11 Janvier 2011
Le pays est corrompu...« Tala kaka... » Par le Pr Kambayi Bwatshia M.A., Ph.DL'observation banale du comportement de la société congolaise laisse voir que l'Etat congolais est atteint d'un autre type de pandémie qui sévit avec une vigueur dévastatrice dans tous les domaines de la vie nationale.
C'est la corruption. Cet état d'être sociétal rendu abîmé par le harcèlement de cette duelle occulte, à la fois diluée, sophistiquée et secrète, est entourée de l'opacité faite de manipulations complexes et difficilement décelables.
C'est une maladie contagieuse difficile à combattre étant donné qu'elle séduit et qu'elle est bien capable de s'adapter, pour déjouer, aux efforts qu'on peut déployer pour en venir au bout. Séduire, c'est tenter de plaire dans l'ombre en dehors des normes et des procédures qui rendent aléatoire son opérationnalité.
Dans le contexte de la gouvernance d'un Etat comme la RDC, la corruption va de paire avec l'exercice abusif du pouvoir dépourvu d'idéologies politiques capables de conduire les affaires publiques.
Elle se marie bien avec cet Etat devenu rapidement entité chaotique non gouvernable ; un Etat où l'éthique de la responsabilité est dévaluée à tout point de vue.
Prendre conscience d'un phénomène aussi complexe, c'est déjà chercher à l'éradiquer. C'est aussi une façon de sensibiliser l'opinion et le pouvoir politique vis-à-vis d'un fléau aussi mortel pour la société.
C'est en principe depuis l'avènement de la dictature au Congo de 1965 à nos jours, que le peuple congolais fait l'expérience amère et traumatisante d'une gouvernance corrompue.
En effet, la maladie s'est installée lentement et mortellement sûrement à grande échelle dans les comportements des élites politiques, économiques, intellectuelles, militaires, administratives et même religieuses.
Elle a eu, sans faille, comme résultat, la transformation négative de tous les systèmes politiques congolais où son apparition est la traduction d'une crise sociopolitique certaine.
Devenant systématique, elle signifie que les gouvernements qui ont dirigé le Congo jusqu'à nos jours, ont failli à leur mission ; que la culture politique s'est diluée dans la privatisation pernicieuse de l'Etat congolais ; privatisation fondée sur l'informel, l'illicite.
Elle signifie en deuxième lieu que les valeurs et les anti-valeurs se trouvent côte à côte d'une manière concurrente et même compétitive annonçant le renforcement de celles-ci au détriment de celles-là.
Elle signifie en troisième lieu que les règles et les normes de la vie simplement normale de la société congolaise sont violées et détournées de leur trajectoire d'une manière drôlement clandestine, floue, faite de manigance et de connivence.
On ne s'étonnera plus d'entendre les Congolais s'exclamer avec amertume; « on n'en peut plus... »; que comme Alpha Blondy l'a dit : « la démocratie du plus fort est toujours la meilleure. ». En RDC, et cela saute aux yeux, le corrompu et le corrupteur, à tous les niveaux, « se trafiquent réciproquement. »
Ils vendent les décisions, exercent les influences diverses, s'ingèrent dans les affaires, prélèvent indûment des pourcentages, détournent des marchés en faisant des coups bas et pratiquent l'utilisation abusive des biens sociaux et publics.
Les observateurs attentifs estiment qu'en RDC, la corruption est une donnée consubstantielle de tout le système de l'Etat; une donnée gui, en même temps, sert d'instrument de survie de celui-ci.
A son endroit, on utilise, sans scrupule ni gêne, les expressions très imagées de: enveloppe, pot de vin , il faut comprendre , coop , coopérer, coopération , motivation , encouragement, madesu ya bana , commission,...
La corruption est devenue la clé fondamentale de la mauvaise gouvernance et elle est entretenue comme la sève de la patrimonialisation de l'Etat.
Le jeu lui-même paye bien en face de la pauvreté et la misère de la population, la médiocrité des revenus, l'affaiblissement des normes morales, l'absence de contre-pouvoir et des mécanismes de contrôle, l'impunité, etc.
Tout en se pavanant au grand jour, la corruption en RDC a effacé la frontière entre le permis et le défendu, le licite et I'illicite, le moral et l'immoral. Cette frontière est bien mouvante et poreuse. L'Etat congolais est un Etat d'incongruités permanentes qui favorisent I'anarchie.
Les mécanismes engendrés par les anti-valeurs sont parfaitement intégrés et légitimés au système et par le système chaotique. C'est pourquoi dans ce pays, le risque est grand de passer pour un moraliste désuet, un inquisiteur pointilleux ou un idéaliste rêveur dès lors qu'on dénonce la corruption.
Qu'à cela ne tienne, les multiples animateurs politiques, ayant pour première mission de faire éclore un Etat de droit qui tarde toujours à s'installer, doivent faire preuve d'une éthique de conviction et de responsabilité, qui toutes les deux se complètent et constituent l'homme authentique capable de prétendre à la « vocation politique ».
Ils doivent sortir du carcan pseudo politique qui les a hissés au pouvoir par la force des choses, pour redresser la pente devenue déjà trop dangereuse qui fait peur au peuple congolais.
Ils doivent lutter contre la confusion entre l'intérêt privé, et l'intérêt public, contre le système de pantouflage (ce passage de haut fonctionnaire de l'Etat dans le secteur privé).
En effet, il ne faut pas que la RDC reste à jamais plongée dans une situation propre à un Etat en péril.
Le peuple a besoin des prophètes
Dans la recherche de la paix et du bien-être, le peuple congolais voici bientôt 10 ans de « libération », s'étonne face à l'écran opaque qui existe entre lui et son pays d'une part, entre lui et son gouvernement d'autre part, et enfin entre lui et ceux qui se disent politiciens.
L'avenir du Congo lui devient totalement imprévisible du fait que, ni le gouvernement, ni les politiciens, ni les organismes internationaux ne rassurent.
Le drame, c'est celui là ; ne pas savoir ce qui arrive, ce qui arrivera et qui bouleverse la conscience nationale : ne pas savoir que la logique profane caractérisée par l'immaturité politique suivie par des politiciens intrus, est une logique de la folie meurtrière, une logique de la nuisance qui empêche de comprendre que le Congo a besoin d'un regard nouveau et aussi d'une critique serrée et sévère de la raison de l'ignorance; raison qui ignore ce qu'elle ignore et qui a produit depuis 1997 des guerres dites de libération, du désordre aux conséquences incalculables.
Dans ces conditions, les masses congolaises ont raison de croire aujourd'hui que leur situation, leur vécu réel est contre nature. En effet, après avoir cru fermement que l'accord de Lusaka signé en juillet 1999 entre le gouvernement de Kinshasa et les différents chefs de guerre, et endossé, en janvier 2000 par le conseil de sécurité de l'ONU, après avoir été mises dans l'illusion tragique de la vie par l'Accord global et inclusif de Sun City, les : masses congolaises ont enregistré l'incapacité de ses dirigeants à fournir des efforts en vue de réaliser son bien-être.
Et aujourd'hui, plus que jamais, le sous développement, la misère et la pauvreté du Congo révèlent finalement que la population n'est pas dans le point de mire des gouvernants. Celle-ci ne sait plus à quel saint se vouer et crie alors que « le pays va mal et tout va mal. »

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