
Les protagonistes de la crise ivoirienne entourés du président du Faso, M. Blaise Compaoré (Ph : DR)
(Libre Opinion) — Dans the tragedy of Coriolanus, William Shakespeare écrit ceci : “Faith, there had been many great men that have flattered the people, who ne’er loved them ; and there be many that they have loved, they know not wherefore : so that, if they love they know not why (…) or hate him manifests the true knowledge he has in their disposition (…) ; and out of his noble carelessness lets them plainly see’t. [Ma foi, il y a eu beaucoup de grands hommes qui ont flatté le peuple, sans jamais l´aimer, et il y a nombreux qu’ils ont aimé, sans savoir c’est pourquoi (…) s’ils aiment ils ne savent pas pourquoi (…)].C’est en tout cas ce qui se passe aujourd´hui en Afrique des caïmans au pouvoir.
1. Risque du recul des acquis démocratiques de 1990 suite à la dérive totalitaire ivoirienne est une réalité à ne pas perdre de vue
Alors que le tremblement de terre politique frappe de plein fouet la région du Nil en Afrique, on est en droit de se demander à quand la visitation de ce nouveau vent de libération vers les autres parties du continent ? La gronde de la rue qui a eu raison sur Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et a fini par visiter le monarque Hosni Moubarak en Égypte, ne peut manquer de nous rappeler la triste réalité politique que vit encore la Côte d’Ivoire après les élections tenues au mois de novembre dernier. À l’issue de ces joutes électorales, le pays de Didier Drogba a deux présidents de la République, l´un est aux commandes de toutes les institutions publiques, l´autre gère le pays dans une chambre d´hôtel à Abidjan. Cette situation bizarre souille terriblement l’honneur des Africains dans l’ensemble ; car au-delà des considérations des deux antagonistes au sommet de l´Etat ivoirien, il y a une évidence qu’on ne peut sacrifier l’intégrité du pays ou encore, provoquer un bain de sang pour l’orgueil, par ailleurs personnel, de demeurer au pouvoir ou d´y accéder par tous les moyens.
En effet, avec la crise ivoirienne on peut craindre de voir la répétition de l´imbroglio ivoirien dans d´autres parties du continent, avec la multitude d’élections présidentielles à venir. N’est-il pas suspect qu’aujourd’hui, le média occidental n’ait d’yeux que pour l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire et ne nous parle aucunement du dictateur Paul Biya, qui règne pourtant sans partage sur le Cameroun depuis plus de 20 ans, alors que la Constitution camerounaise n´autorise que deux mandats de cinq ans et qu’aucune guerre civile, ni aucun autre motif ne justifient le maintien au pouvoir du même homme pendant si longtemps ? Que dire de Kagamé au Rwanda ou de Joseph Kabila au Congo Kinshasa ? Les congolais doivent lécher ses fesses. En tout cas, ils ont grandement intérêt de le faire parce que la sécurité physique de ceux qui critiquent le régime du rais congolais est en danger permanent. Le militant des droits de l´homme Floribert Chebeya a été assassiné en 2010 dans les locaux de la Police « nationale » congolaise alors qu´il avait un rendez-vous « officiel » du « travail » avec le très redouté chef de la Police, le « général » John Numbi. Le belgicain Armand Tungulu, auteur de l´intifada sur le cortège kabiliste à Kinshasa, a été torturé à mort à la Gestapo de Kabila et enterré à l´insu de sa famille biologique qui réclame en vain le rapatriement de son corps en Belgique. Curieusement, aucun journaliste en Occident n´ose traiter Kabila de monarque, dictateur-assassin. Sauf le courageux François Soudan, sous le titre « Kabila : Mobutu light », publie une enquête sur les dix années du rais congolais à la tête de sa propriété privée la RD Congo. François Soudan constate, malheureusement en retard, que « Joseph Kabila règne sur un pays sinistré, gangrené par la corruption, miné par l’injustice, l’impunité et les scandales financiers. » Bras droit financier du président, Augustin Katumba Mwanke y est présenté en « Raspoutine congolais ». Loin dans son reportage il dénonce un chef d’Etat « arrogant » et « autocrate » sans oublier l’enrichissement de son entourage et de sa famille politico-biologique. Et les cinq chantiers de la kabilarerie sont peints comme « Un programme sans cohérence ». La réconciliation avec le Rwanda ! En tout cas selon François Soudan « Elle n’a pas ramené la paix au Kivu ». Qui gouverne la RD Congo ? L´auteur ne part pas par le dos de la cuillère : « La RD Congo est dirigée par un gouvernement parallèle. » (Édition numéro 2612, daté du 30 janvier au 5 février 2011).
