jeudi 26 mai 2011
L’Honorable Patrice Kadia, inspecteur de l’ENAM), SG chargé de l’idéologie au sein l’UPADS et député simultanément à l’Assemblée nationale du Congo et au Parlement africain
Le député Patrice Kadia, est inspecteur de douanes issu de l’École Nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM) et aussi le secrétaire chargé de l’idéologie au sein de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale, UPADS, parti de l’ancien président Pascal Lissouba. Doublement député à l’Assemblée nationale du Congo et au parlement communautaire où il exerce les fonctions de président de la commission des politiques économiques, financière monétaire, douanière et commerciale, ce représentant du peuple considère le tribalisme comme un fléau. Dans le souci de sensibiliser l’opinion publique sur ce mal, il a lancé le concept « Café politique ». Dans cette interview accordée à AEM, le parlementaire évoque les différents aspects qui freinent le bon fonctionnement de l’appareil de l’État non sans dénoncer les mauvaises pratiques utilisées par les membres de son propre parti.
AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM):Vous avez organisé dans le cadre du Café politique un débat sur le thème : Le changement des mentalités : De la conscience tribale, nationale à la conscience panafricaine, qu’est-ce qui a motivé le choix de cette problématique ?
PATRICE KADIA (PK) : Après 50 ans de souveraineté, nous constatons que la donnée tribale prime encore sur les affaires publiques, que la nation ne semble pas avoir sa place. Parce que chacun se reconnaît dans sa tribu et parfois gère les affaires publiques en tenant compte de sa tribu. Il suffit de passer dans les différents ministères, vous allez vous en apercevoir. Bon nombre des collaborateurs que vous rencontrerez sont liés ethniquement au ministre de tutelle. La présidence de la république n’y fait pas exception : la garde « présidentielle » et « Républicaine » a une coloration ethnique. Or, il faut se préoccuper du passage de la conscience tribale, nationale, à la conscience panafricaine. Celle-ci devrait être un des maillons de la constitution de nos États, surtout du Congo. Seul le président Pascal Lissouba, dans son programme, avait pensé que le passage de la conscience tribale à la conscience nationale, était un acte culturel. Il avait une politique sectorielle sur cet appel à la moralisation. N’est pas citoyen qui veut : on peut être lié à une nation par son lieu de naissance ou de sang, encore faut-il s’approprier, intégrer les valeurs partagées par ce pays et ainsi devenir citoyen. Nous constatons à tous les niveaux que, partant du bas citoyen aux dirigeants, nous n’avons pas une citoyenneté affirmée, les gens s’occupent plus du ventre.
AEM : La question pourrait aussi être traitée au parlement ?
PK : Nous sommes 137 députés et chacun de nous devrait être un représentant du peuple qu’il soit de la Cuvette centrale, du Pool, du Kouilou, de la Sangha ou d’ailleurs. Mais hélas ! Nombreux à l’Assemblée nationale ne parlent et ne répondent plus au nom de ce peuple, si bien qu’ils dépendent maintenant du gouvernement. Fondamentalement, nous n’avons pas de parlement digne de ce nom. Ce parlement défend maintenant le gouvernement au détriment des intérêts du peuple.
AEM : Est-ce que la population en a pris conscience ?
PK : C’est là où le bât blesse ! La responsabilité est partagée et elle incombe à tous les cadres de ce pays qui ont été à l’école et dont les études ont été financées avec l’argent de la population. C’est à ceux-là qu’il appartient de sensibiliser et d’encadrer la population. Certains députés gagnaient 100.000FCFA comme instituteurs et aujourd’hui ils gagnent 3.000.000 FCFA.
AEM : Depuis 2006, l’UPADS est passé par une période tumultueuse, quel climat y règne t-il aujourd’hui ?
PK : Le plus grand problème que le parti ait connu dès sa création est lié au manque d’animation réelle c’est-à-dire à l’absence d’une action soutenue utilisant les outils du parti. Au parti, on apporte les idées et les valeurs morales qui, aussitôt diffusées et partagées par l’ensemble des citoyens dans un territoire, suscitent l’adhésion des militants. Ces derniers, en grand nombre, se transforment en électeurs. Si vous êtes nombreux, vous gagnez démocratiquement le pouvoir et vous gérez avec les mêmes valeurs. Par contre, l’UPADS, dès sa création, n’a pas utilisé son outil qui n’était autre que la vision du président Pascal Lissouba. Avec son élection à la tête du pays, Pascal Lissouba n’était plus habilité à s’occuper activement du parti. L’UPADS a sombré et est restée quasiment en berne avec une gestion non orthodoxe par les anciens du Parti Congolais du Travail (PCT) que nous appelons « la bande des quatre ». Ces derniers ont introduit un système où les postes de responsabilité devraient être occupés par des gens nommés au préalable et non par consensus. Après cette période d’impasse, nous voulons maintenant restructurer notre parti. Nous parlons désormais de la lutte contre la tribu classe : le passage de la conscience tribale […] à la conscience panafricaine.
AEM : Vous déplorez la tribu classe, est-ce là une manière de faire un mea-culpa de la gestion de Pascal Lissouba et de l’UPADS qui avait agi pareil ?
PK: Mea-culpa ferait penser à un sentiment de culpabilité ou à une sorte de confession ! Je vais vous faire une révélation : nombreux ont cru que Lissouba a combattu la tribu classe mais quand il est passé président il a fait exactement la tribu classe. Comment pouvez-vous croire à cela ? Lissouba est, sur le plan tribal, Nzébi de Mayoko et de Tinguidi. Pendant son règne, je n’ai vu aucun Nzébi dans son entourage. Un exemple patent, « la bande des quatre » : Martin Mbéri, Moukoueke, Moungounga Guila Nkombo et Victor Tamba-Tamba ne font pas partie de la même ethnie que Lissouba. Le président Pascal Lissouba n’a pas cultivé cet esprit de tribalisme. La preuve, aussitôt arrivé au pouvoir succédant au président Denis Sassou Nguesso, il nomme son premier Chef d’État major, le Général Jean-Marie Michel Mokoko, et le Général Raymond Damas Ngolo, ministre de la Défense, tous deux étaient originaires du Nord. Par contre, depuis que M. Sassou est au pouvoir, je donne ma main à couper, s’il nomme un chef d’État-major de Mouyondzi, ministre de la défense issu de la Lekoumou !
AEM : Certains Congolais soutiennent que, depuis l’arrivée de Sassou Nguesso au pouvoir, des Congolais de tous les coins gèrent les affaires publiques ?
PK: Sur le plan moral, le président Sassou Nguesso peut faire 20 ans, il ne réussira jamais, il ne sera jamais capable de faire en sorte que les Congolais se reconnaissent fils d’une même nation et travaillent ensemble puisque la connotation est telle que les postes clés de la gestion des affaires dont le ministère des finances, la SNPC, les Grands Travaux (DGGT) sont gérés par les gens du terroir. J’ai été en milieu Mbochi (Ndlr : l’ethnie à laquelle appartient le président Sassou) ce ne sont pas tous les Mbochi qui sont aux affaires, c’est une minorité, je dirais même une famille. Il y en a qui souffrent autant que les ethnies Nzébi, Téké, Kongo etc.
AEM : En politique averti et membre de l’une des institutions nationales, quel bilan dressez-vous 20 mois après la réélection du Président Sassou ?
PK : Il suffit seulement d’aller sur l’avenue Marien Ngouabi (Ndlr : l’une des avenues de Brazzaville), au Centre Hospitalier et Universitaire de Brazzaville (CHUB), vous allez vous rendre compte de ce qui se fait. C’est malheureux !
AEM : Ses partisans défendent des réalisations visibles : le barrage d’Imboulou, le premier module de l’aéroport de Maya-Maya, les aéroports de Pointe-Noire et d’Ollombo ?
PK : Au sujet du Barrage d’Imboulou, à Brazzaville, les délestages sont toujours présents. Ils nous ont fait croire qu’avant le 15 août 2010, les Congolais allaient en finir avec le phénomène délestage, mais hélas ! L’un des grands défauts du président Sassou c’est le fait de réaliser des choses sans programmation. Lorsqu’il parle de la gratuité de la césarienne, aucun de ses techniciens n’a fait quoi que ce soit, lorsqu’il parle des effets financiers, jusqu’aujourd’hui rien n’est fait. C’est triste ! Imboulou, les aéroports d’Ollombo et de Brazzaville sont des équipements mais l’on ne peut parler de développement. Où sont passés l’usine de Kinsoundi, OFNACOM, CHACONA, le dépôt du CFCO, ce sont là quelques exemples qui en disent long.
