"Joseph Kabila" lors des funérailles du président LD Kabila.
Dix années après la disparition du président Laurent-Désiré Kabila, le mystère reste entier. Lors du «méga-procès» des assassins présumés du défunt président, l’accusation n’a pas convaincu en administrant les preuves matérielles de la culpabilité des accusés. Pire, les audiences se sont déroulées dans la majorité de cas à huis clos. Dix ans après, la thèse de l’assassinat peine à convaincre. L’arme du crime n’a pas été retrouvée. Le mobile du crime reste non-élucidé. Le commanditaire n’a pas été identifié. Ces lacunes de la «justice congolaise» semblent crédibiliser la thèse selon laquelle le «Mzee», diabétique, hypertendu et sujet à des crises d’épilepsie, est décédé de mort naturelle. L’attentat claironné n’a été qu’une mise en scène pour camoufler un opportuniste «coup d’Etat de palais». Depuis le 16 janvier 2001, la RD Congo ploie sous le poids écrasant d’un gros mensonge d’Etat. Des pères et des mères de familles, accusés injustement, croupissent depuis une décennie dans la prison centrale de Makala. Pour couper court à la spéculation, "Kabila" devrait publier les conclusions de l’enquête menée par des enquêteurs congolais assistés par ceux de l’Angola, de la Namibie et du Zimbabwe.
Contexte
Fin 1989, la Guerre froide est finie. L’événement est symbolisé par la chute du Mur de Berlin. En Occident, deux valeurs sont devenues à la mode : la démocratie et le respect des droits de l’Homme. Le 24 avril 1990, le président Mobutu Sese Seko fait son «discours historique» annonçant le retour au pluralisme politique. Et ce, au bout de vingt-cinq années d’exercice d’un pouvoir autocratique qui n’a pas été propice au progrès économique et social. Quatre mois auparavant, le «président-fondateur» a sillonné les quatre coins du pays pour «écouter» ses concitoyens. L’initiative est venue manifestement un peu tard. Ce qui ne devait être qu’une «consultation nationale» s’est muée en un réquisitoire contre le régime en place. Après l’organisation d’une conférence nationale souveraine, les pro et anti-Mobutu se lancent dans une longue «transition démocratique» dont la finalité se limite au «partage équitable et équilibré du pouvoir» en prévision des élections. Durant six années et demi, l’appareil étatique est bloqué. Le pays n’est plus gouverné. Ni administré.
Début octobre 1990, on assiste au déclenchement de la guerre civile au Rwanda suite à l’attaque de ce pays par des Ougandais d’origine rwandaise regroupés au sein d’un "Front patriotique rwandais" (FPR). En 1993, un accord de paix est signé par les deux parties. Le 6 avril 1994, l’avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais est abattu au moment de l’atterrissage à l’aéroport de Kigali. C’est le début du génocide rwandais. Mi-juillet, le Front patriotique rwandais s’empare de Kigali. Trois millions de Hutu, civils et militaires, trouvent refuge dans les provinces zaïroises du Kivu. Les nouveaux maîtres du pays des mille collines d’accuser les fugitifs d’opérer des incursions sur le sol rwandais. Homme fort du nouveau régime, le général Paul Kagame invite la «communauté internationale» à éloigner les camps de réfugiés des frontières rwandaises. «Dans le cas contraire, dira-t-il, le Rwanda prendra ses responsabilités.»
La diplomatie américaine
Le 26 juillet 1996, un communiqué, très peu diplomatique, au ton comminatoire, publié par l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique à Kinshasa d’alors, Daniel Simpson, ne réussit guère à sortir la classe politique zaïroise de cette foire d’empoigne. «Après avoir passé neuf mois avec vous, écrit le diplomate, je quitte le Zaïre pour des consultations avec mon gouvernement (…). Je profite de cette occasion pour vous donner mes impressions sur le processus devant conduire aux élections prévues avant le 9 juillet 1997.» «Je dois vous dire, peuple zaïrois, à travers vos médias libres et indépendants, que je suis déçu par la lenteur du progrès réalisé, par l’attitude actuelle de ce qui convient d’appeler classe politique de votre pays quant à l’achèvement de la transition, et par le risque que courent le Zaïre et ses amis, de voir leurs actions conduire à un autre report injustifié de ce processus qui ne demande qu’à être achevé.» Il poursuit : «(…), nous remarquons que les deux «familles politiques» ne se sont pas encore mises d’accord sur les nominations importantes au gouvernorat et vice-gouvernorat des régions. En plus, les nominations au niveau des entreprises publiques et aux postes diplomatiques sont moins pertinentes au processus électoral, mais elles continuent également de traîner aussi. Les débats depuis environ huit mois autour du partage des postes se sont avérés pour la calasse politique une heureuse distraction d’éloignement des élections. (…). Il existe une théorie selon laquelle le président Mobutu est derrière tous ces reports et que lui et ses fidèles bloquent délibérément le processus électoral. Lui-même dément disant qu’il veut les élections et le plus vite possible. Les actes parlent plus que les paroles.» C’est ici que «Dan» Simpson recourt à la menace : «Si, une fois de plus, la «classe politique» fait savoir aux Zairois et au monde qu’elle est incapable de mener le pays au bout de la transition comme prévue en juillet 1997, les amis du Zaïre dans le monde, en commençant par les Etats-Unis d’Amérique, seront très déçus. (…), la déception des amis du Zaïre n’a pas d’importance. C’est votre pays. Vous avez le droit de le diriger comme vous le voulez et vous avez le plein droit de le diriger sans les commentaires des étrangers, ni même de vos amis. (…). Le diplomate de conclure : «Nous sommes prêts à vous aider, mais nous ne pouvons le faire que dès que cela sera rendu possible par vos propres autorités : le Président, le gouvernement, le Parlement de transition, la Commission nationale des élections. (…).»