Cette enquête a provoqué le courroux des chantres de la kabilisation en RD Congo. Tête d´affiche, le très Kabiliste Lambert Mende Omalanga, le ministre de la Communication au Congo-Kinshasa. En effet le Jeudi 3 février, Mende (cancrelat en Swahili) a animé, en son cabinet de travail, un point de presse pour « contre-attaquer » l´enquête du magazine parisien. Mende, a vu dans le papier de François Soudan « un grand complot » ourdi par des « adversaires déloyaux » à son patron de président. Des adversaires qui sont à l’origine d’une « campagne de sape d’une rare virulence ». Le but, selon lui, est de « casser Joseph Kabila qui se prépare à affronter des élections dans quelques mois ». Dans l´une de ses éditions, le quotidien kinois « Avenir », proche du régime de Kinshasa a présenté, quant à lui, le Magazine parisien (Jeune Afrique) comme « un magazine en perte de vitesse » et qui « tente de démontrer sans y parvenir qu’il y aurait une dictature en RDC incarnée par Joseph Kabila ». Ce pamphlet d´aventuriers crie son indignation en qualifiant les articles contenus dans ce dossier « d’élucubrations ». Autrement dit, « Une suite indigeste de confusion et de déclarations politiques basées sur aucun fait ». Donc, selon le quotidien « Avenir », l’article « Kabila : Mobutu light » a été rédigé par le journaliste François Soudan « sous la dictée » du déchu président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe. « Le papier de François Soudan est un plaidoyer tardif en faveur de Vital Kamerhe, mieux une propagande insipide et précoce : « on a en face des journalistes qui règlent des comptes à un pays, à un chef de l’Etat, pour des raisons que nous dénoncerons prochainement », conclut-il !
La Prospérité, un autre journal pro-kabila paraissant à Kinshasa, a qualifié l´enquête de François Soudan « d’intoxication ». Selon elle, c’est une attaque menée par d’« impénitents adversaires » contre les « succès engrangés par le chef de l’État congolais » en « utilisant l’arme des faibles, celle de la délation. » Le journal d’énumérer les « réalisations » du président sortant au niveau des infrastructures. Sans oublier le « rôle joué » par ce dernier durant la transition. « Là-dessus, personne au pays, tout comme à l’étranger, écrit-il, ne peut contester la plus grande avancée démocratique en Afrique. Alliant l’acte à la parole, Joseph Kabila a ouvert l’espace politique où se meuvent plus de centaines des partis politiques, des associations de tout genre ainsi que des médias. Contrairement à certaines allégations qui fusent de partout, la liberté d’expression a droit de cité en RD Congo ». Et pourtant, tout observateur sérieux du zoo politique congolais constatera avec amertume que depuis plus de quatre ans, le gouvernement congolais ressemble à une assemblée de fantômes : comme sous Mobutu ou sous Laurent Désiré Kabila, les affaires de l´État et les gros dossiers de la République se traitent dans le cabinet noir (gouvernement parallèle). Kabila est devenu plus autocrate et plus arrogant que Mobutu lui-même. A titre de mauvais souvenir : le massacre des adeptes de Bundu dia Kongo dans la province de Bas-Congo en RD Congo ; l’assassinat du défenseur des droits de l´homme Floribert Chebeya et la disparition forcée de son chauffeur Fidèle Bazana ; la mort d’Armand Tungulu Mudiandambu dans un cachot de la garde républicaine à Kinshasa et le refus du régime kabila de restituer son corps à sa famille biologique.
