lundi 22 novembre 2010

Procès Bemba à La Haye : la défense dénonce une enquête "partiale" et "bâclée"

 
L'ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba (C), le 19 octobre 2010 à la Cour pénale internationale de La Haye ©AFP
LA HAYE (AFP)
La défense de Jean-Pierre Bemba a dénoncé lundi une enquête "partiale" et "bâclée", au premier jour du procès de l’ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.
"Une enquête partiale, une enquête bâclée, et qui en définitive n’apporte absolument pas aux juges ce qu’ils sont en droit d’attendre, c’est-à-dire des preuves au-delà de tout doute raisonnable", a regretté Me Nkwebe Liriss, prononçant la déclaration liminaire de la défense.
L’opposant congolais est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, à savoir des viols, pillages et meurtres, commis en 2002 et 2003 par sa milice du Mouvement de libération du Congo (MLC) en Centrafrique, où elle soutenait les troupes du président Ange-Félix Patassé, victime d’une tentative de coup d’Etat du général François Bozizé.
Le procès, prévu pour durer des mois, devait se poursuivre mardi après-midi avec l’audition du premier des quarante témoins de l’accusation, un "chef de quartier" centrafricain.
"Jean-Pierre Bemba a sciemment permis aux 1.500 hommes qu’il commandait de commettre des centaines de viols, des centaines de pillages", avait affirmé à l’ouverture de l’audience lundi après-midi le procureur de la CPI, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo.
Selon le procureur, M. Bemba, qui plaide non coupable, était "le commandant militaire avec l’autorité effective et le contrôle des troupes qui ont commis les crimes", ce que conteste la défense.
"La responsabilité hiérarchique incombait au commandement suprême de l’armée centrafricaine", a assuré Me Liriss, regrettant que "la chaîne de commandement centrafricaine" ne soit pas appelée à témoigner au procès.
Le procureur "a préféré se focaliser sur des témoins de seconde zone pour accabler M. Bemba qui se trouvait à plus de 2.000 km des lieux de combat", a soutenu l’avocat.
L’accusé, vêtu d’un costume marine et d’une cravate bleu ciel, fortement corpulent, est resté impassible pendant la lecture des charges.Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.
Cinq mois durant, jusqu’en mars 2003, les troupes du MLC ont, selon l’accusation, violé et pillé, tuant ceux qui leur opposaient une résistance.
"Les viols, souvent collectifs, ont été perpétrés sur des femmes, des filles, des enfants, des personnes âgées, même des hommes —ce qu’on ne connaissait pas jusqu’à alors— en public", a déclaré l’un des deux avocats centrafricains représentants les victimes, Me Marie-Edith Douzima-Lawson.
"Le viol a été utilisé comme véritable arme de guerre dans le but de punir en quelque sorte la population civile soupçonnée de complicité avec les rebelles centrafricains", a-t-elle souligné.
La CPI a autorisé la participation de 759 victimes au procès et les juges doivent encore se prononcer sur 653 demandes.
Jean-Pierre Bemba, qui avait fui la RDC en 2007, avait été arrêté le 24 mai 2008 à Bruxelles en vertu d’un mandat d’arrêt de la CPI, saisie en 2004 par François Bozizé, au pouvoir en Centrafrique depuis 2003.
En détention provisoire depuis son arrestation, M. Bemba n’a pas été reconnu indigent par la CPI.Ses avoirs et ses biens ont été gelés à la demande de la Cour qui avance l’argent nécessaire à sa défense, 30.150 euros par mois.
Le procès de M. Bemba est le troisième procès de la CPI, entrée en fonction en 2002.Les deux premiers procès, en cours, sont ceux de trois chefs de milice de RDC.

Election ivoirienne : des renforts loyalistes partent pour le Nord

Départ des militaires des Forces de défense et de sécurité, pour l'ex-zone rebelle, le 22 novembre 2010.
Départ des militaires des Forces de défense et de sécurité, pour l'ex-zone rebelle, le 22 novembre 2010.
RFI/Norbert Navarro
Par RFI
En Côte d'Ivoire, les FDS, les Forces de défense et de sécurité envoient, depuis Abidjan, des renforts vers le nord, essentiellement en zone CNO, autrement dit dans l’ex-zone rebelle. Quelques 1 500 militaires supplémentaires, de l’armée loyaliste, qui vont participer à la sécurisation du second tour de l’élection présidentielle.
C’est par un décret présidentiel qu’a été réquisitionné ce déploiement de militaires en zone centre, nord et ouest, dite zone CNO.

RFI/Norbert Navarro
Le général Philippe Mangou, chef d’état-major des armées de Côte d’Ivoire
Les Forces de défense et de sécurité sont déterminées à faire barrage à tout individu portant atteinte à l'intégrité de notre pays.
 

22/11/2010 par Norbert Navarro
Jusqu’à présent, les habitants de cette zone, toujours contrôlée par les ex-rebelles des FAFN (les Forces armées des Forces nouvelles), n’avaient vu que des gendarmes et des policiers du sud déployés près de chez eux, à l’exception des militaires loyalistes qui montent la garde depuis une petite année le long de la frontière ouest avec la Guinée. Les renforts ont quitté Abidjan ce matin.
Notre dossier spécial
Présidentielle en Côte d'Ivoire
Présidentielle en Côte d'Ivoire
« Les forces sont réquisitionnées pour agir sur toute l’étendue du territoire national, en particulier en zone CNO. C’est donc 1 500 hommes que nous déployons, qui vont travailler en mixité avec 500 éléments des FAFN. Les FAFN déploieront en zone sud, plus particulièrement en zone forestière, 1 500 hommes, qui également, travailleront avec 500 des nôtres », explique le général Philippe Mangou, chef d’état-major des armées.
Ce déploiement de militaires loyalistes dans toute la zone CNO vise à rassurer les populations sur le bon déroulement du scrutin.

Enregistrement en public de Mémoire d'un continent au Quai Branly

Par RFI
Le mercredi 24 novembre, assistez à l'enregistrement de deux émissions de «Mémoire d'un continent» avec Elikia M'Bokolo, au musée du quai Branly, autour du cinquantenaire des indépendances africaines.
Ce trimestre de l’automne 2010, le musée du quai Branly à Paris célèbre l’Anniversaire des Indépendances africaines avec un cycle dédié dans le salon de lecture Jacques Kerchache.
A cette occasion, il accueille l’équipe de Mémoire d'un continent, émission de rfi le mercredi 24 novembre 2010 à partir de 15H00 pour deux séances d’écoute exceptionnelles.
Dans le salon de lecture Jacques Kerchache et en compagnie d’Elikia M’Bokolo, historien et animateur de l’émission, les visiteurs du musée sont invités à venir écouter quelques uns des discours qui ont marqué les indépendances.
Un temps d’échange avec le public suivra chacune des 2 sessions d’enregistrement pour mieux comprendre et explorer cette période et ses prolongements contemporains.
Ces deux émissions seront diffusées courant décembre sur rfi et clôtureront la série dédiée aux indépendances africaines.
Déroulé des enregistrements :
1ère émission : Les discours de rupture - 20 mn
- Ruben Um Nyobé (1913-1958) - Cameroun.
- Kwame Nkrumah (1909-1972) - Ghana
- Ahmed Sékou Touré (1922-1984) - Guinée
- Sylvanus Olympio (1902-1963) - Togo
- Patrice Lumumba (1925-1961) - République démocratique du Congo
2ème émission : Les indépendances dans la continuité - 20 mn
- Ouezzin Coulibaly (1909-1958) - Haute-Volta
- Félix Houphouët-Boigny (1905-1993) - Côte d’Ivoire
- Valdiodio N'diaye (1923-1984) - Sénégal
- Maurice Yaméogo (1921-1993) - Haute volta
- Philibert Tsiranana (1912-1959) - Madagascar
Les rendez-vous du salon de lecture sont ouverts à tous, en accès libre dans la limite des places disponibles.

RDC : « Nous n’avons aucune souveraineté »

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Philippe Biyoya - Professeur et analyste politique

Bien que cette interview n’indique pas clairement qu’il faut rompre avec le système en place à Kinshasa, elle revient sur l’une ou l’autre question essentielle. Elle soulève la question de notre souveraineté et affirme : « Nous n’avons aucune souveraineté. » Elle rend compte du contact avec le peuple de la base malheureusement dénommé « petit peuple ». « Quand vous causez avec le petit peuple, soutien le professeur Philippe Biyoya, il vous dit que les Blancs ont mis des Congolais au pouvoir pour les faire souffrir. La population a l’impression que tous ceux qui ont été à l’école des Blancs ont laissé la gestion du pays entre les mains des étrangers. Allusion est faite à la Banque mondiale, au FMI, le PNUD, etc. » Contrairement à ce que les intellos pensent, nos populations ne sont pas dupes.
Le blocage de la situation politique qui ne dit pas son nom a amené Le Potentiel à s’entretenir avec le professeur Philippe Biyoya, analyste politique. Entre aspects de la question invoqués, les intellectuels qui ont démissionné de leurs responsabilités.

Les analystes et autres observateurs politiques ainsi que les intellectuels ne font rien. La situation est bloquée. Le peuple vous regarde, vous, qui étiez allé à l’Université, comment réagissez-vous à cette situation ? 

Je ne sais pas précisément à quel sujet. Faut-il parler de la vie du Congo en général ? Toutefois, nous sommes dans un pays où il y a des acteurs et, je ne sais pas ce qu’il faut vraiment dire. Je crois qu’on voit ceux qui sont connus comme acteurs publics. Il est question des acteurs politiques, économiques et socio-culturels, etc. Tout semble effectivement bloqué. On fait du surplace. On tourne en rond.
Lorsque je regarde bien le paysage, c’est comme si on a perdu, en fait, le sens. C’est-à-dire qu’on ne sait plus courir après l’histoire qui a disparu derrière le brouillard. Alors, on est là en train de rechercher à retrouver une direction. Parce que, quand vous prenez la période qui va de 2006 jusqu’aujourd’hui comme celle qui constitue la première organisation des élections libres, démocratiques et transparentes, les gens avaient l’engouement pour le pouvoir. Car, en fait, on détient le pouvoir par les élections. Donc, il y avait la redistribution des rôles. Mais, aujourd’hui qu’on s’achemine vers 2011, il y a une autre urgence. Bien sûr, le pouvoir est en vue. Mais, il y a un bilan à faire. Il faut rendre compte. Il y a un devoir de redevabilité. Seulement, il y a un problème de gestion pour le gouvernement. Je ne sais pas si les gens sont conscients de la manière dont ils ont géré les affaires de l’Etat. Mais, puisque la perspective de rendre compte apparaît, les gens se recherchent. Quand vous prenez la période de 2006-2010, seuls les acteurs politiques sont en vue.
En fait, pour juger l’historicité d’une période, on ne regarde pas seulement les personnes, mais aussi les structures. Ce n’est pas que celles-ci n’ont pas fonctionné. Mais les a-t-on fait fonctionner comme il fallait ? Personne ne sait le dire. En France, par exemple, comme un peu partout dans le monde, Sarkozy a pris le pouvoir avec beaucoup d’enthousiasme, de zèle et d’arrogance. Je crois qu’aujourd’hui, on commence à rechercher de sens. Tout le monde court après des recompositions. On a l’impression qu’on a laissé passer une chance et qu’il faut, tout de suite, recomposer. Un peu comme en France, en RDC, l’heure est à la reconfiguration des structures politiques. Nous assistons à des adhésions, à des tendances. Des partis politiques se créent comme pour parachuter quelqu’un candidat présidentiel. On fait tout, non pas pour soi-même, mais en fonction d’un destin qu’on ne contrôle pas. C’est ce qui fait qu’on a le sentiment de constater que quelque chose ne va pas. Car nous sommes dans une phase d’incertitudes, de grande peur. Alors, chacun cherche un peu une sorte de refuge. Et on pense que le refuge, c’est le candidat présidentiel. Ceux qui ne se retrouvent pas dans tel ou tel autre candidat peuvent, peut-être, regarder vers un autre horizon. Car les élections peuvent permettre d’exister ou de disparaître. Mais, on ne peut pas disparaître, puisque par vous-même, vous ne pouvez ni vivre ni, en fait, être, vous devez vous accrocher quelque part. Tout le monde est à la recherche d’un point d’accrochage, d’une zone d’encrage qui est, certainement, la perspective de candidature.