La «guerre de libération»
Au mois de septembre 1996, l’armée zaïroise lance l’opération «Kimia na Masisi». Objectif: débusquer des éléments infiltrés du FPR dans les deux provinces du Kivu. Les médias occidentaux crient au «nettoyage ethnique» accusant les FAZ d’effectuer des patrouilles avec des soldats des ex-Forces armées rwandaises et autres Interahamwe. Dès mi-octobre, l’armée patriotique rwandaise commence à pilonner les camps de réfugiés dans le Kivu. C’est la guerre ! Fin octobre, sur recommandation du président ougandais Yoweri Museveni, Laurent-Désiré Kabila est désigné porte-parole d’une «rébellion zaïroise» dénommée «Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo» (AFDL) mise sur pied dans la capitale rwandaise. Les armées rwandaise et ougandaise affirment venir au secours des Tutsi dits «Banyamulenge» privés de leur citoyenneté zaïroise. L’enjeu était ailleurs : la traque des Hutu. Face à la maladie du président Mobutu, certaines puissances étrangères ont saisi cette opportunité pour faire d’une pierre deux coups en renversant le régime du «Grand Léopard».
Le 17 mai 1977, LD Kabila prend possession du fauteuil présidentiel laissé vacant vingt-quatre heures plutôt par Mobutu Sese Seko après sept mois de «guerre». Il prend de vitesse ses «mentors» de vitesse en s’autoproclamant président de la République. Ses parrains rwandais et ougandais, eux, rêvent d’installer un «régime ami» à Kinshasa. LD Kabila donne, au cours de sa première année de pouvoir, l’impression d’être l’otage de ceux qui l’ont fait roi. Plusieurs personnalités inconnues du «Who’s Who» politique zaïrois jouent les premiers rôles. Déogratias Bugera à la tête de l’AFDL ; Bizima Karaha aux Affaires étrangères ; le colonel «James» {Kabarebe}, chef d’état-major général de l’armée congolaise ; Moïse Nyarugabo secrétaire particulier du chef de l’Etat. Notons que Kabarebe a été le commandant des opérations militaires durant la «guerre des Banyamulenge». Un certain «commandant Hyppo», alias Joseph Kabila, était son aide de camp.
La rupture
A partir du mois de mai 1998, les relations entre Kinshasa, Kigali et Kampala ne sont plus au beau fixe. En guise de démonstration de cette mauvaise humeur, Museveni et Kagame boudent les festivités prévues à Kinshasa à l’occasion de la célébration du premier anniversaire du pouvoir AFDL. Au cours de ce mois, Pierre-Victor Mpoyo, alors ministre de l’Economie, fait une intervention inattendue à la télévision d’Etat : «M. Museveni doit cesser de critiquer ça et là son homologue congolais qui, selon lui, ne contrôlerait rien à l’intérieur de son pays, où la situation est chaotique.» Mpoyo d’exhorter le leader ougandais de «s’occuper des affaires de son pays, l’Ouganda, plutôt que de dénigrer constamment le chef de l’Etat congolais qui n’a rien à lui envier.» «C’est par correction et gentillesse, conclut-il, que nous demandons à Museveni de ne pas dénigrer Kabila qui est un homme indépendant, qui n’obéit qu’à son peuple et qui n’obéit pas aux injonctions de Paris, de Bruxelles ou de Washington. (…).» Fin juillet, LD Kabila met fin à la «coopération militaire» avec l’Ouganda et le Rwanda. Il semble que cette décision a été précipitée suite au fait que James Kaberebe a été surpris en possession d’un pistolet muni d’un silencieux lors d’une audience chez LD Kabila. C’est la reprise de la guerre. Un nouveau mouvement rebelle …congolais voir le jour à Kigali. Il s’agit du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). Un certain colonel «Dan» est chargé du recrutement des cadres congolais.
Fin juillet 1998, la newsletter «Grands-Lacs Confidentiel» publie un article intitulé «Comment Washington compte en finir avec le gouvernement Kabila». La publication dit se fonder sur les confidences d’un officier de renseignements ougandais. «L’intention de Washington en aidant Kabila à chasser Mobutu, peut-on lire, était d’assurer le contrôle perpétuel du Congo. Il fallait donc chercher un second Mobutu, un Tutsi (soit Deogratias Bugera, Bizimana Karamuheto dit Bizima Karaha ou un autre). Kabila était un dirigeant de transition qui allait permettre la réalisation du plan. Kabila, lui, avait une autre idée en lui. (…).» A en croire cet officier ougandais, le général Kagame avait même assuré le président Bill Clinton que «le Congo serait facilement maîtrisé». «Ici, aurait-il argumenté, les gens ne pensent qu’à la corruption, la bière, la musique et aux belles femmes.» Une fois le plan réussi, conclut cet officier, « les provinces du Kivu et Kisangani deviendraient des territoires sous autonomie rwando-ougandaise.
Ouvrons la parenthèse. Dans son édition en ligne datée 10 novembre 2003, la newsletter française «geopolitique.com», citant des sources proches de la délégation congolaise à Washington et des services de renseignements américains, rapportait que «les discussions» entre Kabila et Bush à la Maison Blanche «ont porté sur une reconnaissance tacite par les autorités de Kinshasa de l’autonomie des Banyamulenge dans l’Est de la RDC (Nord Kivu et Sud Kivu) ainsi que sur le contrôle du district de l’Ituri sous influence de l’Ouganda voisin.» Le journal de noter que la rencontre entre les deux chefs d’Etat a été précédée d’une entrevue avec le vice-président Dick Cheney. Celui-ci aurait évoqué avec le numéro un congolais le dossier relatif à la construction d’un oléoduc reliant la région du Lac Albert, à l’Est de la RDC et la côte Atlantique. Geopolitique.com de souligner que ce lac qui se trouve entre l’Ouganda et le Congo a fait l’objet d’une prospection très prometteuse de la firme canadienne Heritage Oil et recèlerait des réserves estimées à 2 milliards de barils. Fermons la parenthèse.
La mort de LD Kabila
Depuis le mois d’août 1998, la guerre fait rage sur le sol congolais. Secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright parle de «première guerre mondiale africaine» compte tenu du nombre des pays ayant engagé des troupes. Il est clair que le Mzee était dans le collimateur de ses «anciens amis». L’homme faisait sans doute face à plusieurs complots. En 1999, le chef d’Etat congolais tente un rapprochement avec les anciens dignitaires du régime Mobutu. Myra Ndjoku Manianga, alors responsable du Conseil de sécurité d’Etat, sillonne les capitales européennes en vue de prendre langue avec les exilés. En décembre 2000, Nono Lutula, alors conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, prend le relais. Une rencontre est prévue le 21 décembre à Libreville. Mal inspiré, LD Kabila s’y fait précéder par deux cent membres du CPP (Comité des pouvoirs populaires). Les anciens dignitaires de la Deuxième République flairent le piège. Ils rechignent à faire le déplacement.
Au cours de ce mois de décembre 2000, l’armée congolaise subit une humiliante défaite à Pweto dans le Katanga face aux troupes de l’Armée rwandaise évoluant sous l’étiquette du RCD. Les troupes défaites, commandées par le chef d’état-major des forces terrestres "Joseph Kabila", abandonnent à l’ennemi un important arsenal évalué à plusieurs millions de dollars américains. «Joseph» s’enfuit en Zambie. Ivre de colère, le Mzee n’adressera plus la parole à "son fils" qu’il assigna par ailleurs à résidence à Lubumbashi. Le gouverneur du Katanga d’alors n’est autre qu’un certain Augustin Katumba Mwanke.
Début janvier 2001, "Papa Kabila" se plaint de «maux d’estomac». Ses médecins cubains diagnostiquent un «empoisonnement». Les soupçons du numéro un Congolais se dirigent aussitôt vers la personne chargée de préparer ses mets. Son nom ? Sifa Mahanya. Celle-ci est une des nombreuses conquêtes de LD Kabila. La dame est aussitôt arrêtée et embastillée au pavillon réservé aux femmes à la prison de Makala. Des sympathisants et membres du MPR se souviennent bien d’avoir vu «Sifa» dans ce lieu carcéral lorsqu’ils allaient rendre visite à Catherine Nzuzi wa Mbombo, présidente du MPR, interpellée sur ordre de Mzee.
Le 15 janvier 2001, le sommet des chefs d’Etat de France et d’Afrique est ouvert à Yaoundé au Cameroun. La RD Congo est représentée par son ministre des Affaires étrangères, She Léonard Okitundu. Où est passé LD Kabila? «Laurent-Désiré Kabila faisait une crise de malaria et était encore sous perfusion», écrit Colette Braeckman à la page 100 de son ouvrage «Les nouveaux prédateurs, politique des puissances en Afrique centrale», publié chez Fayard. En réalité le chef d’Etat congolais était gravement malade. Diabétique et en proie à des crises d’épilepsie, il faisait une grave crise d’hypertension artérielle. Depuis son accession au pouvoir suprême, l’homme ne se refuse aucun plaisir de la table. Il mange beaucoup. Il boit beaucoup. Il a pris du poids. Beaucoup de poids au point de ressembler à un "Bouddha noir".
Assassinat ou diabolique mise en scène?
Le mardi 16 janvier 2001, des tirs à l’arme automatique sont entendus aux abords du palais de marbre où travaille et réside le président LD Kabila. C’était au début de l’après-midi. Les premières informations ont fait état d’un «coup d’Etat». On apprendra par la suite que le chef d’Etat congolais aurait été blessé. Un de ses généraux aurait tiré sur lui lors d’une audience. Le nom cité : le général Dieudonné Kayembe Mbandakulu. "Faux". On apprendra enfin que l’assassin présumé serait plutôt un des gardes rapprochés. Il répondrait au nom de Rachidi Mizele. L’homme aurait abattu "LDK" au moment où il conversait avec son conseiller Economique, Emile Mota Ndongo. Le corps du président a été transféré aux Cliniques Ngaliema. Ce qui surprend à ce stade c’est bien la sérénité affichée par les principaux piliers du régime. Ils étaient tous au palais de marbre. La situation était manifestement sous contrôle. Aucune menace ne planait sur le pouvoir. Paix à son âme, Dominique Sakombi-Inongo, alors ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a été le premier à créer l’événement en déclarant le mercredi 17 janvier que l’ouverture d’une enquête paraît sans intérêt étant donné que l’assassin a été abattu. Lors de sa déposition devant la Cour d’ordre militaire en avril 2002, Gaétan Kakudji, qui était au moment des faits ministre de l’Intérieur, a déclaré que dès qu’il a appris la nouvelle de l’attentat contre le Mzee il s’est rendu «à l’instant même» au palais de marbre. C’est-à-dire là où pouvaient se trouver encore des «snipers». Le 17 janvier 2005, le vice-président de la République ne disait pas autre chose: "J’ai roulé à tombeau ouvert jusqu’au palais de marbre".
Dans son édition n°341 des mois de février et mars 2001, le mensuel parisien
«Africa international» écrit : «Une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, par certain professeur Kabuya Lumuna, interceptée par un mobutiste travaillant au Palais, donne même une version iconoclaste de la mort de Kabila, qui aurait, selon le texte, succombé à une «crise d’épilepsie au cours d’une soirée arrosée et son corps a été criblé de balles par ses proches pour corroborer la thèse de l’attentat.» In tempore non suspecto, le magazine «Grands Lacs Magazine» n°21 vient enfoncer le clou dans son numéro février-mars 2001. Cette publication commence par balayer d’un revers de la main la thèse selon laquelle le Mzee a été abattu par son garde du corps. «Pour nous, peut-on lire, cette hypothèse ne tient pas debout, car à l’intérieur du palais présidentiel, une seule personne a le droit de circuler avec une arme et aucun visiteur n’a le droit de porter une arme avant de rencontrer le président. Tout est contrôlé par le colonel Eddy Kapend qui est la dernière ceinture de sécurité du président Kabila (…) .» Se fondant sur une de ses sources, le magazine d’aborder la thèse de la «mort naturelle». Le journal rapporte que LD Kabila «aurait trouvé la mort à la suite d’une crise cardiaque.» L’état de santé de Mzee «s’est aggravé» au cours du week-end. C’est ainsi que la Présidence de la république a fait appel à des médecins cubains qui se trouvaient à Luanda. «Alors pour éviter un désordre politique, le secret d’Etat oblige, les proches du président étaient dans l’obligation de faire un maquillage politique autour de sa mort. C’est-à-dire faire croire à l’opinion nationale et internationale qu’il a été assassiné par un inconnu, d’où la mise en scène des tirs intenses dans l’après-midi autour de la résidence présidentielle.» Auteur de cet article, Sam Mpengo Mbey de conclure : «Cette hypothèse de la mort naturelle constitue pour moi la plus sûre et la plus logique (…).»
En parcourrant la liste des personnes condamnées dans le «procès Kabila», il est surprenant de constater qu’un médecin fait parmi des prévenus. Il s’agit de docteur Armand Kabunga Mutombo, médecin urgentiste. L’homme était poursuivi pour «vol». Vol de quoi ? Il semble que Kabunga aurait soustrait les sous-vêtements de LD Kabila. Ce praticien était de service lorsque la dépouille mortelle de Mzee est amenée aux Cliniques Ngaliema. Grande fut sa surprise de constater que le corps présentait des impacts de balles sans baigner dans une marre de sang. Scientifiquement, la mort serait intervenue bien avant que le corps subisse les assauts d’un "tueur".
