mardi 14 décembre 2010

MEMORANDUM DE PROTESTATION CONTRE LE RAPATRIEMENT DES REFUGIES CONGOLAIS VIVANT EN OUGANDA


Camp de Kahe, Kitchanga, Democratic Republic of Congo
Nous, membres de la communauté des refugiés Congolais en Uganda,
sommes inquiets et surpris d’apprendre par la voie des ondes (RFI,
BBC, WBS TV, UBC TV, NTV etc) qu’en date du 29 Octobre 2010 a été
conclu un accord tripartite entre la République Démocratique du Congo,
la République de l’Ouganda et le Haut Commissariat des Nations Unies
pour les Refugiés en Ouganda Kampala portant sur le rapatriement
volontaire des Refugiés Congolais vivant en Ouganda avec risque de
violer le respect de la vie, de la dignité et des intérêts des
refugiés ;
En effet, pareil accord ne peut être conclu sans qu’au préalable le
consentement des personnes concernées, c-à-d nous les refugiés soit
donné. Nous estimons que cet accord est très dangereux, exclusif et
prématuré car nous paraissant plus politique qu’humanitaire.
En outre, l’expérience négative de rapatriement forcé des réfugiés
Rwandais le 14 juillet 2010 en présence de l’OPM, de la police dans
les camps de Nakivale et Kiaka II de l’Uganda est encore fraiche dans
nos esprits (Cfr Rapport publié par le Refugee Law Project et
International Refugee Rights Initiative en date du 14 juillet 2010).
Il leur avait été dit que ce serait volontaire mais en fin de compte
ils étaient forcement rapatries.
Faisant nos analyses, il sied de constater que ce sont des calculs
politiques qui se fondent sur le rapatriement volontaire des refugies,
car la R D Congo a encore un long chemin à faire pour pacifier le pays
et sécuriser ses citoyens surtout que les causes et les raisons de
fuite de la plupart de refugies restent d’actualité.
A la lumière de ce qui précède, nous nous appuyons sur la citation
d’Atul Khare, sous-secrétaire de l’ONU charge des opérations de
maintien de la paix quand il déclare après le viol sur plus de 500
femmes et enfants dans 13 villages de l’Est de la RD Congo entre le 30
juillet et le 02 aout 2010 que la MONUSCO a échoué a sa mission de
restaurer la paix en R D Congo devant le Conseil de Sécurité des
Nations-Unies le 08 septembre 2010 : «Nous avons clairement échoué
également. Nos actions ont été insuffisantes, ce qui a eu pour effet
des brutalités inacceptables contre les villageois de la région. Nous
devons faire mieux » (lire Jeune Afrique nn 2598-2599 du 24 octobre
au 06 novembre 2010).
A en croire, la R D Congo connait encore des problèmes d’insécurité et
de violation des Droits Humains presque dans toutes ses provinces.
C’est le cas notamment :
• Dans la province de l’Equateur:
Nous sommes au courant que cette partie du territoire congolais
connait une situation de guerre notamment à Gbadolite et a Mbandaka :
lutte armée menée par un certain NYENGERE NIWA, petit-fils de
l’ex-Président Mobutu.
 Moins d’une année, cette même province était à
feu et à sang suite à une autre rébellion sous Enyele ;
• Dans la province du Sud-Kivu :
Les bruits des bottes dans le haut plateau de Fizi plus
particulièrement à Minembwe ou un groupe des milices Ngomyano règne
en maitre absolu avec toutes sortes des violences infligées a la
population locale sous l’œil impuissant du gouvernement ;
Sur la route Shabunda-Bukavu, la situation sécuritaire n’est pas aussi
bonne que ça suite aux activités des groupes armés et forces
négatives. Ceux qui dénoncent les atrocités de ces derniers font objet
des représailles sanglantes et les femmes en paient le lourd prix des
violences sexuelles. Il est regrettable que les forces armées
congolaises se rendent coupables de mêmes types de forfaits contre la
population civile.
Les efforts du gouvernement sont et restent de loin très insignifiants
pour rassurer la population. C’est ce qui se traduit par des
soulèvements de la population (c’est le cas observe à katana le 13
octobre 2010) contre le pouvoir établi suite à une insécurité
grandissante ; témoignant ainsi l’impuissance du Gouvernement
d’assumer sa responsabilité primaire : celle de sécuriser sa
population. (Cfr Art 16 de la Constitution de la RD Congo) ;
• Dans la province du Nord-Kivu :
Cette partie du territoire congolais jadis considérée comme la
pépinière (ventre mou) de la rébellion est toujours considérée comme
une terre conquise par toutes sortes des groupes armés et forces
négatives dont les FDLR et les Interahamwe, les Mayi-mayi, le CNDP,
les ADF-NALU, la LRA et autres.