En votre qualité d’analyste politique, peut-on dresser le bilan de 2006 pour savoir d’où l’on vient, où en est-on et où va-t-on ?

On dresse le bilan par rapport aux objectifs déclarés. Tout le monde sait quel était le programme électoral des uns et des autres. Par exemple, le programme qui est resté en vue est celui de « Cinq chantiers de la République ». Certainement qu’il y aura une évaluation qui sera faite par rapport à ce programme. Les « Cinq chantiers » ont été présentés d’abord comme ceux des infrastructures et de tout ce que le gouvernement devait réaliser. Certainement que tout le monde n’attendait pas simplement de voir ce qu’on allait faire. Chacun cherche ce qu’on a fait pour lui en tant que citoyen. Il y a deux choses : ce qu’on a fait pour la collectivité dans son ensemble. Mais, il y a la part que des gens auraient voulu avoir individuellement. Parce qu’en fait, nous ne vivons pas qu’au niveau des structures. Les collectivités, communes, districts, territoires, villes et provinces sont des entités pour lesquels on aurait pu réaliser plusieurs choses. Cependant, il y a également des choses que des individualités réclament. Je crois que les deux tableaux se présenteront. De trois, vous avez vu qu’il y avait un problème de gouvernement parce que l’ambition d’avoir le pouvoir n’était pas celle de triompher des autres. C’était l’ambition de se montrer capable de faire autrement les choses et de les faire mieux. Ici, vous aurez constaté que nous avons un problème parce que tout, chez nous, se fait par rapport à l’ancien régime. En fait, tout se fait par rapport à Mobutu. Je vais, peut-être, vous faire rire : ce que vous appelez blocage, l’absence de sens, signifie que les gens n’arrivent plus à faire la différence entre le passé et le présent. Lesquels semblent se confondre au point que quelqu’un peut dire que le passé, le présent et le futur sont dans une lutte confuse parce qu’ils se disputent pour une identité ancienne alors qu’on se bat pour une identité nouvelle. On a l’impression que nos formations politiques sont devenues des partis uniques dont la spécificité est de ne pas être populaires, de ne pas se ressourcer à la base, ce n’est pas un parti de meetings de tous les jours. Mais un parti unique est celui qui s’accroche au pouvoir, aux grandes personnalités. Un parti qui tourne, en fait, autour d’une vision d’un homme et d’une source. Il est question de tous les partis en RDC. Nous avons là un multipartisme un peu débridé parce que, dans leurs partis, les gens se réfèrent à l’ancien système. On fait allusion au chef. C’est sa parole qui compte…

Est-ce un héritage ? 

C’est la reproduction à l’identique des habitudes de l’ancien système. Entre 2006 et 2011, le sens était celui de gouverner autrement, c’est-à-dire comment voir la démocratie au sein des partis. En sciences politiques, on dit que les partis sont des machines d’accumulations des intérêts. Cela signifie que ce sont des partis qui vont à la base pour récolter les aspirations, qui font la comptabilité des problèmes de la population et qui les amènent aux institutions, notamment au parlement qui défend les intérêts de cette population.

Ce qui n’est pas le cas en RDC… 

Malheureusement. Et quand vous allez au gouvernement, celui-ci a été assez effacé par les difficultés qu’il a héritées de certains programmes, tels que le Document de stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté (DSCRP) et les « Cinq chantiers ». Le DSCRP nous a été imposé par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Nous n’avons aucune souveraineté.

Et il n’y a aucun débat à ce sujet ?

Effectivement, aucun parlementaire n’a posé ce problème significatif de l’avenir économique de ce pays. Parce que tout le monde sait que notre avenir économique dépend de ces institutions de Bretton Woods. En attendant, il faut chercher à savoir si nous pouvons récupérer la situation.

Peut-on, aujourd’hui, dire qu’il y a des avancées sur le plan démocratique ? 

La démocratie fonctionne à partir des institutions démocratiquement élues. C’est la première avancée. Mais c’est sur le plan des résultats que le problème se pose. Car la démocratie n’est pas seulement la tenue des élections, mais aussi les idées, les projets à faire partager et à faire accepter par la base avant de passer à leur matérialisation. Les « Cinq chantiers » sont un beau projet mais qui n’a pas été pris en charge. L’avenir d’un programme politique n’est pas la volonté de son promoteur. C’est dans le fait d’assumer un projet par un petit nombre, le plus grand nombre étant la base.
Quand vous causez avec le petit peuple, il vous dit que les Blancs ont mis des Congolais au pouvoir pour les faire souffrir. La population a l’impression que tous ceux qui ont été à l’école des Blancs ont laissé la gestion du pays entre les mains des étrangers. Allusion est faite à la Banque mondiale, au FMI, le PNUD, etc.

Que peut-on encore attendre de vous autres qui étiez à l’école des Blancs ? 

Il ne faut pas généraliser la critique. Moi, je suis enseignant. Je donne mes cours, moi-même. Et je peux encore me faire assister de mes assistants. Nous sommes dans un monde qui fonctionne aujourd’hui non seulement avec des appareils multinationaux, nationaux, mais avec des institutions internationales parce que nous sommes dans l’interdépendance, dans la mondialisation. Le déficit de gouvernance nationale est pris en charge pour qu’en fait le système international ne connaisse pas un dysfonctionnement parce que le Congo est important pour le monde. D’ailleurs, c’est ce que votre question me suggère. Le Congo est venu à l’existence comme Etat indépendant aujourd’hui à partir de besoins des autres. Et cela serait une contrainte s’il n’est pas pris en charge positivement par lui-même et cela pourrait constituer un piège pour eux. Et nous n’avons jamais géré cela parce que cela nous place dans un rapport de client à maître, de cheval à cavalier. Il s’agit de tous courants politiques congolais, à travers le temps, sauf ceux qui auraient des problèmes auraient maille à partir avec eux. Ou vous voulez vous afficher et on vous écrase, on vous tue, on vous élimine.
La critique est toujours facile. Mais je reviens à la machine bloquée. On a l’impression que les entourages des chefs, des ministres, de ceux qui pouvaient changer les choses ne font rien. On le voit sur le terrain.

Que faut-il faire maintenant ? 

On doit retrouver le sens qui cherche des prophètes, des apôtres. En fait, on a besoin de nouvelles idées, de nouveaux hommes. C’est ce que la nature recherche. Et il faut aller dans ce sens-là. Concrètement, depuis 2006, tout est électoraliste. On ne fait jamais rien sans penser au bénéfice qu’on en tirerait sur le plan des élections. On ne peut pas gouverner, faire des projets qui sont ceux de la société pour l’avenir. C’est dire que l’essentiel n’est pas de porter ce projet à terme par moi-même et qu’il me soit uniquement profitable, mais un projet sur lequel on a travaillé et à partir duquel on se souviendra peut-être de ce que nous avons fait. Si, on veut aller dans ce sens de retrouver le sens de l’histoire, d’avoir une nouvelle direction. Parce que, ici – un avis à partager – depuis 2006, les gens pensaient que la scène politique est structurée entre le président Kabila et Jean-Pierre Bemba. La disparition de Bemba a fait qu’il n’y a que Kabila qui reste. Alors, tout le monde s’inscrit dans ce sens-là. On est un peu tombé dans le piège de la facilité. On a l’impression d’aller dans la même direction. Les gens croient que tout est joué.
Maintenant, pour qu’on ait un sens, il faudrait qu’on mette Kabila et son système en devoir de se souvenir de la Constitution. Là, je vais prendre le cas de la France. Aujourd’hui, vous avez vu Sarkozy, qui pensait qu’il régnerait pendant longtemps, s’arrêter, procéder au remaniement dans un pays comme la France et, finalement, aller rechercher des gens comme Alain Juppé et autres gens du RPR, c’est parce qu’il a conscience qu’il est en situation de perdre. Comme dans le cas de la conscience de péril, quand une société n’est pas arrivée dans une situation pour laquelle quelque chose de grave peut survenir, c’est à elle de trouver les voies pour échapper à cela. En RDC, il faut inquiéter, troubler l’assurance de ceux qui pensent que le jeu est déjà joué. Parce que, là alors, le jeu va devenir compétitif. Même les élections prévues en 2011, si elles ne sont pas compétitives, si elles ne sont pas capables de sortir un génie nouveau, cela n’a pas de sens parce que nous serions empêtrés dans des problèmes. Structurellement, nous sommes coincés par la communauté internationale. Mais quelle serait, en fait, la portée d’une élection qui va nous conforter dans la dépendance vis-à-vis de l’extérieur ? Comment peut-on sortir de nos liens avec le FMI. Nous sommes dans une situation où les gens qui nous gouvernent disent qu’il n’y a pas d’argent. Mais il y a des gens qui savent om trouver l’argent. On nous demande de mobiliser les recettes, payer l’impôt. Nous savons bien que les structures ne peuvent pas marcher parce que ces gens sont habitués à voler en puisant dans la caisse de l’Etat. Si, demain, vous n’avez pas un discours électoral qui montre qu’avec les différentes administrations de l’Etat, on peut disposer de milliards des recettes fiscales, douanières et autres, sans attendre les institutions de Bretton Woods…

Est-ce une manière de demander au président de la République de faire comme Sarkozy ? 

Je crois que dans un monde interdépendant, on dit qu’il faut parfois se porter ailleurs. Sarkozy, dont la brillance est connue mondialement, s’est aperçu qu’il peut perdre, échouer non seulement lui-même mais aussi il a peur de faire perdre sa Droite. C’est un peu cela, ici. Il ne faudrait que les élections soient l’affaire d’un individu. Il faudrait qu’on en arrive à cela. Que l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP), qui a pignon sur l’Etat, comprenne que la défaite existe et envisage que le président de la République peut perdre. J’ai l’impression qu’on travaille sur l’hypothèse qu’il ne peut pas perdre. Si tel est le cas, on n’est pas sur une perspective d’avenir. La vie n’a de sens que parce qu’il y a la mort. La victoire, l’intelligence à l’école n’est de mise que parce qu’il y a l’échec. Si on ne travaille pas de façon dialectique …

Voulez-vous dire que … 

Sarkozy a fait cela. Je pense que tout est possible aujourd’hui. Il ne lui reste qu’une année. Il en est de même du président français qui a plus d’une année et qui n’a pas tout changé. Seulement, il réunit autour de lui une équipe pour faire les choses autrement.

