L’avènement du chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, au pouvoir après le renversement, le 11 avril dernier, du président Laurent Gbagbo a vu naître une nouvelle entité de soldats et d’agents de sécurité appelée Frci.
Ils occupent la quasi-totalité des commissariats de police et brigades de gendarmerie rendant ainsi difficile, le retour et l’exécution des tâches dévolues aux éléments de ces corps.
En attendant la réhabilitation totale de la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) et des prisons à l’intérieur du pays ainsi que la reprise effective des procès sur le plan pénal, les délais de garde – à -vue sont indéfiniment longs. Avec à la clé des exécutions extrajudiciaires ou des libérations monnayant des dessous de table.
Des conditions difficiles de travail des éléments de police et de
gendarmerie
Des conditions difficiles de travail des éléments de police et de
gendarmerie
Si les agents de police ont applaudi lors de l’annonce faite par leur directeur général, l’inspecteur général Bredou M’bia, de la libération progressive des commissariats par les éléments des Frci, forces pro-Ouattara, il y a peu à la préfecture de police d’Abidjan, au cours d’une grande réunion avec les chefs de service, force de constater aujourd’hui qu’ils doivent tous déchanter.
Les Frci n’ont pas encore rejoint leurs camps militaires comme promis par leur hiérarchie. Ils règnent en seigneurs de guerre dans les locaux des policiers. Ce sont seulement les commissariats du 1er arrondissement (Plateau) et 8ème arrondissement (cocody) qui sont débarrassés pour le moment des Frci.
Malheureusement au cours de nos passages, on a constaté des policiers contrariés sur le terrain par des éléments dits « incontrôlés » des Frci. Manque de discipline, méconnaissance des techniques de maintien d’ordre, de planque, de constats d’usage et d’intervention sont le lot des récriminations des agents de l’ordre contre les Frci.
Malgré la destruction de leurs outils de travail et de leurs locaux par les Frci à Abidjan, aux heures chaudes des événements post – électoraux, la plupart des agents de police et de gendarmerie sont présents pour le travail.
C’est faute de moyens matériels qu’ils sont commis à des tâches administratives. A l’intérieur du pays, dans des localités telles qu’à Tiassalé, N’Douci, Gagnoa, Soubré, Méagui, des chasseurs traditionnels dozos armés participent aux côtés des forces régulières à des opérations de sécurisation des populations. Sans que cela n’offusque les premiers responsables en charge de la sécurité en Côte d’Ivoire.
« Comment voulez – vous que les populations nous respectent. Ici, pour un oui ou un non, les Frci soutiennent que ce sont eux qui ont gagné la guerre.
Quelle franche collaboration peut – on avoir avec ces indisciplinés qui sont sans formation en matière de sécurité publique ? », s’est indigné, sous le couvert de l’anonymat, un sous – officier de police.
Pour les Forces de l’ordre, les valeurs de probité, de respect de la hiérarchie et de professionnalisme, qui font la force de toute armée normale et républicaine doivent être enseignées aux Frci.
« Sinon, nous allons toujours assister à cette cacophonie qui a lieu en ce moment dans les commissariats. Le problème, ce sont les populations et surtout les opérateurs économiques qui en pâtissent.
La relance de l’économie va de pair avec une sécurité confiée à des professionnels. Pas à des délinquants recouverts en Frci », a relevé un officier de police judiciaire pour qui il n’est pas rare de voir à yopougon, par exemple , des éléments Frci encaisser des taxes municipales en lieu et place des collecteurs de la mairie de cette commune.
Les garde-à-vue
monnayées
Les garde-à-vue
monnayées
La situation d’insécurité grandissante que vivent les populations ivoiriennes n’entame pas, pour autant, l’ardeur au travail de certaines forces de l’ordre. Ces agents procèdent à des interrogatoires des prévenus et autres mis en cause qui sont mis à leur disposition.
Mais que peuvent faire ces agents lorsque les prisons, faute de réparation, ne peuvent accueillir de pensionnaires et surtout lorsque l’appareil judiciaire marche au ralenti ? « Nous sommes obligés de procéder à des règlements à l’amiable.
L’escroc rembourse l’argent au plaignant. Après des délais de garde – à- vue qu’on peut prolonger dans un cadre légal, nous sommes contraints malgré nous – mêmes de laisser partir le prévenu. Cela nous fait mal. Mais, on n’y peut rien.
La situation actuelle nous oblige à procéder ainsi si on ne veut pas se mettre à dos, les organisations des droits de l’homme », a indiqué un agent de l’ordre. Qui a révélé, par ailleurs, que des prévenus dans le cadre d’une procédure d’enquête sur l’attaque d’une agence bancaire de cette localité, ont été remis en liberté, faute de prison devant les accueillir.
