dimanche 6 mars 2011

Libye: embuscade à Ben Jawad, les rebelles battent en retraite

Heure par heure

Bombardements et recul de l'opposition dans l'est, manifestation de «victoire» orchestrée par les pro-Kadhafi à Tripoli: le régime tente de reprendre la main au 20e jour d'insurrection et dit avoir repris plusieurs villes.
Par LIBÉRATION.FR
Des insurgés libyens près de Ben Jawad, dimanche.
Des insurgés libyens près de Ben Jawad, dimanche. (Goran Tomasevic / Reuters)
L’essentiel: Au 20e jour d'insurrection, le régime libyen tente de reprendre la main, imposant à coups de bombardements, un reflux de l’opposition dans l’est et orchestrant des manifestations de «victoire» à Tripoli. La révolte prend désormais des allures de guerre civile et la télévision d'Etat annonce que des forces fidèles au dictateur sont en route vers Benghazi. Dans le même temps, Kadhafi se dit favorable à l'envoi d'une commission d'enquête «des Nations unies ou de l'Union africaine» pour évaluer la situation et brandit la menace d’une immigration massive en Europe et du terrorisme islamiste. Plus de 191.000 personnes ont fui les violences et 10.000 déplacés se dirigent vers la frontière égyptienne, selon l'ONU.
18h20. Le commissaire européen maltais, John Dalli, exprime ses «regrets» après des déclarations favorables à Mouammar Kadhafi alors que la Commission européenne, et nombre de dirigeants européens, ont réclamé son départ. «Je regrette si l'une des remarques que j'ai faites a pu donner la fausse impression que je ne soutiens pas la position exprimée mercredi par le président (de la Commission, José Manuel) Barroso sur la situation en Libye», explique Dalli, qui dans le passé a étroitement travaillé avec la Libye en tant qu'homme d'affaires. Il a déclaré, lors d'un forum économique, qu'il ne pensait «pas avoir le droit, pas plus que quiconque, de se prononcer sur le fait de savoir si Kadhafi doit démissionner».
17h45. L'ancien ministre démissionnaire libyen, Ali Errishi, accuse les Etats-Unis d’avoir «traîné des pieds» pour aider l'opposition libyenne, manquant peut-être l'occasion de faire tomber le régime Kadhafi. «J'ai dit aux Etats-Unis: "donnez-nous un peu d'aide, là, maintenant". On voulait juste un petit coup de pouce, rappelle-t-il sur CNN. Ils ont traîné des pieds, pour une raison que j'ignore. On ne voulait pas une zone d'exclusion aérienne, mais juste une couverture aérienne.»
16h. Des tirs d'artillerie soutenus sont entendus depuis la route menant à Ben Jawad (est), théâtre d'affrontements meurtriers entre pro et anti-Kadhafi. Un journaliste de l'AFP, à une dizaine de kilomètres, a vu de la fumée se dégager et entendu des tirs pendant 30 minutes, et des véhicules transportant des rebelles quittant la localité à toute allure. Les convois se replient vers Ras Lanouf, port pétrolier stratégique à quelques dizaines de kilomètres à l'est de Ben Jawad, dont les insurgés ont pris le contrôle vendredi.
 
(Des rebelles s'approvisionnnent en armes, dimanche à Ras Lanouf. AFP/Roberto Schmidt)
15h15. Un diplomate et des militaires britanniques ont été arrêtés après leur arrivée dans une zone de Libye contrôlée par les insurgés et sont «en sécurité», selon un porte-parole de l'opposition libyenne. «Nous savons que du personnel britannique a attéri sur le sol libyen. Cela a créé de la confusion au début, car nous ne savions pas s'ils étaient avec nous ou contre nous», a raconte-t-il à l'AFP, assurant qu'ils sont «bien traités», sans préciser s'ils ont été libérés.
 
15h10. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, met en garde contre les «effets négatifs» d’une intervention militaire en Libye. «La France, mais aussi plusieurs de ses partenaires, ne sont pas favorables à une intervention militaire occidentale», assure-t-il lors d'une conférence de presse au Caire. «Dans l'hypothèse où les combats deviendraient plus sanglants, nous devons nous préparer à réagir, et c'est la raison pour laquelle nous avons accepté la programmation d'une zone d'interdiction aérienne au-dessus de la Libye», a cependant ajouté le ministre.
14h35. L'UE envoie une équipe à Tripoli pour évaluer sur place les besoins humanitaires. Il s'agit de de la première mission internationale de ce type depuis le début de l'insurrection. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, compte profiter des «informations de première main» qu'elle va recueillir via cette mission pour «alimenter les discussion» des chefs d'Etat et de gouvernement des 27 lors d'un sommet prévu à Bruxelles vendredi, pour examiner la situation en Libye.
13h25. La Croix-Rouge et les Emirats Arabes Unis vont construire deux nouveaux camps pour accueillir à la frontière tunisienne les réfugiés fuyant le chaos en Libye, en prévision d'une nouvelle vague de migrants. «La Fédération internationale de la Croix-Rouge va monter un camp à deux kilomètres au sud de Choucha», où se trouve déjà un camp de réfugiés de 2.000 tentes géré par les militaires tunisiens et l'ONU, explique Monji Slim. «On se prépare au pire, si jamais on doit recevoir 100.000 personnes, de nouveaux étrangers ou des Libyens.»
12h15. Le pape Benoît XVI exprime sa «grande inquiétude sur les tensions» dans divers pays d'Afrique et d'Asie, citant le Pakistan et la Libye. Sur la Libye, il évoque les «récents affrontements [qui] ont provoqué de nombreux morts et une crise humanitaire croissante».
Midi. La France «salue la création du Conseil national libyen et apporte son soutien aux principes qui l'animent et aux objectifs qu'il s'assigne», annonce le Quai d'Orsay.
11h 30. Des forces fidèles au colonel Kadhafi mènent une offensive à l'arme lourde à Misrata, à 150 km à l'est de Tripoli, où des chars tirent des obus sur le centre de la ville contrôlée par l'insurrection. «Les chars tirent près du siège de la radio. Nous entendons aussi des tirs nourris d'armes automatiques, raconte un habitant par téléphone à l'AFP. Les habitants n'ont pas d'armes. Si la communauté internationale n'intervient pas rapidement, ce sera le carnage.»
Auparavant, la télévision Al Libya, proche de Seif Al-Islam, fils du dictateur, a annoncé que les forces du régime avaient repris le contrôle de Misrata, troisième ville du pays, et fait état de «manifestations de joie», à Tripoli, Syrte (à l'est de la capitale) et Sebha (sud). «Ils n'ont pas le contrôle de la ville. Les affrontements actuels en sont la preuve», ajoute l'habitant. Un insurgé, joint par l'AFP au téléphone, explique que les pro-Kadhafi «pilonnent Misrata, en utilisant mortiers et roquettes».
11h15. Des insurgés, de retour du front après des combats, annoncent s'être retirés de Ben Jawad, à une centaine de kilomètres à l'est de Syrte. Deux personnes sont mortes et une trentaine ont été blessées.
 