2. Quand l´État est pris en Otage par les kleptocrates
En revenant sur la situation actuelle en Côte d´Ivoire, on constate que la guerre est toujours légitime si elle est déclenchée par un Kapita au service des intérêts occidentaux. Peu importe la situation catastrophique qu´endure la population civile : les agresseurs sont dépeints comme d’intrépides rebelles et l’État agressé, comme un tas de vilains. Pourtant, le recours injustifié aux armes, qui cause inévitablement la mort et de grandes souffrances parmi la population civile, ne devrait-il pas être immédiatement sanctionné par la communauté « internationale » ? Pourquoi s’interposer et feindre de voir des coupables dans les deux camps, quand l’un d’eux a commencé la guerre sans motif légitime ? Pourquoi reprocher à l’État attaqué d’augmenter ses dépenses militaires ? Quel État ne le ferait pas dans un tel cas ? Pourquoi ne pas tout simplement aider l’État agressé à rétablir l’ordre contre les fanatiques qui, au lieu d’attendre la prochaine élection, décident de prendre les armes alors que le gouvernement du pays n’est coupable d’aucune violation grave des droits de la personne ? Tel était le cas du Zaïre de Mobutu Congo, qui certes n´était pas une grande puissance, néanmoins il avait une armée à laquelle on ne pouvait résister avec des moyens de fortune. Se constituer une force militaire capable d’occuper une grande partie du territoire national zaïrois de l´époque, sans un soutien massif de la population, nécessite des sommes énormes. Il faut non seulement équiper les soldats, mais aussi les payer et les nourrir. En pareil cas, il y a deux moyens de financement : le crime organisé et les alliés étrangers. Les chefs de guerre de l´Alliance des forces pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), dont est issue le rais congolais Joseph Kabila, se sont appuyés sur les deux. Ils ont pratiqué et pratiquent encore l´exploitation illégale et la contrebande sur les ressources naturelles de la RD Congo. De plus, ils ont bénéficié et continuent de bénéficier du concours du Rwanda, qui leur sert de base arrière, ainsi que de certains gouvernements occidentaux.
3. Manipulation Malhonnête
En Côte d´Ivoire, le camp Gbagbo et celui de son rival Alassane Dramane Ouattara se livrent en ce moment à une partie déguisée d’échec politique ivoirien. Ouattara a le soutien d’une large majorité de la « communauté internationale » et Gbagbo, lui, bénéficie du soutien voilé de quelques États clés des grandes puissances du monde. Un rapport de force qui a étalé sur la place publique les graves contradictions entre les pays dits de grandes puissances lors du vote de la résolution au Conseil de sécurité de l’Onu reconnaissant « les résultats certifiés » par l’équipe de M. Choi (haut représentant des Nations Unies en Côte d´Ivoire). La même donne retarde le recours à une résolution préconisant l’usage de la force « pour déloger de « force » Gbagbo du pouvoir à Abidjan. Bien sûr, certains objecteront qu’il n’y a pas péril en la demeure pour tabler sur le choix de cette arme de dernier recours. Officiellement et diplomatiquement, oui ; mais matériellement, ce n’est pas ce que donnent à voir les puissances occidentales dont d’énormes intérêts sont en jeu en Côte d´Ivoire.
La crise ivoirienne est en train de mettre en lumière de façon flagrante, un certain nombre de paradoxes au sein de la communauté internationale. Et ces contradictions auront sans nul doute des conséquences durables dans l’histoire du peuple ivoirien et dans celui des pays de la région. Que Laurent Gbagbo quitte le pouvoir ou pas, les acteurs principaux de cette crise, protagonistes, marionnettes visibles ou tireurs de ficelles invisibles ne manqueront pas de subir les conséquences de ce que l’opinion nationale et particulièrement l’opinion africaine (gronde de la rue) aura perçu ou compris de cette crise aujourd’hui et du rôle qu’aura joué chacun d’eux. Ainsi, en cas d’embrasement général en Côte d´Ivoire, rien ne saurait justifier que, dans cette partie de l’Afrique où l’on commence pourtant à s’inquiéter de la montée de l’intégrisme, des responsables politiques, fussent-ils à la tête des grandes puissances ou des organismes internationaux, aient pu volontairement créé un nouveau foyer de conflit qui n’aura fait que contribuer à rendre la région plus instable sinon ingérable. Les cas de la Somalie ou de la République démocratique du Congo devraient pousser chacun des acteurs visibles ou invisibles à une réflexion profonde.
