mardi 2 juillet 2013

Kikwit : parcours du combattant pour toucher son salaire

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Des attentes interminables, des dizaines de kilomètres à parcourir pour toucher leur salaire à la banque…

Un an après le lancement de la « bancarisation » des salaires des agents de l’Etat, ceux de Kikwit et de la province n’en peuvent plus. Manifestations et grèves se multiplient.

Les scènes se suivent et se ressemblent : chaque mois lorsqu’arrive le moment de la paie, c’est un calvaire pour les agents de l’Etat congolais depuis un an que leurs salaires sont versés en banque. A Kikwit, à près de 500 km à l’est de Kinshasa, ils attendent des heures et des jours, affamés et fatigués, pour être payés.

Ce 14 juin, sous un soleil de plomb, ils sont là nombreux devant l’Ecobank pour toucher leur salaire de mai. Epuisé l’un d’eux, s’effondre et perd connaissance pendant près de 30 minutes.

« Depuis une semaine nous sommes exposés au soleil pour des miettes appelées abusivement salaires. Nous dénonçons d’abord la lenteur qui caractérise le travail de l’Ecobank. La qualité du travail n’est pas bonne. Il y a plusieurs banques à Kikwit. Pourquoi choisir une et une seule qui nous fait faire des va-et-vient ? », s’interroge, fâché, Claude Kitoko, un fonctionnaire.

Pour ceux qui habitent loin des villes, c’est encore pire. Ils doivent parcourir jusqu’à 140 km pour espérer être payés.

A Bulungu, l’une des villes de l’intérieur, les armes ont même crépité le mercredi 12 juin à la suite des troubles créés par les fonctionnaires et enseignants : « Le manque de liquidité au niveau de l’agence RDP a fait naître le désordre car nous avons passé trois semaines en dormant dehors.

Un enseignant a eu une fracture et un bébé a été piétiné puis est décédé. La paie est suspendue jusqu’à nouvel ordre », témoigne Mutshaka Mule, un des enseignants revenus de Bulungu.

Complications administratives

En outre, certains agents n’arrivent pas à toucher leur salaire pour des raisons administratives. C’est le cas d’Irène Ngituka, enseignante à l’école primaire qui avait remplacé un autre enseignant qui, lui, avait reçu une promotion et dont le salaire est également en gestation.

« Je viens ici depuis des jours mais la banque me dit que ma situation n’est pas claire et mon nom ne figure pas sur la liste de ceux qui doivent être payés », regrette-t-elle.

« Irène est parmi de nombreux enseignants qui ont perdu leurs salaires qui sont pris en recettes par la banque, explique Kakene Lebis-Baar, président de l’Intersyndicale de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP)/Bandundu2.

Les concernés sont les remplaçants des déserteurs, les promus, les décédés… à cause du retard du Service de contrôle et de paie (SECOPE) à transmettre à temps les dossiers de ces enseignants à sa hiérarchie à Kinshasa. »

Contacté à ce sujet, Ndona Césaire, directeur du SECOPE de l’EPSP/Bandundu 2 répond que son service conjugue ses efforts pour résoudre ces problèmes. « Peut-être, ajoute-t-il, c’est la lenteur de l’administration. »

De leur côté, les responsables de l’Ecobank n’ont pas voulu répondre aux critiques formulées à leur endroit.
L’intersyndicale regrette aussi les perturbations du calendrier scolaire à cause de toutes ces « gymnastiques ».

Depuis le 4 juin les magistrats de Kikwit, eux aussi impayés, observent un mouvement de grève : « D’habitude nous recevons nos salaires le 19 de chaque mois.

Pour celui de mai, l’ordonnateur délégué du Bandundu dit avoir transféré les salaires de 76 magistrats. Après vérification à Ecobank, l’argent est introuvable ! », explique Patrick Tshiefu, procureur de la République de cette ville.

Le gouvernement lui se félicite. Augustin Matata Mponyo, Premier ministre, a déclaré le 7 mai dernier à Kinshasa que la bancarisation de la paie des agents et fonctionnaires avait permis à l’Etat congolais d’économiser cinq millions de dollars et de déceler 3500 fonctionnaires fictifs.

Selon Jean Louis Kayembe, président du comité de suivi de la bancarisation en RDC, « avec cette opération, nous avons réussi à centraliser les données en rapport avec la paie. Nous sommes déjà autour de 780 000 agents bancarisés sur les 900 000 : 70% des fonctionnaires reçoivent la totalité de leurs salaires par la voie bancaire. »

Il ajoute que le gouvernement fait un grand effort pour améliorer la qualité des services. Des mesures sont mises en œuvre. « Nous y allons graduellement », conclut-il. Mais de nombreux agents de l’Etat sont eux à bout de patience…

Badylon Kawanda

Source : Syfia Grands Lacs

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