En tous cas, dix années après la disparition de Kabila père, «Joseph Kabila» n’a toujours pas tenu la promesse faite aux Congolais lors de son investiture le 26 janvier 2001 : «Je rassure le peuple congolais qu’une enquête judiciaire est ouverte afin que la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat de l’illustre disparu.» «Je veux la vérité totale sur tout ce qui s’est passé», déclarait-il dans une interview au «Soir » de Bruxelles daté 7 mars 2001. Le 17 janvier 2010, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya a exigé la réouverture du procès des anciens collaborateurs de LD Kabila qui croupissent dans la prison de Makala. La presse kabiliste s’est jetée à pieds joints sur le prélat catholique. Sujet tabou? La réalité est là : dix années après des questions restent sans réponse : Qui a abattu LD Kabila? Où est passé l’arme du crime? Quel est le mobile du crime? Qui en est le commanditaire? Pourquoi le corps du défunt a-t-il été emmené au Zimbabwe avant de regagner le pays? Qui est réellement la dame Sifa Mahanya ? Pourquoi a-t-elle été détenue à Makala sur ordre de Mzee? Qui a ordonné sa libération? Est-elle réellement la mère de Joseph, Jaynet et Zoé «Kabila»?
Fin 1989, la Guerre froide est finie. L’événement est symbolisé par la chute du Mur de Berlin. En Occident, deux valeurs sont devenues à la mode : la démocratie et le respect des droits de l’Homme. Le 24 avril 1990, le président Mobutu Sese Seko fait son «discours historique» annonçant le retour au pluralisme politique. Et ce, au bout de vingt-cinq années d’exercice d’un pouvoir autocratique qui n’a pas été propice au progrès économique et social. Quatre mois auparavant, le «président-fondateur» a sillonné les quatre coins du pays pour «écouter» ses concitoyens. L’initiative est venue manifestement un peu tard. Ce qui ne devait être qu’une «consultation nationale» s’est muée en un réquisitoire contre le régime en place. Après l’organisation d’une conférence nationale souveraine, les pro et anti-Mobutu se lancent dans une longue «transition démocratique» dont la finalité se limite au «partage équitable et équilibré du pouvoir» en prévision des élections. Durant six années et demi, l’appareil étatique est bloqué. Le pays n’est plus gouverné. Ni administré.
Début octobre 1990, on assiste au déclenchement de la guerre civile au Rwanda suite à l’attaque de ce pays par des Ougandais d’origine rwandaise regroupés au sein d’un "Front patriotique rwandais" (FPR). En 1993, un accord de paix est signé par les deux parties. Le 6 avril 1994, l’avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais est abattu au moment de l’atterrissage à l’aéroport de Kigali. C’est le début du génocide rwandais. Mi-juillet, le Front patriotique rwandais s’empare de Kigali. Trois millions de Hutu, civils et militaires, trouvent refuge dans les provinces zaïroises du Kivu. Les nouveaux maîtres du pays des mille collines d’accuser les fugitifs d’opérer des incursions sur le sol rwandais. Homme fort du nouveau régime, le général Paul Kagame invite la «communauté internationale» à éloigner les camps de réfugiés des frontières rwandaises. «Dans le cas contraire, dira-t-il, le Rwanda prendra ses responsabilités.»
La diplomatie américaine
Le 26 juillet 1996, un communiqué, très peu diplomatique, au ton comminatoire, publié par l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique à Kinshasa d’alors, Daniel Simpson, ne réussit guère à sortir la classe politique zaïroise de cette foire d’empoigne. «Après avoir passé neuf mois avec vous, écrit le diplomate, je quitte le Zaïre pour des consultations avec mon gouvernement (…). Je profite de cette occasion pour vous donner mes impressions sur le processus devant conduire aux élections prévues avant le 9 juillet 1997.» «Je dois vous dire, peuple zaïrois, à travers vos médias libres et indépendants, que je suis déçu par la lenteur du progrès réalisé, par l’attitude actuelle de ce qui convient d’appeler classe politique de votre pays quant à l’achèvement de la transition, et par le risque que courent le Zaïre et ses amis, de voir leurs actions conduire à un autre report injustifié de ce processus qui ne demande qu’à être achevé.» Il poursuit : «(…), nous remarquons que les deux «familles politiques» ne se sont pas encore mises d’accord sur les nominations importantes au gouvernorat et vice-gouvernorat des régions. En plus, les nominations au niveau des entreprises publiques et aux postes diplomatiques sont moins pertinentes au processus électoral, mais elles continuent également de traîner aussi. Les débats depuis environ huit mois autour du partage des postes se sont avérés pour la calasse politique une heureuse distraction d’éloignement des élections. (…). Il existe une théorie selon laquelle le président Mobutu est derrière tous ces reports et que lui et ses fidèles bloquent délibérément le processus électoral. Lui-même dément disant qu’il veut les élections et le plus vite possible. Les actes parlent plus que les paroles.» C’est ici que «Dan» Simpson recourt à la menace : «Si, une fois de plus, la «classe politique» fait savoir aux Zairois et au monde qu’elle est incapable de mener le pays au bout de la transition comme prévue en juillet 1997, les amis du Zaïre dans le monde, en commençant par les Etats-Unis d’Amérique, seront très déçus. (…), la déception des amis du Zaïre n’a pas d’importance. C’est votre pays. Vous avez le droit de le diriger comme vous le voulez et vous avez le plein droit de le diriger sans les commentaires des étrangers, ni même de vos amis. (…). Le diplomate de conclure : «Nous sommes prêts à vous aider, mais nous ne pouvons le faire que dès que cela sera rendu possible par vos propres autorités : le Président, le gouvernement, le Parlement de transition, la Commission nationale des élections. (…).»
