mercredi 23 mai 2012

RDC-Gouvernement : gestion sans repères

 Matata Ponyo et les membres de son gouvernement à l'assemblée nationale.

En parcourant le compte-rendu du Conseil des ministres du 21 mai 2012, l’on se rend vite compte que le projet du budget 2012 ne constitue pas une priorité du gouvernement.

Aucune allusion n’y est faite.

Cette omission signifierait-elle que l’on voudrait occulter la gestion des affaires de l’Etat pendant cette période de «vide budgétaire». L’absence de ce référentiel laisse à penser que le pays est géré à vau-l’eau, sans repères.

Le projet du budget 2012 se fait toujours attendre. Au gouvernement, on continue à entretenir le suspense. Pourtant, le Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, s’était engagé, lors de la défense de son programme devant l’Assemblée nationale, de faire diligence en dotant le plus rapidement possible le pays d’un budget pour le reste de l’année 2012.


Par la même occasion, le chef du gouvernement pensait aussi pallier le plus grand handicap de son programme, à savoir l’absence des chiffres.

«Dans quelques semaines, promettait-il, votre gouvernement sera de retour dans cette salle pour présenter le budget 2012, et à cette occasion, vous aurez le privilège de trouver l’évaluation chiffrée de premières actions figurant dans le programme et prévues dans le très court terme».


Malheureusement, en lieu et place du projet de budget 2012, le gouvernement s’est plutôt, à sa réunion du 21 mai dernier, attardé sur sa feuille de route pour la période 2012-2016 et son programme de 100 jours.

C’est ce qu’indique le compte rendu lu par son porte-parole : «La feuille de route du gouvernement pour la période 2012-2016 de même que le programme de 100 jours du gouvernement ont été validés par le conseil des ministres.


Sur instruction du président de la République, chef de l’Etat, une synthèse de la Feuille de route, document de référence pour l’action à long terme du gouvernement de la République sera rendue publique».

Les chiffres se font toujours attendre

Comme on peut le constater, pas un traitre mot n’est mentionné sur le projet du budget de l’Etat pour l’exercice 2012. Alors que, en principe, cela devrait être prioritaire en cette période où la RDC amorce le deuxième semestre de l’année 2012.


Pendant ce temps, des sources fiables renseignent que l’omission, si elle n’est pas volontaire, elle procèderait d’une stratégie visant à gagner du temps en attendant un compromis avec les institutions de Bretton woods sur la question des chiffres.

Tout bien pesé, le gouvernement semble passer outre le caractère contraignant de doter le pays d’une gestion saine et patente. Et pour cause.


Comment se projeter déjà sur le quinquennat 2012-2016 dès lors qu’on n’a pas encore résolu la question la plus immédiate qu’est le budget de l’Etat pour l’exercice en 2012 ?

Qu’est-ce à dire ? Que l’on serait en panne d’inspiration au niveau de l’Exécutif central ?

Ou alors l’on croit avoir tout le temps devant soi ? Incroyable, au regard des intelligences recrutées au sein de l’Exécutif national et accréditées du qualificatif de «surdouées».

L’attitude du gouvernement inquiète et laisse libre cours à des commentaires en sens divers. Tout ce qu’il lui reste à faire c’est de cracher le morceau, notamment en avouant publiquement des impondérables qui ont bousculé ou retardé son l’action de l’Exécutif au point de l’obliger à recadrer ses priorités.

Au nombre de ces préalables figure en bonne place l’insécurité qui perdure dans l’Est ; une donne que le chef du gouvernement a semblé relativiser lors de la présentation de son programme à la chambre basse du Parlement.


Aujourd’hui, la guerre dans l’Est se pose comme une variable de décision dans la programmation budgétaire. Difficile cependant de l’intégrer dans les prévisions compte tenu de son caractère aléatoire.

Or, toute la charpente du budget de l’Etat ne peut tenir qu’au regard de l’évolution de la situation sécuritaire dans l’Est.

Pour rappel, le chef du gouvernement s’était voulu lucide, le 9 mai dernier dans les réponses qu’il a accordées aux nombreuses préoccupations des députés nationaux.


Faisant le rapport entre son programme de gouvernement et la déstabilisation de l’Est, il avait indiqué que «toute l’œuvre de la reconstruction nationale que le peuple congolais a contribué à rendre réalisable, sous le leadership du Président de la République, Chef de l’Etat, ne serait qu’un château de sable si elle ne reposait pas sur la sécurité publique et la paix à nos frontières, et sur l’étendue du territoire national».

« Et le gouvernement, poursuivait-il, ne peut donc en rester indifférent». Si c’est cela le couac, que le Premier ministre prenne son courage et dise tout haut que la situation instable dans l’Est complique l’élaboration du projet de budget 2012.

On lui en saurait gré plutôt que chercher des faux-fuyants, quand bien cela serait loin de constituer une belle excuse pour l’Exécutif national.

Eviter le trou noir

Dans tous les cas, le plus important pour le gouvernement est d’éviter que le pays ne sombre dans un trou noir en l’absence d’un instrument de conduite de sa politique économique, en l’occurrence le budget de l’Etat.


Quelles que soient les pesanteurs actuelles, le gouvernement n’a pas le droit de se dérober à ses obligations, notamment celle de disposer d’une balise. Il est impensable que le pays fonctionne six mois durant sans budget de l’Etat.

Si cela est pensable en RDC, le gouvernement devrait dire de quelle manière sont exécutées les opérations financières de l’Etat ? Tout comme, sur base de quoi établit-on le plan de trésorerie ?


Autant d’interrogations qui jettent un réel discrédit sur la manière de conduire les affaires de l’Etat en RDC. La situation de «vide budgétaire», héritée sans doute du gouvernement précédent, n’est pas de nature à favoriser la mise en œuvre de grands axes du plan de réforme des finances publiques, adopté en 2010 au Parlement.

Par devoir d’un côté, et par souci de réalisme de son programme, de l’autre, le gouvernement est dans l’obligation de se rattraper pour ne pas prêter le flanc aux fossoyeurs des finances publiques ; ceux qui se servent allégrement sur le compte général du Trésor et se complaisent dans leur rôle de prédateurs des deniers publics.

A noter que le 15 juin prochain, le Parlement clôture sa session de mars et va en vacances. Il reviendra en septembre prochain pour la session budgétaire relative à l’exercice 2013.


Qu’en sera-t-il alors de l’exercice 2012 ? Matata Ponyo détient, sans aucun doute, la clef de l’énigme.

Une gestion sans repères prévisionnels est la pire de toutes. Car, même les « ligablos » (NDLR : boutiques) peuvent lui faire concurrence en ce domaine.

De même que les paysans. Elle favorise la prédation en même temps qu’elle ne contribue pas à la consolidation des efforts accumulés pour des objectifs de développement. C’est le moins que l’on puisse dire.

© Le Potentiel

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