C’est le message univoque envoyé par les jeunes de Tunisie et d’Egypte aux peuples d’Afrique et d’ailleurs qui vivent - survivent ?- encore sous l’oppression des régimes autoritaires, corrompus et incompétents. C’est un message d’espoir qui confirme que la fatalité n’existe que là où règne la peur et la résignation. La peur et la résignation sont, en effet, les meilleures complices des dictateurs et autres tyrans. Ne dit-on pas que ce sont les peuples qui fabriquent les tyrans ?N’empêche. «Existe-t-il, chez l’homme, un désir secret d’être gouverné de façon totalitaire ?», s’interrogeait le philosophe et écrivain français Jean-François Revel dans son célèbre ouvrage «La tentation totalitaire» publié chez Robert Laffont. Revel qui était un des défenseurs acharnés de la démocratie d’ajouter : «La démocratie est liée à l’incertitude. Elle a, entre autres fonctions, celle de permettre le remplacement des dirigeants lorsqu’on croit qu’ils se trompent.»
Le Tunisien Zine El-Abidine Ben Ali dirigeait son pays d’une poigne de fer depuis vingt-trois ans. Ancien patron de la Sûreté nationale, l’ex-chef d’Etat était allergique à toute forme d’opposition. Le «Raïs» Hosni Moubarak était à la tête de son pays depuis vingt-neuf ans. Il préparait son fils Gamal à lui succéder. Ben Ali comme Moubarak étaient des «malades du pouvoir». Ils étaient malades au point d’être sourds et aveugles aux cris de détresse de leur population. Ils ne sont pas rendu compte de l’abîme que les séparait de leurs concitoyens. Des concitoyens qui ne demandaient pas le superflu. Nullement. Juste un minimum de ressources pour vivre dans la dignité.
A Tunis comme au Caire, la population reprochait aux deux dirigeants déchus d’avoir perdu de vue la finalité de l’Etat. A savoir, l’amélioration de la qualité de la vie. Le bien-être collectif. «Nous méritons une meilleure vie», scandaient des jeunes tunisiens. La Tunisie et l’Egypte étaient des modèles accomplis d’Etat-policier : écoutes téléphoniques, absence de liberté d’expression, contrôle de réseaux sociaux sur Internet, intimidation des opposants, des syndicalistes, des journalistes et des militants des droits humains. La liste n’est pas limitative.
Il n’est pas sans intérêt de s’attarder sur le cas Moubarak. Ancien vice-président de la République, cet ancien commandant de la force aérienne a accédé à la tête de l’Etat après l’assassinat d’Anouar El Sadate en 1981. Les Egyptiens espéraient sans doute un vent de changement. Ils ont vite déchantés. «Hosni» a instauré un régime autoritaire et népotiste. Lui et des membres de sa famille se sont remplis les poches pendant que la grande majorité de la population tirait le diable par la queue avec moins de deux dollars par jour. Le cas Moubarak présente quelques similitudes avec la situation politique en RD Congo. «Joseph Kabila» est arrivé au pouvoir suprême suite à la mort inopinée du président Laurent-Désiré Kabila. Dans son allocution d’investiture, le nouveau président s’est présenté en réformateur décidé à «renforcer l’Etat de droit» tout en consolidant la «démocratie», la «bonne gouvernance». Sans oublier de «garantir les droits de l’homme et la justice.» Notons que le Mzee était honni pour avoir passé par pertes et profits les résolutions des travaux de la Conférence nationale souveraine (CNS). Travaux au cours desquels, le "peuple en conférence" avait procédé à la "relecture" de l’Histoire du pays avant de jeter quelques jalons pour baliser l’avenir. La démocratie et le respect des droits de l’Homme ont été les options essentielles.
Dix années après, le bilan du successeur de Mzee est simplement catastrophique. Sanglant. C’est le retour à l’ordre ancien vomi le 24 avril 1990. Tous les anti-valeurs dénoncés lors des travaux de la CNS (1991-1992) sont de retour : arbitraire, dérive autoritaire, exécutions extrajudiciaires, impunité, injustice, corruption, violations des droits humains, népotisme, clanisme, tribalisme, régionalisme. Sans oublier la politisation de l’armée et des services de sécurité au point de transformer ces services publics en milices. Le pluralisme politique n’existe plus que sur papier.
A l’instar de Ben Ali et de Moubarak, «Joseph Kabila» est un «malade du pouvoir». Il a concentré tous les pouvoirs d’Etat entre ses mains inexpertes en devenant l’unique source de l’imperium. L’homme est candidat à sa propre succession. Pour quoi faire? Est-ce pour condamner les Congolais à une nouvelle période de misère, de peur et d’humiliation? A Tunis et au Caire, le peuple a démontré que les dictateurs ne sont pas éternels. Ils ont également démontré que la fatalité n’existe que là où règnent la peur et la résignation. Qui peut s’arroger le droit d’empêcher les Congolais à choisir un avenir différent?
Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2011
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