L’Association nationale des étudiants du Burkina (ANEB) a organisé une marche dite pacifique le vendredi 11 mars 2011 à Ouagadougou pour réclamer justice et lumière sur le décès de l’élève Justin Zongo. Malheureusement, la marche a dégénéré. Les manifestants ont été dispersés par les forces de l’ordre. Des pneus ont été brûlés sur les voies publiques et quelques affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ont occasionné des blessés.
L’ANEB a décidé de s’impliquer dans la vague de revendications qui réclame toute la lumière sur le décès, le 20 février dernier à Koudougou, de l’élève Justin Zongo. Pour cela, elle a organisé une marche dite de protestation le vendredi 11 mars 2011 à Ouagadougou. Dès 7h du matin, les manifestants, des élèves, étudiants et jeunes de différentes couches sociales, se sont réunis au terrain nommé Dabo Boukary , situé sur le côté Est de l’Université de Ouagadougou. Slalomant entre les décibels de morceaux musicaux bien à propos, les pancartes gribouillées de slogans étaient à l’honneur : "Vérité et justice pour Justin Zongo", "Au Burkina, coup de matraque donne méningite", "Stop à la méningite, on a été vacciné !". Mais à 8h, les délégués ANEB restaient toujours invisibles. Les manifestants, de plus en plus nombreux, s’impatientaient. A 8h25, branle-bas. Un étudiant débouche tenant un trophée en main : la caméra de nos confrères de la RTB. Un délégué prend le microphone et demande le calme et le sens de la responsabilité aux "camarades".
"Ce sera une marche pacifique"
"Lorsque des gens posent des actes isolés qui portent atteinte à la dignité de l’étudiant, ce n’est pas intéressant !", ajoute-t-il. Deuxième fait marquant, un délégué est monté sur le prétoire improvisé quelques minutes plus tard : "Ce n’est pas un lieu pour faire la promotion des partis politiques. (...) Je demande aux camarades qui ont reçu des déclarations de partis politiques de les détruire". Une fois cela fait consciencieusement, les manifestants peuvent recommencer à manifester leur impatience. 8h42, enfin, le comité exécutif est là, sous les hourras des manifestants, maintenant nombreux. "Ce sera une marche pacifique", a dit l’un des membres du comité aux manifestants. "Camarades, on va démontrer que le caractère qu’on nous colle tout le temps n’est pas vrai.
Suivez les instructions de notre service de sécurité", a-t-il ajouté avant de lancer le top départ de la marche. Les instructions en question étaient les suivantes : en rang de sept, mains dans les mains et chaque rang séparé de l’autre par deux mètres de distance, le tout entouré par un cordon de sécurité humain. Et la marche peut commencer. Le Boulevard Charles de Gaulle est pris d’assaut, sous ce slogan : "Vérité, justice !" Le nombre des manifestants est considérable. Quelques mètres plus loin, "voleurs ! voleurs !" Ces qualificatifs s’adressent à la fois à la résidence de François Compaoré, petit frère du président du Faso et conseiller à la Présidence du Faso et aux gardes qui se déployèrent aussitôt, prêts à réagir à une éventuelle menace des manifestants. Mais ces derniers se limitèrent aux huées qu’ils adressèrent également au siège de la Radio nationale, fortement gardée.
Le centre-ville barricadé
Devant le ministère des finances, les gendarmes, barrant le passage, indiquaient poliment aux manifestants qu’ils devaient bifurquer pour prendre l’avenue du Burkina Faso. "Dégagez !" crièrent les manifestants, mais les délégués ANEB réussirent à négocier le virage. L’Avenue du Burkina Faso était truffée de gendarmes en tenue de "situation". Il faut souligner en passant que les forces de l’ordre, gendarmes et militaires, ont bloqué tout accès au centre-ville et aux différents ministères qui s’y trouvent et plus particulièrement la Direction générale de la Police nationale (DGPN).
