Joseph KABILA et son 1er ministre Adolphe MUZITO
La République Démocratique du Congo (RDC) glisse lentement mais sûrement vers une zone de grande turbulence. La raison est simple : le pays est dirigé par des voyous. Des hommes sans foi ni loi qui confondent leurs intérêts mafieux avec ceux de tout un peuple.
«Des élections apaisées !». Tout le monde n’a plus que ces mots dans la bouche. Diplomates, opposants, membres de la mouvance kabiliste et autres gouvernants. Tous ne parlent que de «ça». Cette préoccupation n’est pas sans rappeler l’ambiance qui prévalait à la veille de l’organisation de l’élection présidentielle en 2006. Sous l’égide de la «communauté internationale», les deux candidats restés en lice ont été invités à signer une multitude de «convention» pour garantir des élections…apaisées. Le ministre belge des Affaires étrangères de l’époque avait même «innové» en lançant l’idée d’un «gouvernement d’union nationale» réunissant le vainqueur et le perdant. Comme en 2006, les «élections apaisées» risquent d’être un attrape-nigaud.
A deux semaines de la date officielle du lancement de la campagne électorale pour l’élection présidentielle et la députation nationale, le climat politique devient de plus en plus délétère. Certains analystes suspectent, à tort ou à raison, le président sortant «Joseph Kabila» d’être à l’affût d’un prétexte pour décréter "l’Etat d’urgence". Ainsi, restreindre l’exercice des droits et libertés et partant, reporter la date de la tenue des élections en général et de l’élection présidentielle en particulier. Une élection présidentielle que le chef d’Etat sortant pourrait difficilement gagner face au «candidat commun» de l’opposition rassemblée.
D’autres analystes reprochent au leader de l’UDPS - et candidat à l’élection présidentielle – d’apporter de l’eau au moulin des "super faucons" de la "Kabilie". Ils citent à l’appui notamment le caractère «incendiaire» du passage ci-après contenu dans l’interview qu’il a accordée au quotidien «Le Soir» daté du 1er octobre dernier : «Ma victoire est une certitude. C’est au pouvoir que vous devez demander s’il va accepter sa défaite…S’il se maintient par la force, le pays sera ingouvernable».
Il faut dire que la dernière partie de cette déclaration "passe bien" dans le microcosme politique congolo-congolais où l’on a la faiblesse d’applaudir tout et n’importe quoi. Ce type de discours est en revanche imbuvable dans les milieux occidentaux où toute intransigeance est synonyme d’extrémisme. Il est donc urgent que le «Sphinx de Limete» s’efforce d’adapter sa communication au type de public auquel il s’adresse. Peut-on attraper des mouches avec du vinaigre?
S’il est vrai que le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), de retour d’une en Occident, a confirmé, dimanche 9 octobre, « la tenue de l’élection présidentielle et les législatives à la date du 28 novembre 2011», il n’en demeure pas moins vrai que la Ceni est confrontée à des réels problèmes de logistique pour déployer ce matériel aux quatre coins du pays. Aux problèmes logistiques s’ajoutent des problèmes sécuritaires.
N’en déplaise au porte-parole militaire de la Monusco, le lieutenant-colonel Félix Prosper Basse - qui a affiché, mercredi 13 octobre, un optimisme béat en prétendant «qu’il n’existe plus de portion de terre de la RDC entièrement aux mains d’un groupe armé local ou étranger» -, il y a de plus en plus des signaux qui inquiètent. La Monusco ne dit pas la vérité.
A titre d’illustration. Au Katanga, l’ex-chef milicien Kyungu Mutanga, alias «Gédéon» est toujours en cavale. Début septembre, cet énergumène a pu s’évader de la prison de haute sécurité de Kasapa, à Lubumbashi, en compagnie plusieurs centaines de prisonniers. Ceux-ci ont sans aucun doute bénéficié des complicités dans une ville où se trouve basé un important contingent de la garde présidentielle. Au Katanga toujours, des miliciens des FDLR ont été aperçus dans la partie boréale de la province. Dans les deux Kivu, les FDLR, les Maï Maï Yakutumba et des éléments «indisciplinés » du CNDP y font la pluie et le beau temps. La situation est loin d’être plus engageante dans la province Orientale où les rebelles ougandais de LRA et ceux de l’ADF-NALU continuent à répandre la terreur et la mort.
Au-delà de l’insécurité entretenue par des bandes armées, on assiste à un phénomène plus grave. Il s’agit de l’organisation d’une sorte de milice par le pouvoir d’Etat. Sous le fallacieux prétexte de mobiliser des jeunes dans la ligue du parti présidentiel, la mouvance kabiliste procède actuellement au recrutement des chômeurs pratiquant du judo, la boxeur, le catch et le karaté. Lors des récentes manifestations, ces «sportifs» désoeuvrés dits «pomba» ont été vus à l’œuvre aux côtés des policiers anti-émeutes.
La semaine dernière, le gouverneur de la province du Kasaï Oriental, Ngoy Kasanji, s’est livré à une démonstration de force sous forme de « déploiement de biceps » en faisant un tour de la ville de Mbuji-Mayi en compagnie des «sportifs» locaux. Toutes les conditions semblent réunies pour une déflagration. Où est passé l’Etat en tant que garant de l’intérêt général ? Que devient l’impartialité des pouvoirs publics ?
Mercredi 13 octobre, des mamans congolaises proches de l’UDPS ont «marché» à Kinshasa. Dans un mémorandum remis au ministre de l’Intérieur, elles ont appelé à des élections « transparentes, apaisées et démocratiques ». Elles ont par ailleurs tiré la sonnette d’alerte notamment sur le recours aux fameux «pomba» pour commettre des actes de vandalisme. Le président de l’Ong «Les Amis de Nelson Mandela», a enfoncé le clou en fustigeant le même jour le recrutement des «sportifs» par certains partis politiques.
Signalons enfin une "rwandisation" du pouvoir kabiliste consistant à réprimer violemment toute manifestaion des forces de l’opposition à l’image des pratiques fascistes chères à l’homme fort de Kigali, le général Paul Kagame. Le but est de répandre la terreur au sein de la population.
On le voit, la RD Congo glisse lentement mais sûrement vers une zone de grande turbulence. La raison est simple : le pays est dirigé par des voyous. Des hommes sans foi ni loi qui confondent leurs intérêts mafieux avec ceux de tout un peuple. Ces truqueurs patentés - lesquels n’hésitent pas à mentir sur leur lieu de naissance, leur filiation et à usurper des identités - ont engagé le pari risqué de prendre les 60 millions des Congolais en otage.
Fort heureusement, aucune situation n’est définitive. Le progrès comme la décadence...
Baudouin Amba Wetshi
Published By www.KongoTimes.info - © KongoTimes! - All Rights Reserved.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire