Notre voie-vendredi 17 dcembre 2010, | ||
Le plus grand complot français de ce 21è siècle en Afrique noire francophone se déroule sous nos yeux. En Côte d’Ivoire. L’histoire, surréaliste, s’offre au monde stupéfait par tant d’audace et d’ingérence de la France de Nicolas Sarkozy.
Il est vrai que ce président français, successeur de Jacques Chirac, connu pour son pragmatisme, ne veut pas échouer. Surtout là où son prédécesseur a mordu la poussière. Il faut venger l’honneur de la France souillé par une résistance (2000-2010) plus que humiliante du président ivoirien Laurent Gbagbo. Ce chef d’Etat ivoirien a son actif une succession d’actes que ne peut supporter la France des chefs d’Etat.
Quelques faits. Le président Laurent Gbagbo, dès son accession à la magistrature suprême en octobre 2000 ,ne s’est pas attaqué aux intérêts français. Comme on aurait pu le faire croire. Il ne s’est pas lancé dans une politique de nationalisation tous azimuts des sociétés d’intérêt national au détriment de la France.
Il n’a pas cassé des monopoles que détiennent, poings serrés, les hommes d’affaires français. Ils ont toujours la gestion de l’eau (Sodeci), l’électricité (Cie), le port autonome d’Abidjan (en partie)… Ils ne sont pas absent du secteur du pétrole (Total).
Le crime du président Gbagbo, c’est d’avoir des allures d’un Patrice Lumumba du Congo Kinshasa. Et de développer, comme lui, parfois des thèmes sur la souveraineté de son pays, et partant de l’Afrique.
L’“erreur” de Gbagbo, c’est d’être un tribun à la façon d’un Sékou Touré de la Guinée. Dont personne, jusqu’à présent, en occident n’a oublié cette grande habilité de la parole qui confondait les colonialistes les plus enragés. Le problème de Laurent Gbagbo, c’est d’avoir un discours panafricaniste et une intelligence politique comparable à celle de Kwame Nkrumah du Ghana. Un cerveau politique dont l’Afrique ne s’est pas encore remis. C’est donc tous “ces handicaps” qui plombent les rapports entre Laurent Gbagbo et les présidents successifs français.
Dès son arrivée en 2000, Laurent Gbagbo, par sa philosophie de la gestion du pouvoir crée une onde de choc à Paris. Il refuse de prendre des ordres à l’Elysée pour la gestion des affaires de l’Etat. Comme ceux à qui il a succédé. Il n’a pas l’âme d’un “sous-préfet” de la France, clament ses proches. Il le montre. Sa conviction est qu’il faut un partenariat entre la Côte d’Ivoire et la France dans un esprit de respect mutuel.
C’est cette denrée qui manque le plus à la France politique et à celle de façon spécifique à la France des chefs d’Etat. L’Elysée de Jacques Chirac n’aime pas cette “impertinence”. Celle de Nicolas Sarkozy également. De plus, la politique de diversification des relations initiée par Laurent Gbagbo était franchement “exécrable” pour Paris.
Qui entend rester dans les accords du début des indépendances africaines, en 1960. Pourquoi un pays de ce monde devrait-il tirer des dividendes du sous-sol ivoirien sans verser une part importante à la France ? C’est un crime de lèse-majesté ! Le pétrole, la raison de vivre de la France, comme celle des grandes puissances occidentales, ne doit pas échapper à la nation du général De Gaulle.
Pour ce seul fait, l’Algérie a subi les pires humiliations et vécu les pires atrocités sous les coups de boutoirs des militaires français (1954-1962), à cause de cette raison d’Etat (le pétrole), le Gabon est sous haute protection française depuis près d’un demi- siècle. Alors la France est prête à tout en Côte d’Ivoire. N’en déplaise à Laurent Gbagbo qui se soucie de son pays, de la construction de la capitale politique ivoirienne, Yamoussoukro. On se souvient des colères répétées de Jacques Chirac (1995-2007), notamment celle mémorable lors d’une tournée africaine, quand il a déclaré que la “haine est au pouvoir en Côte d’Ivoire”.
De quelle haine s’agissait-il ? Envers qui ? Et pourquoi ? Personne n’a compris cette sortie inélégante de ce président français envers un Etat souverain et un président élu en exercice.
La haine de Chirac envers le président ivoirien a connu sa phase culminante avec la destruction de la flotte aérienne de la Côte d’Ivoire par l’armée française en 2004. Et surtout le massacre d’ivoiriens aux mains nues, la même année, devant l’Hôtel Ivoire, par cette même armée munie de matériel de guerre.
C’est la première fois, de mémoire de contemporain, que la France use d’un arsenal de guerre directement sur des populations en Afrique noire francophone. La violence était inouïe et d’une bestialité.
Le président Nicolas Sarkozy a eu également ces moments de convulsion contre Laurent Gbagbo, le “récalcitrant”. Le successeur de Jacques Chirac a pris ombrage de la posture de dignité de Laurent Gbagbo. Qui, dans toutes ses démarches, a mis en avant la dignité de son pays et le respect souverain que l’on doit à un pays, fut-il petit, qui siège comme les autres à l’Onu.
Par deux fois (au moins), Laurent Gbagbo n’a pu se rendre à des réunions auxquelles Sarkozy tenait comme la prunelle de ses yeux. Des rendez-vous où il était prévu que lui, Sarkozy, le grand manitou, célèbre la toute puissance de la France. Le premier était celui de la rencontre officieuse, en marge des obsèques de feu Omar Bongo Ondimba, au Gabon, le 8 juin 2009 ; et l’autre à l’occasion de la dernière célébration de la fête du “14 juillet”, en France.
Il a été demandé par Sarkozy que l’armée des Etats africains défile aux côtés de celle de la France ; et partant que ces pays africains célèbrent leurs cinquante années d’existence en France. Laurent Gbagbo a dit “non”. Et cela lui vaut une inimitié de la part de Nicolas Sarkozy. Qu’il paye cash, malgré sa victoire à l’élection présidentielle du 28 novembre 2010. Hélas ! .
Serge Armand Didi
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