Le comble de la bêtise est atteint lorsque le droit à l’autodétermination d’un peuple décolonisé qui correspond ainsi au droit à la démocratie ; car il est dit à l’article 20 de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples que : « All peoples shall have the right to existence. They shall have the unquestionable and inalienable right to self determination. They shall freely determine their political status and shall pursue their economic and social development according to the policy they have freely chosen” (Comments from Rosalyn Higgins:117). C´est notamment à travers des élections libres, transparentes, régulières, sincères et honnêtes que ce droit à l´autodétermination doit s´exprimer. Tel est le cas du peuple ivoirien. La Cour internationale de Justice le réaffirme d´ailleurs sans aucune équivoque : « Chaque État possède le droit fondamental de choisir et de mettre en œuvre comme il entend son système politique, économique et social » (Affaire des activités militaires et paramilitaires au Nicaragua et contre celui-ci (fond), arrêt du 27 juin 1986, CIJ, Rec., 1986, p. 131). Donc, il y a lieu d´affirmer que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes appartient à une légalité supérieure, c´est-à-dire la norme impérative en droit de gens (Henkin,L.,Crawford Pugh,R.,Schachter,O ;Smit,H.,International:Law Cases).
Bref, il n’autorise aucune dérogation. La question qui se pose par rapport aux conflits ivoiriens est de savoir s´il y a-t-il une valeur plus supérieure à celle qu’incarne ce droit qu’a donné naissance à un « très grand nombre de nouveaux Etats » (Avis consultatif du 22 juillet 2010 en l’affaire du Kosovo : 22. Sachant que « the practice of the vast majority of States (…) is critical, both in the formation of new norm (…) their development and change and possible death” (Higgins,R.,Problems and Process : 22). Il en est ainsi de l’adoption continue des régimes politiques, économiques, sociaux et culturels à travers le monde. En conséquence « [e]st nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit avec une norme impérative du droit international général (…) acceptée et reconnue par la communauté internationale des Etats dans son ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle norme du droit international général ayant le même caractère » dit l´article 53 de la convention de Vienne du 23 mai 1969 sur le droit des traités en vigueur depuis le 27 janvier 1980 . Donc en droit international si jamais il y avait une disposition de l’accord d’Ouagadougou du 4 mars 2007 qui érigerait l’ONU en Conseil constitutionnel supra-rnational en Côte d´Ivoire, cette clause est nulle et contraire à la pratique du droit international. Si l’on en croit à l’opinion doctrinale relative à la « divisibilité » d’un accord contraire au jus cogens ou norme impérative, seule cette disposition insolite doit être tenue pour nulle (Nguyen Quoc Dinh,Patrick Daillier et Alain Pellet : Droit international public,Paris,LGDJ,1992). Cette clause hautement illicite pourrait, si elle existe, « serve as guide » dit Abdul G. Koroma (dissident.opinion, Kosovo advisory opinion : July 22,2010). A supposer que la Côte d´Ivoire ait connu une véritable guerre civile, à ne pas confondre avec une guerre civile téléguidée à partir de l´étranger, dans ce cas, le règlement du conflit ivoirien relève essentiellement de la compétence des ivoiriens (Charles De Visscher : Théories et réalités en droit international public, 1960). C´est ce qui se passe depuis 1969 en Irlande du Nord. En conséquence, l´Organisation des Nations Unies ne saurait être impliquée dans cette hypothèse que lorsqu’il y a menace à la paix et à la sécurité internationales ; car en vertu du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, « tous les peuples ont le droit de déterminer leur statut politique, en toute liberté et sans ingérence extérieure, et de poursuivre leur développement économique, social et culturel, et tout Etat a le devoir de respecter ce droit conformément aux dispositions de la charte » (Résolution 2625 (XXV) du 24 octobre 1970 portant déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre Etats, conformément à la charte des Nations Unies, in Stern, B, Un nouvel ordre économique international ? : 1983). Nonobstant cette norme impérative, les parties en conflit en Côte d´Ivoire furent amenées à conclure, d’abord à Marcoussis (France), ensuite à Ouagadougou (Burkina Faso) un accord politique (Accord d’Ouagadougou du 4 mars 2007) qui a conduit à l’organisation effective de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010.