L’intégration du CNDP au sein des FARDC n’a en fait amené qu’un
semblant de paix parce que les tueries, viols, enlèvements se
poursuivent avec impunité sous l’œil impuissant du Gouvernement et
même de la MONUSCO. Pour illustration :
- Les désertions en masse des unités du CNDP ne sont guère rassurantes
pour nous refugiés,
- Les alliances militaires dans une zone qui se dit démocratique (le
PARECO et le CNDP),
- La gestation de plusieurs foyers de troubles est bien perceptible
sur toute l’étendue du Nord-Kivu,
- les soi-disant Hutu Nande de Lubero déjà boudés par la population autochtone….
- De nombreuses familles n’osent plus passer la nuit dans leurs
maisons par crainte d’être massacrées…
- Une certaine catégorie des gens passe la nuit à Gisenyi au Rwanda
suite à l’insécurité à Goma,
- Le Gouverneur du Nord-Kivu ne peut jamais oser se déplacer dans sa
propre province sans escorte militaire d’au moins une vingtaine
d’éléments armés jusqu’aux dents pour raison de sa sécurité. Dans
cette circonstance, le vice-gouverneur du Nord-Kivu a été récemment
empêché dans sa propre province par Bosco NTAGANDA d’entrer dans le
territoire qui est sous son contrôle ; or ce dernier est sous mandat
d’arrêt international mais il circule librement en R D Congo,
- L’existence des camps des déplacés ne peut que confirmer notre
inquiétude et scepticisme : nous citons notamment le camps de Mpati,
de Kalengera et celui de Kichanga,
- Nul n’ignore les plaies fraiches de la rébellion NALU à la frontière
du territoire de Beni avec la province Orientale, précisément à
Eringeti,

– Il ne se passe pas deux jours sans que des corps
sans vie soient ramassés soit à Goma, à Butembo ou à Beni ou le 1er
novembre 2010 trois militaires des FARDC ont tue l’étudiant PONGA
WAKWINGA de l’ISDR/Beni.