Soyons pragmatique. Voulez-vous dire que si Joseph Kabila veut gagner demain, il faudrait qu’il change et le gouvernement et son entourage. Sans oublier la vision qu’il a du Congo ? 

Ce dont je suis sûr, c’est qu’à voir comment les choses se font, en tout cas, demain sera différent parce que je ne pense pas que ce soit l’addition des chefs politiques à la constitution de l’AMP qui le fera gagner. Le problème qui a amené le chef de l’Etat à recourir au Parti lumumbiste unifié (PALU) et à l’Union des démocrates mobutistes (UDEMO), c’est la non compétitivité des partis affiliés à l’AMP. Donc, l’AMP n’était pas compétitive. Ses membres ne sont pas de mobilisateurs. Ce sont des partis qui ne sont pas glanés d’opinion. Ils ne pouvaient lui donner chacun des millions de voix. Refaire la même stratégie, cela ne produit pas pour le moment. Le PALU a contribué pour beaucoup à l’élection de Kabila parce que ce parti avait un candidat présidentiel. Jusque-là, le PALU n’a pas de candidat, c’est que cette formation politique n’aura absolument rien. Il en est de même de l’UDEMO. Alors, à quoi cela servirait d’avoir une AMP, avec 240 partis, qui ferait alliance avec l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), par exemple ? Si rien n’a donné avec le PALU et l’UDEMO, pourquoi répéter une formule qui n’a pas réussi ?
Je pense qu’il faudrait qu’on réfléchisse, à commencer par le chef de l’Etat. Parce qu’il n’est pas encore trop tard pour faire même la réforme du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Pourquoi n’agirait-on pas ici parce que ce sont des citoyens à la base qui vont élire. Si nous n’avons pas de partis politiques qui assument la volonté populaire, qui ne la reflètent pas et qui n’encadrent pas la base, il faudrait changer de tactique.
En 2006, Joseph Kabila s’est présenté comme candidat indépendant. Je crois qu’il s’est méfié des partis. Comment va-t-il se présenter en 2011 ? Toujours en indépendant ? Je ne crois pas. C’est maintenant qu’il faut changer les choses. Les gens privilégient les intérêts égoïstes. Cette façon de faire la politique conforte-t-elle l’espoir pour l’avenir de la Nation ? Nous permet-elle d’entrer en compétition même avec d’autres Etats africains ? Est-ce que cette façon de faire la politique par laquelle les partis politiques se clientélisent à l’AMP parce qu’ils pensent cette famille politique du chef de l’Etat financera leur campagne électorale. Mais d’où viendront les fonds pour financer 250 individus qui, eux aussi, vont se faire élire comme députés.
Vous venez de dire que le Congo est un cas spécial. Et qu’il est né grâce à la volonté de grandes puissances.
Ne trouvez-vous pas qu’à Kinshasa, on est un peu naïf de croire qu’on peut faire les choses sans tenir compte des positions sur le plan international et de ces grandes puissances ?
Jusqu’à présent, on n’a jamais intégré le monde. Pour nous, le monde ne nous inquiète pas. On laisse pratiquement l’avenir des Congolaises et Congolais entre les mains des personnes qui ont reconnu le Congo. Ces personnes qui agissent pour leurs propres intérêts. Or, la politique est l’affaire du peuple. Et le clientélisme est incompatible avec la politique parce que celle-ci est le haut lieu de l’espérance et de la responsabilité. Elle est l’affaire des responsables. On n’est pas responsable du monde entier. On est d’abord responsable de sa propre cité, de ses concitoyens, de ses amis, etc. La politique est un monde, en fait, qui ne conduit qu’à l’égoïsme qui est, en terme social, la souveraineté. Mais quand vous êtes trop altruiste…

C’est bien d’accuser les hommes politiques… 

Je n’accuse pas. Je fais une analyse…

On a parlé du blocage. Mais le blocage n’est pas seulement politique, mais aussi intellectuel. Comment expliquer qu’un pays de 60 millions d’habitants comptent tant de professeurs-docteurs et autres intellectuels qui sont incapables de produire une pensée pour permettre aux hommes politiques de puiser au moins la matière ? 

Le problème ne se situe pas seulement au niveau des intellectuels. Lorsqu’il faut prendre Kimpa Vita, Kimbangu, Emery-Patrice Lumumba, ils n’avaient pas de diplômes. Mais la conscience que le Congo leur appartient, que le sol est propre aux Congolais. C’est l’appartenance, l’attachement à la Nation. L’école vient en appui pour comprendre cette vérité-là. Le problème est que nous avons énormément pour assumer notre indépendance que nous croyons être un cadeau. Or, Lumumba a prononcé son discours du 30 juin 1960, non pas pour insulter les Belges, mais pour expliquer aux Congolais et au monde le sens de cette date. En fait, la colonisation, telle que a fonctionné, n’était pas compatible avec l’épanouissement de la personnalité congolaise, africaine. Lumumba est populaire en Afrique parce qu’il a expliqué tout cela. Bien des gens ont dit que les Congolais ne seront pas capables d’assumer le nationalisme. Ces derniers confondaient le nationalisme avec le mondialisme.

Pour qui roulent les élites politiques et intellectuelles congolaises ?

Depuis 1960, nous n’avons pas réussi à nous décoloniser complètement. Mabika Kalanda l’a écrit en disant que la décolonisation mentale était la base de tout émancipation. Cette décolonisation mentale a-t-elle réussi ? On a africanisé les cadres dans l’armée. Africaniser n’est pas décoloniser. C’est-à-dire qu’on n’a pas changé la chaîne mentale des militaires. On a débaptisé les villes en n’en construisant pas de nouvelles, etc.

Revenons à la question : pour qui roulez-vous ? Comment un pays très riche comme le nôtre … 

C’est un problème de gestion d’administrations. Je crois que le Congo a produit de belles cités, des industries qui, d’ailleurs, ne peuvent pas disparaître. Parce qu’aujourd’hui, historiquement, si on veut parler du Congo, de ce que le Congo a apporté à l’Humanité et à l’Afrique. Je pense que les élites congolaises font absolument tout – je crois que c’est une lutte qui produit des nationalistes, une élite qu’on rebute justement ou que l’on maîtrise à cause de son nationalisme. Le problème, c’est qu’on n’arrive pas à développer les capacités, les possibilités de mettre à profit cette intelligence. Nous avons combien d’intellectuels dans les structures qui peuvent aider le gouvernement à prendre des décisions ? Tous les intellectuels ne doivent être au gouvernement ou à la présidence de la République. Avons-nous créé un système, un complexe qui permet de produire l’intelligence dont nous savons besoin ? Cette intelligence existe. Nous animons des débats à la télévision. Combien de décisions ont-elles déjà été prises ? Plusieurs débats parlementaires ont eu lieu et pour combien de décisions gouvernementales ? Combien de fois les parlementaires se sont-ils réunis parce qu’ils ont suivi un débat intéressant à la radio ou à la télé entre intellectuels et qu’ils ont trouvé intéressant pour la société ? Leurs partis politiques ne marchent pas. Comment voulez-vous responsabiliser les intellectuels ?
Toutefois, je crois que nous avons un problème d’élite. Celle-ci se distingue du nombre. Elle fait partie de ceux qui, par leurs mérites et qualités, prennent le dessus sur la société pour la commander. Il y a des élites dans tous les domaines. Seulement, nous sommes dans un système qui ne produit pas cela. Or nous devons remettre en question notre société. La révolution ne se fait pas au niveau des individus mais des structures. C’est la société qui est malade. Avons-nous réussi à construire cette société…

Reconnaissez-vous là que vous êtes incapables et peut-être inconscients ? 

Nous ne sommes pas inconscients. Mais nous n’arrivons pas à mettre en place un mécanisme, une mécanique qui reflète notre désir de vivre, notre savoir-faire, notre désir de vivre ensemble. Il n’y a pas de mécanique. Tout est nouveau…

Alors, tout est perdu ? 

Non. Seulement, le parlement est là pour voter des lois faibles en vue de donner des avantages aux étrangers. Qu’à cela ne tienne, ne perdons pas d’espoir.
Par Freddy mulumba kabuayi du Le Potentiel

Rwanda: Ingando, le purgatoire des anciens rebelles

Rwanda. Muhazi.  A droite le chef d'état major de l'armée de terre le général Kayomba. A gauche le pdt de la commission de démobilisation et de  réintégration  Jean Sayinzoga. 



  (photo Monique Mas/RFI)
Rwanda. Muhazi. A droite le chef d'état major de l'armée de terre le général Kayomba. A gauche le pdt de la commission de démobilisation et de réintégration Jean Sayinzoga.
(photo Monique Mas/RFI)
 
Soldats de métier ou d’occasion, des milliers de rebelles rwandais ont été enrôlés dans les armées et les milices des deux Congo, mais aussi dans les rébellions burundaises ou angolaise. Ceux qui rentrent font 45 jours de rééducation.
De notre envoyée spéciale à Mutobo.

En 2001, des «Camps de la solidarité» avaient été chargés, de debriefer avant leur retour dans leurs communes d’origine quelque 5 000 rebelles rwandais, «infiltrés», selon eux-mêmes, entre les volcans de la Virunga (au nord du pays) et capturés ou conduits à la reddition par la froideur de la population vis-à-vis de leur lutte armée. Depuis lors, c’est une Commission de démobilisation et de réintégration qui s’occupe des soldats et des miliciens de l’ancien régime, rapatriés par la Mission des Nations unies au Congo (Monuc) ou par leurs propres moyens. Après avoir rendu leurs armes, uniformes voire leurs galons, et avant de revenir à la vie civile, les anciens combattants rebelles passent par un camp d’Ingando (rééducation en kinyarwanda), à Mutobo, tout près de Ruhengeri, la capitale des volcans.

A Mutobo, c’est un ancien rebelle qui sert de guide au visiteur. Lui-même n’a pas envie de se raconter. Non point par crainte de quoi que ce soit, assure-t-il, mais parce que «son cœur ne souhaite pas s’ouvrir aujourd’hui». D’ailleurs, entre le camp et l’extérieur, la circulation est libre. Les trois femmes «anciennes combattantes» sont au marché. Une quinzaine de jeunes gens s’entraînent au karaté. L’un des 242 pensionnaires dit qu’il a eu une permission de sept jours pour aller voir sa famille à Cyangugu, à l’autre bout du pays. Personne n’a grand chose à redire sur la vie à Mutobo, en dehors de la pauvreté des rations alimentaires. «On m’avait dit que le FPR enlevait des gens dans ce camp. Mais jusqu’à présent, personne ne manque. Ici on a la sécurité», affirme un démobilisé. Pour eux, visiblement, l’essentiel viendra après l’Ingando, la session de 45 jours de «cours» dont ils attendent la fin avec impatience et même le début, car l’enseignement de la nouvelle idéologie ne commence pas au premier jour des arrivées mais en fonction d’un agenda administratif qui prolonge souvent le séjour.