|Propos recueillis par C. Wilfrid Diankabakana (AEM), Brazzaville, Congo
Le député Patrice Kadia, est inspecteur de douanes issu de l’École Nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM) et aussi le secrétaire chargé de l’idéologie au sein de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale, UPADS, parti de l’ancien président Pascal Lissouba. Doublement député à l’Assemblée nationale du Congo et au parlement communautaire où il exerce les fonctions de président de la commission des politiques économiques, financière monétaire, douanière et commerciale, ce représentant du peuple considère le tribalisme comme un fléau. Dans le souci de sensibiliser l’opinion publique sur ce mal, il a lancé le concept « Café politique ». Dans cette interview accordée à AEM, le parlementaire évoque les différents aspects qui freinent le bon fonctionnement de l’appareil de l’État non sans dénoncer les mauvaises pratiques utilisées par les membres de son propre parti.
PATRICE KADIA (PK) : Après 50 ans de souveraineté, nous constatons que la donnée tribale prime encore sur les affaires publiques, que la nation ne semble pas avoir sa place. Parce que chacun se reconnaît dans sa tribu et parfois gère les affaires publiques en tenant compte de sa tribu. Il suffit de passer dans les différents ministères, vous allez vous en apercevoir. Bon nombre des collaborateurs que vous rencontrerez sont liés ethniquement au ministre de tutelle. La présidence de la république n’y fait pas exception : la garde « présidentielle » et « Républicaine » a une coloration ethnique. Or, il faut se préoccuper du passage de la conscience tribale, nationale, à la conscience panafricaine. Celle-ci devrait être un des maillons de la constitution de nos États, surtout du Congo. Seul le président Pascal Lissouba, dans son programme, avait pensé que le passage de la conscience tribale à la conscience nationale, était un acte culturel. Il avait une politique sectorielle sur cet appel à la moralisation. N’est pas citoyen qui veut : on peut être lié à une nation par son lieu de naissance ou de sang, encore faut-il s’approprier, intégrer les valeurs partagées par ce pays et ainsi devenir citoyen. Nous constatons à tous les niveaux que, partant du bas citoyen aux dirigeants, nous n’avons pas une citoyenneté affirmée, les gens s’occupent plus du ventre.
AEM : La question pourrait aussi être traitée au parlement ?
PK : Nous sommes 137 députés et chacun de nous devrait être un représentant du peuple qu’il soit de la Cuvette centrale, du Pool, du Kouilou, de la Sangha ou d’ailleurs. Mais hélas ! Nombreux à l’Assemblée nationale ne parlent et ne répondent plus au nom de ce peuple, si bien qu’ils dépendent maintenant du gouvernement. Fondamentalement, nous n’avons pas de parlement digne de ce nom. Ce parlement défend maintenant le gouvernement au détriment des intérêts du peuple.
AEM : Est-ce que la population en a pris conscience ?
PK : C’est là où le bât blesse ! La responsabilité est partagée et elle incombe à tous les cadres de ce pays qui ont été à l’école et dont les études ont été financées avec l’argent de la population. C’est à ceux-là qu’il appartient de sensibiliser et d’encadrer la population. Certains députés gagnaient 100.000FCFA comme instituteurs et aujourd’hui ils gagnent 3.000.000 FCFA.
AEM : Depuis 2006, l’UPADS est passé par une période tumultueuse, quel climat y règne t-il aujourd’hui ?
PK : Le plus grand problème que le parti ait connu dès sa création est lié au manque d’animation réelle c’est-à-dire à l’absence d’une action soutenue utilisant les outils du parti. Au parti, on apporte les idées et les valeurs morales qui, aussitôt diffusées et partagées par l’ensemble des citoyens dans un territoire, suscitent l’adhésion des militants. Ces derniers, en grand nombre, se transforment en électeurs. Si vous êtes nombreux, vous gagnez démocratiquement le pouvoir et vous gérez avec les mêmes valeurs. Par contre, l’UPADS, dès sa création, n’a pas utilisé son outil qui n’était autre que la vision du président Pascal Lissouba. Avec son élection à la tête du pays, Pascal Lissouba n’était plus habilité à s’occuper activement du parti. L’UPADS a sombré et est restée quasiment en berne avec une gestion non orthodoxe par les anciens du Parti Congolais du Travail (PCT) que nous appelons « la bande des quatre ». Ces derniers ont introduit un système où les postes de responsabilité devraient être occupés par des gens nommés au préalable et non par consensus. Après cette période d’impasse, nous voulons maintenant restructurer notre parti. Nous parlons désormais de la lutte contre la tribu classe : le passage de la conscience tribale […] à la conscience panafricaine.
