Depuis l'immolation du jeune Tunisien de Sidi Bouzid, une dizaine de personnes ont imité son geste en Égypte, en Algérie et en Mauritanie. Mais selon le chercheur Michaël Ayari, l'immolation n'est pas une spécificité de cette région du monde.
Par Perrine MOUTERDE (texte)
Depuis l'immolation, le 17 décembre, du jeune chômeur tunisien Mohamed Bouazizi, devenu le symbole de la révolution tunisienne, une dizaine de personnes au moins ont reproduit ce geste dans le monde arabe. Une personne est décédée des suites de ses blessures en Algérie. "Ces évènements semblent, a priori, liés les uns aux autres, indique à France24.com Michaël Ayari, chercheur associé à l'Institut de recherche et d'études du monde arabe et musulman (Iremam). Ces pays sont en tout cas confrontés à des problèmes similaires, tels que la hausse des prix" des denrées de premières nécessité.
"Le feu détruit et régénère"
Une analyse que partage Nacéra Sadou, psychologue clinicienne et consultante à la Société algérienne de recherche psychologique, citée par le quotidien algérien "El Watan". S'immoler, c'est d'une certaine façon "se réapproprier le droit d’apparaître, une façon d’exister, de dire 'Je suis là', explique-t-elle. Dans la destruction du lien entre le dedans et le dehors, la peau est vécue comme le seul moyen de s’exprimer puisque l’accès à la parole est impossible."
Psycho-sociologue à Beyrouth, au Liban, Raja Makki estime, elle aussi, que ces actes désespérés constituent un moyen "d'exister". "Il me semble que la population, dans le monde arabe, est à la recherche d'une nouvelle identité, explique-t-elle à France24.com. Les gens sont morcelés entre deux modèles, occidental et oriental. Ils ont beaucoup de problèmes pour exister ; la citoyenneté n'existe pas au sens propre du terme, les régimes ne protégent pas l'individu en tant qu'être humain, en tant que citoyen. C'est un sentiment qui a couvé de façon indirecte et invisible, et qui s'exprime aujourd'hui."

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