Sur le discours unitaire et réconciliateur de l’Ingando, les anciens combattants rebelles ne formulent pas non plus de critique. D’ailleurs, au camp, on ne juge pas. Le cas échéant, les jurés populaires des Gacaca s’en chargeront, sur les collines. Pour ces femmes et ces hommes qui ont passé leur prime jeunesse à courir toute la région aux côtés de tout ce qu’elle compte de groupes armés, pour ces anciens rebelles déterminés, il y a peu, à ne jamais se rendre et à se réorganiser contre Kigali au bout de n’importe quelle «route à destination inconnue», l’appel du terroir et de la vie civile est visiblement aussi pressant qu’angoissant.

A Kigali, le président de la Commission de démobilisation et de réintégration demande au candidat visiteur de ne pas aborder ses pensionnaires comme s’ils étaient à coup sûr des «génocidaires». A Mutobo, bien évidemment, personne n’étant accusé de tels crimes, nul ne s’en réclame. Un ex-Far (Forces armées rwandaises sous Habyarimana) demande d’ailleurs des explications sémantiques sur le génocide, lui même comprenant le mot comme désignant un grand nombre de morts, funeste banalité dans les Grands lacs. Car à Mutobo, chaque entretien croise le fil d’un destin individuel avec celui des dix dernières années d’histoire de la sous-région, celle de ses guerres, de ses retournements d’alliances, de ses implications extérieures, de ses bains de sang et de ses cohortes de réfugiés.

Elam, par exemple, raconte comment jeune comptable de 24 ans à Cyangugu, il a postulé début mai 1994 pour entrer dans la 35ème promotion d’officiers de l’Ecole supérieure militaire de Kigali (ESM). C’était la toute dernière vague de recrutement lancée par les Far au Rwanda par un appel à candidature radiodiffusé. 480 candidats officiers ont été sélectionnés et rapidement transférés à Kigeme (près de Gikongoro) pour échapper à la guerre entrée à Kigali. Des candidats formés et entraîné très classiquement en mai et juin tandis que le commandant Deogratias Rutasira se faisait exfiltrer par les troupes françaises de l’opération Turquoise aux alentours du 22 juin. «Nous étions avec les Français. Leurs hélicoptères allaient et venaient. Ils nous ont dit que si certains d’entre nous se sentaient menacés, ils pouvaient les suivre, qu’ils les installeraient ailleurs. Personne n’a bougé, sauf le général Déogratias», se rappelle Elam. Lui-même ne se considère pas comme un déserteur mais comme une personne raisonnable qui s’indigne encore de l’affichette appelant à la reddition apposée à Kigeme par le commandant Rutasira le 17 juillet 1994, jour où le FPR avait annoncé un cessez-le-feu unilatéral pour consacrer sa victoire militaire. «Déogratias nous a dit : je suis général. Un militaire doit garder son sang-froid. Les Inkotanyi ne vont pas nous tuer. En fait, il voulait nous utiliser comme monnaie d’échange», poursuit Elam, qui a préféré battre retraite avec des milliers de ses compagnons d’armes d’abord à Cyangugu, le 21 juillet, puis à Bukavu, de l’autre côté de la frontière zaïroise, après le retrait des troupes françaises en août.

Côté Zaïre, le général Mobutu les a fait installer dans un camp un peu en retrait, à Panzi, où les rations militaires ont fini par s’épuiser et les Bérets rouges zaïrois intervenir pour «nous chasser plus loin, à Bulongi, du côté de Shabunda, parce que sous la pression internationale, Mobutu voulait nous éloigner de plusieurs dizaines de kilomètres de la frontière rwandaise». La dernière solde payée en octobre 1994, l’armée défaite au Rwanda a néanmoins continué de tenter de se réorganiser tant bien que mal pour la revanche jusqu’à l’offensive du FPR lancée en octobre 1996 avec le concours du Burundi et de l’Angola et qui a conduit Laurent-Désiré Kabila au pouvoir à Kinshasa en mai 1997.
Depuis 1997, Kigali a démobilisé 1 500 ex Far

En 1996, ayant survécu avec sa famille aux bombardements du FPR, Elam partage avec d’autres camarades de promotion l’idée que Mobutu ne fera rien pour eux. Ils partent à pied dans un cortège de 8 000 personnes escortées par deux compagnies d’ex-Far et rejoignent finalement l’Angola, où ils espèrent «être recueillis par Savimbi». Ils sont les premiers arrivés dans les terres de Savimbi. Plus tard, ce dernier recevra le général Augustin Bizimungu, chef d’état-major nommé par les commanditaires du génocide et détenu par le tribunal pénal d’Arusha depuis son extradition d’Angola après la mort de Savimbi. Pour sa part, à son arrivée, la troupe d’Elam se voit opposer une fin de non-recevoir par les chefs de la rébellion angolaise, l’Unita. Ils reprennent alors la route jusqu’aux positions gouvernementales où ils plantent provisoirement leurs abris de plastique. Mais une guerre du manioc finit par opposer réfugiés rwandais et nationaux angolais affamés. Les Rwandais sont chassés au canon. Les survivants retournent au Congo, reviennent ensuite chez Savimbi : «pire que mauvais», selon Elam.

En juin 1997, il ramène au Congo-Kinshasa les 14 membres de sa parentèle encore vivants sur les 24 partis avec lui. Ils s’installent cette fois dans le Kasaï occidental. En 1998, la bisbille entre Kabila et Kigali se solde par une chasse aux Rwandais qui n’épargent pas les Hutu, en République démocratique du Congo (RDC). Les ex-Far se cachent, la famille d’Elam rentre à Cyangugu où son père fera trois ans de prison. Lui estime que «vivre avec les Congolais sans armes, c’est catastrophique». Il cherche «une chance de toucher l’arme». Il n’aura même pas besoin de trouver la poignée de dollars nécessaires car Kabila cherche des supplétifs. Il recrute pour le front du Kivu contre les rebelles congolais du RCD – parmi lesquels des banyamulenge rwandophones – et leurs alliés de Kigali. Le commandant dépêché par Kabila à Rwiza - où se trouve justement Elam - cherche «des Hutu qui connaissent l’arme». Elam devient instructeur et bientôt lieutenant-colonel dans les Forces armées congolaises (FAC). Avec quelque 1 200 autres soldats «étiquetés Hutu rwandais», il stationne à l’Ecole des officiers de Kananga, l’EFO, un immense camp militaire «qui occupe deux montagnes».

«On m’a donné directement un peloton de Hutu ramassé n’importe où dans les forêts et les villages». Ils sont envoyés au feu, par train express, contre les «Tutsi» du RCD sur un «télégramme de Kabila demandant qu’on envoie les Rwandais freiner les autres Rwandais». Le RCD était en effet tout près de prendre Mbuji-Mayi, la cité diamantifère congolaise. A Mbuji-Mayi, «les Congolais sont restés comme des statues» pendant que les Rwandais perdaient leurs hommes dans des combats acharnés finalement emportés avec le concours des Zimbabwéens et des Namibiens, appelés en renfort par Laurent-Désiré Kabila, en échange de concessions minières. Familier de Joseph Kabila, ancien chef d’état-major de son père, Elam n’a pas oublié ses vaines promesses de RCA, la fameuse «Ration calculée en argent». Mais il n’est pas le seul à se plaindre d’avoir servi de chair à canon gratuite.

Lors d’une récente visite à Mutobo de ministres venus des deux Congo, certains pensionnaires ont réclamé haut et fort les soldes promises par Kinshasa et Brazzaville. Les milices Cobras du général Sassou Nguesso comme les Ninjas de son adversaire ont en effet recrutés des Rwandais. Au Burundi, les deux rébellions, celles des FNL et des FDD aussi, de même que l’Unita angolaise qui enrôlaient les hommes mais ne voulait pas s’encombrer des familles. Reste, aux quatre coins des grands lacs, une multitude de Rwandais dont certains ont décidé de faire souche (environ 80 000, selon Kigali) tandis que d’autres poursuivent la lutte armée (10 à 15 000, selon Kigali qui assure que l’armée rebelle en a compté jusqu’à 50 000).

De l’Armée de libération du Rwanda (Alir), en passant par ses versions successives jusqu’au Front de libération du Rwanda (FDLR) créé en 2000 et récemment dissout à Kinshasa, le dernier carré des rebelles rwandais tente de se maintenir en ordre de bataille au sein notamment des Forces combattantes Abacunguzi (Foca). Au début de l’année, le général Rwarakabije qui commandait le FDLR est rentré au Rwanda avec une centaine d’hommes. Il a été vite remplacé dans son ancien état-major. Les irréductibles menacent ceux qui cèdent à la nostalgie. Les retours se font au goutte à goutte : environ 300 en janvier, 150 en février, une trentaine en mars. Les candidats sautent souvent le pas à plusieurs. Au total, depuis 1997, Kigali a démobilisé 1 500 ex Far engagés dans l’ancienne armée avant la mort du président Habyarimana, le 6 avril 1994. Ceux-là touchent un pécule de 150 000 francs rwandais (environ 220 euros) pour les sans grade. L’allocation va jusqu’à 450 000 francs rwandais pour un colonel. Une autre petite enveloppe tombe six mois après. Elam et beaucoup d’autres ont été recrutés après le 6 avril ou bien servaient comme miliciens. Ils devront se contenter de 50 000 francs rwandais.

«La plupart n’ont pas de métier. Il faut leur trouver un emploi rémunérateur et un logement pour éviter le banditisme dans cette région où les armes traînent partout et s’achètent pour rien», s’inquiète le président de la Commission de réintégration. Fraîchement émoulu de l’Ingando, un ancien combattant vient de sortir de Mutobo. Il tente de monter une affaire de commerce de pommes de terre entre Ruhengeri, dont c’est la production vedette, et Cyangugu, sa ville natale. Elam, le comptable, rêve d’un bienfaiteur pour poursuivre ses études, à trente-quatre ans.
Monique  Mas

L’Est de la RD Congo : L' autoscopie d’un télescopage inquiétant d’éléments sécuritaires

Le jeudi 11/11/2010 s’est tenue à Lubumbashi une réunion interinstitutionnelle sur la situation sécuritaire du pays, l’état du territoire, l’état des lieux du processus électoral, etc.….. Voici un  passage du compte rendu qui nous a intéressés : " Une amélioration sensible de la situation sur le terrain, notamment dans le secteur de Dongo dans la province de l’Equateur, les districts du Haut-Uélé et de l’lturi dans la Province Orientale, ainsi que dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.  Il a également proposé des mesures appropriées pour consolider la paix. Dans toutes les autres provinces, la situation est calme, sous contrôle et totalement maîtrisée. La réunion interinstitutionnelle a noté que les FARDC se renforcent davantage, en dépit de multiples défis auxquelles elles sont confrontées. Elle a, à cet effet, recommandé la poursuite des opérations en cours ".