(Des rebelles à Ben Jawad, samedi. Reuters)

10h45. Une énorme explosion est entendue à Ras Lanouf (est), suivie par des tirs anti-aériens, selon l'AFP. La cause de l'explosion n'est pas claire mais deux raids aériens menés par les forces de Kadhafi ont eu lieu plus tôt, près d'un point de passage contrôlé par l'opposition et sur un camp d'insurgés.
10h40. Le ministre britannique de la Défense, Liam Fox,  confirme qu'une «petite équipe diplomatique» britannique se trouve à Benghazi, mais refuse de commenter des informations selon lesquelles une partie du groupe est détenue par des insurgés. Selon l'hebdomadaire britannique Sunday Times, cette unité des forces spéciales et un diplomate ont été arrêtés par des rebelles.
10h. Quatorze personnes au moins sont blessées, dont un journaliste français, dans des heurts entre insurgés et partisans du régime à Ben Jawad. «Les miliciens se cachaient dans leurs maisons et leur ont tendu une embuscade», raconte à l’AFP un médecin Yusuf Abdul Salam.
9h50. Alain Juppé, arrivé au Caire, condamne «la folie criminelle» du régime Kadhafi. Le ministre des Affaires étrangères doit évoquer la crise libyenne, ce dimanche, avec le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa.
9h30. Un nouveau raid aérien est mené par les forces fidèles au dictateur sur Ras Lanouf (est), déjà visée un peu plus tôt par un avion de combat. Ce raid visait un camp des rebelles installé dans une ancienne base militaire. La ville est toujours contrôlée par les insurgés qui contredisent la télévision Al Libya selon laquelle les troupes pro-Kadhafi ont repris le contrôle.
 
(Un rebelle sur un checkpoint de Ras Lanouf. AFP/Marco Longari)
6h30. Les insurgés contestent la reprise par les forces pro-Kadhafi de la ville de Tobrouk (est), comme l'a affirmé la télévision Al Libya.
6h30. Des tirs nourris d'armes automatiques retentissaient dimanche matin dans le centre de la capitale libyenne Tripoli pour célébrer, selon les autorités, la reprise par le régime de villes qui étaient entre les mains des insurgés.
 
(Des Libyens soutenant Kadhafi, dimanche à Tripoli. Ahmed Jadallah/Reuters)
A lire, le récit de la journée de samedi: première réunion du conseil national de l'insurrection et «massacre» à Zawiyah, où des chars ont tiré sur des habitations.
A voir, le diaporama L'armée des rebelles.
Dans un entretien au JDD, Mouammar Al-Kadhafi se dit favorable à l'envoi d'une commission d'enquête «des Nations Unies ou de l'Union africaine» pour évaluer la situation sur place. «Nous allons permettre à cette commission d'aller voir sur le terrain, sans aucune entrave», promet-il. Il décrit encore les jeunes insurgés comme des manipulés qui «ont pris goût à ces pilules hallucinogènes» distribuées par des hommes d'Al-Qaïda «venus d’Irak, d’Afghanistan ou même d’Algérie». Alors que ses forces ont lancé une offensive sanglante pour reprendre des villes de l'ouest aux mains des insurgés, il ose: «nous, jusqu’à présent, nous n’avons pas pris la décision d’attaquer».

S'adressant aux Occidentaux, et surtout aux Français, le dictateur brandit les spectres de l'immigration massive et du terrorisme islamique: «Nous vous avons beaucoup aidé ces dernières années. Alors pourquoi, lorsque nous sommes dans un combat contre le terrorisme ici en Libye, on ne vient pas nous aider en retour?» Et de menacer: «Vous aurez l’immigration, des milliers de gens qui iront envahir l’Europe depuis la Libye. Et il n’y aura plus personne pour les arrêter». «Vous aurez Ben Laden à vos portes (...) Il y aura un djihad islamique en face de vous, en Méditerranée», brosse Kadhafi.

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