Au lendemain de l'attaque de la résidence privée du président Alpha Condé, dont celui-ci est sorti indemne avec sa famille, la capitale guinéenne craint de nouveau de basculer dans l'instabilité caractéristique de ces dernières années. Selon les autorités, plusieurs "responsables" de l'attentat ont été arrêtés. Mais de nombreuses questions demeurent en suspens.
Après l’attaque à l’arme lourde contre la résidence privée du président Alpha Condé , dans la nuit du 18 au 19 juillet à Kipé, la stupeur a rapidement cédé la place à l'incrédulité en Guinée. « Il y a des problèmes en Guinée. La vie est chère. Nous manquons d’eau et d’électricité. L’opposition et le pouvoir ne sont d’accord sur rien. Mais personne ne s’attendait à un attentat contre le chef de l'État », expliquait mardi un conakrika contacté par jeuneafrique.com.
En fin de journée, la capitale guinéenne était toujours quadrillée par l’armée, alors qu'en début d'après-midi, de nouveaux échanges de tirs avaient été entendus pendant que des militaires tentaient de débusquer des assaillants retranchés.
"Deux principaux dirigeants arrêtés"
Un membre de la garde présidentielle a été tué dans l'attaque et deux autres blessés. Aucun nouveau bilan n’était disponible dans la soirée, et le nombre total de personnes interpellées restait inconnu. « L'enquête continue (...). Les deux principaux dirigeants ont été arrêtés », a déclaré le dirigeant guinéen dans une interview à RFI, sans plus de précision.
Seule certitude, le général Nouhou Thiam, ex-chef d’état major général des forces armée (avril à décembre 2010) figure au nombre des personnes interpellées. Cet officier de culture peule originaire de Dinguinraye est réputé proche de l’ancien président de la transition, le général Sékouba Konaté.
Soupçonné de comploter contre le régime, Thiam avait déjà été détenu pendant une dizaine de jours fin janvier 2011. Il entretenait aussi des relations extrêmement tendues avec le général Aboubacar Sidiki Camara dit Idi Amin, l’actuel directeur de cabinet du ministère de la Défense (occupé par le président Condé lui-même). Celui-ci avait été l'adjoint de Thiam quand il était chef des armées avant d'être limogé en novembre 2010 par Konaté lui même pour « insubordination et insolence ».
L'entourage de Dadis ?
Selon des observateurs, les commanditaires de l’attentat pourraient aussi se trouver chez les partisans du capitaine Moussa Dadis Camara. Ceux-ci réclament le retour de l'ex-chef de la junte au pays et sont mécontents de l’arrestation, début juillet, du colonel Moussa Keita, un de ses fervents défenseurs.
Peut-être faut-il chercher aussi du côté des officiers soussous mis à l’écart après la mort du président Lansana Conté. Dans tous les cas, les frustrations liées aux inégalités de traitement et les divisions ethniques minent l’armée à tel point qu'il n'est pas interdit de penser que, finalement, n’importe quel groupe isolé aurait pu vouloir s’en prendre à Alpha Condé.
Si, à ce stade, aucune piste ne peut encore être privilégiée, beaucoup d’opposants craignent que l'attentat – la « tentative d'assassinat », selon les mots de Condé lui-même - ne serve de prétexte à une chasse aux sorcières, y compris parmi les civils.
Au cours des dernières semaines, les autorités ont souvent accusés les opposants - sans donner de nom - de tenter par tous les moyens de déstabiliser le pays, tout en menaçant de les « mater ». Hostile à la reprise du recensement des électeurs avant les élections législatives prévues fin novembre, l’opposition menaçait de descendre dans la rue. Mais elle a aussi vivement condamné l’attentat et rappelé la nécessité de multiplier les efforts pour asseoir une véritable démocratie en Guinée. Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition, a qualifié l'attaque de « déplorable » et a souhaité « qu'elle n'affecte pas l'unité de la nation, le processus démocratique et le tissu social déjà fragilisés ».
« C'était une tentative d'assassinat », mais « pas un coup d'Etat »
Dans un entretien à Radio France internationale (RFI), il a ensuite affirmé que "c'était une tentative d'assassinat", mais "pas un coup d'Etat". Il a annoncé que "les deux principaux dirigeants ont été arrêtés", sans révéler leur identité.
L'ancien chef d'état-major de l'armée guinéenne, le général Nouhou Thiam, a été arrêté juste après l'attaque, selon son épouse. Il avait été limogé par M. Condé peu après son investiture, le 21 décembre 2010.
Les premiers tirs dans le quartier de Kipé, où est situé le domicile du chef de l'Etat, ont commencé à 03H00 (locales et GMT) et ont duré plus de deux heures, selon des témoins.
Une roquette a été tirée contre la maison dont une partie a été soufflée par l'explosion et la façade criblée de balles.
Le président et sa famille sont sortis "sains et saufs" de cette attaque, mais un membre de la garde présidentielle qui défendait la maison a été tué, deux autres blessés, selon le gouvernement.