4. Quand le « nationaliste » Gbagbo trahit !
Si les membres de la Commission électorale en Côte d´Ivoire ont donné l’air de s’être acquittée de leur mission au premier tour du scrutin ; au second et dernier tour, les violons ne se sont plus accordés. Des agents électoraux ivoiriens reprochaient aux agents de l’ONUCI et autres observateurs d’avoir brillé par leur absence là où des urnes furent cassées, des bulletins des candidats de la « majorité » présidentielle détruits (…). Il semble qu´aucun observateur étranger ou international n´a prêté oreille à ces allégations. D’autre part, les membres de la Commission électorale ne sont pas parvenus à s’accorder dans le délai imparti à l’institution. Sion, elle aurait pu décider, par exemple, de l’annulation du scrutin dans certaines circonscriptions ou la réorganisation des élections dans celles-ci. Soumise à des influences des organisations politiques, des puissances étrangères, africaines et non africaines, la Commission électorale ivoirienne fut littéralement amnésiée. Elle devra tôt ou tard engager sa responsabilité devant le jugement de l´histoire. Quelques heures après l’expiration du délai lui imparti, son président annonce, à l’hôtel où siège l’état-major du candidat Alassane Ouattara, la victoire de ce dernier. « Malheureusement » pour Ouattara et « heureusement » pour Gbagbo, il ne s’agit que des résultats provisoires, déjà contestés avant leur publication, par le camp du sortant Laurent Gbagbo. C’est alors que se prononce le Conseil constitutionnel. Sans lâcheté aucune, l’organe judicaire ou quasi-judiciaire évoque le contentieux électoral. Il fait valoir que le délai imparti à la Commission électorale en Côte d´Ivoire afin de remplir sa mission a expiré. Le Conseil constitutionnel ivoirien annule les résultats du scrutin dans sept circonscriptions électorales. Il proclame le candidat Laurent Gbagbo élu.
Le lendemain, ce dernier prête serment devant le Conseil constitution ivoirien. A la différence de la Commission électorale, le Conseil constitutionnel a le pouvoir juridique de dire les résultats définitifs. Comme dans une course-poursuite, le candidat Alassane Dramane Ouattara, dont l’élection n’est pas validée par l’unique organe constitutionnel compétent (conseil constitutionnel ivoirien), adresse une « note » de prestation de serment au Conseil constitutionnel. S’agissant d’un ancien premier ministre aspirant à la magistrature suprême, pareil comportement est indécent. Aucun des États coalisés qui le soutient ne procèdent de la sorte. Alassane Dramane Ouattara fonde son initiative sur les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale, organe politique. Quoique n’ayant été ni proclamé élu par le Conseil constitutionnel, ni n’ayant prêté serment devant ce dernier, Ado nomme aussi un « gouvernement » de l´hôtel du golfe d´Abidjan. Mais la prise de fonctions à la suite des remises et reprises dans les ministères, le fonctionnement des services publics, dont la défense, la sécurité, le maintien de l’ordre, les relations diplomatiques, y compris l’envoi de missions à l’étranger notamment, au Bénin, au Ghana, au Togo ; la fermeture et la réouverture des frontières, sous l’autorité du président Laurent Gbagbo, montrent que son équipe a l’effectivité de l’autorité de l’Etat. L’existence et le fonctionnement effectif d’une armée régulière au service de la souveraineté et de l’indépendance nationale ivoirienne, malgré la présence de plus 10.000 hommes des troupes étrangères entourant le président de l´hôtel du Golf à Abidjan.
