mardi 19 mars 2013

M23 : on s’entretue pour 5 millions USD

lundi 18 mars 2013



Les éléments de la rébellion du M23 s’entretuent allègrement pour 5 millions USD, après la destitution le 27 février du chef politique Jean-Marie Runiga exilé au Rwanda, en compagnie de 640 officiers et soldats désarmés, depuis samedi 16 mars.

« Je suis ici car la situation sur le terrain s'était dégradée. J'ai préféré sauver ma vie. Tant que je suis ici, je ne peux pas faire de politique. Pour le moment, je suis ici car je sais que je peux y trouver un asile », a déclaré Runiga dans le camp de transit de Nkamira, au cours d'un entretien avec la presse organisé par les autorités rwandaises.

« On s'est battu et on s'est retrouvé ici à cause du manque de munitions. C'est un repli technique (effectué dans la nuit de vendredi à samedi) pour faire soigner nos blessés et mettre fin à la guerre entre frères », a renchéri son chef militaire, le colonel Baudouin Ngaruye.

Chasseurs de prime

La scission intervenue au sein du M23 est consécutive à des suspicions croisées entre ses deux têtes d’affiche, cuisant ainsi à des tueries fratricides.

D’un côté, le général Sultani Makenga accuse Jean-Marie Runiga de soutenir le général Bosco Ntaganda. Runiga suspecte Makenga d'avoir pactisé avec le gouvernement de la RDC « pour torpiller » les pourparlers de paix en cours à Kampala.

Mais, au-delà de la justification annoncée par Makenga de « mettre hors d’état de nuire l’ensemble du groupe d'indisciplinés » fidèles à Runiga et de « prendre le contrôle de toute l’étendue de l’espace investi par les malfrats » à Kibumba, lui et ses hommes se sont transformés en chasseurs de prime.

Cela expliquerait par ailleurs le ralliement d’« une vingtaine d’officiers et des plusieurs centaines de soldats » du M23-Runiga, également alléchés par les 5 millions USD de « récompense » promis par le président américain pour la capture du général Bosco Ntaganda, recherché activement par la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2006.

En effet, sa tête et celle de certains commandants nommément identifiés du M23 sont mises à prix par Barack Obama qui offre une « récompense » de 5 millions USD pour leur arrestation, sur la base du Reward for Justice Extension (déclaration de récompense pour la justice).

« Tant que Bosco Ntaganda et (le Rwandais) Sylvestre Mudacumura visés par des mandats d’arrêt de la CPI ne seront pas arrêtés et traduits en justice, ils continueront à être les principaux instigateurs de l’instabilité qui prévaut sur l’ensemble de la région des Grands Lacs, constituant ainsi la plus grande menace pour la population civile », avait pour sa part déclaré le 21 novembre 2012 la procureure de la CPI Fatou Bensouda, en réclamant l’arrestation « impérative » de Bosco Ntaganda.

Causes lointaines

Le M23 était apparu en avril 2012 au Nord-Kivu lorsque le général Bosco Ntaganda avait conduit nombre de ses hommes de l’ex-CNDP à quitter l’armée lors d’une mutinerie.

La première cause était que « les autorités de la RDC avaient tenté de briser les structures paramilitaires qui continuaient d’exister au sein de l’armée en déployant des commandants hors de leur zone d’action ».

La seconde se fondait sur « la pression accrue dans la quelle se trouvait le gouvernement congolais pour arrêter Bosco Ntaganda, qui faisait l’objet d’un acte d’accusation de la CPI pour des chefs de meurtre, viol et conscription d’enfants soldats, des faits remontant à l’époque où il dirigeait une autre milice dans le district de l’Ituri, en Province Orientale ».

Fin décembre 2012, le Conseil de sécurité des Nations unies avait pris de « nouvelles sanctions » contre le chef politique du M23 Jean-Marie Runiga Lugerero et celui des rebelles rwandais des FDLR Eric Badege. Interdits de voyager, leurs avoirs sont également gelés.

« Nous estimons que ces décisions vont faciliter des progrès vers une paix durable dans l’Est de la RDC », avait déclaré dans un communiqué l’ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, Suzanne Rice, demandant aux membres du M23 et des FDLR « de faire défection et de se démobiliser afin de se dissocier des groupes sanctionnés ».

Angelo Mobateli
Le Potentiel

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