jeudi 13 mars 2014

"L'Afrique, c'est compliqué"

10/03/2014

"Vous qui connaissez visiblement bien ce continent, comment se porte-t-il réellement ?" m'a demandé récemment un voisin, après avoir vu ma frimousse sur un plateau télé (voilà qui vous pose un homme...). 


Drôle de question. Se la poserait-on à propos de l'Asie ou de l'Amérique du Sud ?

L'Afrique, c'est l'immense Algérie, mais aussi les minuscules Seychelles. Le géant démographique nigérian et le nain santoméen. La prospère Afrique du Sud et les modestes Comores. Des chrétiens, des musulmans, des animistes. Des Arabes, des Berbères et des Bantous. De luxuriantes forêts et d'arides déserts. Le calvaire centrafricain d'un côté, une insolente croissance de l'autre. 

Bref, difficile de parler de l'Afrique comme d'un ensemble homogène et uniforme. Car c'est une mosaïque de cinquante-quatre pièces et non un marché commun avec sa monnaie unique et ses institutions supranationales, ses règles et ses lois majoritairement partagées.

Un jour, peut-être, l'Afrique sera unie, et il sera alors plus facile de répondre à cette question. On pourra alors dire - rêvons un peu - que la moitié de la jeunesse mondiale est éduquée et employée. Que les nations du globe se prosternent à nos pieds. 

Pour nous vendre leurs produits et pour acheter les nôtres, indispensables car devenus rares et dont nous sommes les plus grands producteurs. 

Notre platine, nos phosphates, notre cobalt, nos diamants, nos hydrocarbures, mais aussi nos énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique). 

Nos biens manufacturés, nos produits agroalimentaires issus du premier réservoir de terres arables de la planète. Nos énormes ressources naturelles transformées sur place.

Nous pourrons également expliquer que nous avons cessé de dépendre de l'aide internationale et des opérateurs étrangers grâce aux investissements africains en Afrique, assurant ainsi notre véritable indépendance. 

Bref, que nous sommes un grand continent, fort, autonome, pacifié, ouvert et qui a su exploiter cet extraordinaire potentiel qu'on a tant exalté et dont on avait fini par désespérer.

En attendant, à longueur de colonnes ou d'émissions cathodiques, nous devons encore nous résoudre à expliquer pourquoi "l'Afrique, c'est compliqué"... 
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Marwane Ben Yahmed 
Jeune Afrique

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