jeudi 16 décembre 2010

Alliance CNDP-AMP : le piège !


Par  Le Potentiel
L’admission du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dans la Mouvance présidentielle fait frémir. Le CNDP - le même qui a semé terreur et désolation dans l’Est de la RDC - se présente aujourd’hui comme allié du chef de l’Etat aux élections de 2011. Une décision lourde de conséquences. Pour autant que l’AMP doit désormais assumer le passé éhonté du CNDP. Un piège pour Joseph Kabila.
La famille politique du chef de l’Etat serait-elle transformée en fourre-tout ? Chaque jour qui passe, la liste des membres de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP) gonfle démesurément. Des partis politiques de toutes les dimensions font la queue pour se faire enregistrer comme nouveaux membres.
Qu’est-ce qui fait courir tout ce beau monde qui se bouscule au portillon de l’AMP? En tout cas, en politique, les positions ne sont jamais définitivement tranchées, du fait que celle-ci est en soi est dynamique. Les acteurs politiques évoluent souvent au gré des circonstances et des contextes.
Toutefois, il y a des limites qu’il faut s’interdire de franchir, malgré le souci de rallier tout le monde à sa cause. L’AMP s’est transformée en passoire. « Aucun critère ne détermine l’adhésion de nouveaux membres », s’est exclamé un président de parti. Dans ce cas, il se dégage une volonté de privilégier la quantité au détriment de la qualité.
QUI TROP EMBRASSE MAL ETREINT
Le méli-mélo qui se constate au sein de l’AMP fait dire à plus d’un qu’elle n’est pas loin de ressembler à un panier à crabes. Là n’est pas le problème pour le moment. Le chef de l’Etat, qui s’est fait élire en 2006 avec l’actuelle Majorité, sera confronté à de nouveaux challenges pour 2011. D’abord, le départ de Vital Kamehre appelle au recadrage des stratégies électorales en 2011. L’élu de Bukavu avait joué un rôle déterminant comme directeur de campagne de Joseph Kabila lors des scrutins de 2006.
Pour sa réélection, Joseph Kabila aura besoin de combler ce vide. Il devra opérer un choix judicieux des partenaires politiques avec lesquels il va s’engager dans la bataille électorale de 2011. Si en 2006, le décor a été malléable, 2011 promet bien des surprises au regard de la nouvelle donne qui s’est créée sur le terrain. Il faudra allier les réalisations aux promesses faites en 2006 pour convaincre la population.
Pour le cas spécifique de l’Est, la tentative d’y instaurer une paix durable, le CNDP a été de ceux qui ont joué au trouble-fête, hypothéquant toute chance d’aboutir à cette fin.
Aujourd’hui, c’est le même mouvement, quoique mué en parti politique, qui se met aux côtés de Joseph Kabila pour l’accompagner dans sa campagne électorale. D’aucuns y voient un sérieux handicap.
En optant pour une alliance avec le CNDP, le chef de l’Etat se trouve dans l’obligation d’endosser tous les crimes commis par cet ex-mouvement insurrectionnel, devenu plus tard rebelle, avant de revêtir la robe de parti politique.
Est-ce que Joseph Kabila va, sans pincement au cœur, assumer le lourd passif du CNDP au seul motif de ratisser large pour les prochaines échéances ? Une question en appelant une autre : quel intérêt majeur pourrait bien représenter un allié aussi encombrant ? Ne dit-on pas : « Qui trop embrasse mal étreint ? ».
DES VOIX TOXIQUES
L’architecture politique de la RDC impose inévitablement des alliances pour prétendre à une charge politique. Etant entendu que ne sera élu que celui qui aura récolté le plus de voix lors des scrutins. Mais, dans la pratique, un minimum de bon sens s’impose. Car, toutes les voix ne sont pas à prendre «absolument» ! Il en est qui peuvent se révéler toxiques pour le bénéficiaire. «Les voix du CNDP représentent quelles proportions ? Ce sont des voix toxiques comme les subprimes aux Etats-Unis», a indiqué un analyste politique sous le couvert de l’anonymat.
En France, personne ne s’affiche en public avec l’extrême droite, malgré ses 15% d’électorat ! Les autres partis politiques français considèrent celle-ci comme infréquentable. Le parallélisme à établir avec l’ex-rébellion du CNDP ne serait pas forcé.
Pendant que tout le monde avait adhéré à la dynamique de paix, ce regroupement politico-militaire avait décidé de voguer à contre-courant. Le CNDP s’est permis de remettre en cause le processus électoral de 2006. Les tentatives ratées de brassage et de mixage sont encore fraîches dans la mémoire collective. Il en est de même des résultats mitigés de la conférence de Goma et autres accords signés dans la même ville.
Dernièrement, des militaires issus de ses rangs ont refusé de servir sous le drapeau loin des frontières de l’Est du pays, bravant ainsi une instruction de leur hiérarchie au niveau national. Ils l’ont exprimé dans une correspondance adressée au chef de l’Etat. Tout récemment, ils ont refusé le recensement biométrique. Ce sont là des indications d’une intégration non réussie dans les FARDC.
Au même moment, les éléments CNDP sont cités dans tous les rapports sur les violations des droits de l’Homme et l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC. Ils sont logés à la même enseigne que les Interahamwe, LRA et autres ADF-Nalu.
Les cinq territoires en proie à l’insécurité sont, ceux principalement tenus autrefois, par les FARDC issus du CNDP. Les scénarii les plus inimaginables prennent corps. Des ONG font état des alliances contre-nature entre les forces négatives étrangères et locales avec les chefs militaires loyalistes dans l’exploitation des gisements miniers.
Ceci expliquant cela, ne serait-ce pas ce trafic juteux au bénéfice des pays voisins qui expliquerait leur attitude sédentaire ? Dans tous les cas, le Trésor public s’en ressent et la population locale en pâtit.
SE RESSAISIR A TEMPS
Quel dividende politique engrangera l’AMP en 2011 avec la charge émotive négative que charrie le CNDP? La simple évocation de ce regroupement politico-militaire rappelle les affres subies par une frange importante de la population congolaise.
Avec cette adhésion, le CNDP peut s’estimer avoir acquis le pardon de la Nation entière. Le moment venu, on pourrait s’inspirer de la Bible pour demander à la population de pardonner à ses ennemis d’hier, d’aimer ses bourreaux et de voter pour eux.
En s’introduisant par la grande porte et avec fanfare, dans l’AMP, le CNDP partage, ipso facto, son passif avec la Majorité présidentielle. La solidarité au sein de la famille politique étant une règle d’or.
Le piège, ainsi tendu, va se refermer sur Joseph Kabila lors de la prochaine campagne électorale. Des adversaires politiques utiliseront abondamment cet argument pour le couler auprès de son électorat de l’Est. Ils vont rappeler tous les maux causés par le CNDP et insister sur une alliance contre-nature qui pourrait hypothéquer pour longtemps encore les chances d’un retour définitif et durable de la paix dans leurs milieux de vie.
En faisant alliance avec l’AMP, le CNDP traîne le chef de l’Etat dans un jeu politique à géométrie variable. Il n’est pas encore tard pour se ressaisir, pensent certains observateurs avertis.

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