mardi 26 février 2013

Exclusif – Kigali aurait donné l’ordre « d’éliminer » Ntaganda et Runiga



Des affrontements ont opposé dimanche soir, au Nord-Kivu, des factions rivales au sein du M23, la rébellion qui avait pris Goma à la fin de 2012. L’hôpital provincial de Rutshuru a évoqué, pour l’AFP, dix morts et deux blessés.

Selon les informations recueillies par « Direct.cd », cette escalade entre deux fractions du M23 ferait suite à la décision du Rwanda d’ »éliminer » le leader politique du mouvement rebelle, le pasteur Jean-Marie Runiga, ainsi que Bosco Ntaganda dont l’influence dans l’ombre générait énormément les affaires de Kigali.

L’accord des pays de la région signé dimanche pour ne pas aider les rébellions au sein des Etats voisins et pour demander au Conseil de sécurité de l’Onu de revoir le mandat du contingent de Casques bleus au Congo, en vue de « renforcer son appui au gouvernement pour faire face aux enjeux d’ordre sécuritaire », met en effet la pression sur le M23.

Selon une source occidentale, les heurts armés, qui auraient tué six rebelles et huit civils, ont opposé l’escorte de Sultani Makenga, chef militaire du M23, et des hommes de Baudouin Ngaruye. Cet officier du M23 est un proche de l’ex-chef rebelle CNDP Bosco Ntaganda, renversé le 6 mai 2012, jour de la création du M23. 

Baudouin Ngaruye appuie Jean-Marie Runiga, « bishop » (évêque) d’une secte évangéliste et chef politique du M23.

Sur quoi s’opposent les deux factions ? Sultani Makenga estime que seules les raisons de la création du M23 doivent constituer des revendications : la mise en œuvre de toutes les clauses de l’accord de paix du 23 mars 2009, qui avait mis fin à la rébellion du CNDP. 

Si un accord était obtenu à ce sujet, cependant, cela obligerait Bosco Ntaganda – recherché par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre dans une autre région – à quitter le Kivu.

Jean-Marie Runiga, au contraire, au vu de la rapide victoire militaire du M23 à l’automne passé et de la prise de Goma, veut élargir les revendications du goupe à des objectifs nationaux et est favorable à un nouveau partage du pouvoir à Kinshasa. 

Cette faction tente donc d’élargir la direction du M23 en y introduisant des non-Kivutiens – notamment l’ex-député Roger Lumbala (Kasaï), qui a dernièrement tenté de recruter, en Afrique du Sud, deux fils de feu Laurent Kabila, Etienne et Emmanuel Kabila, selon ce dernier.

Toujours d’après la même source, le Président Rwandais qui dirige dans l’ombre ce mouvement rebelle se voit obligé de « lever le camp ». L’accord du dimanche dernier en serait à la base.


« Bosco Ntaganda commence à gêner Kigali, il en sait trop sous leurs deals », affirme la source qui a requis l’anonymat.

« Kagame a donc décidé son élimination, ainsi que celle de Runiga, qui, depuis un bon moment, s’est allié avec Bosco dans le but de renverser Kinshasa (…) ce qui a logiquement conduit aux affrontements du dimanche dernier », conclut-il.

Entre temps, les tentatives de réconciliations entre les deux factions du M23 ont échoué. Ce mardi matin, la tension continue au sein du M23. Cet épisode exposé au grand jour avec les combats fratricides de Rutshuru ajoute une incertitude supplémentaire quant à l’avenir du Nord-Kivu, avec au bout… la quasi certaine reprise du conflit.

La Rédaction, Direct.cd

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