dimanche 16 janvier 2011

Procès Chebeya : la police scientifique enfonce le colonel Mukalay

Par Donatien Ngandu Mupompa

Le Camerounais Gomer Martell affirme avoir vu Chebeya à l’Inspection générale de la police, et la police scientifique accuse le colonel Mukalay d’avoir confisqué les indices.
A l’audience d’hier jeudi 13 janvier, dans le procès qui oppose le ministère public aux assassins présumés des défenseurs des droits de l’Homme Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana Edadi, six renseignants ont défilé à la barre : le Camerounais Gomer Martell, l’agent de police judiciaire Shako, le colonel Moba Powa, le major Bokiaka, le colonel Van Diba et le lieutenant François Mpuna de la police scientifique.
Pour l’essentiel, le Camerounais Gomer Martell, recherché par la DRGSS (Direction des renseignements généraux et services spéciaux de la police) pour contrefaçon, escroquerie et séjour irrégulier, a révélé à la Cour militaire qu’il avait bien vu Floribert Chebeya et Fidèle Bazana le 1er juin 2010 dans le couloir de l’Inspection générale de la police à la tombée de la nuit. Et ce, avant que lui-même soit acheminé dans le bureau du colonel Daniel Mukalay.
Quant au policier Shako de la brigade canine, il a expliqué comment des agents en civil, agissant sur ordre du colonel Daniel Mukalay, lui ont arraché la clef de contact de la Jeep de cette brigade après l’avoir violenté. Jeep envoyée par le colonel Mukalay dans une mission au cours de cette soirée du 1er juin 2010, mais qui n’a été retrouvée que trois jours après. Pour sa part, le colonel Moba Powa, visiblement très malade et chancelant, s’est expliqué sur une lettre portant sa signature, écrite le 3 juin 2010, et brandie par le colonel Georges Kitungwa de la DRGSS pour justifier la présence des éléments de l’IPKIN dans la commission d’enquête mise sur pied par le colonel Daniel Mukalay.
Le major Bokiaka, commandant de la brigade canine, a tout juste expliqué qu’il était déjà aux arrêts depuis le 31 mai 2010 à causes de l’indiscipline dont s’étaient rendus coupables certains de ses éléments. Emmené dans la Jeep du colonel Daniel Mukalay pour un cachot de la DRGSS, il avait vu la Jeep de sa brigade, mais n’a pas su ce qui s’est passé après lui.
Les indices détournés
La déposition la plus intéressante semble être celle du lieutenant François Mpuna de la police scientifique. Il a commencé par expliquer que le 2 juin 2010, il a été chargé par son chef direct d’aller enquêter sur le cadavre de Floribert Chebeya trouvé à Mitendi. Arrivé sur place, il a constaté que l’endroit était déjà pollué par les policiers du sous-commissariat de police et la population. Il a remarqué un corps sans vie sur le siège arrière d’une voiture. Les indices étaient éparpillés un peu partout, c’est-à-dire des faux ongles, des mèches sur le siège de devant, un préservatif manipulé mais non utilisé, ainsi que trois autres préservatifs non utilisés, sans oublier les cartes de visite de Chebeya, celles des agents de la MONUSCO, y compris un journal.
Après avoir examiné le corps, il a trouvé des lésions sur les deux avant-bras, et le sang coulait par la bouche. Le corps était déjà rigide. Il en a donc conclu que l’homme a été ligoté et son corps a été tordu.
Ce spécialiste de la police scientifique a pris des photos et mis ces indices dans un scellé pour l’examen de laboratoire. Et cela pour faire le rapport destiné au procureur de la République, à l’inspecteur général de la police, et un exemplaire qui devait être gardé par la police scientifique. Malheureusement, s’est indigné le renseignant, on n’a pas procédé aux examens. Car le scellé nous a été arraché par le colonel Daniel Mukalay à 22h00’’. Le lieutenant Mpuna a aussi dit que toujours sur ordre du colonel Daniel Mukalay, il avait dû déposer, vers 18h00’’, les photos chez un certain papa Mukalay chargé de la presse de la police. Le renseignant a aussi ajouté que lorsque le colonel Mukalay lui a enjoint de lui remettre le scellé des indices, il lui a fait des reproches sur ce qu’il a raconté au camp Lufungula sur la découverte du corps. Aussi, il lui a dit les copies des photos et des indices ne doivent pas être mises en circulation, et il lui a interdit de faire le rapport à son chef.
Appelé à réagir, le colonel Daniel Mukalay a déclaré : « Je ne lui ai jamais interdit de faire le rapport à son chef hiérarchique ». A propos du scellé des indices qu’il a gardé par devers lui, le colonel Mukalay a justifié son geste par le fait que le lieutenant François Mpuna n’est pas un officier de police judiciaire. Il a donc dit : « J’ai estimé que c’est un OPJ qui devait le garder, en l’occurrence le colonel Georges Kitungwa ». Raison avancé par le colonel Daniel Mukalay : parce que le lieutenant Mpuna risquait de remettre cela à la presse, du moment que l’enquête était encore secrète. Le renseignant a rétorqué que pour la police scientifique, les scellés constituent des indices matériels. Il a aussi révélé que quand il se trouvait à l’Inspection générale, le colonel Mukalay lui a lancé : « Nous policiers sommes du côté du pouvoir, il ne faut pas divulguer cela ».


Le Potentiel

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