jeudi 17 février 2011

Et maintenant la Libye ?


Toute la presse nord-africaine et même au-delà retient son souffle : le pouvoir du colonel Kadhafi serait-il en train de vaciller ? Et bien pour El Watan, en Algérie, la réponse est oui… « Kadhafi ébranlé », s’exclame le journal. « Des affrontements entre manifestants et agents des forces de l’ordre ont fait 38 blessés à Benghazi dans la nuit de mardi à mercredi. De jeunes Libyens ont scandé des slogans hostiles au régime. Appel à une +journée de la colère+ aujourd’hui. (…) C’est une première dans un pays aussi givré que la Corée du Nord, relève El Watan. (…) Mouammar El Kadhafi, qui règne sur la Libye depuis 42 ans, craint que les révolutions tunisienne et égyptienne ne contaminent son +royaume+. Après avoir perdu deux frères de combat — contre la démocratie —, Moubarak et Ben Ali, le Guide se retrouve seul dans une région en plein lifting démocratique. » 
Pour Le Temps, en Tunisie, « Kadhafi a peur ». Depuis 1969, poursuit-il, « la Tunisie a vécu au jour le jour avec ce voisin, dont le régime prétendument populaire n’avait rien à +envier+ à la dictature qui régnait chez nous… »

Inéluctable ?

« Désormais, dans ce monde arabe, on aura désormais l’ère d’avant l’autodafé de Mohammed Bouazizi et celle d’après, relève pour sa part L’Observateur au Burkina. Et de toute évidence, même la Libye de Son Altesse Kadhafi n’en sera pas épargnée. Preuve que même la profusion de dinars n’arrive pas à réprimer le désir profond des peuples de respirer à pleins poumons l’air de la liberté. »

Pour le quotidien burkinabé, « l’issue de cette marche vers une nouvelle souveraineté peut se révéler plus longue, plus ardue que dans ces autres pays qui se seront débarrassés de leurs dictateurs en seulement quelques semaines, mais elle s’annonce inéluctable. Car, le plus important est déjà fait : à la faveur des évènements survenus à leurs frontières, les Libyens ont compris que même les dictatures les plus indécrottables arrivent un jour à leur triste fin. Et c’est déjà cela de gagné. Pour le reste, ils sauront sans doute compter avec le temps. »

Le Républicain au Mali s’interroge sur les causes de printemps arabe : « quel est donc le fil rouge de la bourrasque sous laquelle courbent même les palais arabes que l’on croyait invulnérables ? La distribution des ressources est un facteur important, répond le quotidien malien, surtout là où la jeunesse vit dans la précarité et le manque, le chômage et les paradis artificiels. En un mot, la +hogra+ comme on le dit dans les médinas, ce sentiment d’humiliation et de rage devant l’arrogance des nouveaux riches. Il y a ensuite, poursuit Le Républicain, le ras-le bol contre l’autocratie, le manque d’alternance, la silhouette imposée par l’épée de dirigeants prédateurs. Et le corollaire de toutes ces tares : l’absence de libertés dans un monde qui, paradoxalement, est en train de faire tomber ses murs les uns après les autres et enfin la masse critique de désarroi au sein d’une population majoritairement jeune mais sans grandes perspectives. »

Le moteur : la jeunesse… 

« Aujourd’hui, les Libyens semblent regarder ailleurs », renchérit Le Pays au Burkina. « Il ne sert à rien de nier, encore moins d’ignorer les aspirations des jeunes à davantage de liberté et surtout à la démocratie vraie. Ils vont continuellement s’inspirer des exemples d’ailleurs, tunisien et égyptien, entre autres. (…) En Libye comme dans de nombreux pays africains,relève le quotidien burkinabé, les mêmes hommes depuis trop longtemps, distillent les mêmes discours, face aux mêmes problèmes pour lesquels ils n’ont guère plus de solutions. »

Et Le Pays de lancer cet avertissement : « tôt ou tard, les mêmes secousses telluriques emporteront tous ceux qui voudront tenir tête à la furie des jeunes excédés devant des injustices trop flagrantes. Et si la tempête de sable fait vaciller Kadhafi, la preuve sera encore donnée que plus rien ne résistera à la bourrasque du changement sur ce continent. Les temps seront alors difficiles pour tous les dictateurs. »
 
Et l’Algérie ?

Et on revient enfin en Algérie, avec beaucoup de questions sur la suite des événements dans le pays, après l’appel à une nouvelle marche samedi prochain à Alger, après la grogne des étudiants, après la colère des chômeurs. « Longtemps enfouie sous des tonnes de promesses aussi populistes que farfelues, gronde Libertéla revendication des millions de chômeurs pourrait prendre des modes d’expression des plus extrémistes, comme l’immolation, avertit le quotidien algérien. Les plus téméraires, ceux qui espèrent toujours, essayent, à chaque fois, de manifester pacifiquement, mais ils sont systématiquement empêchés, alors l’émeute devient le recours inévitable. »

Pour l’instant, relève El Watan, on en est pas là. « Le pouvoir semble gérer avec un certain sang-froid la contestation dans sa formulation politique (…). Le pouvoir n’a pas encore éprouvé le besoin de s’engager dans la bataille décisive de la rue. (…) Mais, prévient El Watan, si le mouvement de contestation monte en cadence dans les prochains jours, il n’est pas exclu de voir des manifestations de soutien à Bouteflika. » Et là, avertit encore le journal : « jouer la carte de la confrontation des Algériens contre d’autres Algériens serait un exercice dangereux, surtout dans un pays où la violence tient lieu de culture politique. »

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