jeudi 16 décembre 2010

Manifestation pro-Ouattara à Abidjan : au moins quatre morts

Par Rue89 | 16/12/2010 | 12H39

Décidés à marcher sur le siège de la télévision nationale à Abidjan, la RTI (Radio télévision ivoirienne), aux mains des partisans de Laurent Gbagbo, les partisans d'Alassane Ouattara ont été dispersés en fin de matinée par les forces de l'ordre. Au moins quatre personnes ont été tuées par balles ; Anne Ouloto, la porte-parole de Ouattara, évoque dix-sept tués.
Sur BFM ce jeudi matin, elle expliquait l'importance d'une telle marche contre la télévision « instrumentalisée » et contre le pouvoir de Laurent Gbagbo. Anne Ouloto a annoncé que les partisans de Ouattara ne se laisseraient pas « voler le pouvoir ».(Voir la vidéo)
Des photos des violences circulent sur Internet. Sur sa page personnelle, un photographe a publié des clichés sur lesquels ont peut voir deux homme étendus par terre.
Des tirs d'armes automatiques ont été entendus en divers coins de la métropole ivoirienne. En début d'après-midi, la BBC faisait état d'explosions d'armes lourdes à proximité de l'hôtel du Golf, où sont retranchés Alassane Ouattara et son premier ministre, Guillaume Soro. Trois gardes du corps de Ouattara auraient été blessés.
L'hôtel du Golf est protégé par les casques bleus de l'Onuci, l'Organisation des Nations unies pour la Côte d'Ivoire, qui compte quelque 10 000 membres, dont un millier de Français. Il est également gardé par des éléments des Forces nouvelles (FN), l'armée « rebelle » favorable à Ouattara. (Voir la carte)
Plusieurs manifestants pro-Ouattara ont également été blessés par balles dans la capitale politique Yamoussoukro, lorsque l'armée a dispersé un cortège.
Jeudi, les télévisions étrangères étaient toujours inaccessibles en Côte d'Ivoire, et, selon certaines informaitions, le système de SMS sur téléphones portables était bloqué ou en tous cas inutilisable.

« Nous poursuivrons les auteurs de crimes »

La situation extrêmement tendue fait craindre un engrenage de la violence. Sur France 24, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo a menacé de poursuites les responsables de violences meurtrières, quel que soit leur camp :
« S'ils commencent à tuer des gens, alors c'est un crime et nous engagerons des poursuites contre eux. »
De nombreux Ivoiriens craignent une reprise de la guerre civile ; selon le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), le nombre d'Ivoiriens réfugiés au Liberia voisin depuis l'élection a atteint 3 700 personnes environ et des dizaines d'Ivoiriens arrivent tous les jours dans des villages libériens.
Par ailleurs, le Parlement européen a adopté jeudi une déclaration demandant à Laurent Gbagbo de se retirer pour laisser place à Alassane Ouattara. Le texte, dont l'eurodéputé socialiste français Vincent Peillon est un des rédacteurs, appelle également « l'ensemble des acteurs ivoiriens à enrayer tout risque d'escalade de tension et à empêcher tout affrontement ». Il soutient le principe de sanctions ciblées contre l'entourage de Laurent Gbabo.
Depuis le 5 décembre, la Côte d'Ivoire a deux présidents : Ouattara, soutenu par la commission électorale indépendante (CEI) dont les conclusions ont été soutenues par la communauté internationale, et Laurent Gbagbo, reconnu par le Conseil constitutionnel du pays.

Zineb Dryef et Pierre Haski

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