AEM : Vous déplorez la tribu classe, est-ce là une manière de faire un mea-culpa de la gestion de Pascal Lissouba et de l’UPADS qui avait agi pareil ?
PK: Mea-culpa ferait penser à un sentiment de culpabilité ou à une sorte de confession ! Je vais vous faire une révélation : nombreux ont cru que Lissouba a combattu la tribu classe mais quand il est passé président il a fait exactement la tribu classe. Comment pouvez-vous croire à cela ? Lissouba est, sur le plan tribal, Nzébi de Mayoko et de Tinguidi. Pendant son règne, je n’ai vu aucun Nzébi dans son entourage. Un exemple patent, « la bande des quatre » : Martin Mbéri, Moukoueke, Moungounga Guila Nkombo et Victor Tamba-Tamba ne font pas partie de la même ethnie que Lissouba. Le président Pascal Lissouba n’a pas cultivé cet esprit de tribalisme. La preuve, aussitôt arrivé au pouvoir succédant au président Denis Sassou Nguesso, il nomme son premier Chef d’État major, le Général Jean-Marie Michel Mokoko, et le Général Raymond Damas Ngolo, ministre de la Défense, tous deux étaient originaires du Nord. Par contre, depuis que M. Sassou est au pouvoir, je donne ma main à couper, s’il nomme un chef d’État-major de Mouyondzi, ministre de la défense issu de la Lekoumou !
AEM : Certains Congolais soutiennent que, depuis l’arrivée de Sassou Nguesso au pouvoir, des Congolais de tous les coins gèrent les affaires publiques ?
PK: Sur le plan moral, le président Sassou Nguesso peut faire 20 ans, il ne réussira jamais, il ne sera jamais capable de faire en sorte que les Congolais se reconnaissent fils d’une même nation et travaillent ensemble puisque la connotation est telle que les postes clés de la gestion des affaires dont le ministère des finances, la SNPC, les Grands Travaux (DGGT) sont gérés par les gens du terroir. J’ai été en milieu Mbochi (Ndlr : l’ethnie à laquelle appartient le président Sassou) ce ne sont pas tous les Mbochi qui sont aux affaires, c’est une minorité, je dirais même une famille. Il y en a qui souffrent autant que les ethnies Nzébi, Téké, Kongo etc.
AEM : En politique averti et membre de l’une des institutions nationales, quel bilan dressez-vous 20 mois après la réélection du Président Sassou ?
PK : Il suffit seulement d’aller sur l’avenue Marien Ngouabi (Ndlr : l’une des avenues de Brazzaville), au Centre Hospitalier et Universitaire de Brazzaville (CHUB), vous allez vous rendre compte de ce qui se fait. C’est malheureux !
AEM : Ses partisans défendent des réalisations visibles : le barrage d’Imboulou, le premier module de l’aéroport de Maya-Maya, les aéroports de Pointe-Noire et d’Ollombo ?
PK : Au sujet du Barrage d’Imboulou, à Brazzaville, les délestages sont toujours présents. Ils nous ont fait croire qu’avant le 15 août 2010, les Congolais allaient en finir avec le phénomène délestage, mais hélas ! L’un des grands défauts du président Sassou c’est le fait de réaliser des choses sans programmation. Lorsqu’il parle de la gratuité de la césarienne, aucun de ses techniciens n’a fait quoi que ce soit, lorsqu’il parle des effets financiers, jusqu’aujourd’hui rien n’est fait. C’est triste ! Imboulou, les aéroports d’Ollombo et de Brazzaville sont des équipements mais l’on ne peut parler de développement. Où sont passés l’usine de Kinsoundi, OFNACOM, CHACONA, le dépôt du CFCO, ce sont là quelques exemples qui en disent long.
|Propos recueillis par C. Wilfrid Diankabakana (AEM), Brazzaville, Congo

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