D’aucuns diront qu’il s’agit là d’un discours habituellement connu de la part d’un régime peu intéressé au sort de sa population. Certes que l’irrationalité a souvent caractérisé les autorités de Kinshasa, mais c’est le moment choisi et surtout le contexte géo-environnemental qui nous poussent à croire en une catharsis qui frappe l’ensemble des membres de l’Interinstitutionnel et qui est probablement due à cette peur bleue de voir venir des élections dont l’issue n’est pas certaine.

Pour nous qui vivons et analysons la situation à l’Est de la RD Congo, il serait indécent de laisser passer cette bourde contenue dans le compte rendu de la plus haute instance politique du pays. Devant des situations difficiles et inespérées,  Napoléon aimait dire : " On engage et on regarde la suite…". Mais cette stratégie, à la limite suicidaire, reposait sur un certain ordre, une organisation établie au préalable.  Ce qui n’est pas le cas en RD Congo où le pays semble être géré part des combinards qui essayent de jouer au poil à gratter.

L’environnement politico sécuritaire dans les régions des Grands Lacs et Orientale exige une certaine attention de la part des congolais dont le pays constitue le maillon faible dans la chaine sécuritaire de cette vaste étendue. Le Burundi est au bord d’une nouvelle guerre civile, le Rwanda doit faire face à une opposition extérieure de plus en plus unie (Hutu/Tutsi), l’Ouganda va vers des élections qui pourraient démontrer les limites du système Museveni dont la corruption gangrène le régime, le Sud-Soudan se prépare à un référendum qui pourrait enflammer la région. Si l’on ajoute à ce tableau peu reluisant, les relations Kinshasa-Luanda pas du tout au beau fixe, il y a lieu de comprendre la nervosité des dirigeants congolais à la base des certaines bévues qui ne rassurent pas du tout les partenaires extérieurs.

Nous n’acceptons pas les analyses qui glissent sur la logorrhée habituellement connue et qui pointe les états voisins comme les principaux auteurs des malheurs des congolais. Ce serait facile et à la limite absurde de vouloir dédouaner des politiciens véreux, des mythomanes avérés qui ont conduit ce pays à la ruine en embrigadant la population dans une sorte de bulle enchantée où tout le monde devrait louer les hauts faits d’une autocratie cruelle. A la rédaction du journal Le Millénaire, nous préférons partir des faits du terrain associés à la géopolitique du moment pour des analyses critiques devant permettre aux populations de la région de mieux comprendre les situations dans lesquelles leurs autorités les confinent.
  
Que se passe-t-il réellement dans la région de Masisi où une sorte de veillée d’armes est observée?
  Le mouvement des troupes du CNDP au Nord-Kivu fait dire aux observateurs qu’une grande opération militaire est en cours de préparation. La raison avancée par plusieurs sources pour expliquer cette situation inquiétante est que Kinshasa n’a pas respecté ses engagements et qu’il fallait que le CNDP se réorganise militairement pour défendre les populations rwandophones en proie à des multiples exactions et préparer le retour de leurs familles réfugiées au Rwanda. Pour ce faire, Jules Mutebusi serait arrivé à Masisi pour prêter main forte à Bosco. La grande bataille du Nord-Kivu aurait, selon certains observateurs, comme objectif d’étendre cet état de siège aux territoires de Rutshuru, Walikale, Lubero et Beni pour sécuriser la région afin de réinstaller les réfugiés Tutsi congolais, leurs bétails ainsi que des nombreuses autres familles rwandaises en quête d’espace vital.

Cet argumentaire connu depuis longtemps ne nous a pas beaucoup convaincu car plusieurs éléments contradictoires sont mis à contribution pour démentir la version qui circule tout en donnant des indications sur cette nouvelle tension perceptible non seulement dans le Nord-Kivu mais également au Sud Kivu et en Ituri:
-    l’entrée de troupes rwandaises est une réalité depuis plus d’un mois. Kinshasa et Kigali étant en alliance stratégique actuellement, toute tentative de rébellion de la part des ex-CNDP sans l’aval de Kigali et Kinshasa serait suicidaire pour les populations Tutsi congolais de Masisi dont les ex-CNDP prétendent vouloir défendre : il y a lieu d’exclure tout entêtement de Bosco lequel, pour ceux qui douteraient encore, reste en bonne relation avec Kigali et Kinshasa.
-    Il existerait actuellement une forte dissension entre les soldats pro-Nkunda et Pro-Bosco sur terrain. Toutefois, il est exclu que les pro-Nkunda soit actuellement manipulés par Kinshasa pour fragiliser Bosco comme le prétendent certains analystes. D’après ces derniers, les troupes de Bosco seraient en instance d’être attaquées et leur leader arrêté car de plus en plus encombrant pour Kinshasa et Kigali. D’après les récents éléments en notre possession, Kigali ne peut pas sepermettre de fragiliser Bosco qui sert non seulement de barrière à l’avancée des FDLR+Alliés vers ses frontières mais également de partenaire dans le business des minerais au Nord-Kivu.
-    Le Commandant Gad Ngabu des FPLC ne serait plus en prison en Ouganda mais plutôt au front vers Nyamilima pour le compte du duo Kayumba/Karegeya et cela sous l’œil bienveillant de Kampala qui s’inquiète de l’entrée des RDF au Nord-Kivu. Le rapprochement Kabila-Kagame mettant Museveni en insomnie permanente.
-    Devant cette tension perceptible et que la Monusco essaye de vouloir minimiser afin de calmer le jeu et justifier son rôle ambigu, c’est l’attitude des autorités de Kinshasa qui étonne (pour les non avisés) : la haute hiérarchie des FARDC ne semble pas en alerte pour parer à toute éventualité et surtout pour protéger les populations civiles en cas d’attaque.
Compte tenu de la conjonction de tous ces éléments, il nous semble que l’éventualité d’un soulèvement des troupes Bosco ou d’une attaque contre leurs positions par l’alliance RDF/FARDC ne soit pas plausible actuellement.

    Nous avons voulu avoir des informations à la source afin que nous puissions procéder à des analyses fiables surtout que l’attitude des autorités de Kinshasa laisse pantois tout analyste intéressé aux événements de la région des Grands Lacs. Notre source à parler avec quelqu’un du sérail qui a confirmé qu’une grande opération est en préparation dans la région sous la supervision de Kigali et de Kinshasa avec comme objectifs :
•    reprendre les attaques contre les FDLR et Alliés qui se sont fortement réorganisés et réarmés. Ceci étant devenu une nécessité urgente pour la survie des deux régimes. En effet, la première opération, qui avait connu l’entrée officielle des RDF (Rwanda Défense Forces) dans le Nord-Kivu, n’avait pas atteint son objectif car les pressions nationale et internationale avaient obligé les soldats rwandais à rentrer précipitamment chez eux alors que les opérations n’étaient pas achevées. Maintenant que les RDF (Rwanda Défense Forces) se sont infiltrés en nombre suffisant de manière à pouvoir se mélanger aux FARDC ex-CNDP/Bosco, il y a lieu de mener de nouvelles opérations efficacement et en toute quiétude sans que la pression internationale puisse s’exercer sur Kigali ou Kinshasa : ces opérations étant menées officiellement par les FARDC  pourront de ce fait prendre le temps qu’il faut sans aucune contrainte.
•    Compte tenu de l’ampleur que ces opérations pourraient prendre (Kigali étant convaincu que la résistance sera forte compte tenu des alliances FDLR/MayMay/Pareco/ CNDP Pro Nkunda/FPLC/Kayumba) et les conséquences humanitaires dans toute la région de Masisi-Rutshutu et Walikale, la province du Nord-Kivu serait en état de siège et donc impossibilité d’y organiser les élections. Le régime Kabila serait contraint de reporter ces élections à une date ultérieure sur toute l’étendue du pays pour un temps nécessaire à la pacification de l’Est. Il s’agit là d’une raison plausible qui serait acceptée par les populations congolaises ainsi que les partenaires extérieurs : le schéma Gbagbo. Ce qui permettrait à Kabila de réorganiser sa plateforme AMP dont la cohésion laisse à désirer actuellement pour prétendre mener à terme une campagne capable de le faire élire au 1er tour.

Notre source a également été informée de la nouvelle mise en place opérée par Bosco sur ordre de Kigali / Kinshasa dès que le Cdt bataillon, le major Patrick (pro-Nkunda) et ses troupes ont déserté leurs positions d’Alimbongo, Mbughavinywa et Bunyatenge dans le territoire de Lubero pour rejoindre les positions des FPLC du Cdt Gad Ngabu: information confirmée par une autre source proche de l’EMG/Kinshasa. Les autorités rwandaises et congolaises ont donc immédiatement instruit Bosco de procéder au désarmement des troupes Fardc positionnées à Kanyabayonga, Kirumba, Kaïna, Alimbongo, Bwiza, Mushaki et Bihambo commandées par des ex-CNDP pro Nkunda et dont la plupart a déserté. Après cette opération de désarmement, les troupes RDF (Rwanda Défense Forces) ont occupé les positions de Mweso, Bwiza, Kilolirwe et Bihambo qui sont des points hautement stratégiques pour bloquer les voies d’entrée/sortie de la région. Le ministre de la défense RDC, M. Mwando Nsimba a séjourné à Kigali du 01/11 au 03/11 pour finaliser l’opération en cours.

Si l’on en croit à la version de notre source, il devient de plus en plus clair que Kinshasa et Kigali soient d’accord pour procéder à de nouvelles opérations placées officiellement sous le commandement FARDC avec des infiltrés RDF (Rwanda Défense Forces) qui, en réalité, vont diriger ces opérations. D’après une autre source proche des autorités FARDC/Kinshasa, la Monusco est informée des préparatifs en cours mais s’inquiète des dérapages qui pourraient résulter de ces opérations au niveau de la population civile. C’est ainsi que des réunions sont organisées actuellement à Kinshasa entre des techniciens Monusco et Fardc en vue de donner aux responsables NU les garanties possibles sur la bonne fin de ces opérations auxquelles les casques bleus ne sont pas conviés.

Dans les hauts plateaux de Minembwe, la milice FRF frappe les positions FARDC et continuent d’exiger des négociations avec Kinshasa
Des affrontements violents ont récemment eu lieu dans les hauts plateaux et selon les déclarations du Cdt Bisogo, les FARDC ont subit d’importantes pertes en hommes et matériels. Ce qui a réconforté ce chef milicien dans son discours visant à pousser les autorités congolaises vers des négociations. Nous ne pensons pas que les responsables FRF soient bien informés sur l’évolution sécuritaire de la région autrement ils ne pouvaient pas continuer à stagner dans leurs vœux d’éventuelles négociations. En effet, l’alliance Kigali-Kinshasa a donné lieu à une nouvelle stratégie sécuritaire consistant à frapper un coup dur dans la fourmilière des groupes armés réfractaires au processus d’intégration prôné par les autorités congolaises depuis plus d’une année. La raison de cette stratégie est simple : fragiliser les liens militaro-économiques que ces groupes ont tissés avec les combattants FNL et FDLR qui pullulent dans la région et qui essayent de surfer sur la misère des populations locales pour s’attirer leur sympathie. Les autorités des pays des Grands Lacs viennent de réaliser que leurs rébellions respectives se sont réorganisées sur le sol congolais grâce aux recettes des minerais exploitées avec la complicité de certaines milices congolaises et deviennent un sérieux handicap au processus de paix. Il serait donc utopique de penser, en ce moment-ci,  à une quelconque négociation car l’heure est à des opérations militaires qui sont en cours de préparation.

Concernant le cas spécifique des FRF, les analystes pensent que leur cas reste délicat et que le fameux Mwami Rwema Gendarme ne serait pas l’homme indiqué pour servir d’intermédiaire entre les autorités de Kinshasa, les notables Banyamulenge et les FRF, et cela, pour plusieurs raisons dont :
-    Ce Mwami est résident à Kampala depuis une dizaine d’années. De ce fait, il travaille nécessairement avec les services ougandais. Le problème c’est qu’actuellement, les choses ne vont pas très bien entre Kigali et Kampala à cause du dossier du tandem  Kayuma-Karegeya. Il se fait que depuis un certain temps des rumeurs parlent de contacts accélérés entre ces dissidents rwandais et certains groupes rebelles installés dans la région et le nom de FRF aurait même transpiré. Si l’on se base simplement sur cet élément dont les services rwandais doivent probablement avoir exploité, il est évident que le Mwami Rwema ne devrait pas être la tasse de café des dirigeants rwandais et par ricochet ceux de Kinshasa selon le principe de complémentarité en matière de renseignements établi entre les deux pays.
-    Il est probable que les FRF aient tissé des relations solides avec certains groupes May May ayant également refusé la main tendue de Kinshasa à travers le processus d’intégration au sein des FARDC. Plusieurs sources parlent des alliances entre FRF avec des chefs miliciens Bembe qui dirigeraient de nombreux combattants aguerris et qui, malheureusement, seraient en liaison avec les FDLR et FNL installés dans cette région du Sud-Kivu depuis plusieurs années. Il est clair que dans ce genre d’environnement, les ennemis étant communs (les régimes en place à Kinshasa, Kigali et Bujumbura), il est possible que des liens se tissent assez rapidement entre tous ces combattants au delà de la sensibilité ethnique qui les a toujours divisés.

La milice FPJC  serait en train de reprendre toutes les positions jadis occupées par les FARDC
Le calme apparent qui règne en Ituri n’est qu’une vue d’esprit chez les responsables congolais car les populations de ce district continuent à endurer les peines d’une insécurité accrue. Nous avons eu une communication téléphonique avec un Cdt FPJC qui nous a confirmé l’attaque par les Fardc de leur position de Kamatsi et le lourd bilan des tués (10 Fardc) et blessés actuellement en soins à Bunia. En fait tout s’est passé le dimanche 07/11 vers 10h00’ du matin lorsqu’une colonne des Fardc lourdement armés est venue de Bunia pour surprendre les combattants FJPC à Kamatsi (80km au SE de Bunia sur la route Tchey). Kamatsi étant sur une colline, les combattants FPJC ont repéré la colonne FARDC et ils ont tendu une embuscade. Plusieurs morts et blessés au sein des soldats gouvernementaux qui ont immédiatement pointé les casques bleus Monusco basés à Aveba (8km de Kamatsi) comme responsables du carange car de mèche avec les FPJC. Pour les FARDC, les casques bleus sont des traîtres et doivent impérativement quitter leur site d’Aveba pour que les gouvernementaux s’y installent afin de mener à bien leurs opérations dans la région où ils ont déjà maille à partir avec les ADF/Nalu aux environs de Rwenzori. Le mercredi matin 10/11/10, des soldats FARDC ont encadré la population d’Aveba qui jetaient des pierres sur les casques bleus UN dont deux auraient été légèrement blessés. Le contingent Monusco basé à Bukuringi (30km d’Aveba) a dû préparer les chars de combats pour secourir le site d’Aveba pratiquement assiégé par la population et les Fardc.

Le télescopage inquiétant de tous ces éléments énumérés, et dont les autorités politiques de la RD Congo ne veulent pas reconnaître ou font semblant de ne pas voir, pourrait entraîner le pays dans une situation assez trouble dans un proche avenir. Pour les stratèges occidentaux, il existe un ordre sécuritaire prioritaire dans la région et aussi longtemps que les pays de la ligne de front (Rwanda, Ouganda et Sud Soudan) ne seraient pas inquiétés, la carte "RD Congo" continuera à jouer son rôle de pourvoyeur de minerais qui semble bien marché en période d’absence d’autorité d’Etat comme c’est le cas présentement. Pas besoin d’y remettre l’ordre tant que les intérêts occidentaux seront bien servis sous ce régime mercantiliste, colbertiste du président Kabila.

C’est dommage qu’un grand pays comme la RD Congo puisse mériter une élite incapable de lire les signes du temps comme l’a si bien dit M. Nicholas Murray Butler (membre du CFR/USA : Council on Foreign Relations) :  " Le monde se divise en trois catégories de gens: un très petit nombre qui fait se produire les événements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s'accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s'est produit en réalité ".

Le Millénaire
mise en ligne le lundi b22 novembre 2010

Province Orientale: 25 000 déplacés de guerre en situation précaire à Ango

Un camp de déplacés au Nord Kivu (Archives)
L’administrateur du territoire de Ango a lancé, jeudi 18 novembre, un appel à l’aide d’urgence pour vingt-cinq milles déplacés de guerre en situation difficile dans ce territoire du district du Bas Uélé, au cours d’une mission d’évaluation de la délégation des humanitaires et de la Monusco.
Selon le président du comité des ces déplacés, plusieurs structures sanitaires et écoles ont été détruites et pillées pendant les attaques des rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA).
Les déplacés manquent de vivres, d’eau potable et de médicaments et sont regroupés dans des sites à Ango centre, à Diba et à Sukadi.
La même source a affirmé qu’ils  vivaient de feuilles de manioc que leur donnent les autochtones.
« Certains déplacés sont déjà morts de famine, d’autres de maladies. Les enfants sont les plus grandes victimes», a affirmé le président du comité des ces déplacés.
Selon l’administrateur du territoire d’Ango, moins de dix centres de santé sont opérationnels sur les vingt-trois que compte son entité. Beaucoup de ces déplacés souffrent des maladies d’origine hydrique à cause du manque d’eau potable.
A l’issue de cette mission, les humanitaires ont promis de fournir de l’aide à ces personnes.

En meeting à Treichville - ADO menace Gbagbo : « Attention, on se connait dans ce pays » - « Si tu continues, tu m’entendras !»

l'Inter-Lundi 22 novembre 2010,
En meeting à Treichville - ADO menace Gbagbo : « Attention, on se connait dans ce pays » - « Si tu continues, tu m’entendras !»

Le candidat du Rhdp, Dr Alassane Ouattara, a abandonné le ton courtois qu’il s’était imposé jusque-là dans ses discours de campagne pour répondre au chef de l’Etat sortant, Laurent Gbagbo.

Dans un parc des sports de Treichville devenu exigu à cause de la densité de la foule, le candidat du Rhdp a invité le candidat de La majorité présidentielle « à se taire» s’il n’a aucun programme et bilan à proposer aux Ivoiriens. « Je voudrais leur dire ceci : quand on n’a aucun bilan, aucun programme, on la ferme ! On la ferme ! On ne va pas mentir et créer des contrevérités sur ses adversaires », a vertement répondu le candidat du Rhdp, accompagné pour la circonstance des présidents du Pdci, Mfa, de l’Udpci et de l’Upci, MM Bédié, Anaky, Mabri et Gnamien, le samedi 20 novembre 2010, à l’ouverture de la campagne électorale. Au dire de Ouattara, depuis le début de la précampagne et de la campagne, il a toujours proposé ses solutions aux Ivoiriens tout en inscrivant ses discours dans une logique de paix.

ADO a même indiqué qu’il a toujours respecté les Ivoiriens dans ses interventions, y compris le chef de l’Etat. Il s’est donc étonné que son adversaire l’accuse dans les meetings, d’être l’auteur des coups d’Etat et le père de la rébellion ivoirienne. Des accusations qu’il refuse d’accepter, non sans mettre en garde leur auteur: « (…) je respecte tous les Ivoiriens, y compris Laurent Gbagbo. Partout où je suis passé, j’ai prôné la paix, la réconciliation et le pardon. J’ai présenté mes solutions à mes compatriotes pour sortir de la crise. Face à cette campagne pacifique, le Fpi et son candidat racontent des mensonges aux Ivoiriens. (…) Les Ivoiriens veulent entendre la comparaison des bilans, projets et programmes. Alors quand on est incapable de gérer le pays, on quitte le pouvoir. (…) Combien d’accords avons-nous signés qu’il n’a pas respectés ? Alors Laurent Gbagbo, calme- toi ! Calme-toi ! Calme-toi ! ». Pour Alassane Ouattara, « pendant dix ans, Gbagbo n’as rien fait pour les Ivoiriens. Tout ce que tu as su faire, ça a été de diviser les Ivoiriens, d’emmener la guerre en Côte d’Ivoire, de piller les ressources avec un groupe d’amis, un clan et une tribu. Il faut arrêter ! Laurent Gbagbo arrête, car je suis un responsable. Et je ne veux pas traîner cette campagne dans la boue. Les Ivoiriens méritent mieux que cela. Mais si tu continues, tu m’entendras ! »

Selon le candidat du Rhdp, s’il ne répond pas aux attaques de son adversaire, « ce n’est pas par peur, mais pour préserver le climat social ». Il a donc invité le candidat de Lmp à mettre un terme aux accusations au risque de voir la campagne trempée dans la boue. « Si nous ne répondons pas maintenant, c’est parce que nous voulons la paix pour notre pays. (…) Si nous ne cédons pas à la provocation, ce n’est pas parce que nous nous sentons coupable. Ce n’est pas parce que nous avons peur. C’est tout simplement parce que nous sommes des Houphouëtistes, des personnes éprises de paix. Nous préférons ne pas tomber dans la poubelle », a indiqué Ouattara, qui a révélé qu’il a les preuves que le président Gbagbo a fait un putsch contre le Gal Gueï pour prendre le pouvoir : « il y a des militaires qui ont été manipulés par toi, qui sont à la retraite et travaillent dans ma direction de campagne. Ils sont prêts à dévoiler tout ce que tu as fait pour manipuler les gens. Oui, que Laurent Gbagbo arrête. C’est le Fpi qui a assassiné le général Gueï. Car Affi N’Guessan l’a accusé d’avoir fait une tentative de coup d`Etat et à la suite de cela il a été assassiné. Arrêtez vos mensonges ».

Dans son élan, Alassane Ouattara a traité les Refondateurs de « pilleurs, de voleurs et de corrupteurs alors qu’il y a quelques années, ils n’avaient même pas 10.000 fcfa dans leur compte ». « Alors je répète : on se connait en Côte d’Ivoire et à Abidjan. Donc vous arrêtez, autrement vous allez m’entendre. Laurent Gbagbo, tu arrêtes », a insisté le candidat du Rhdp, qui a invité les jeunes à ne pas accorder leurs voix aux Refondateurs « parce qu’ils ont pris l’argent de l’Etat pour acheter des sociétés à leurs copines ou créer des magasins pour des petites filles. Quelle honte ! Quelle honte ! L’argent de l`État est utilisé pour leur plaisir personnel ».

Après ses mises en garde, le candidat du Rhdp a exhorté le président Gbagbo à lui céder le fauteuil présidentiel le 28 novembre prochain, avant de demander à ses militants de ne pas céder à la provocation.
Y.DOUMBIA

THE WESTERN BELT


THE WESTERN BELT par Puati Buangi Makebo,
RDC novembre 20th, 2010

L’histoire de la République Démocratique du Congo, notre pays, nous révèle que l’Est a toujours été une poudrière. Jamais le feu ne s’est véritablement éteint dans cette partie du territoire. Après chaque spasme apaisé, s’allument encore des feux partant des tisons enfumés oubliés sous la cendre. Faire l’inventaire de tous les troubles de la partie orientale de la R. D. du Congo s’avère fastidieux, mais celle ou celui dont la mémoire est fraîche, pour avoir vécu ces événements lui-même ou pour avoir été informé, s’apercevra que les aventuriers de tout acabit se sont souvent autoproclamé qui roi, qui empereur, qui président de la République Démocratique du Congo.
De Jean Schramme aux événements récents, rien de nouveau sous l’orient d’où paradoxalement selon l’astronomie se lèvent les tempêtes et les orages qui balaient les espoirs de notre peuple. Pourtant, que la R. D. du Congo n’a-t-il pas fait pour vivre en harmonie avec ses voisins de l’Est ? Certes, des régimes douteux ont été soutenus par Kinshasa sous le Maréchal. Mais pourrions-nous affirmer que nous sommes prêts à livrer bataille contre tous les pays, toutes les super-puissances qui ont prêté leur secours à des gouvernements mercenaires et sous-traitants peu recommandables ? Le Zaïre de Mobutu n’est pas le seul dans son cas. Justifier la boucherie que commet Paul Kagame dans les deux Kivu par les alliances du passé entre Mobutu et Habiyarimana serait pour le moins criminel. Soutenir le prétexte du régime de Kigali qui humilie le peuple bantou sur le flanc Est de la R. D. du Congo c’est hitlérien. Oui, le nazisme prétextait, lui aussi, qu’il avait quelque revanche à prendre sur ces nations européennes qui avaient humilié l’Allemagne défaite en 14-18, un échec qui avait valu à celle-ci toutes ses colonies africaines, entre autres.
L’engagement de la République Démocratique du Congo au sein de la CEPGL lui garantit certes un dialogue et un échange permanent avec des partenaires divers surtout en ce qui concerne l’exploitation minière. Mais les rapports avec le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda sont teintés d’envie et de jalousie de la part des pays peu ou pas du tout nantis en minerais comme leur grand voisin. Aussi, nous semble t-il, il est impérieux d’étudier avec la plus attentive minutie et la plus grande gravité les relations passées et à venir avec ces trois voisins.
Du point de vue géopolitique, il n’est pas inintéressant de renforcer et développer nos rapports avec l’Ouest et constituer ainsi ce que nous appellerons le Western Belt. Notre histoire avec la République du Congo ainsi que la République d’Angola est faite de complicité et des liens historiques et humains impossibles à défaire. Qu’un meurt à Brazzaville ou à Luanda, à Kinshasa on pleure. Qu’un autre souffre à Cabinda, à Muanda, à Boma ou à Pointe-Noire on s’inquiète. Qu’un troisième se marie à Owando (RC), on apporte des présents depuis Lukolela (RDC). Nos peuples sont si imbriqués qu’ils sont biologiquement inséparables. Ce ciment a permis à cet axe Brazzaville-Kinshasa-Luanda de vivre en paix et en harmonie depuis fort longtemps en dépit de quelques incidents sporadiques mais sans gravité.
Actuellement, sous la présidence du Président Sassou-N’guesso, la République du Congo a réussi à retrouver et consolider la paix à l’intérieur de ses frontières, a maintenu le sillon démocratique et a amorcé son développement. La modernisation des infrastructures, dont l’aéroport de Maya-Maya est l’une des illustrations les plus voyants, traduit la volonté d’un homme d’Etat dont l’expérience, la volonté, la vision et le désir de se signaler comme une figure marquante dans l’histoire de son pays. La République Démocratique du Congo peut en apprendre beaucoup, car ce qui fait la grandeur d’un Etat n’est pas sa taille mais sa capacité à se frayer un chemin pour prendre une place respectable sur l’échiquier mondial. Tous les classements et statistiques de diverses organisations internationales montrent que la République du Congo a une place que sa sœur, la R. D. du Congo peut lui envier. Le Congo-Brazzaville est un partenaire incontournable du fait de notre histoire commune, de ses alliances politiques et de son activité commerciale importante.
En République d’Angola, le Président José Eduardo dos Santos a montré ses capacités à établir la paix dans un pays ensanglanté par des décennies de guerre, à panser les plaies de son peuple, à rassembler au-delà des clivages qui ont longtemps saigné l’Angola et à moderniser son pays en passant du dirigisme économique à l’économie de marché. L’Angola, par la force des choses et l’infortune de son histoire, est une puissance régionale militaire sur laquelle la République Démocratique du Congo peut s’appuyer pour bâtir une armée digne de ce nom, capable de défendre le territoire contre ses envahisseurs.
Congo-Brazzaville-Angola-Congo-Kinshasa, le Western Belt, la ceinture occidentale que nous appelons de tous nos voeux, faite d’un équilibre proportionnel en richesses entre ces trois pays, de liant historique ayant résisté au temps, que seuls les « créateurs-bâtisseurs » d’une nouvelle République Démocratique du Congo sauront intégrer dans leur réflexion pour le salut du peuple congolais. C’est notre idéal, car le devenir de la R. D. du Congo se joue du côté du littoral atlantique.
Par Puati Buangi Makebo, RDC
Lausanne le 18 novembre 2010

Y-A-T-IL UN PILOTE A BORD DE L' AVION RDC ?

Aveu d’impuissance


Y-A-T-IL UN PILOTE A BORD DE L' AVION RDC ?
ENCORE UN AVION QU'ON NE VEUT PAS FAIRE DECOLLER….


Aveu d’impuissanceWilly Kabwe
19 Novembre 2010
LE POTENTIEL


Les entreprises publiques se meurent. Le constat est général. Il est même généralisé. Mais, le Gouvernement tend à faire croire le contraire. Pour des raisons qui lui sont propres. La réalité le rattrape toujours.

Ses initiatives pour redresser sur pattes ses canards boiteux ont, toutes, fait flop. Le COPIREP (Comité de pilotage de réforme des entreprises publiques) a été rebaptisé par mon voisin de gauche en Comité de pilotage de reniement des entreprises publiques. Quid de la transformation de certaines entreprises publiques en sociétés commerciales ? Le gouvernement fait la fine bouche, à défaut des manoeuvres dilatoires du genre « c’est un processus, il prend du temps ». Or, tout Congolais « conscient » sait que le temps qui passe ne joue pas en notre faveur. De quoi ne pas s’accommoder d’un plâtrage en règle.
Cela au regard des priorités et des défis à relever. Mais aussi des moyens à mobiliser pour y arriver. Et là, c’est le péché mignon des plénipotentiaires du Congo-qui-se-veut-démocratique. Ils font mystère autour de certaines recettes dont les traces ne paraissent pas dans les livres de caisse du de l’Etat.Canards boiteux, les entreprises publiques le demeurent et Dieu seul sait si elles arriveront un jour à renflouer le Trésor public.
La GECAMINES, la MIBA, la SNEL, la REGIDESO, l’ONATRA, la SNCC, la RVA battent de l’aile. Pour dire vrai, elles ont du plomb dans l’aile.
Malgré le régime d’amaigrissement leur imposé par le COPIREP, elles n’arrivent pas à décoller. Pour l’instant, elles sont comme des jouets entre les mains des expertises étrangères, pourtant réputées douteuses. Qu’est-ce à dire ? Absence de référence.
La preuve, mon voisin de gauche la tient de la récente prestation de la ministre du Portefeuille au Sénat. Jeanine Mabunda répondait à une question orale du sénateur Moïse Nyarugabo sur la situation qui prévaut à la RVA, avec en toile de fond la fameuse taxe appelée IDEF et les utilisations qui en sont faites.

Acculée, Jeanine Mabunda a craqué. « En ce qui concerne les différents marchés conclus à la RVA, je tiens à rappeler qu’il est pour nous difficile de connaître spécialement tous les différents contrats et les paiements y afférents ». Pour une ministre de tutelle, c’est un aveu d’impuissance. Beaucoup de choses lui échappent.

De l’avis de mon vis-à-vis, cet aveu et bien d’autres faits en secret par d’autres plénipotentiaires sont imputables à tout le gouvernement qui a du mal à maîtriser tous les paramètres liés à ses fonctions régaliennes.

La résistance organisée: Une rhétorique victimaire ?

Par Emmanuel BUEYA, S.J., Boston College, USA
Les salauds ont mis le feu à mon paradis…
journalistes pyromanes
politiciens mythomanes
avec les prêtres corrompus
et les imams vendus
ils sont bêtes et méchants
ils ont mis le pays à feu et à sang…
ils s'en foutent de toi et moi
ils s'en foutent de nos parents
ils s'en foutent de nos enfants
(Alpha BLONDY)

