mardi 25 janvier 2011

Côte d'Ivoire : Jacob ZUMA au secours de Laurent GBAGBO

image Jacob ZUMA et Robert MUGABE


Cette évolution de la crise ivoirienne était-elle à craindre? Les jours à venir y répondront. Samedi 22 janvier en Afrique du Sud, Jacob Zuma, le fier Zoulou qui préside aux destinées du pays de Mandela pour quelques quatre ans, a quasiment lâché le chouchou de la France, des Etats-Unis, et de la communauté internationale dans la crise ivoirienne, Alassane Dramane Ouattara.

Au terme de deux entretiens, respectivement avec Raïla Odinga, le premier ministre kényan chargé par l'Union Africaine (UA) de trouver une solution négociée à la crise en Côte d'Ivoire, et le président ougandais Yoweri Museveni, le chef de l'Etat Sud-africain a donné une estocade inattendue : " Il est temps de réorienter autrement la recherche des solutions à la crise ivoirienne par l'Union africaine en cessant de se cramponner à l'exigence du départ d'un des deux protagonistes (le président Gbagbo) ", a-t-il martelé avant d'ajouter qu'il fallait désormais prendre en compte les arguments de ceux qui contestent les résultats des élections.

Il s'agit, ni plus ni moins, des revendications de Laurent Gbagbo qui demande un recomptage des voix. Dans ce territoire d'un pays quasiment coupé en deux, une partie étant gérée par des rebelles et une autre par Abidjan, des fraudes électorales en masse ont été commises pour aboutir à la prétendue défaite du vainqueur du premier tour du scrutin présidentiel ivoirien, le socialiste Gbagbo.

En un mot comme en mille, il s'agit, de ce point de vue, de réexaminer les résultats des scrutins à travers toute la Côte d'Ivoire. De replacer les challengers de la présidentielle sur le même piédestal pour juger en toute objectivité.

Plutôt que de se baser sur la certitude de la victoire de Alassane Dramane Ouattara, telle qu'annoncée par la Commission Electorale Indépendante ivoirienne à partir du Qg de Ouattara, et certifiée avec une rapidité suspecte aussi bien par l'Onuci que par la plupart des pays occidentaux trop heureux de se débarrasser d'un empêcheur de recoloniser en rond.

On le sait désormais, parce que de plus en plus des voix s'élèvent pour stigmatiser l'incurie : en Côte d'Ivoire, la commission électorale indépendante était aussi ouattariste que le cour constitutionnelle était gbagboiste. Il n'y avait donc pas lieu de privilégier les certifications de l'une au détriment de l'autre. Quant à la certification onusienne et occidentale, le désamour entre Gbagbo et ces instances rendent nombre d'Africains méfiants à son égard.

Or, c'est ce que suggère depuis plusieurs semaines maintenant, le candidat présenté comme perdant par la communauté internationale, Laurent Gbagbo : un recomptage et un réexamen des votes ivoiriens. La toute puissante et suggestive communauté internationale qui a accédé à un schéma similaire en Haïti n'a pas voulu de cette perspective qui risquerait de donner une chance au pestiféré et a tout déployé pour l'étouffer.

L'accueil mitigé du numéro un sud africain à l'intermédiation de l'UA par le Kenyan Odinga (qui voit en Gbagbo la réincarnation en Afrique de l'Ouest de son frère ennemi le président Mwai Kibaki) ouvre une nouvelle perspective. Jacob Zuma a promis, samedi dernier, de défendre sa nouvelle orientation fin janvier prochain, à l'occasion du sommet de l'UA à Addis Abeba.

Zuma se révèle ainsi à l'Afrique : un dirigeant bien au fait des tribulations néo-coloniales sur le continent, et un africaniste. Car, cela s'énonce de plus en plus clairement : en Côte d'Ivoire, c'est l'Occident qui craint de perdre un pré carré paradisiaque et tente d'y perpétuer un néocolonialisme sans fards.

Un renouvellement du pacte colonial synonyme d' " uranium nigérien vendu à vil prix à la compagnie française Areva, le pétrole gabonais à Elf Aquitaine, les projets d'aménagement de nos territoires réservé à Bouygues, les télécommunications au groupe Orange ; paludisme et pieds nus pour les enfants de Cocody, hors-bord et école privée pour les rejetons français de la Lagune, mains calleuses et toits de chaumes pour les cultivateurs de cacao du ZanZan, Jaguar et appartements de luxe pour les chocolatiers de Neuilly ; parce que c'est à ce prix-là que l'on mange du sucre en Europe ", selon les termes combien pertinents de Malick Noël Seck de la Convergence Socialiste.

Jean-Jacques ALIMA Analyste géopolitique

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