• Dans la Province Orientale

Nous sommes informés que plus de 411 Congolais se sont refugies au
Soudan le 26 octobre 2010 suite à un climat d’insécurité dans cette
partie du pays.
 Les luttes tribales se poursuivent encore en Ituri.
Au delà, le Gouvernement congolais souhaite le retour volontaire des
refugiés au pays, mais hélas, la question qui s’avère importante de se
poser c’est celle de savoir pour quoi faire comme travail, car il est
incapable de satisfaire aux revendications de ses travailleurs en
l’occurrence, les enseignants, les médecins, les magistrats, les
militaires etc.
La récente publication du rapport de l’ONU du 1er Octobre 2010
(rapport Mapping) sur les massacres non seulement des refugies Hutu
mais aussi des congolais par les forces du mal (qui sont encore très
actives dans tout l’Est du pays et même à Kinshasa) est aussi une
source de crainte pour un grand nombre des refugiés qui ont, soit
assister aux tueries, soit dénoncer ces crimes. Certains ont peur
d’être individuellement menacés s’ils rentrent au pays avant que la
justice national ou international mettent ces bourreaux hors d’état de
nuire (dont certains occupant toujours des postes clés au pays avec
une capacité de nuisance), sachant qu’il n’ya pas de paix sans
justice.
C’est une évidence que notre communauté de refugiés reste
quotidiennement infiltrée par plus d’une nationalité pour des raisons
électoralistes d’une part et d’autre part en quête de notre
nationalité,
d’où les apatrides dont l’accord tripartite précité fait allusion en
son article 7 paragraphe 7.
Il est à craindre que nombreux de ceux-là qui acceptent de rentrer au
pays ne soient ni Congolais ou vrais refugiés congolais, avec la
probable motivation de porter une autre confusion dans les endroits ou
ils vont retourner et/ou de nous amener une nouvelle guerre. Bien
longtemps nous avions décrie cette situation avec quelques preuves à
l’appui mais sans suite des autorités compétentes.
Nombreux aussi sont ceux-là qui veulent rentrer au pays sur base de
fausses informations de la situation sécuritaire au pays prétendue
être revenue normale.
De plus, notre crainte est que les autorités qui nous gèrent nous
retirent le peu d’assistance et protection que nous bénéficions ou
l’utilise comme arme efficace pour nous acculer et nous contraindre
de retourner au Congo indépendamment de notre propre gré.
En guise de conclusion :
1. Nous aimons bien la R D Congo comme notre très chère patrie, mais
hélas, les conditions favorables pouvant inciter notre retour ne sont
pas encore établies ;
2. Nous prions aux Gouvernements de la R D Congo et de l’Ouganda, tous
signataires des Chartes de l’ONU relatives à la protection des
refugiés, de faire montre du respect de leurs engagements
internatonaux en la matière ;
3. Nous prions à qui peut nous entendre de ne ménager aucun effort
pour ne plus traumatiser le petit équilibre mental, psychologique et
social que nous essayons de rebâtir en attendant une des solutions
durables selon les critères et les priorités du HCR ;
4. Que la MONUSCO, la Société Civile Congolaise, les Agences des
Nations-Unies, les Organisations des Droits Humains, etc rassurent la
Communauté internationale et la Communauté des refugiés Congolais que
la situation sécuritaire en R D Congo est rétablie pour inciter le
retour volontaire ;
5. Que ce faisant, créer un cadre de vérification et d’évaluation de
la situation au pays en y associant une légitime représentation
reconnue des refugiés Congolais vivant en Ouganda conformément aux
élections organisées du 1er au 2 décembre 2008 par le HCR et l’OPM
(cfr Art 8 paragraphe 2 de l’Accord tripartite précité) ;
6. Nous prions au HCR de fournir des efforts pour sauvegarder nos
intérêts et nos droits dans le respect strict de la Convention de
Genève du 28 juillet 1951, de la Charte Africaine de 1979, de la
Charte des Nations Unies, la Déclaration Universelle des droits de
l’Homme du 10 décembre 1948 etc ;
7. Que le Gouvernement ougandais et le HCR créent un nouveau système
d’accueil aux nouveaux demandeurs d’asile congolais en y associant la
représentation des anciens refugiés congolais, ceci pour barrer la
route a ceux-là qui se font passer pour des congolais pendant qu’ils
ne le sont pas ;
8. Que le tripartite RD Congo, la République de l’Ouganda et le Haut
Commissariat des Nations-Unies pour les Refugiés organise avant tout
un travail de vérification et de contrôle des dossiers de ces
refugies qui veulent retourner volontairement en RD Congo en y
associant la représentation reconnue des refugiés congolais, ceci pour
éviter d’accorder la nationalité congolaise a des étrangers ;
9. Et tous, de constater que le retour volontaire des refugies
Congolais en R D Congo n’est pas opportun a ce moment précis.
Fait à Kampala le 30
Octobre 2010
Pour la Délégation de la Communauté des Refugiés Congolais de l’Ouganda,
http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=2&newsid=173006&Actualiteit=selected

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