Il y eut d’abord le vacarme autour du pillage des ressources naturelles du Congo. Ce fut la terre spoliée. Ensuite vinrent les rumeurs sur la chosification massive des femmes congolaises faisant du pays la capitale mondiale du viol. Ce fut la famille attaquée. Enfin, s’éleva une clameur difficilement étouffée sur des possibles allégations de génocide des populations hutu et zaïroises. Ce fut l'élimination des peuples. Aujourd'hui, au Congo, on semble ainsi toucher le fond. Peut-on encore aller plus loin dans l’ignominie? Silence gêné ici. Levée des boucliers là-bas. “Ne touchez pas à mon génocide.” On cherche à comprendre ce qui se passe ou ce qui vient ensuite. Excès de mémoire ou trop plein d'oubli ?
Le premier octobre, l’ONU donnait son explication des faits en publiant les résultats de ses enquêtes au Congo. C’est le Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République Démocratique du Congo. Plus de cinq cents cinquante pages qui racontent plus de six cents épisodes de barbarie commises par les forces armées de différents pays, les groupes rebelles, les Interahamwe, les Mai-Mai, etc. Ce rapport ne révèle rien de nouveau, n’accuse personne et s’arrête à mi-chemin car cette violence sur les populations a continué après 2003 (Luigi). Beaucoup parlent de ce document mais très peu le connaissent. Pourtant, il suscite des réactions bien diverses de la part de tous les acteurs cités dans ce rapport. Que révèlent ces réactions sur des informations déjà connues bien avant ce rapport ?
Aux yeux des Congolais et des observateurs avertis, la position du gouvernement congolais est, à tout le moins, surprenante (Sundi). Théoriquement se pose la question de justice. Ce à quoi le jeune président congolais s’accordait il y a quelques années. De fait, au cours d’une interview parue dans le journal français Le Monde (du 3 Février 2004), M. Joseph Kabila déclarait à propos des ‘génocidaires’ ainsi que des commanditaires de la guerre en RDC: “Je le redis: la justice concernant les "génocidaires" doit s'exercer de deux côtés. Depuis des années, nous ne cessons de réclamer qu'un tribunal international juge les commanditaires de la guerre qui a ravagé mon pays”. Six ans plus tard, immédiatement après la publication du Rapport Mapping, l’ambassadeur congolais auprès des Nations-Unies abondait dans le même sens: « Le Gouvernement congolais est déterminé à tout mettre en œuvre en vue d’amener les coupables devant la justice et obtenir des réparations pour les victimes.» Quelques jours plus tard après cette déclaration, le même gouvernement congolais, par son Ministre de la Justice, opposait une fin de non-recevoir à la suggestion d’une justice transitionnelle, tout en admettant paradoxalement les difficultés de son ministère à rendre justice aux victimes : « le Gouvernement est certes conscient des difficultés du travail à abattre par les juridictions congolaises, compte tenu de la sensibilité politique, diplomatique voire sécuritaire des faits documentés.». En fait, les implications juridiques de ce rapport (Yav) inquiètent les personnes mises en cause. Le gouvernement rwandais a usé de chantage au point de mettre à genoux le Secrétaire Général de l’ONU qui s’est alors rendu à Kigali pour calmer les fureurs noires.  Savourant cette victoire diplomatique, Kagame a déclaré avec suffisance qu’en fait personne n’accordait de crédibilité à ce rapport.
 En réalité, ce rapport met en cause l’idéologie officielle de la tragédie rwandaise, laquelle se donne à voir comme un manichéisme primitif du Tutsi innocent et du Hutu coupable. Il démontre la production d'un discours contrôlé et sélectionné, organisé et distribué par un régime hostile à tout effort d'élucidation de l'événement. Il met en question les clichés et les mythes sur lesquels s’est bâti un pouvoir perçu comme un gage de sécurité dans la région des Grands-Lacs. Le danger de cette vision unilatérale est qu’elle amplifie le drame sans en désamorcer la bombe. Ce rapport semble ainsi être un pavé dans la marre qui fâche les esprits et fausse les calculs (Kafarhire). Désormais, les murs de l’immaculé rempart monoethnique craquellent et révèlent leur hideur; et les vérités longtemps ignorées réapparaissent.  La version officielle de  la tragédie n’est pas niée; elle fait partie de la texture du lien social à re-construire. Elle entre en concurrence avec d’autres narrations faites par les victimes de premières victimes devenues des bourreaux. Il faudra apprendre à vivre avec cette complexité des croisements et ancrages identitaires, et surtout ne pas donner naïvement dans le panneau des médias occidentaux prompts au réductionnisme simpliste.
Mais au-delà du conflit d’interprétation et des marchandages des mémoires, il y a la question de la cause réelle de la souffrance d'un peuple. Ces crimes commis sur les Congolais remontent bien avant 1993. Le fantôme du Roi Léopold hante encore bien des mémoires gonflées d’humiliations et de douleurs. Hier, le couteau à caoutchouc faisait gicler le sang sur les lianes des forêts tropicales. Aujourd’hui, la kalachnikov des pilleurs de coltan provoque le viol, le stupre et l’abomination. Et pour cause ! On ne nous contera plus le mythe du Noir sauvage ni les naïvetés exotiques sur le ‘cœur des ténèbres congolaises’. On a appris à voir un Canada noir et à comprendre la doctrine de choc d'un capitalisme meurtrier. En effet, le rapport de l’ONU évoque les « réseaux d’élite » qui se livrent à une compétition féroce sur le contrôle des ressources du pays. On a beau nier leurs responsabilités; on contestera difficilement la validité épistémologique du cadre théorique de ce rapport (Alain Denault). L’histoire a changé de roue et de moyeu: on est passé d’une économie informelle à une économie militarisée où les multinationales se payent des chiens de gardes de leurs intérêts. On est passé d’une logique de violence dans la prédation et les massacres des populations civiles à une culture de l’impunité et de gangstérisme politique (Masimango). On comprend alors le refus d’une justice réparatrice, les euphémismes en usage pour nommer les évidences et les hésitations à designer les coupables. Répétons-le : le devoir de justice se pose. Mais qui la rendra ? Qui la réclame effectivement ?
Poser ces questions, c’est penser à organiser la résistance contre la déchéance. De façon positive, il est temps de réhabiliter l’homme ‘zaïrois’ ou congolais. Les complaintes ont prolongé inutilement l’agonie. Les déclarations intempestives ont montré leurs limites. Les engagements en ordre dispersé, on en a découvert les ruses. Les raisins de la colère, on en connaît à présent l’effet inhibiteur. De fait, jadis les prélats catholiques s’étaient fendus en une déclaration pathétique : «trop, c’est trop ». Pour autant, les tueries ne se sont pas arrêtées parce que les mots d’ordre n’ont pas été suivis d’actions transformatrices. L’heure est au bilan de toutes ces stratégies infécondes en vue d’une organisation plus efficiente. Le moment est venu de passer de la rhétorique victimaire à une praxis plus révolutionnaire.
L’analyse des événements actuels démontre que la paix et la démocratie ne viendront pas des élites actuelles qui sont les entremetteuses des multinationales au détriment des populations. Les coupables sont connus. La création d’une Cour Pénale Internationale  pour la RDC est une voie à prendre à moyen et à long terme. Les relations diplomatiques ou politiques avec les pays voisins devront être réexaminées sans complaisance ni méfiance. Les candidats aux prochaines élections (à tous les niveaux) devront clairement présenter leur plan de finance minière responsable (Nzumbu). En réalité, au-delà de ces impératifs économiques et politiques, se pose l’urgence de réorganiser les formes de vie sur les débris de l’Etat (Kabamba). Autrement dit, les Congolais sont invités, à travers la tenue des élections de 2011 ou la mise sur pied d’une justice transitionnelle, à s’organiser politiquement à tous les niveaux en front commun non seulement contre les multinationales prédatrices mais contre eux-mêmes pour endiguer cette violence inouïe dont les dégats ne peuvent être réparés par aucune justice, aussi réparatrice ou pénale soit-elle.  Le mode d’emploi de la résistance devra commencer par une simple promesse à tenir: le respect de l’homme. Et l’amour du sol congolais. On semble être déçu par l’injonction. Pourtant, on n’a pas fini d’en mesurer l’effet de sens et la valeur rédemptrice.

Emmanuel BUEYA, S.J.
Boston College (USA)

L'épidémie de poliomyélite guette Kinshasa et le Bas-Congo

L'Observateur - 19 novembre 2010

Kinshasa - Congo carte
 











Depuis quelques semaines, une épidémie de poliomyélite causée par le poliovirus de type 1 sévit en République du Congo, frontalière à la République démocratique du Congo. Fait gravissime à relever, cette maladie invalidante et mortelle frappe aussi bien des enfants que des adultes.
Le point focal du programme élargi de vaccination (PEV) contre la poliomyélite en RDC, Tsogbe Koffi, a livré l'information mercredi 17 novembre au cours du point de presse hebdomadaire de la Monusco. Pour empêcher l'épidémie de se propager en RDC, une campagne de vaccination générale élargie aux adultes, a été organisée dans la province du Bas-Congo, plus exposée par rapport à la proximité avec le Congo/Brazzaville dans la partie maritime commune.
 "De manière générale, la poliomyélite ne tue plus. Mais ce qui se passe au Congo/Brazzaville est inhabituel, l'épidémie touche tous les âges soit entre 1 et 72 ans", a souligné le docteur Tsogbe Koffi.
La majorité de cas touchés par le poliovirus se situe dans la tranche d'âge comprise entre 15 et 29 ans. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a dans son communiqué du 16 novembre attesté déjà 201 cas et 104 décès. Cette épidémie dont l'épicentre est la ville côtière de Pointe Noire, sévit également à Dolisie, Kayes, Mvouti et Brazzaville, où ces cas ont été enregistrés.
Pour le point focal PEV/Polio RDC, la mutation de ce poliovirus qui tue les adultes âgés entre 20 et 25 ans, pourrait s'expliquer par le fait que cette génération, suite aux conflits armés qu'a connu le Congo/Brazza, n'a pas été vaccinée normalement et n'a pas de protection et d'immunité. Le Congo/Brazza n'est pas le premier pays à vivre cette situation. Certains pays africains, notamment la Namibie et européens, ont vécu cette situation, a fait savoir le docteur Tsogbe Koffi.
Toujours dans la cadre de la riposte sous régionale contre cette épidémie, une campagne de vaccination synchronisée sous régionale couvrant toute la population et impliquant le Congo, l'Angola et la RDC, a été organisée du 12 au 16 novembre courant, grâce à l'appui de L'OMS, Unicef, Rotary International…Un autre passage est prévu au début de mois de décembre prochain.
En ce qui concerne la RDC, seule la province du Bas-Congo est ciblée pour cette campagne. Notamment les 16 zones de santé limitrophes avec l'Angola et le Congo/Brazzaville. Dans le Bas-Congo, la population à vacciner est donc estimée à 1467311 personnes.
De dispositions prises pour Kinshasa
Kinshasa et Brazzaville, sont les deux capitales les rapprochées du monde. Par précaution, la ville de Kinshasa devrait aussi être ciblée par la campagne de vaccination contre cette épidémie. Mais, le docteur Tsogbe Koffi soutient que Kinshasa n'a pas été ciblée tout simplement parce qu'il n'y a pas de cas détecté jusque là. " En épidémiologie, un seul cas constitue déjà une épidémie ", a-t-il dit.
Néanmoins, il a rassuré quant aux dispositions prises pour épargner les habitants de la ville de Kinshasa de cette épidémie. "Nous sommes en éveil avec un plan de surveillance et nous avons fait de simulations et établi un plan de riposte", a-t-il affirmé.
En terme de précaution à prendre, il a invité à une bonne hygiène, en lavant chaque fois les mains après les selles. D'autant plus que la maladie se transmet de l'homme à l'homme par voie orale ou anale.
En fait, la poliomyélite est une maladie virale. Trois types de virus sauvages (non vaccinal) provoquent la maladie chez l'homme : Il y a le virus type 1, le virus type 2 et le virus type 3. L'homme en est le seul réservoir, précise-t-on. Le virus de type 1 est responsable de grandes épidémies. La maladie entraîne une paralysie flasque aiguë des muscles, notamment des membres chez les enfants et dans les cas sévères du diaphragme par destruction des nerfs moteurs. Chez les adultes, l'atteinte du diaphragme entraîne la mort si une assistance respiratoire efficace n'est pas mise en place. En principe, la poliomyélite affecte plus les enfants en bas âge, âgés de moins cinq ans.