Par Freddy Monsa Iyaka Duku
L’effet domino de la « Révolution tunisienne » ne cesse de faire des émules. La Libye est à feu et à sang. Le colonel Mouammar Kadhafi vend cher sa tête. Silence radio en Afrique noire où deux Ivoiriens, Gbagbo et Ouattara, ont décidé du suicide collectif du peuple ivoirien. L’Afrique attend. Sans broncher. Toujours muette.
Jusqu’où iront les révolutions ou les révoltes, c’est selon, arabes ? Quoique l’on dise, il est un fait indéniable que l’effet domino de la «Révolution tunisienne » est en train de faire des émules, balayant toutes les côtes arabes avant de s’enfoncer dans les tréfonds du désert. L’onde de choc touchera tous les pays arabes et que les principes directeurs de la démocratie universelle s’opposeront à toutes les nations arabes.
Certes, la culture arabe a des racines profondes, tentaculaires et la religion musulmane est le creuset de certaines valeurs incontestables. Mais le vent du changement politique est irréversible tant que l’homme n’aura pas été au centre de toutes les politiques de développement..
Qui pouvait un jour s’imaginer qu’un descendant du «pharaon» devrait être désacralisé et dénudé en plein exercice de son règne ? Qui s’attendait à voir le colonel Kadhafi, défié par son peuple alors qu’il prétendait avoir remis le « pouvoir au peuple » ?
Ces deux cas de la révolution ou de la révolte égyptienne ou libyenne interpellent tout le monde. Particulièrement les Africains. En effet, nonobstant leur culture arabe, géographiquement, ces deux pays sont africains. Bien plus, amis des « occidentaux ». Mais ils ont été lâchés, sans état d’âme.
LA GRANDE MUETTE
Ce qui parait surprenant, c’est ce silence, cette attitude attentiste comme si l’on faisait des appels du pied aux «autres» à trouver des solutions à cette situation. Pour stopper l’effet contagion.
Et pourtant, l’Afrique devrait se souvenir de la perestroïka et de la glasnost. Lorsque le vent de l’Ouest a soufflé à l’Est, il a également balayé les côtes africaines jusqu’ en profondeur. Les ^présidents à vie, les dictateurs, les maréchaux, les fous du roi… sont tous tombés. Incrédules, ils avaient refusé de lire les signes des temps.
Au plan économique, lors du choc pétrolier de 1972, l’Afrique, réserve des matières premières, a été surprise. Déboussolée, elle a vu les autres fixer les prix de ses matières sur les cours mondiaux avant de lui imposer un endettement extérieur asphyxiant jusqu’ à ce jour.
Tout récemment, toujours sur le plan économique avec cette crise financière internationale, l’Afrique est malmenée, ne sachant où donner de la tête, nonobstant toutes ses richesses. Entre-temps, les mêmes partenaires lui imposent des «guerres économiques », visant sa balkanisation, qu’elle entretient cyniquement à travers une classe politique cupide, inconsciente et malléable à souhait. La «guerre des minerais» a pris la place des « guerres idéologiques» et suscitent des convoitises pour conquérir des espaces économiques, surtout en Afrique. Après le contrôle de la «route de soie, du diamant, de l’or, du cuivre », c’est maintenant celle du «pétrole ». Allusion faite au Canal du Suez et au Détroit d’Osmuz.
Aujourd’hui, le monde arabe est en ébullition. Jusqu’où ira cette révolution ou cette révolte ? L’Afrique observe. L’Union africaine n’a nullement convoqué une réunion extraordinaire, à l’ instar de l’Union européenne, de l’OTAN avec les Etats-Unis, pour échanger avec les chefs d’Etat africains. Mais lesquels qui ont ce courage politique d’émettre un point de vue qui serait pris en considération sur le plan international ?
Prenons le cas de Kadhafi. Qui a apprécié ou condamné son attitude en ces instants précis ? Aucun. Mais il suffit qu’il s’auto-proclame le «Roi des rois » pour voir les «chefs coutumiers africains» prendre le chemin de Tripoli ou de Syrte. Où sont-ils tous ces chefs coutumiers qui ont mobilisé les médias pendant un certain temps ? Où sont partis ceux qui soutiennent Kadhafi dans sa proposition des « Etats-Unis d’Afrique » ?
L’EXEMPLE DE LA RDC
Cette attitude passive ne surprendrait pas les Congolais de la RDC. Plusieurs fois agressé, même par les voisins les plus immédiats, le Congo en sait quelque chose de cette Afrique, toujours la grande muette.
Sans courage politique, dirigée par des personnalités qui ont une autre vision du pouvoir après avoir accédé au trône à l’aide des béquilles étrangères ou des armes, l’Afrique a du mal à retrouver le chemin de la dignité, les réflexes d’un interlocuteur incontournable. Depuis 1980, avec l’effondrement de l’Empire soviétique jusqu’à ces révoltions ou ces révoltes arabes, en passant par la crise financière internationale, les guerres économiques, le monde est à la recherche d’un «Nouvel ordre mondial».Mais avec quelle Afrique sans âme, tel que le dirait notre compatriote Agamaka Mata Baza. Et nous de le paraphraser : « L’ Africain a tout intérêt à comprendre que son salut viendra de sa détermination à développer autour de lui le sens de la défense de ses propres intérêts ».
Hosni Moubarak et Mouammar Kadhafi étaient des amis des occidentaux. Ils n’ont pas hésité un seul instant de les lâcher pour protéger leurs intérêts. Comme pour dire que la révolution ou la révolte arabe ouvre une nouvelle page de l’histoire moderne. L’Afrique risque encore d’être surprise si elle continue à demeurer la grande muette.
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