La «guerre de libération»
Au mois de septembre 1996, l’armée zaïroise lance l’opération «Kimia na Masisi». Objectif: débusquer des éléments infiltrés du FPR dans les deux provinces du Kivu. Les médias occidentaux crient au «nettoyage ethnique» accusant les FAZ d’effectuer des patrouilles avec des soldats des ex-Forces armées rwandaises et autres Interahamwe. Dès mi-octobre, l’armée patriotique rwandaise commence à pilonner les camps de réfugiés dans le Kivu. C’est la guerre ! Fin octobre, sur recommandation du président ougandais Yoweri Museveni, Laurent-Désiré Kabila est désigné porte-parole d’une «rébellion zaïroise» dénommée «Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo» (AFDL) mise sur pied dans la capitale rwandaise. Les armées rwandaise et ougandaise affirment venir au secours des Tutsi dits «Banyamulenge» privés de leur citoyenneté zaïroise. L’enjeu était ailleurs : la traque des Hutu. Face à la maladie du président Mobutu, certaines puissances étrangères ont saisi cette opportunité pour faire d’une pierre deux coups en renversant le régime du «Grand Léopard».
Le 17 mai 1977, LD Kabila prend possession du fauteuil présidentiel laissé vacant vingt-quatre heures plutôt par Mobutu Sese Seko après sept mois de «guerre». Il prend de vitesse ses «mentors» de vitesse en s’autoproclamant président de la République. Ses parrains rwandais et ougandais, eux, rêvent d’installer un «régime ami» à Kinshasa. LD Kabila donne, au cours de sa première année de pouvoir, l’impression d’être l’otage de ceux qui l’ont fait roi. Plusieurs personnalités inconnues du «Who’s Who» politique zaïrois jouent les premiers rôles. Déogratias Bugera à la tête de l’AFDL ; Bizima Karaha aux Affaires étrangères ; le colonel «James» {Kabarebe}, chef d’état-major général de l’armée congolaise ; Moïse Nyarugabo secrétaire particulier du chef de l’Etat. Notons que Kabarebe a été le commandant des opérations militaires durant la «guerre des Banyamulenge». Un certain «commandant Hyppo», alias Joseph Kabila, était son aide de camp.
La rupture
A partir du mois de mai 1998, les relations entre Kinshasa, Kigali et Kampala ne sont plus au beau fixe. En guise de démonstration de cette mauvaise humeur, Museveni et Kagame boudent les festivités prévues à Kinshasa à l’occasion de la célébration du premier anniversaire du pouvoir AFDL. Au cours de ce mois, Pierre-Victor Mpoyo, alors ministre de l’Economie, fait une intervention inattendue à la télévision d’Etat : «M. Museveni doit cesser de critiquer ça et là son homologue congolais qui, selon lui, ne contrôlerait rien à l’intérieur de son pays, où la situation est chaotique.» Mpoyo d’exhorter le leader ougandais de «s’occuper des affaires de son pays, l’Ouganda, plutôt que de dénigrer constamment le chef de l’Etat congolais qui n’a rien à lui envier.» «C’est par correction et gentillesse, conclut-il, que nous demandons à Museveni de ne pas dénigrer Kabila qui est un homme indépendant, qui n’obéit qu’à son peuple et qui n’obéit pas aux injonctions de Paris, de Bruxelles ou de Washington. (…).» Fin juillet, LD Kabila met fin à la «coopération militaire» avec l’Ouganda et le Rwanda. Il semble que cette décision a été précipitée suite au fait que James Kaberebe a été surpris en possession d’un pistolet muni d’un silencieux lors d’une audience chez LD Kabila. C’est la reprise de la guerre. Un nouveau mouvement rebelle …congolais voir le jour à Kigali. Il s’agit du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). Un certain colonel «Dan» est chargé du recrutement des cadres congolais.
Fin juillet 1998, la newsletter «Grands-Lacs Confidentiel» publie un article intitulé «Comment Washington compte en finir avec le gouvernement Kabila». La publication dit se fonder sur les confidences d’un officier de renseignements ougandais. «L’intention de Washington en aidant Kabila à chasser Mobutu, peut-on lire, était d’assurer le contrôle perpétuel du Congo. Il fallait donc chercher un second Mobutu, un Tutsi (soit Deogratias Bugera, Bizimana Karamuheto dit Bizima Karaha ou un autre). Kabila était un dirigeant de transition qui allait permettre la réalisation du plan. Kabila, lui, avait une autre idée en lui. (…).» A en croire cet officier ougandais, le général Kagame avait même assuré le président Bill Clinton que «le Congo serait facilement maîtrisé». «Ici, aurait-il argumenté, les gens ne pensent qu’à la corruption, la bière, la musique et aux belles femmes.» Une fois le plan réussi, conclut cet officier, « les provinces du Kivu et Kisangani deviendraient des territoires sous autonomie rwando-ougandaise.