C´est alors que le torrent des ingérences étrangères s´abat sur « l´autoproclamé » Gabgbo : la CEDEAO, l’UA, l’ONU, la France, les Etats-Unis d’Amérique, entre autres, exercent des pressions publiques, politiques, diplomatiques, économiques, psychologique afin que Gbagbo quitte le pouvoir. Apparemment, le président Alassane Dramane Ouattara, lui, a été choisi par avance.par la communauté « internationale » ; car, en tout cas, c´est la première fois que des plus hauts dirigeants occidentaux s’empressent de saluer nommément le « vainqueur » désigné par eux d’une élection présidentielle en Afrique, à l’issue de l’annonce des résultats provisoires du second tour du scrutin, pourtant rejetés par le Conseil constitutionnel ivoirien proclamant les résultats définitifs. C´est aussi la première fois qu’une organisation subrégionale, la CEDEAO s’estime suffisamment informée pour décider, séance tenante, de la suspension d’un État membre et exige le départ du pouvoir suprême d’un chef d’Etat en poste qui aurait perdu, sans preuve incontestable l´élection présidentielle. C´est encore la première dans l´histoire du Conseil de Sécurité de l’ONU que cet organe, pourtant censé être neutre, foule aux pieds l’article 2 paragraphe 7 de la charte de cette organisation et la constitution d’un Etat souverain, pour annoncer nommément le vainqueur de l´élection présidentielle. C´est toute la première fois qu’un représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, dans un pays en crise, se substitue en « Conseil constitutionnel international » afin de « valider » les résultats d’une élection d’un chef d’un Etat indépendant et souverain, de surcroît membre de l´ONU. C´est enfin insolite que le président en exercice de l’Union Africaine, dépourvu de tout pouvoir en la matière, en dehors de la Conférence, suivi par un organe de l’UA, décident de la suspension d’un Etat membre jusqu’à ce que l’élu supposé par eux exercent effectivement les fonctions de chef de l´État. En tout cas, nulle part, la charte de l’ONU ou celle de l´Union Africaine ne confère à l’un ou l’autre de ses organes pareil pouvoir. On l´ a souligné plus haut dans la teneur de l’article 2, paragraphe 7, de ladite Charte. D´ailleurs, à la lecture attentive de l’accord politique de « Ouagadougou » ; rien ne montre que le chef de l’organisme subsidiaire de l’ONU ait été investi de la qualité de « notaire international » aux fins de certifier la validité du scrutin en Côte d´Ivoire. S’il existe un texte dans ce sens, il violerait certainement le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Or, ce dernier appartient sans discussion à la catégorie des normes impératives.
Mais là où le « nationaliste » du FPI, Laurent Gbabgo a trahi son peuple, c´est lorsqu´on apprend par la voix de médias internationaux interposés que les biens (villas et avions) et les avoirs financiers du « nationaliste » ivoirien Gbagbo et ceux de ses proches sont bloqués à l´étranger alors qu´un vrai nationaliste ne saurait déposer ses avoirs financiers dans des comptes privées à l´étranger et laissant ainsi son peuple mourir dans une misère sans nom. En Côte d´Ivoire : il y a quelque chose du pourri !
5. 2011 : année de tous les dangers en Afrique !
De plus en plus de pays dans le monde organisent des élections au suffrage universel pour élire leur président. Mais derrière ce signe encourageant pour l´implémentation de la démocratie en Afrique se cachent des élections qui n’ont de démocratiques que de nom (Prosper Nobirabo : Afrique de démocratie sans démocrates). Intimidation des opposants, médias contrôlés par le pouvoir, électeurs menacés, votes truqués, candidat unique : les régimes autoritaires rivalisent d’inventivité pour s’assurer des résultats électoraux qui asseyent leur légitimité. Dès le mois de janvier 2011, le bal a déjà commencé en Centrafrique, le sortant François Bozizé est réélu président dès le premier tour du scrutin. Les tensions déjà existant au sein du pays a vite fait éclater de violences. Le mois de janvier verra également les élections présidentielles au Niger, un an après le coup d’Etat de février 2010 contre Mamadou Tandja. Son parti, leader sur la scène politique, participera mais on ne connaît pas encore le nom du candidat. Au Tchad, trois élections sont prévues : présidentielles, législatives et locales. Ce sera l’occasion de tester l’« Accord politique en vue du renforcement du processus démocratique au Tchad », signé en 2007 entre pouvoir et opposition. Idriss Déby Etno, en place depuis 1990 pourrait subir son premier véritable baptême de feu. Avril le « grand » Nigéria va rentrer dans la danse électorale : donc, à peine deux semaines, trois élections auront lieu : législative (2 avril), présidentielle (9 avril) et élections des gouverneurs (16 avril). Le président en place Goodluck Jonathan se représente, tandis que les deux candidats d’opposition pourraient s’allier contre lui. Il est critiqué pour son bilan économique et sa gestion des violences qui ensanglantent régulièrement le sud de son pays.
