mai 2013, armée de l’air d’Afrique du Sud.

La mission de cette brigade internationale est essentiellement offensive qui consiste à annihiler toutes les forces négatives de la région y compris les M23.

Les Sud-Africains ont montré leur force de frappe en organisant un entraînement au cours duquel ils ont simulé et les batailles de brousse guerre avec l’infanterie appuyée par les hélicoptères de combat, des lance-missiles.

Ainsi, toutes les forces négatives doivent prendre leur disposition pour déposer les armes et abandonner toute velléité de combattre la brigade d’intervention.

Maintenant que les choses sérieuses vont commencer, en dépit du scepticisme de Kigali et de son cousin germain Kampala, quel sera la nouvelle manœuvre des détracteurs des Congolais ?

Une vigilance tous azimuts doit être de mise car c’est généralement lorsqu’on dit ‘’paix’’ qu’on est encore en proie à la guerre. Et ce n’est pas Kagame, Museveni ou encore les tireurs de ficelles multinationales qui sont à cours de stratégies machiavéliques contre la Rdc.

Kabila prend acte

Au cours de sa réunion du vendredi dernier autour du Chef de l’Etat, les membres du Conseil supérieur de la Défense ont pris acte de l’arrivée en Rdc des éléments constituant la Brigade internationale d’intervention appelée à se déployer à l’Est du pays pour traquer tous les groupes armés infestés dans la région et parmi lesquels notamment les terroristes du M23 soutenus par le Rwanda

Le Conseil supérieur de la Défense, présidé par le Chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, a pris acte de l’arrivée sur le territoire national des éléments constituant la Brigade internationale d’intervention, en rapport avec l’Accord-cadre d’Addis-Abeba et la résolution 2098 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Le communiqué publié à l’issue de cette réunion indique que le Conseil a jugé "globalement satisfaisante" la situation sécuritaire sur l’ensemble du territoire national, nonobstant "certaines perturbations" observées par ci- par là, avant de prendre également acte de la bonne attitude prise par certains membres des groupes armés de déposer les armes et de se rendre aux forces gouvernementales, en vue de consolider la paix.

Aussi, un appel a-t-il été vivement lancé à ceux qui hésitent encore, tout en demandant au gouvernement de prendre toutes les dispositions pour leur encadrement.

Le Conseil a, après adoption de la présentation des textes juridiques relatifs à la réforme des FARDC, instruit le Gouvernement de continuer la mise en œuvre de la réforme du système sécuritaire déjà engagé.

La séance de travail du Conseil supérieur de la Défense a réuni autour du Chef de l’Etat le Premier ministre Augustin Matata Ponyo, le Vice-premier ministre, ministre de la Défense et des Anciens Combattants Alexandre Luba Ntambo ; le ministre de Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie Raymond Tshibanda N’Tungamulongo ; le ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières Richard Muyej Mangez.

[L’Avenir]