Un pays qui a perdu ses railleurs par ses fils et filles ayant conclu un pacte avec le diable. Un pays presque rayé de la carte, n'existant plus que de nom. Sur le plan interne, le pays est gouverné par une série d'expédients, accroissant et aggravant plus de problèmes et de difficultés qu'on ne les résout.
Dans les regroupements régionaux CEEAC, SADC, GIRGL où il s'est faufilé, le pays affiche un profil bas, ne jouissant d'aucune considération.
A l'extérieur, la communauté internationale semble avoir décrété un autre statut pour ce pays, et qu'elle met à l'exécution graduellement au vu et au su des dirigeants inconscients ou complices. Ce n'est pas le fait du hasard.
Les faits et gestes officiels montrent que le pays est dirigé à la va comme je te pousse, au mépris des principes et des concepts universellement consacrés. C'est le pouvoir pour le pouvoir coûte que coûte, advienne que pourra.
Et tous les moyens sont bons pour s'accrocher au pouvoir et même s'y éterniser. Des rendez-vous cycliques organisés et des textes élaborés soi-disant pour fonder l'Etat, et qu'on piétine sans s'embarrasser de scrupules, et qui restent sans lendemains. La situation empire peu après et l'on revient à la case départ.
On se donne encore rendez-vous ou dans la recherche de la cause du mal, l'on développe des arguments spéciaux sans avoir le courage de mettre le doigt sur la plaie pour finalement s'emmêler les pinceaux comme toujours.
Quid du dialogue inter congolais à Sun City et de l'accord global et inclusif ?
Quid des scrutins de 2006 et 2011 ?
Aujourd'hui on relance l'idée du dialogue pour la recherche d'une cohésion nationale ! Cela montre qu'on devient plus ou moins conscient que le pays est déchiré et court le danger d'anéantissement.
Mais pourquoi en est-on arrivé à ce stade de risque, alors qu'il y a les dirigeants et les institutions qui s'estiment issus du scrutin du 28 novembre 2011 ?
Il doit y avoir un problème compliqué et aggravé par la désorganisation de ce scrutin et la falsification de ses résultats. La recherche d'une cohésion nationale est entravée par l'équation de ce scrutin qui n'est pas résolue et que le dialogue ne saurait résoudre compte tenu de la composition de sa coprésidence et de la manière dont il est concocté.
Un ballon d'essai fâcheux
Parallèlement au dialogue, on parle de la révision de la constitution. Le sujet devient un terrible brûlot qui suscite des débats vifs et met en émoi des penseurs du gotha scientifique congolais.
Il y en a qui se sont mis à pondre des volumes consacrés à la nécessité ou nom de la révision de la Constitution.
On galvaude la science, on en abuse sans gêne. On s'évertue à soutenir l'insoutenable, à défendre l'indéfendable.
Faire avaler des couleuvres aux Congolais qu'on croit naïfs, alors qu'ils sont éveillés et vigilants. On est généralement d'avis que ce ballon d'essai de la révision de la Constitution vise le retour biaisé à une dictature anachronique.
En filigrane se dessine la non-limitation de la mandature du président de la République.
Pour les penseurs objectifs et les intellectuels avisés, cette révision de la Constitution, si elle a effectivement lieu, sera l'ouverture dissimulée de la boîte de Pandore.
Ce n'est qu'une des étapes parcourues pour atteindre cet objectif, c'est-à-dire la restauration d'une dictature incarnée par une autocratie illimitée.
La texture de la loi organique de la CENI, la prépondérance de la majorité au pouvoir sur les autres composantes, la propulsion à tout prix et contre vents et marées de l'abbé Apollinaire Malumalu à la tête de la CENI, une campagne insidieuse pour la révision de la Constitution, tout cela concourt à faire le lit du rétablissement de la dictature.
Dès sa parution, l'ouvrage faisant sournoisement l'apologie de la révision constitutionnelle est vigoureusement battu en brèche par des intellectuels du monde scientifique (juristes, sociologues, constitutionnalistes politologues etc.) qui sont monté en ligne sur les plateaux de Tv pour disséquer le volume, dépeindre l'auteur et percer son arrière-pensée d'abuser de la science pour composer apparemment sur commande, un plaidoyer pour la révision de la Constitution, spécialement des dispositions verrouillées.
Il est clair que l'auteur prêche pour sa paroisse.
Sur commande à quoi on fait allusion est justement le système sous lequel nous sommes embrigadés à notre corps défendant.
Un système qui navigue à contre-courant de l'histoire et fait tout à l'envers, fonce dans le brouillard. Nous vivons une dictature de facto qui n'hésite pas à recourir à des procédés indélicats pour se consolider et renforcer sa volonté de puissance.
Un système qui a une perception étrange du dialogue exigé par la classe politique et la société civile depuis le lendemain de la contestation des résultats du scrutin du 28 novembre 2011.
En cause la légitimité et la vérité des urnes
Ce dialogue devait se tenir sous l'égide de la communauté internationale et être piloté par une personne neutre.
A la place, le système vient d'annoncer un dialogue visiblement institutionnel, dont la coprésidence est confiée aux présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat ! Le chef d'Etat s'érige en arbitre, prétend rester hors de la mêlée.
En d'autres termes, c'est lui qui doit décider de la fortune des résolutions prises au cours de ce dialogue.
Or, pour la classe politique et la société civile, la légitimité du pouvoir actuel et la vérité des urnes du 28 novembre 2011 doivent absolument figurer parmi les matières essentielles du dialogue. Ces deux points, ils persistent et signent, sont incontournables.
La classe politique et la société civile dénient au Président Joseph Kabila le droit de s'ériger en arbitre du dialogue, de s'en faire juge et partie, alors que c'est sa présence au sommet du pouvoir qui pose des problèmes à cause des résultats contestés du scrutin.
Quant à l'UDPS du président Etienne Tshisekedi, elle a déjà déclaré publiquement, par son porte-parole interposé, Joseph Kapika, que Joseph Kabila n'avait pas qualité d'initier et de convoquer le dialogue.
Ce dialogue ignoré par l'UDPS et dont la procédure est vivement critiquée par des leaders de l'opposition et de la société civile, s'avère déjà hypothétique. Un vœu pieux comme toujours.
Pour eux, ce dialogue devrait être piloté par un personnage neutre notoirement crédible, sous l'égide de la communauté internationale pour en garantir l'application des résolutions.
La manière dont il est programmé officiellement avec sa coprésidence par l'Assemblée nationale et le Sénat par rotation, ce dialogue apparait comme un appendice technique du pouvoir, chargé d'enregistrer et de concrétiser les desiderata de la volonté de puissance, une sorte de blanc-seing que des hommes politiques et des activistes de la société patriote ne sont pas disposés à donner au pouvoir.
Le dialogue et la révision de la Constitution dont la convergence en filigrane est de faire le lit du retour biaisé à une autocratie absolue, s'emmanchent mal.
[Jean N'Saka wa N'Saka - Journaliste Indépendant ]
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