Autre bal de chauve : le présidentiel malgache, attendu depuis la prise de pouvoir du DJ Andry Rajoelina en mars 2009. Très critiqué par la communauté internationale, son éventuelle élection pourrait ne pas être reconnue et va déclencher une vague de protestation de la part de l’opposition. En Egypte, la rue n´a pas voulu patienter jusqu´au mois de septembre, elle a montré avant les échéances électorales la porte de sortie au vieux Hosni Moubarak. L’indétrônable Robert Mugabe, à la tête du Zimbabwe depuis plusieurs décennies, exige désormais lui aussi une élection présidentielle en 2011 pour mettre fin au gouvernement d’union nationale qu’il a été obligé de former en 2008 avec son adversaire Morgan Tsvangirai. A 86 ans, le dictateur Mugabe ne semble pas prêt à partager le pouvoir. Enfin, la très République « Démocratique » du Congo, mon pays, doit également élire son nouveau chef de l’Etat. Joseph Kabila est très critiqué pour son bilan, tant économique que sécuritaire. Les tensions lors de ces élections pourraient générer des manifestations de la rue susceptibles de demander le départ de la « haute hiérarchie » à la congolaise.
6. Et la rue n´a pas encore dit son dernier mot
Pour rassurer ceux qui croient que la contestation de la rue n’a pas sa place dans un contexte politique où l’on doit parler plutôt des actions et des programmes menés par les hommes politiques, nous voulons affirmer ici que le fondement de la politique est basé sur la confiance mutuelle entre les gouvernés et les gouvernants. Dès lors qu’il y a rupture ou absence de confiance avec une grande partie de « son peuple » et que l’on continue par entêtement ou par défi – à la manière de Mobutu jadis et plus récemment de Moubarak en Égypte ou de Joseph Kabila à Kinshasa – à vouloir diriger le pays contre la volonté populaire, nous n’y voyons rien de moins que le renforcement de la dictature. Ce qui met réellement en péril l’avenir des enjeux électoraux à venir. Il va sans dire que le moment venu, la colère du peuple trouvera un exutoire pour se libérer, pour s’exprimer avec virulence s’il le faut. Il vaut mieux donc, par ce temps qui coure, que les autres dictateurs africains et surtout la communauté internationale, sachent que le feu qui couve sous les cendres est un signal alarmant à ne point minimiser. Que l’on n’évoque pas à tort la fausse idée de la xénophobie et de manque de tolérance politique, accusation qui fut dirigée à l’endroit du peuple congolais lors des élections passées pour le museler facilement. Plusieurs faits et non des simples théorèmes plaident en faveur d’une investigation sur le fondement de la controverse dans l’intérêt suprême de la nation et dans l’intérêt de sauvegarder l’honneur de celui qui risque de passer à l’histoire de l´humanité comme étant le grand imposteur parachuté à la tête de la RD Congo. Ne vaut-il pas mieux savoir s’y prendre à temps en cherchant une voie de sortie honorable qu’attendre que les choses se précipitent sous l’effet des événements incontrôlables ? Car, au plus fort de son paroxysme, la colère du peuple résonne comme un ouragan et personne ne peut l´arrêter. La Tunisie et l´Égypte ont déjà donné le ton.
7. On a échoué !
L’expérience congolaise confirme que les régimes politiques africains sont tributaires des conditions de leur avènement et qu’ils les reflètent. En RDC, par exemple, le passage d’un régime à l’autre s’effectue presque systématiquement par une rupture plus ou moins brutale. « Le mode de transition politique influe sur la manière dont le processus démocratique évolue par la suite », estime David Beetham (Beetham, D., : conditions for democratic consolidation). « Les acteurs apprennent des processus politiques et tendent ultérieurement à dupliquer les expériences ainsi apprises », analysent James G. March et Johan P. Olsen. Avant d’ajouter : « Les institutions et les pratiques ont une existence autonome et tendent à œuvrer à leur propre reproduction » (James G. March et Johan P. Olsen : The new institutionalism). Ainsi, la conférence nationale souveraine au Congo Kinshasa par exemple a été suivie de trois changements par rupture autoritaire ou violente : le limogeage du premier ministre élu en août 1992, la guérilla de 1997 soutenue par l’intervention militaire des puissances étrangères, et la captation personnelle du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila. L’attitude de la classe politique congolaise est révélatrice. Pour elle, l’élection n’est qu’une des modalités de règlement des conflits. Elle admet a posteriori avoir sa part de responsabilité dans la rupture du processus démocratique. Elle reconnaît également son erreur : celle de ne pas avoir présent à l’esprit que la « révolution » ne saurait être une méthode normale de résolution des crises politiques. Mais, en pratique, les mêmes comportements se retrouvent dans plusieurs pays africains.
Par Dr. & Habil., Prosper Nobirabo Musafiri
Lecturer and senior researcher at University
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