mardi 11 octobre 2011

La RDC face aux enjeux sous-régionaux


Par Freddy Monsa Iyaka Duku
Le projet du «Marché commun africain» refait surface. Crise économique et financière internationale oblige. Il est maintenant question d’évaluer les possibilités de regroupement des organisations économiques sous-régionales. Plus particulièrement en Afrique australe, de l’Est et centrale. Au centre des enjeux, la République démocratique du Congo.
Du 29 au 30 septembre 2011 s’est tenue à Nairobi, capitale du Kenya, une réunion d’évaluation sur le fonctionnement des organisations économiques sous-régionales. Le mieux que l’on puisse retenir de cette rencontre, c’est qu’il a été envisagé sérieusement du regroupement des organisations économiques sous régionales. Il s’agit de la Communauté économique des Etats d’Afrique australe, COMESA, de la Communauté économique pour le développement de l’Afrique australe, SADC, et de la Communauté de l’Afrique de l’Est, CAE. La première compte 26 Etats africains, la seconde 15 et la troisième 5 Etats.
L’idée tient du fait que plusieurs pays de la sous-région sont à la fois membres de ces organisations. Ce qui pose d’abord le problème de cotisation, mais surtout de l’application des résolutions, des tarifs douaniers, pour citer ce cas précis.
Autre élément important pour justifiant cette initiative de regroupement des organisations économiques sous-régionales ; la récession économique et la crise financière internationale. Elles poussent à la mise en place de grandes organisations politiques et économiques. Les cas de l’Union européenne ; de l’ALENA (Les Amériques) en disent long. Plus l’on est uni, mieux cela vaudrait afin de résister aux secousses d’une économie mondiale en souffrance.
AFRIQUE CENTRALE VISEE
Le problème ne concerne pas seulement les pays de l’Afrique australe et orientale, mais aussi l’Afrique centrale. Force est de reconnaître que comparativement aux pays de l’Afrique de l’Ouest, ceux-ci accusent une longueur d’avance sur ceux de l’Afrique centrale.
Qu’à cela ne tienne. Les organisations telles que la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, CEEAC ; la Communauté économique des pays des Grands Lacs, CEPGL; la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale, CEMAC, seront touchées. Tel le cas du Burundi qui est à la fois membre de la CAE, CEEAC, CEPGL et CEMAC.
Beaucoup plus concernée, la RDC qui se trouve à la fois à la COMESA, SADC, CEEAC, CEPGL et CEMAC. Comment s’en tirer sur le plan des cotisations, des engagements pris dans le domaine des taxes tarifaires ?
Mais il y a beaucoup plus important : la problématique de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. Une organisation politico-économique qui plane au-dessus de la CEPGL, CEEAC, CEMAC et la CAE. Va-t-elle s’étendre aux pays de l’Afrique australe quand on sait que l’Angola, la Zambie y font partie ou disparaître ? Ou ceux de l’Afrique de l’Est avec le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, le Kenya, le Soudan en tant que pays de «front» avec la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ?
Créée à la suite de la situation particulièrement en RDC, Rwanda, et Burundi, avec tous les risques de déstabiliser toute l’Afrique, la CIRGL est désormais sujette à caution. Elle a maintenant du plomb dans l’aile tant elle n’a pas encore réussi à prouver les raisons de sa création et de son existence.
RDC AU CENTRE DES ENJEUX
Ce regroupement suppose l’existence des «pays pivots», des «Pools» autour desquels graviteront les axes de la politique de développement sous-régional. L’Afrique du Sud sort déjà du lot au regard de la dynamique de son économie par la mise en exploitation effective et rationnelle de ses ressources.
Naturellement, la RDC aurait été le deuxième pool de par sa position géostratégique et ses immenses ressources. Le fait d’ailleurs d’appartenir à la CEEAC, SADC, COMESA, CEPGL et CEMAC pourrait s’expliquer par sa position géostratégique, et par la recherche de plusieurs débouchés afin d’accéder à d’autres marchés. Ces deux éléments pèseront lourd dans la balance quand il s’agira du regroupement effectif de ces organisations sous-régionales. La RDC sera incontestablement au centre de tous les enjeux, car tiraillée de gauche à droite par ces organisations. Voire subir ces complots visant sa balkanisation pour le contrôle d’une bonne partie de ses richesses. A l’esprit nous vient cette proposition de ce «Marché commun» pour partager les richesses de la RDC avec les pays voisins
Evidemment, la question est celle de savoir si la classe politique congolaise a pris conscience de ces mutations possibles et de ces enjeux. C’est maintenant, en cette période électorale, que l’on aurait pu percevoir les premiers signaux forts.
En fait, au sein de toutes ces organisations politico-économiques où elle est membre, la RDC n’a pas encore su imposer son style comme il se devrait compte tenu de ses atouts. Certes, la RDC a abrité les sessions de la SADC et de la CEEAC. Mais en termes de projets de développement, quelle est la taille des initiatives orientées vers la RDC ? Ou encore du point de la représentativité, la RDC dispose-t-elle de hauts cadres au sein de ces organisations ? Pour ne prendre que le cas de la CIRGL, la RDC n’est pas au secrétariat exécutif. Et pourtant, il le fallait pour peser lourd lors de l’approbation et de l’exécution de certains projets prioritaires. Tenez.
Si la concrétisation du projet du Corridor nord, avec le courant d’Inga, se concrétisait en même temps que l’implantation de l’Institut de «Bonne gouvernance et démocratie» à Lusaka, les populations frontalières de tous les pays membres de la CIRGL en bénéficieraient. Or, à l’allure où se déroulent les négociations pour dégager des capitaux, trouver le financement, c’est le deuxième projet qui semble prendre le pas sur le premier, faisant de la RDC la grande perdante.
Cette initiative de regroupement des organisations économiques sous-régionales tombe bien à pic, au moment où la RDC est en plein processus électoral. Les différents discours des candidats à la présidentielle et aux législatives 2011 nous édifieront quant au rôle que doit jouer la RDC sur le plan régional. C’est-à-dire, s’ils disposent d’une vision, une vraie, sur de grandes questions nationale, sous-régionale, continentale et internationale. Ou tout simplement s’accommodent-ils aux «marches dans les rues», le «recours aux pierres et autres armes blanches», «des invectives» et autres propos incendiaires…. Comme pour dire que l’avenir et le devenir de la RDC se jouent et se décident maintenant. Demain, il sera trop tard

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