par MARIE-ADELE DJIDJE Mercredi 12 Janvier 2011
La situation que nous vivons n’est pas normale. Nous voyons l’injustice criante qui se pratique même par les nations dites évoluées, dites démocratiques et qui essaient de bafouer et renverser l’ordre des choses, de manière déloyale. Elles appellent le mal bien, et le bien mal. Ce sont des choses qui sont écrites dans la parole de Dieu et nous chrétiens, ne sommes pas surpris de tout cela. Nous savons que ce sont des choses qui, de plus en plus, vont arriver. Ceux en qui nous voyions certaines valeurs humanistes ou démocratiques vont bafouer eux-mêmes la démocratie et l’humanité.
C’est ce que nous voyons à travers l’attitude du Président Français Sarkozy, comme celle du Président Obama. Nous ne pouvons pas comprendre que ces personnalités que nous respectons et qui dirigent de grandes nations démocratiques, où les lois sont fondamentalement respectées, viennent dans des contrées en Afrique, pour bafouer la loi, bafouer la vérité. C’est scandaleux pour nous qui sommes croyants et des bergers. Un véritable berger ne peut pas être insensible à cela. Cette situation est malheureuse et nous prions pour que ces personnes soient habitées par la sagesse. J’ai été formé par des pasteurs américains et ce n’est pas de cette manière que l’on se comporte dans ces pays.
Pour vous, la vérité, c’est que Gbagbo est le Président élu de la Côte d’Ivoire?
Quand nous parlons, les gens disent que nous soutenons Gbagbo. Ce n’est pas une affaire de Gbagbo ni d’Alassane. C’est une affaire de vérité, de lois, de règles. Parce que les deux personnalités sont allées à la télévision, et ce jour-là, c’était la joie dans le monde entier. De même que le jour où elles ont dit que les accords seront respectés. Au premier tour, toutes les règles ont été suivies.
Au second tour, avec ces deux candidats, beaucoup savaient que les choses n’allaient pas être faciles.
Au second tour, le président de la Cei n’annonce pas les résultats, et se trouve forclos selon les règles…Le Conseil constitutionnel prend le dossier en main, pour donner les vrais résultats, et en même temps, un candidat est proclamé vainqueur avec l’appui des puissances internationales comme la France, l’Amérique. Nous voyons dans ces conditions qu’il y a une iniquité quelque part. Pourquoi n’ont-ils pas attendu? Un certain Choi est venu, au nom des Nations unies, certifier le premier tour, après la proclamation des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel, qui est l’équivalent de la haute Cour suprême en Côte d’Ivoire. Pourquoi n’a-t-il pas agi de la même manière pour le second tour? Cela veut dire qu’il y a une aberration, une tricherie.
Mais vous les religieux, on n’entend dire qu’il y a des vendus parmi vous, des pro-Gbagbo.
Qui est vendu, qui est pro-Gbagbo ? Nous voulons la légalité. Nous prêchons la Bible. La loi vient de Dieu. C’est pour cela que la Bible dit que qui s’oppose à l’autorité s’oppose à l’ordre que Dieu a établi. C’est écrit dans la lettre aux Romains au chapitre 13. C’est à cela que nous nous en tenons. Si Gbagbo pèche, nous allons lui dire qu’il a péché. Je le dis humblement, lorsque Alassane devait se présenter comme candidat et qu’il y avait une opposition, j’ai été le seul pasteur à dire à Bédié de le laisser se présenter dans ce pays. Cela a été écrit dans les journaux. J’ai été traité d’Alassaniste. Mais c’était la vérité que je défendais. Puisqu’il se dit citoyen ivoirien, il fallait qu’on le laisse se présenter à l’élection présidentielle. Pour moi, c’était une question de justice, pour une personne qui a été Premier ministre… Qui peut acheter un pasteur? Il y a pasteur et pasteur. Il y a prêtre et prêtre et il y a imam et imam.
Vous semblez révolté!
On ne peut pas nous acheter. Nous suivons la parole de Dieu, la légalité ce n’est pas une affaire de Gbagbo. J’ai été celui qui a dit à Guéi, de manière publique: «Ne te présente pas comme candidat à la Présidence de la République, tu es un facilitateur, Dieu t’a donné le pouvoir, règle la situation. Si tu veux te présenter, cela est dangereux, et on pourrait te tuer…» Où est-il aujourd’hui? Il ne m’a pas écouté. J’ai passé trente minutes avec Guéi, je lui ai parlé devant des témoins. Alassane est maintenant avec Bédié qui a écrit dans son livre qu’il ne voulait pas qu’il se présente à la présidentielle.
Ils sont désormais liés par une alliance…
L’amitié, nous ne sommes pas contre. Gbagbo a pris un décret qui permet à Alassane de se présenter à la présidentielle. Tout le monde en est content. Au moins, justice est faite. Ils sont allés aux élections. Selon les règles, le Conseil constitutionnel vérifie tous les résultats avant qu’ils soient certifiés, mais voilà qu’un monsieur se réclamant de l’Onu fait la certification avant l’action dudit conseil. C’est du faux. Il doit être renvoyé de la Côte d’Ivoire parce qu’il y a créé des troubles. De même que les ambassadeurs de France et des Etats-Unis. Ils sont à la base de tous les troubles que le pays connaît. Ils n’aident pas Alassane Ouattara.
Comment cela?
Alassane a perdu. Il le sait très bien. Il le sait en son âme et conscience. Mais c’est la France et l’Amérique qui l’encouragent à rester dans le mal. Elles sont en train de l’enfoncer dans le mal. Et après…, nous les connaissons, elles vont le lâcher. Et quelle sera sa vie? Moi je crois que la meilleure chose qu’Alassane puisse faire aujourd’hui, honnêtement, selon nos règles, selon la loi du pays qu’il veut diriger, c’est de dire que ce n’est pas lui qui a gagné les élections. La loi dit que c’est Gbagbo qui a gagné après les décomptes. S’il n’est pas d’accord, il peut accepter les propositions que ce dernier a faites. C’est-à-dire que l’on recompte les voix pour savoir qui a gagné. Dans le cas contraire, que l’on reste tranquille. Le débat est clos. On s’en tient aux résultats du Conseil constitutionnel.
Pensez-vous que cela est encore possible?
Alassane peut se retirer et préparer la prochaine élection présidentielle. Et cette fois, bien organiser les gens pour éviter les tricheries. Je ne suis pas convaincu que ce soit lui qui ait demandé aux gens de bourrer les urnes. Ils n’ont pas aidé Alassane, et aujourd’hui, il est dans les difficultés. Gbagbo est Président de la République, il n’y a plus de débat, c’est terminé.
Vous le pensez vraiment?
Il n’ y a plus de débat. Alassane, en tant qu’homme valeureux, intellectuel et moral, doit le comprendre et dire à ses «souteneurs» qui sont en train de l’induire en erreur, notamment la France et l’Amérique d’arrêter tout cela, et se préparer pour 2015. Il n’y a pas d’autre solution. Le partage du pouvoir est hors de question. Gbagbo ne peut pas accepter cela. C’est ce qu’il a fait pendant 10 ans, et nous sommes dans cette situation. Les gens n’ont jamais tenu parole. Ils sont encore en armes. Il ne faut pas que les gens continuent de frustrer les habitants de ce pays. Ce n’est pas normal. Alassane doit comprendre que la Côte d’Ivoire a déjà trop souffert. Quand on veut forcément le pouvoir, le pouvoir peut nous tuer, or nous voulons qu’il vive longtemps
Que voulez-vous dire exactement?
Le chagrin peut le tuer. Parce que le souffle de tous ceux qui meurent à cause de cette situation va au ciel et Dieu en tient compte. Il faut donc que nous nous ressaisissions. Pourquoi des menaces de mort? Pourquoi appeler des guerriers étrangers pour venir détruire le pays? Je demande à Alassane de se ressaisir. Il a tort. Qu’il garde sa dignité. Bédié et lui peuvent approcher Gbagbo et lui demander ce qu’ils peuvent faire ensemble en attendant 2015. Nous perdons le temps avec cette histoire.
Docteur, comment voyez-vous l’issue de cette crise?
Cette crise est douloureuse, mais c’est une bonne chose. La Côte d’Ivoire est un pays de refuge. Son hymne national est une prophétie sur cette Côte d’Ivoire que nous chantons tous, y compris Gbagbo et Alassane. On dit «Salut o terre d’espérance!» Tout le monde a de l’espérance en venant ici (Ndlr: en Côte d’Ivoire) et tous ceux qui y viennent réussissent. Nous avons beaucoup de frères de la Cedeao dans ce pays. C’est pour cela que je dis que c’est une aberration quand j’entend dire que l’on va l’utiliser pour venir attaquer notre pays. C’est impossible. Parce que l’Eternel n’aime pas les complots. Et même s’ils veulent le faire, ils ne réussiront pas. Parce que Dieu a permis, à travers Félix Houphouët-Boigny, que la Côte d’Ivoire soit une terre d’asile. C’est pour cela que nous disons que la France est gravement dans l’erreur…
Nous entendons dire que vous avez déjà été menacé de mort et pourtant vous prenez position aussi ouvertement.
On me menace parce que je dis la vérité… Ceux qui le font sont du côté d’Alassane. Hier, quand j’ai pris parti pour Alassane, pourquoi ne m’ont-ils pas menacé? Ils sont en train de le tromper, c’est ce que moi, je ne veux pas. Alassane n’a pas gagné…Gbagbo ne peut plus quitter le pouvoir. Même si Alassane fait un coup d’Etat tel qu’il le proclame, pourra-t-il régner? De la même manière dont ils ont créé la rébellion, les autres aussi ne peuvent-ils pas être des rebelles? Quand il dit: «je donne un délai à Gbagbo» qu’il sache que Dieu aussi lui en donne un. C’est ce qu’Alassane doit comprendre s’il prie vraiment.
Un vrai pasteur qui aime Alassane ne peut pas lui cacher la vérité. Et si c’est pour cela que les gens veulent nous tuer, nous irons plus vite au ciel. Personne ne peut me faire du mal parce que je n’ai rien dit de mal. Je dis la vérité. J’aime Alassane plus qu’eux. J’aime aussi Gbagbo. Il ne sera pas éternellement à ce poste. C’est son dernier mandat. Ce n’est pas la peine de se faire peur, de créer des troubles. Non, arrêtons tout cela ! Dieu veut que nous arrêtions tout cela ! Il faut que l’on entre en nous-mêmes pour être humble. C’est ce que je recommande, ce n’est pas méchant, c’est la vérité. Un homme de Dieu ne doit pas craindre la mort et ne pas dire la vérité à celui qu’il aime.
Vous parlez de vérité et pourtant, c’est certain que vos propos seront contestés.
Alassane n’a pas gagné selon les règles. Les nations qui le soutiennent sont en train de le tromper. Demain, ce sont les mêmes qui vont le rejeter. S’ils sont dans une confrérie, ils vont peut-être le soutenir à travers elle, mais cela ne peut pas tenir devant Dieu. La vérité, c’est la vérité… Au Tchad, ils ont enterré 20 pasteurs vivants et aujourd’hui encore, ce pays a des problèmes. Nous ne pouvons plus accepter que le sang coule sur cette terre d’hospitalité. Que les politiciens soient humbles. La Bible dit que Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. Parce que plus les gens trompent Alassane, plus il s’éloigne du pouvoir. Nous ne parlons pas de Gbagbo parce qu’il est tranquille. La loi l’a proclamé vainqueur.
Tranquille même avec la pression internationale?
J’en profite pour dire à M. Sarkozy que ce qu’il fait est amoral. Chirac a eu le même comportement et il est parti dans des conditions calamiteuses. Lui-même risque de mal finir parce que les Français qui vivent en Côte d’Ivoire ne sont pas en danger. Notre pays n’est pas contre la France. Nous parlons français, nos enfants également. Comment cela se fait-il que ce pays civilisé, ce pays de droit vienne toujours s’immixer dans les affaires des Africains? Ils ne peuvent plus accepter cela. Leurs enfants sont allés à l’école, ils ont les mêmes diplômes que les jeunes européens et américains. Sarkozy est en train d’hypothéquer l’avenir de la jeunesse française, parce que les Blé Goudé qui drainent des milliers de jeunes, sont ceux-là qui seront Président demain. Mais s’ils gardent de mauvais souvenirs…
Propos recueillis par
MARIE-ADELE DJIDJE
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