Aussitôt après l'attaque, des barrages militaires ont été établis dans toute la ville et les accès au quartier administratif de Kaloum, au centre de Conakry, ont été fermés à la circulation.
"Ma maison a été attaquée cette nuit, mais je dois féliciter la garde présidentielle qui s'est battue héroïquement de 03H10 jusqu'à 05HOO du matin avant d'avoir du renfort", a déclaré M. Condé dans son allocution à la RTG.
"Je vous appelle au calme, mais (aussi) à la vigilance et à l'unité nationale. Je ne veux pas de réaction populaire, ni de réaction contre qui que ce soit, laissez l'armée et les forces de l'ordre faire leur travail", a-t-il ajouté.
A l'issue d'une réunion d'urgence, le Premier ministre Mohamed Saïd Fofana a demandé aux dirigeants des plus hautes instances de l'Etat et de l'armée d'agir "pour éviter des dérives incontrôlables".
Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition, a jugé cette attaque "déplorable" et a souhaité "qu'elle n'affecte pas l'unité de la nation, le processus démocratique et le tissu social déjà fragilisés".
La France, l'ONU, les Etats-Unis et l'Union européenne ont "fermement" condamné l'attaque. Ex-puissance coloniale, la France a estimé que l'armée devait être "au service de la démocratie" et a appelé à "la tenue prochaine des élections législatives" reportées.
Alpha Condé, premier président démocratiquement élu de Guinée, l'avait emporté en novembre 2010 face à M. Dalein Diallo qui avait accepté sa défaite, mais qui a depuis dénoncé les "dérives autoritaires" du régime.
Des législatives auraient dû être organisées dans les six mois suivant l'investiture, mais le scrutin a été repoussé, M. Condé souhaitant faire un nouveau recensement, ce que ses opposants dénoncent.
L'une de ses premières tâches a été de réformer le secteur de la défense et de la sécurité, l'armée ayant toujours joué un rôle déstabilisateur dans ce pays dont l'histoire est marquée par la violence politique, les coups d'Etat et tentatives de coups d'Etat militaires.
Le dernier en date avait porté au pouvoir en décembre 2008 le capitaine Moussa Dadis Camara, renversé un an plus tard.
C'est ensuite un régime de transition dirigé par un autre militaire, le général Sékouba Konaté, qui a été à la tête du pays jusqu'à l'organisation de la présidentielle remportée par M. Condé.
Le 2 juillet, le colonel Moussa Keita, ancien responsable de la junte militaire de Moussa Dadis Camara, a été arrêté à Conakry. Il est depuis détenu "dans un lieu tenu secret inaccessible à sa famille", selon ses proches et des ONG. Il venait de déclarer à la presse que le général Konaté avait détourné plus de 20 millions de dollars.
[J.A./Afp]
Après l’attaque à l’arme lourde contre la résidence privée du président Alpha Condé , dans la nuit du 18 au 19 juillet à Kipé, la stupeur a rapidement cédé la place à l'incrédulité en Guinée. « Il y a des problèmes en Guinée. La vie est chère. Nous manquons d’eau et d’électricité. L’opposition et le pouvoir ne sont d’accord sur rien. Mais personne ne s’attendait à un attentat contre le chef de l'État », expliquait mardi un conakrika contacté par jeuneafrique.com.
En fin de journée, la capitale guinéenne était toujours quadrillée par l’armée, alors qu'en début d'après-midi, de nouveaux échanges de tirs avaient été entendus pendant que des militaires tentaient de débusquer des assaillants retranchés.
"Deux principaux dirigeants arrêtés"
Un membre de la garde présidentielle a été tué dans l'attaque et deux autres blessés. Aucun nouveau bilan n’était disponible dans la soirée, et le nombre total de personnes interpellées restait inconnu. « L'enquête continue (...). Les deux principaux dirigeants ont été arrêtés », a déclaré le dirigeant guinéen dans une interview à RFI, sans plus de précision.
Seule certitude, le général Nouhou Thiam, ex-chef d’état major général des forces armée (avril à décembre 2010) figure au nombre des personnes interpellées. Cet officier de culture peule originaire de Dinguinraye est réputé proche de l’ancien président de la transition, le général Sékouba Konaté.
Soupçonné de comploter contre le régime, Thiam avait déjà été détenu pendant une dizaine de jours fin janvier 2011. Il entretenait aussi des relations extrêmement tendues avec le général Aboubacar Sidiki Camara dit Idi Amin, l’actuel directeur de cabinet du ministère de la Défense (occupé par le président Condé lui-même). Celui-ci avait été l'adjoint de Thiam quand il était chef des armées avant d'être limogé en novembre 2010 par Konaté lui même pour « insubordination et insolence ».
L'entourage de Dadis ?
Selon des observateurs, les commanditaires de l’attentat pourraient aussi se trouver chez les partisans du capitaine Moussa Dadis Camara. Ceux-ci réclament le retour de l'ex-chef de la junte au pays et sont mécontents de l’arrestation, début juillet, du colonel Moussa Keita, un de ses fervents défenseurs.
