samedi 16 octobre 2010

Le Rwanda n'est pas prêt pour une démocratie", dit un expert

Pour Filip Reyntjens, c'est clair, "le Rwanda n'est pas prêt aujourd'hui pour une introduction de la démocratie, même modérée". Ce spécialiste plaide pour le changement, mais il se dit "réaliste". Le Rwanda est un "pays profondément traumatisé", et un changement ne peut se faire du jour au lendemain.
Pour lui, il faudrait compter sur une période de 10 ans pour assurer la transition. "Il faudrait que les bailleurs de fonds (dont dépend énormément le Rwanda) se constitue en consortium", dit-il, et qu'ils mettent la pression pour pousser le gouvernement rwandais au dialogue, sur base d'"une sorte de feuille de route".
Pas de doute sur l'issue du scrutin
Lors de la précédente élection présidentielle, Paul Kagame avait remporté 95,5% des voix. On peut s'attendre, cette fois, à ce qu'il obtienne autant, voire un peu plus "car il faut montrer que sa cote a augmenté", dit Filip Reyntjens. Et d'expliquer qu'il n'y a pas d'opposition dans le pays, les trois candidats en lice aux côtés du président sortant, sont trois candidats du FPR, le parti de Paul Kagame.
Il y avait trois vrais partis de l'opposition, dit-il, mais deux n'ont pas été reconnus et le président du troisième est en prison depuis deux mois.
Il précise aussi que le vote n'est pas vraiment secret car l'électeur signe son vote avec son empreinte digitale, juste à côté du nom du candidat de son choix.
Une réussite économique sous le signe croissant de l'inégalité
La réussite économique du Rwanda est "incontestable", indique Filip Reyntjens, mais elle est "en partie en trompe l'oeil" car elle est principalement axée "sur la vitrine qu'est la capitale, Kigali".
Aujourd'hui, dit-il, "les inégalités ont augmenté terriblement". Alors qu'il était un pays "à inégalité basse", il est aujourd'hui "parmi les 15% des pays du monde" à l'inégalité élevée. Ce qui au niveau politique et citoyen provoque pas mal de ressentiment et de frustration, et "est extrêmement dangereux" pour l'avenir, pense-t-il.
Risque d'un coup d'état
Le vrai danger pour Paul Kagame, ce sont les tensions qui existent dans son propre camp, estime ce spécialiste du Rwanda. "Au sein de l'armée rwandaise (FPR), de nombreux Tutsis sont en désaccord avec la manière dont Paul Kagame (également Tutsi) gère le pays".
Il cite en exemple un ancien chef d'état major de l'armée rwandaise (ancien "camarade" de Paul Kagame) qui s'est exilé en Afrique du Sud et qui a fait l'objet d'une tentative d'assassinat contre lui. Très probablement "un coup de Kigali".
Aujourd'hui, Paul Kagame n'est pas à l'abri d'un coup d'état, affirme Filip Reyntjens.
Même les Américains et les Britanniques ("qui ont le plus protégé le Rwanda") s'inquiètent de la situation, confie-t-il. Ils craignent "une nouvelle vague de violence aiguë".
C. Biourge
Filip Reyntjens, professeur à l'université d'Anvers et spécialiste du Rwanda,

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