(Libre Opinion) — Aucune personne bénéficiant du minimum de bon sens ne peut verser des larmes au sujet de la chute de la dictature corrompue jusqu’à la moelle épinière et, qui aura réduit tout un peuple à la mendicité. Est-ce affirmer par là que le changement intervenu au Congo-Kinshasa aura entraîné automatiquement des changements politiques dans l’agir politique ? P. Letamendia soutient que la chute d’un régime autoritaire ou totalitaire n’amène pas forcément à un nouveau régime démocratique. (P. Letamendia, paris, Dalloz : 1992).
Les élections de 2011 mettraient-elles les nerfs des profiteurs de la République à rude épreuve ? Quoi qu’il en soit, le banditisme d´État s’enchaîne au sommet du régime. L´examen des abus commis par un bon nombre de délinquants se réclamant de la « famille présidentielle » montre qu´un groupe de gangs, organisé en couche dominante spéciale, règne sur l´ensemble du peuple congolais. Les dangereux de la république – bande de jouisseurs – détiennent la réalité du pouvoir et constituent le cœur du régime tribalo-clanique en RD Congo. Les officiels du gouvernement et autres fonctionnaires étatiques ne sont à leurs yeux qu´un instrument rudimentaire et plus ou moins inopérant, nécessaire cependant à l´existence d´une dictature. En effet, ce qui distingue le système dictatorial congolais, c´est la subordination de l´administration publique à la famille biologique du raïs. La direction des affaires publiques est le fait du noyau dur du clan et tout lien avec le clan entraîne avec soi des privilèges.
1. Conditions réunies pour une défaite électorale des prédateurs au pouvoir au Congo-Kinshasa
Le dernier incident qui a opposé le frère de la haute hiérarchie nationale à des agents de la police routière que lui et ses gardes ont molesté, a prouvé à tous que le slogan de « Tolérance zéro » avec lequel le gouvernement congolais rabâche les oreilles de la population est une notion à géométrie variable. Mais tout ceci en réalité procède d’une même et simple logique : faire peur aux Congolais, leur montrer que le régime est plus que jamais un rouleau compresseur prêt à écraser quiconque oserait lever son petit doigt ou se mettre en travers de sa route. Et sur ce, il devient plus qu´une évidence que, les conditions objectives d’une défaite de Kabila à la présidentielle de 2011 seraient réunies. N´en déplaise aux chantres du kabilisme (pronostics du directeur général de « l´institut » sur le « sondage » les points : Soft International n° 1074 ). Douze-mois avant une élection présidentielle et dans les conditions actuelles de la dictature sanguinaire et d´abus du pouvoir en RD Congo, il est clair que les sondages annoncés par les points est une grande farce et une mauvaise blague, car le mandat de la haute hiérarchie se termine par un échec, y compris sur ses promesses faites pendant la campagne électorale de 2006. Sa « majorité » a été lézardée après l´université de la saison sèche du PPRD et cette « majorité » est plus désunie qu’il n’y paraît et enfin il y a un degré de violence, de colère de la part du pouvoir en place qui caractérise la fin d´un régime vomi.
2. Tolérance zéro à géométrie variable
Le déboire actuel au Congo Kinshasa était prévisible. Cependant, le peuple congolais – dribblé par son « élite » politique – ne l’a pas vu venir, car la soif de goûter à la liberté et à la démocratie était si intense qu’elle a aveuglé tout le monde. Et la grande désillusion des congolais est accentuée par le fait que les « vainqueurs » des élections de 2006 sont désormais des vampires de la république. Toutefois, un regard attentif autour du Congo dit démocratique démontre aisément que l’autocratie serait au bout du tunnel même si une certaine presse au service du pouvoir prétend que les « Congolais » – en réalité une dizaine de personnes représentant le Parec en Suisse – réclament un Prix Nobel en faveur de l´autorité morale de l´ONG Parec, le pasteur politicien Daniel Mulunda (Digital Congo : 30/10/2010). L´échec du régime de Kinshasa est si cuisant qu´on ne sait plus à quel saint se vouer. Tenez !
Et pourtant, la Constitution congolaise ne reconnait des droits liés aux avantages de fonction qu’à l´individu élu Président de la République. Ces droits sont : le droit à l’escorte et le droit à la garde rapprochée. Il n´existe aucun droit reconnu à la famille dite présidentielle – frères, sœurs, beaux-frères, grands parents, oncles, tantes et cousins du président – dans les lois congolaises. La bourde de Zoé Kabila suscite beaucoup de questions notamment, pourquoi le frère du chef de l’Etat, qui n’occupe pas de position officielle, est il considéré et traité comme une personnalité importante ? Pourquoi la garde républicaine, sorte de corps d’élite affecté à la sécurité du président et des institutions, peut elle se permettre de rosser des agents de police, dont le seul tort était d’avoir tenté de maîtriser la circulation sur le boulevard du 30 juin ? Pourquoi les véhicules officiels, qui traversent la ville à toute vitesse, doivent ils obliger automobilistes et piétons à se ranger en hâte sur les bas côtés, au risque d’être bousculés ? Cette habitude rappelle étrangement les heures sombres du mobutisme, où les Hiboux de la IIème République et les « gorilles » de la Division spéciale présidentielle n’hésitaient pas à terroriser les paisibles citoyens et agissaient comme si les lois de la République ne s’adressaient pas à eux. Comment interpréter ces lignes, sinon comme une inquiétude face à des risques de dérive et de recours à la violence d´un régime pourri et vomi par la population ?
3. Empire de la Honte
En RD Congo, les officiels (ministres, députés nationaux, gouverneurs de province, etc.) exhibent leurs gorilles (gardes rapprochées) partout. Ça devient inquiétant de voir des escortes motorisées des citoyens d’une catégorie « spéciale » tout bousculer sur leur passage à longueur de journée, au mépris du Code de la route et de plusieurs dispositions constitutionnelles qui énoncent de principes tels que : « la personne humaine est sacrée » ou « tous les citoyens sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois » ou encore « Les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Malheureusement, en matière de protection individuelle, le Congo « démocratique » a reculé dans la préhistoire. Il y a d’un côté des citoyens qui se comportent, avec le concours de leurs gardes du corps, comme s’ils disposaient du droit de vie ou de mort sur les citoyens de seconde zone, destinés à être écrasés comme des cancrelats (Mende en Swahili) dès qu’ils se retrouvent volontairement ou non sur le chemin de dangereux de la République ; à être jetés dans des caniveaux en cas d’embouteillage ; à être roués des coups et humiliés lors des manifestations publiques, etc. Cerise sur le gâteau : une nouvelle race de policiers et militaires est née. Il s´agit de celle comprenant des hommes en uniforme et bénéficiant, en plus de leurs soldes, des primes consistantes qui les places au-dessus de leurs compagnons d’armes, qu’ils se mettent à considérer comme des laissés pour compte.
Franchement tout est pourri en RD Congo !
Par Dr & Habil, Prosper Nobirabo Musafiri
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