Peut-être faut-il chercher aussi du côté des officiers soussous mis à l’écart après la mort du président Lansana Conté. Dans tous les cas, les frustrations liées aux inégalités de traitement et les divisions ethniques minent l’armée à tel point qu'il n'est pas interdit de penser que, finalement, n’importe quel groupe isolé aurait pu vouloir s’en prendre à Alpha Condé.
Si, à ce stade, aucune piste ne peut encore être privilégiée, beaucoup d’opposants craignent que l'attentat – la « tentative d'assassinat », selon les mots de Condé lui-même - ne serve de prétexte à une chasse aux sorcières, y compris parmi les civils.
Au cours des dernières semaines, les autorités ont souvent accusés les opposants - sans donner de nom - de tenter par tous les moyens de déstabiliser le pays, tout en menaçant de les « mater ». Hostile à la reprise du recensement des électeurs avant les élections législatives prévues fin novembre, l’opposition menaçait de descendre dans la rue. Mais elle a aussi vivement condamné l’attentat et rappelé la nécessité de multiplier les efforts pour asseoir une véritable démocratie en Guinée. Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition, a qualifié l'attaque de « déplorable » et a souhaité « qu'elle n'affecte pas l'unité de la nation, le processus démocratique et le tissu social déjà fragilisés ».
« C'était une tentative d'assassinat », mais « pas un coup d'Etat »
Dans un entretien à Radio France internationale (RFI), il a ensuite affirmé que "c'était une tentative d'assassinat", mais "pas un coup d'Etat". Il a annoncé que "les deux principaux dirigeants ont été arrêtés", sans révéler leur identité.
L'ancien chef d'état-major de l'armée guinéenne, le général Nouhou Thiam, a été arrêté juste après l'attaque, selon son épouse. Il avait été limogé par M. Condé peu après son investiture, le 21 décembre 2010.
Les premiers tirs dans le quartier de Kipé, où est situé le domicile du chef de l'Etat, ont commencé à 03H00 (locales et GMT) et ont duré plus de deux heures, selon des témoins.
Une roquette a été tirée contre la maison dont une partie a été soufflée par l'explosion et la façade criblée de balles.
Le président et sa famille sont sortis "sains et saufs" de cette attaque, mais un membre de la garde présidentielle qui défendait la maison a été tué, deux autres blessés, selon le gouvernement.
Aussitôt après l'attaque, des barrages militaires ont été établis dans toute la ville et les accès au quartier administratif de Kaloum, au centre de Conakry, ont été fermés à la circulation.
"Ma maison a été attaquée cette nuit, mais je dois féliciter la garde présidentielle qui s'est battue héroïquement de 03H10 jusqu'à 05HOO du matin avant d'avoir du renfort", a déclaré M. Condé dans son allocution à la RTG.
"Je vous appelle au calme, mais (aussi) à la vigilance et à l'unité nationale. Je ne veux pas de réaction populaire, ni de réaction contre qui que ce soit, laissez l'armée et les forces de l'ordre faire leur travail", a-t-il ajouté.
A l'issue d'une réunion d'urgence, le Premier ministre Mohamed Saïd Fofana a demandé aux dirigeants des plus hautes instances de l'Etat et de l'armée d'agir "pour éviter des dérives incontrôlables".
Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition, a jugé cette attaque "déplorable" et a souhaité "qu'elle n'affecte pas l'unité de la nation, le processus démocratique et le tissu social déjà fragilisés".
La France, l'ONU, les Etats-Unis et l'Union européenne ont "fermement" condamné l'attaque. Ex-puissance coloniale, la France a estimé que l'armée devait être "au service de la démocratie" et a appelé à "la tenue prochaine des élections législatives" reportées.
Alpha Condé, premier président démocratiquement élu de Guinée, l'avait emporté en novembre 2010 face à M. Dalein Diallo qui avait accepté sa défaite, mais qui a depuis dénoncé les "dérives autoritaires" du régime.
Des législatives auraient dû être organisées dans les six mois suivant l'investiture, mais le scrutin a été repoussé, M. Condé souhaitant faire un nouveau recensement, ce que ses opposants dénoncent.
L'une de ses premières tâches a été de réformer le secteur de la défense et de la sécurité, l'armée ayant toujours joué un rôle déstabilisateur dans ce pays dont l'histoire est marquée par la violence politique, les coups d'Etat et tentatives de coups d'Etat militaires.
Le dernier en date avait porté au pouvoir en décembre 2008 le capitaine Moussa Dadis Camara, renversé un an plus tard.
C'est ensuite un régime de transition dirigé par un autre militaire, le général Sékouba Konaté, qui a été à la tête du pays jusqu'à l'organisation de la présidentielle remportée par M. Condé.
Le 2 juillet, le colonel Moussa Keita, ancien responsable de la junte militaire de Moussa Dadis Camara, a été arrêté à Conakry. Il est depuis détenu "dans un lieu tenu secret inaccessible à sa famille", selon ses proches et des ONG. Il venait de déclarer à la presse que le général Konaté avait détourné plus de 20 millions de dollars.
[J.A./Afp]
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