Pour revenir à la marche, à quelques mètres de la place de la Femme pour la paix, les "éclaireurs", ces membres du service de sécurité de l’ANEB, revinrent vers leurs premiers responsables pour leur indiquer que le chemin était barré et que les autorités en charge de la Sécurité de l’Etat les y attendaient pour recevoir leur déclaration. La raison de ce fait a été connue plus tard : l’itinéraire que voulaient prendre les manifestants était risqué parce qu’il traverse une zone commerciale (Université de Ouagadougou, Charles de Gaulle, Avenue du Burkina Faso, Avenue Houari Boumédienne, Avenue Aboubakar Sangoulé Lamizana, Avenue Président Thomas Sankara, Avenue du Burkina Faso, Charles de Gaulle, Université de Ouagadougou). Voilà pourquoi les autorités, en l’occurrence, le maire de la ville de Ouagadougou, ont proposé aux manifestants de recevoir leur déclaration à ladite place. Ce qui explique donc la présence des autorités en question, dont le Secrétaire général du ministère de la Sécurité, qui attendaient, assises sur un banc de mécaniciens, qui officiaient là en temps normal, mais qui apparemment se sont "cherchés", car introuvables sur les lieux.
Pas étonnant, vu le dispositif en casques et matraques des bérets rouges qui ont investi les lieux. Mais les manifestants n’entendaient pas remettre leur déclaration là. Ils voulaient aller jusqu’à la DGPN et l’ont fait bruyamment savoir aux délégués ANEB. Les autorités se déplacèrent vers les manifestants. Ces derniers voulaient plutôt forcer et le cordon de sécurité et le barrage des gendarmes. Mais le cordon de sécurité de l’ANEB tient bon.
Les autorités battent en retraite. Un mot du Secrétaire général, dans son véhicule : "Nous sommes venus au devant des manifestants pour recevoir leur déclaration. Mais apparemment, il n’y a pas de déclaration..." Le reste de la phrase se termine dans le "clap" que fit la portière de la voiture en se refermant. Un autre bruit, "pop", cette fois-ci, se fit entendre. Les forces de l’ordre larguaient leur gaz lacrymogène sur les manifestants. Il était 8h53 à Ouagadougou. A 9h, il n’y avait plus que les chaussures et les branches de palmiers abandonnées par les manifestants et les manifestantes sur le macadam du rond-point de la femme pour la Paix, dans leur fuite.
De cette heure jusqu’à 18h, l’avenue Yateng Naaba Tigré, le Boulevard Charles de Gaulle, l’Université de Ouagadougou, l’Avenue Babanguida, les quartiers de Zogona jusqu’à la Zone 1, une portion du Boulevard des Tansoaba (au niveau de la Pédiatrie Charles de Gaulle) ont été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupuscules de manifestants. Les boulevards cités ont été couverts de pneus, de branches, d’ordures brûlés et de cailloux. Des tourbillons de fumées ont essayé de rivaliser avec les premiers nuages qui sont apparus dans le ciel, sous le regard médusé des Ouagalais.
Le Pays
L’ANEB a décidé de s’impliquer dans la vague de revendications qui réclame toute la lumière sur le décès, le 20 février dernier à Koudougou, de l’élève Justin Zongo. Pour cela, elle a organisé une marche dite de protestation le vendredi 11 mars 2011 à Ouagadougou. Dès 7h du matin, les manifestants, des élèves, étudiants et jeunes de différentes couches sociales, se sont réunis au terrain nommé Dabo Boukary , situé sur le côté Est de l’Université de Ouagadougou. Slalomant entre les décibels de morceaux musicaux bien à propos, les pancartes gribouillées de slogans étaient à l’honneur : "Vérité et justice pour Justin Zongo", "Au Burkina, coup de matraque donne méningite", "Stop à la méningite, on a été vacciné !". Mais à 8h, les délégués ANEB restaient toujours invisibles. Les manifestants, de plus en plus nombreux, s’impatientaient. A 8h25, branle-bas. Un étudiant débouche tenant un trophée en main : la caméra de nos confrères de la RTB. Un délégué prend le microphone et demande le calme et le sens de la responsabilité aux "camarades".
"Ce sera une marche pacifique"
"Lorsque des gens posent des actes isolés qui portent atteinte à la dignité de l’étudiant, ce n’est pas intéressant !", ajoute-t-il. Deuxième fait marquant, un délégué est monté sur le prétoire improvisé quelques minutes plus tard : "Ce n’est pas un lieu pour faire la promotion des partis politiques. (...) Je demande aux camarades qui ont reçu des déclarations de partis politiques de les détruire". Une fois cela fait consciencieusement, les manifestants peuvent recommencer à manifester leur impatience. 8h42, enfin, le comité exécutif est là, sous les hourras des manifestants, maintenant nombreux. "Ce sera une marche pacifique", a dit l’un des membres du comité aux manifestants. "Camarades, on va démontrer que le caractère qu’on nous colle tout le temps n’est pas vrai.