Ouvrons la parenthèse. Dans son édition en ligne datée 10 novembre 2003, la newsletter française «geopolitique.com», citant des sources proches de la délégation congolaise à Washington et des services de renseignements américains, rapportait que «les discussions» entre Kabila et Bush à la Maison Blanche «ont porté sur une reconnaissance tacite par les autorités de Kinshasa de l’autonomie des Banyamulenge dans l’Est de la RDC (Nord Kivu et Sud Kivu) ainsi que sur le contrôle du district de l’Ituri sous influence de l’Ouganda voisin.» Le journal de noter que la rencontre entre les deux chefs d’Etat a été précédée d’une entrevue avec le vice-président Dick Cheney. Celui-ci aurait évoqué avec le numéro un congolais le dossier relatif à la construction d’un oléoduc reliant la région du Lac Albert, à l’Est de la RDC et la côte Atlantique. Geopolitique.com de souligner que ce lac qui se trouve entre l’Ouganda et le Congo a fait l’objet d’une prospection très prometteuse de la firme canadienne Heritage Oil et recèlerait des réserves estimées à 2 milliards de barils. Fermons la parenthèse.
La mort de LD Kabila
Depuis le mois d’août 1998, la guerre fait rage sur le sol congolais. Secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright parle de «première guerre mondiale africaine» compte tenu du nombre des pays ayant engagé des troupes. Il est clair que le Mzee était dans le collimateur de ses «anciens amis». L’homme faisait sans doute face à plusieurs complots. En 1999, le chef d’Etat congolais tente un rapprochement avec les anciens dignitaires du régime Mobutu. Myra Ndjoku Manianga, alors responsable du Conseil de sécurité d’Etat, sillonne les capitales européennes en vue de prendre langue avec les exilés. En décembre 2000, Nono Lutula, alors conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, prend le relais. Une rencontre est prévue le 21 décembre à Libreville. Mal inspiré, LD Kabila s’y fait précéder par deux cent membres du CPP (Comité des pouvoirs populaires). Les anciens dignitaires de la Deuxième République flairent le piège. Ils rechignent à faire le déplacement.
Au cours de ce mois de décembre 2000, l’armée congolaise subit une humiliante défaite à Pweto dans le Katanga face aux troupes de l’Armée rwandaise évoluant sous l’étiquette du RCD. Les troupes défaites, commandées par le chef d’état-major des forces terrestres "Joseph Kabila", abandonnent à l’ennemi un important arsenal évalué à plusieurs millions de dollars américains. «Joseph» s’enfuit en Zambie. Ivre de colère, le Mzee n’adressera plus la parole à "son fils" qu’il assigna par ailleurs à résidence à Lubumbashi. Le gouverneur du Katanga d’alors n’est autre qu’un certain Augustin Katumba Mwanke.
Début janvier 2001, "Papa Kabila" se plaint de «maux d’estomac». Ses médecins cubains diagnostiquent un «empoisonnement». Les soupçons du numéro un Congolais se dirigent aussitôt vers la personne chargée de préparer ses mets. Son nom ? Sifa Mahanya. Celle-ci est une des nombreuses conquêtes de LD Kabila. La dame est aussitôt arrêtée et embastillée au pavillon réservé aux femmes à la prison de Makala. Des sympathisants et membres du MPR se souviennent bien d’avoir vu «Sifa» dans ce lieu carcéral lorsqu’ils allaient rendre visite à Catherine Nzuzi wa Mbombo, présidente du MPR, interpellée sur ordre de Mzee.
Le 15 janvier 2001, le sommet des chefs d’Etat de France et d’Afrique est ouvert à Yaoundé au Cameroun. La RD Congo est représentée par son ministre des Affaires étrangères, She Léonard Okitundu. Où est passé LD Kabila? «Laurent-Désiré Kabila faisait une crise de malaria et était encore sous perfusion», écrit Colette Braeckman à la page 100 de son ouvrage «Les nouveaux prédateurs, politique des puissances en Afrique centrale», publié chez Fayard. En réalité le chef d’Etat congolais était gravement malade. Diabétique et en proie à des crises d’épilepsie, il faisait une grave crise d’hypertension artérielle. Depuis son accession au pouvoir suprême, l’homme ne se refuse aucun plaisir de la table. Il mange beaucoup. Il boit beaucoup. Il a pris du poids. Beaucoup de poids au point de ressembler à un "Bouddha noir".
Assassinat ou diabolique mise en scène?
