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En 2005, après quatre années d'enquête, un juge belge avait
inculpé M. Habré et la Belgique avait demandé à Dakar son extradition.
L'ex-président tchadien Hissène Habré, accusé de crimes contre
l'humanité, a été arrêté dimanche à Dakar où il vit en exil depuis 22
ans, preuve supplémentaire de la volonté de la justice sénégalaise de le
juger au plus vite après des années d'impunité.
"Hissène
Habré a été placé en garde à vue dans le cadre de l'instruction", a
affirmé à l'AFP un responsable du parquet du tribunal spécial mis en
place, en février, pour le jugement de M. Habré.
Selon la loi sénégalaise, la garde à vue est de 48 heures, renouvelable une seule fois.
Un
des avocats de M. Habré, Me El Hadji Diouf, a ajouté sur la radio
privée locale, RFM, que l'ex dirigeant tchadien venait d'être "arrêté
par des gendarmes à son domicile à Dakar et conduit vers une destination
inconnue".
"On a demandé son arrestation dans le cadre de l'instruction
et le dossier sera soumis aux juges d'instruction pour un réquisitoire",
a affirmé le responsable du parquet des Chambres africaines
extraordinaires, le tribunal spécial chargé de juger M. Habré.
"Des
gendarmes viennent de procéder à l'arrestation de Hissène Habré à son
domicile des Almadies (un quartier résidentiel de Dakar) et l'ont
conduit vers une destination inconnue", a affirmé Me El Hadji Diouf,
s'interrogeant sur "l'urgence" à l'arrêter un dimanche."C'est
inacceptable.
Habré a des droits qui ont toujours été violés", a ajouté
Me Diouf. Il a dit avoir été informé de l'arrestation par une épouse de
l'ex-président tchadien.
Hissène Habré a été
placé en garde après de récentes visites du procureur spécial des
chambres spéciales, Mbacké Fall, en Belgique et au Tchad pour préparer
le dossier d'accusation contre l'ex-président tchadien.
En
2005, après quatre années d'enquête, un juge belge avait inculpé M.
Habré et la Belgique avait demandé à Dakar son extradition.
N'Djaména
et Dakar avaient signé en mai un accord pour permettre aux juges du
tribunal spécial créé pour juger M. Habré de mener des enquêtes au
Tchad.
Vers la fin de l'impunité ?
"Le
placement en garde à vue le 30 juin de Hissène Habré est une étape
majeure de la longue campagne pour le traduire en justice", s'est réjoui
Reed Brody, de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human
Right Watch (HRW), très impliqué dans le dossier Habré.
"Après 22 ans, les victimes de Habré peuvent enfin entrevoir la lumière au bout du tunnel", a-t-il ajouté.
"Cela
fait plus de deux décennies que j'attends de voir Hissène Habré traduit
en justice. Nous allons enfin pouvoir confronter notre bourreau et
recouvrer notre dignité en tant qu'êtres humains", a dit de son côté
Clément Abaïfouta, président de l'Association des victimes des crimes du
régime de Hissène Habré.
En visite au Sénégal
du 26 au 28 juin, le président américain Barack Obama avait abordé le
dossier Habré avec son homologue sénégalaise, Macky Sall, et félicité
Dakar pour ses "efforts" en vue d'organiser son procès.
"C'est
un procès que nous avons soutenu et nous nous félicitons du leadership
du Sénégal qui a entrepris ces efforts pour que justice soit faite",
avait déclaré Ben Rhodes, conseiller américain adjoint à la sécurité
nationale.
Le président sénégalais, qui a
succédé en mars 2012 à Abdoulaye Wade, qui était au pouvoir depuis douze
ans, s'était engagé à juger Hissène Habré et avait exclu de l'extrader
en Belgique.
Le Sénégal avait été mandaté en
juillet 2006 par l'Union africaine (UA) pour organiser le procès, mais,
Abdoulaye Wade ne l'avait jamais fait, invoquant diverses raisons, dont
le manque de moyens.
Le tribunal spécial,
première juridiction africaine jamais mise en place pour juger un
Africain, a démarré ses activités en février, et est doté d'un budget de
7,4 millions d'euros, venant notamment de l'Union européenne (UE) et
des Etats-Unis.
Il est chargé de juger Hissène
Habré pour des faits présumés commis pendant ses huit ans de pouvoir
entre le 7 juin 1982 et le 1er décembre 1990.
Le tribunal a
été été créé en décembre 2012 et est formé de quatre chambres spéciales:
deux pour l'instruction et l'accusation, une Cour d'assises et une Cour
d'appel, formées de juges africains dont des Sénégalais.
Hissène
Habré vit en exil à Dakar depuis sa chute après huit ans de pouvoir au
Tchad. Il est accusé de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et
torture. Une "commission d'enquête sur les crimes et détournements"
commis pendant les années Habré, créée après sa chute, a estimé à plus
de 40.000, dont 4.000 identifiées, le nombre de personnes mortes en
détention ou exécutées au cours de sa présidence.
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