Suivez les instructions de notre service de sécurité", a-t-il ajouté avant de lancer le top départ de la marche. Les instructions en question étaient les suivantes : en rang de sept, mains dans les mains et chaque rang séparé de l’autre par deux mètres de distance, le tout entouré par un cordon de sécurité humain. Et la marche peut commencer. Le Boulevard Charles de Gaulle est pris d’assaut, sous ce slogan : "Vérité, justice !" Le nombre des manifestants est considérable. Quelques mètres plus loin, "voleurs ! voleurs !" Ces qualificatifs s’adressent à la fois à la résidence de François Compaoré, petit frère du président du Faso et conseiller à la Présidence du Faso et aux gardes qui se déployèrent aussitôt, prêts à réagir à une éventuelle menace des manifestants. Mais ces derniers se limitèrent aux huées qu’ils adressèrent également au siège de la Radio nationale, fortement gardée.
Le centre-ville barricadé
Devant le ministère des finances, les gendarmes, barrant le passage, indiquaient poliment aux manifestants qu’ils devaient bifurquer pour prendre l’avenue du Burkina Faso. "Dégagez !" crièrent les manifestants, mais les délégués ANEB réussirent à négocier le virage. L’Avenue du Burkina Faso était truffée de gendarmes en tenue de "situation". Il faut souligner en passant que les forces de l’ordre, gendarmes et militaires, ont bloqué tout accès au centre-ville et aux différents ministères qui s’y trouvent et plus particulièrement la Direction générale de la Police nationale (DGPN).
Pour revenir à la marche, à quelques mètres de la place de la Femme pour la paix, les "éclaireurs", ces membres du service de sécurité de l’ANEB, revinrent vers leurs premiers responsables pour leur indiquer que le chemin était barré et que les autorités en charge de la Sécurité de l’Etat les y attendaient pour recevoir leur déclaration. La raison de ce fait a été connue plus tard : l’itinéraire que voulaient prendre les manifestants était risqué parce qu’il traverse une zone commerciale (Université de Ouagadougou, Charles de Gaulle, Avenue du Burkina Faso, Avenue Houari Boumédienne, Avenue Aboubakar Sangoulé Lamizana, Avenue Président Thomas Sankara, Avenue du Burkina Faso, Charles de Gaulle, Université de Ouagadougou). Voilà pourquoi les autorités, en l’occurrence, le maire de la ville de Ouagadougou, ont proposé aux manifestants de recevoir leur déclaration à ladite place. Ce qui explique donc la présence des autorités en question, dont le Secrétaire général du ministère de la Sécurité, qui attendaient, assises sur un banc de mécaniciens, qui officiaient là en temps normal, mais qui apparemment se sont "cherchés", car introuvables sur les lieux.
Pas étonnant, vu le dispositif en casques et matraques des bérets rouges qui ont investi les lieux. Mais les manifestants n’entendaient pas remettre leur déclaration là. Ils voulaient aller jusqu’à la DGPN et l’ont fait bruyamment savoir aux délégués ANEB. Les autorités se déplacèrent vers les manifestants. Ces derniers voulaient plutôt forcer et le cordon de sécurité et le barrage des gendarmes. Mais le cordon de sécurité de l’ANEB tient bon.
Les autorités battent en retraite. Un mot du Secrétaire général, dans son véhicule : "Nous sommes venus au devant des manifestants pour recevoir leur déclaration. Mais apparemment, il n’y a pas de déclaration..." Le reste de la phrase se termine dans le "clap" que fit la portière de la voiture en se refermant. Un autre bruit, "pop", cette fois-ci, se fit entendre. Les forces de l’ordre larguaient leur gaz lacrymogène sur les manifestants. Il était 8h53 à Ouagadougou. A 9h, il n’y avait plus que les chaussures et les branches de palmiers abandonnées par les manifestants et les manifestantes sur le macadam du rond-point de la femme pour la Paix, dans leur fuite.
De cette heure jusqu’à 18h, l’avenue Yateng Naaba Tigré, le Boulevard Charles de Gaulle, l’Université de Ouagadougou, l’Avenue Babanguida, les quartiers de Zogona jusqu’à la Zone 1, une portion du Boulevard des Tansoaba (au niveau de la Pédiatrie Charles de Gaulle) ont été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupuscules de manifestants. Les boulevards cités ont été couverts de pneus, de branches, d’ordures brûlés et de cailloux. Des tourbillons de fumées ont essayé de rivaliser avec les premiers nuages qui sont apparus dans le ciel, sous le regard médusé des Ouagalais.
Le Pays
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