Le mardi 16 janvier 2001, des tirs à l’arme automatique sont entendus aux abords du palais de marbre où travaille et réside le président LD Kabila. C’était au début de l’après-midi. Les premières informations ont fait état d’un «coup d’Etat». On apprendra par la suite que le chef d’Etat congolais aurait été blessé. Un de ses généraux aurait tiré sur lui lors d’une audience. Le nom cité : le général Dieudonné Kayembe Mbandakulu. "Faux". On apprendra enfin que l’assassin présumé serait plutôt un des gardes rapprochés. Il répondrait au nom de Rachidi Mizele. L’homme aurait abattu "LDK" au moment où il conversait avec son conseiller Economique, Emile Mota Ndongo. Le corps du président a été transféré aux Cliniques Ngaliema. Ce qui surprend à ce stade c’est bien la sérénité affichée par les principaux piliers du régime. Ils étaient tous au palais de marbre. La situation était manifestement sous contrôle. Aucune menace ne planait sur le pouvoir. Paix à son âme, Dominique Sakombi-Inongo, alors ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a été le premier à créer l’événement en déclarant le mercredi 17 janvier que l’ouverture d’une enquête paraît sans intérêt étant donné que l’assassin a été abattu. Lors de sa déposition devant la Cour d’ordre militaire en avril 2002, Gaétan Kakudji, qui était au moment des faits ministre de l’Intérieur, a déclaré que dès qu’il a appris la nouvelle de l’attentat contre le Mzee il s’est rendu «à l’instant même» au palais de marbre. C’est-à-dire là où pouvaient se trouver encore des «snipers». Le 17 janvier 2005, le vice-président de la République ne disait pas autre chose: "J’ai roulé à tombeau ouvert jusqu’au palais de marbre".
Dans son édition n°341 des mois de février et mars 2001, le mensuel parisien
«Africa international» écrit : «Une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, par certain professeur Kabuya Lumuna, interceptée par un mobutiste travaillant au Palais, donne même une version iconoclaste de la mort de Kabila, qui aurait, selon le texte, succombé à une «crise d’épilepsie au cours d’une soirée arrosée et son corps a été criblé de balles par ses proches pour corroborer la thèse de l’attentat.» In tempore non suspecto, le magazine «Grands Lacs Magazine» n°21 vient enfoncer le clou dans son numéro février-mars 2001. Cette publication commence par balayer d’un revers de la main la thèse selon laquelle le Mzee a été abattu par son garde du corps. «Pour nous, peut-on lire, cette hypothèse ne tient pas debout, car à l’intérieur du palais présidentiel, une seule personne a le droit de circuler avec une arme et aucun visiteur n’a le droit de porter une arme avant de rencontrer le président. Tout est contrôlé par le colonel Eddy Kapend qui est la dernière ceinture de sécurité du président Kabila (…) .» Se fondant sur une de ses sources, le magazine d’aborder la thèse de la «mort naturelle». Le journal rapporte que LD Kabila «aurait trouvé la mort à la suite d’une crise cardiaque.» L’état de santé de Mzee «s’est aggravé» au cours du week-end. C’est ainsi que la Présidence de la république a fait appel à des médecins cubains qui se trouvaient à Luanda. «Alors pour éviter un désordre politique, le secret d’Etat oblige, les proches du président étaient dans l’obligation de faire un maquillage politique autour de sa mort. C’est-à-dire faire croire à l’opinion nationale et internationale qu’il a été assassiné par un inconnu, d’où la mise en scène des tirs intenses dans l’après-midi autour de la résidence présidentielle.» Auteur de cet article, Sam Mpengo Mbey de conclure : «Cette hypothèse de la mort naturelle constitue pour moi la plus sûre et la plus logique (…).»
En parcourrant la liste des personnes condamnées dans le «procès Kabila», il est surprenant de constater qu’un médecin fait parmi des prévenus. Il s’agit de docteur Armand Kabunga Mutombo, médecin urgentiste. L’homme était poursuivi pour «vol». Vol de quoi ? Il semble que Kabunga aurait soustrait les sous-vêtements de LD Kabila. Ce praticien était de service lorsque la dépouille mortelle de Mzee est amenée aux Cliniques Ngaliema. Grande fut sa surprise de constater que le corps présentait des impacts de balles sans baigner dans une marre de sang. Scientifiquement, la mort serait intervenue bien avant que le corps subisse les assauts d’un "tueur".
En tous cas, dix années après la disparition de Kabila père, «Joseph Kabila» n’a toujours pas tenu la promesse faite aux Congolais lors de son investiture le 26 janvier 2001 : «Je rassure le peuple congolais qu’une enquête judiciaire est ouverte afin que la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat de l’illustre disparu.» «Je veux la vérité totale sur tout ce qui s’est passé», déclarait-il dans une interview au «Soir » de Bruxelles daté 7 mars 2001. Le 17 janvier 2010, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya a exigé la réouverture du procès des anciens collaborateurs de LD Kabila qui croupissent dans la prison de Makala. La presse kabiliste s’est jetée à pieds joints sur le prélat catholique. Sujet tabou? La réalité est là : dix années après des questions restent sans réponse : Qui a abattu LD Kabila? Où est passé l’arme du crime? Quel est le mobile du crime? Qui en est le commanditaire? Pourquoi le corps du défunt a-t-il été emmené au Zimbabwe avant de regagner le pays? Qui est réellement la dame Sifa Mahanya ? Pourquoi a-t-elle été détenue à Makala sur ordre de Mzee? Qui a ordonné sa libération? Est-elle réellement la mère de Joseph, Jaynet et Zoé «Kabila»?
Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2011
© Congoindépendant 2003-2011
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire