Par Sid Ahmed Hammouche |
La Liberté | 24/03/2011 | 18H55
« Nous ne sommes pas des voyous, ni des terroristes. Nous nous battons pour la liberté. Les soldats du Président tirent sur nous à balles réelles. Nous comptons au moins quatorze morts dans la ville. La liste des martyrs ne fait que s'allonger », ajoute-t-il avant d'être coupé par des coups de feu.
La foule crie alors à la garde prétorienne de Bachar, qui encercle depuis vendredi dernier le centre de cette petite ville miséreuse du sud :
« Rejoignez la révolution. Aidez-nous à nous libérer du joug des Assad. »
La réponse ne se fait pas attendre. Des rafales claquent dans l'air. « Il y a des snipers sur les hauteurs des bâtiments », poursuit Khaled.
Région à majorité druze
« Nous craignons le pire. Mais comment une armée du peuple peut-elle tuer son peuple ? » Le jeune homme se tait de nouveau. Il court. Pour se mettre à l'abri. A quelques encablures de là, Ali se cache dans la mosquée Al-Oumari. Ce trentenaire nous répond sur son téléphone satellitaire :
« La situation est grave. Les forces de l'ordre veulent forcer notre porte alors qu'il y a de nombreux blessés. Nous ne pouvons pas les transporter à l'hôpital. »
Et ce professeur d'expliquer que c'est l'arrestation de jeunes par les Moukhabarat (services de renseignement ou police secrète) qui a mis le feu aux poudres :
« C'était mardi dernier. Ces ados écrivaient des slogans hostiles au pouvoir sur les murs de la ville. La répression a été vite terrible. Les jeunes, remontés à bloc dans cette région à forte majorité druze, ont voulu défendre leur dignité et dénoncer un régime corrompu et policier. »
Le peuple a alors mis le feu au bâtiment officiel et au siège du Baas, le parti unique… Et alors que le régime affirmait dans les médias qu'il allait répondre aux demandes de la population, il a envoyé l'armée et les forces antiterroristes. Massivement. Sa mission : nettoyer la région de bandes armées mafieuses. (Voir la vidéo du 23 mars)
Daraa totalement isolée
Aujourd'hui, la ville de Daraa est totalement isolée du reste du monde. Le cordon de sécurité est complètement hermétique. « Mais nous avons les moyens de tenir et de briser cet embargo », affirme Ali :
« Nous avons les moyens de montrer au monde ce qui se passe réellement dans la ville grâce à nos téléphones et nos connexions à Internet par satellite. »
D'autres régions du pays se sont également réveillées, notamment à Rif Dimashq, Homs, Deir ez-Zor. Quant à la capitale Damas, elle est encore calme. « Mais c'est un calme trompeur », témoigne Naoufale, une jeune étudiante :
« J'ai voulu me rendre à la place des Omeyyades cet après-midi, mais c'était impossible. Le périmètre était fermé. Officiellement, pour cause de maintenance des lignes électriques. Personne n'est dupe. Le régime est tendu après la manifestation du 15 mars dans le souk de la vieille ville. Une centaine de personnes y ont réclamé la démocratie avant d'être chassées par les agents du régime. »
La situation risque de se tendre encore plus ce vendredi de prière. Le parti Baas a rameuté ses fidèles pour venir prier dans la mosquée pour éviter que l'opposition n'occupe les lieux.
Les vendeurs du souk ont l'obligation de vendre des posters, des T-shirts à l'effigie du Président al-Assad. Un Président qui a déçu après avoir hérité du pouvoir de son père, à sa mort en 2000. Au lieu d'ouvrir le pays, il l'a livré aux hommes d'affaires, notamment son cousin Rami Makhlouf, à la tête de la compagnie de télécom Syriatel.
Et même si le président syrien a lâché du lest il y a quelques semaines en lançant un plan social de 250 millions de dollars – notamment pour faire baisser les prix des aliments – cela n'est pas suffisant. Les Syriens veulent aujourd'hui la liberté.
« Ce qui se passe est historique », analyse un célèbre avocat et opposant politique syrien dont nous préservons l'anonymat pour le protéger de la terreur des services secrets syriens. « C'est la première fois en 50 ans que des gens descendent dans la rue en Syrie en bravant l'état d'urgence. Ils veulent du changement. »
Et chaque personne tuée par les hommes de Bachar al-Assad renforce la détermination des manifestants dans la première république où le raïs a hérité du pouvoir de son père. Une sorte de monarchie socialiste très fermée et très verrouillée.
La révolution Facebook
Une surveillance qui concerne également Internet. Expérience vécue, il y a quelques années déjà : l'adresse de LaLiberte.ch était par exemple inaccessible en Syrie. Aujourd'hui, cela vaut aussi pour Facebook, Twitter ou Google. Et le seul moyen d'y accéder est de sortir quelques dollars supplémentaires, histoire de graisser la patte du propriétaire de l'Internet-café.
N'empêche, c'est grâce au réseau internet que le monde peut découvrir aujourd'hui la férocité de la répression du régime syrien. La révolution Facebook mettra-t-elle fin au régime de la famille Assad ?
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