D’autres sources ont fait état de ce que trois jeunes gens arrêtés pour complicité avec les mercenaires libériens lors de leur passage dans le pays du Leboutou, ont remis chacun 100 mille F CFA aux éléments des Frci pour humer l’air de la liberté.
A Abidjan, des agents ont révélé que c’est une pratique courante de monnayer la remise en liberté des suspects. Ni vu ni connu. Un bon pactole qu’ils empochent. A telle enseigne que certains éléments des Frci imaginent des drôles chefs d’accusation pour avoir dans leur nasse, des personnes innocentes et leur soutirer des sommes d’argent.
Sous la menace de leurs armes. Parfois au prix des tortures et autres traitements humiliants. La caserne de la brigade anti-émeute (BAE) et la base maritime de Locodjro-Yopougon servent de lieux détention réputés sévères des Frci.
Ils ne demandent pas d’ailleurs mieux d’autant que selon des témoignages, certains éléments des Frci vivent de ces transactions financières.
Parfois, le partage du butin se termine dans un bain de sang entre les groupes rivaux des Frci lorsqu’une partie se sent lésée, à en croire une source bien introduite dans le milieu. « Certains de nos gars déconnent souvent.
Comme ils n’ont pas de salaire, ils ont décidé de se faire payer sur le terrain. Ils vont enlever des gens en faisant croire qu’ils hébergent des miliciens ou qu’ils étaient de mèche avec les mercenaires libériens. Alors que tout cela est faux. Arrivés à un endroit, ils t’obligent à payer de l’argent si tu veux rester en vie.
Craignant donc pour leur vie, les victimes déboursent des sommes d’argent. Cela nous échappent le plus souvent, car ce sont des éléments incontrôlés », s’est défendu un responsable Frci qui s’est empressé d’ajouter qu’il existe des numéros verts pour joindre les équipes d’intervention et annihiler ces prises d’otages.
Mais, pour le commun des abidjanais, à l’instar de M. D.P.G, il ne faut pas se tromper de personnes. « Ce sont les mêmes. Ils veulent nous distraire en parlant d’éléments dits incontrôlés.
Où a- t-on vu dans une armée, des éléments dont on n’a pas la position ni le signalement ? Ce sont eux, les responsables, qui les envoient sur le terrain pour arrondir leurs fins de mois et avoir un peu plus d’argent. S’ils le désirent, ils peuvent arrêter ce phénomène à commencer par la hiérarchie des Frci.
Ce sont eux qui ont ouvert les prisons et fait enrôler les détenus réputés criminels », a-t-il accusé. Non sans déplorer la destruction des 33 maisons d’arrêt et de correction de Côte d’Ivoire.
Notre interlocuteur a stigmatisé le fait que des prisonniers devenus Frci, forces pro-Ouattara, veulent faire la peau à des gardes pénitentiaires. Au motif que ces derniers leur ont mené la vie dure au cours de leur détention.
C’est pourquoi, de nombreux gardes pénitentiaires apeurés n’ont pas encore rejoint leurs postes de travail.
Des exécutions
extra-judiciaires
Des exécutions
extra-judiciaires
Il faut toutefois noter qu’en dehors des procédures de « règlement à l’amiable », des éléments Frci procèdent à des assassinats et des meurtres ainsi qu’à des règlements de comptes. Selon des informations recueillies, des personnes sont kidnappées à leurs domiciles et sur leurs lieux de travail.
Et les corps sont retrouvés quelques jours après, criblés de balles à des endroits de la capitale économique. Sans interrogatoires, ces personnes dont le seul tort est d’être des partisans du président Laurent Gbagbo sont criblées de balles ou découpées à la machette.
Selon des sources policières, c’est au niveau de la rivière du Banco, du Côté des Fanicos, en bordure de l’autoroute du Nord et dans les plantations d’hévéa, après le corridor de GESCO, à la sortie d’Abidjan, que de nombreux corps sans vie sont retrouvés. « C’était fréquent dans les zones de yopougon, d’Attécoubé, d’Abobo-Doumé ainsi qu’à Locodjro, au lendemain du renversement du président Laurent Gbagbo.
Nous avons fait des constats de décès à domicile. Les victimes pour la plupart n’ont pas eu leurs affaires volées ou saccagées. Tout était intact dans les maisons. Signe que les meurtriers ne sont pas des voleurs. Les corps criblés de balles à la kalachnikov montrent qu’il s’agissait de criminels.
Heureusement, avec les rapports des organisations internationales des droits de l’homme, ces crimes crapuleux ont un peu diminué à Abidjan. Ces tueurs ont jeté leur dévolu sur les populations de l’intérieur du pays, dans des localités où l’accès est difficile pour tout enquêteur », a dénoncé un officier rompu aux tâches d’identité judiciaire (I.J).
Une enquête réalisée par Didier Kéï
Notre Voie
Une enquête réalisée par Didier Kéï
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire