vendredi 12 août 2016

Manu Dibango and Ray Lema piano duet.MPG

dimanche 26 juin 2016

Kinshasa condamne les sanctions de Washington

23 juin 2016


Le président Joseph Kabila Kabange de la République démocratique du Congo, lors d'une rencontre avec le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (non visible), à Kinshasa, 19 Février 2015. epa / MICHAEL KAPPELER

Le gouvernement congolais qualifie d’atteinte à la souveraineté de la RDC les sanctions décidées par l’administration américaine à l’encontre des responsables congolais.

Kinshasa prévient que ces mesures mettront en péril les relations entre les deux Etats.

"La RDC condamne les mesures prises ce jour par le gouvernement des Etats-Unis. C’est une atteinte à notre souveraineté et cela mettra en péril nos relations bilatérales", indique dans une déclaration l’ambassadeur Barnabé Kikaya Bin Karubi, Conseiller principal du président Joseph Kabila en matière des questions diplomatiques.

L’émissaire de M. Kabila a spécialement fait le déplacement pour Washington en rapport avec l’annonce de ces mesures.

Un peu plutôt, Washington a annoncé le début des sanctions contre les autorités congolaises.

Le Commissaire général de la police congolaise à Kinshasa, le général Célestin Kanyama est la première personnalité à être visée par les sanctions ciblées des Etats-Unis contre les responsables congolais.

Le général Kanyama est désormais placé sur la liste des personnes particulièrement visées, indique le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Département du Trésor des Etats-Unis sur son site internet.

Dans sa réaction, l’émissaire du président Kabila affirme être venu consulter les responsables américains pour leur parler des mesures prises par Kinshasa afin de faire avancer à la fois un dialogue national et le processus électoral.

Ces mesures ne feront "qu’enhardir ceux qui cherchent à diviser notre nation et entraver notre processus démocratique", argumente M. Kikaya.

"Nous continuons à rechercher un consensus par le dialogue, mais aussi, nous avons pris des mesures qui ont permis à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de continuer a préparer les élections, y compris l’allocation des fonds pour faciliter l’identification et l’enregistrement des électeurs congolais pour les élections à venir", explique l’émissaire congolais.

Des activistes avec en première ligne le groupe activiste Enough Project demandent, pour leur part, que ces sanctions soient étendues à d’autres personnalités congolaises.

Pour les activistes, le général Kanyama est lié à au moins trois opérations policières au cours desquelles la police a recouru à un usage excessif de la force.

La police a, au cours d’une de ces opérations anti-criminalité baptisées “Likofi“ (coup de poing, en Lingala) menée de novembre 2013 à janvier 2014, sommairement exécuté au moins 51 jeunes. Au moins 33 cas de disparitions forcées ont été enregistrés. Le haut officier congolais est aussi tenu pour responsable des attaques meurtrières contre les manifestants pacifiques d'octobre 2015.

Le général Célestin Kanyama est accusé "d'être responsable ou complice d'actes de violences et d'enlèvements (...) ciblant des civils, des femmes et des enfants".

Aux termes de ces sanctions, ses avoirs sont gelés aux Etats-Unis et il est interdit à toute entité américaine de faire des transactions avec lui.

"Alors que la limite constitutionnelle du mandat du président Kabila touche à sa fin en décembre, le régime s'est engagé dans une vague de répression, comprenant l'arrestation des membres de l'opposition et la suppression violente de manifestations politiques, afin d'éviter la tenue d'élections nationales programmées", a affirmé John Smith, directeur du Bureau de contrôle des actifs étrangers (OFAC).

"L'initiative du Trésor envoie le message clair de la condamnation par les Etats-Unis des actions violentes et répressives du régime, en particulier celles de Célestin Kanyama, qui menacent l'avenir de la démocratie pour le peuple de la RDC", a-t-il ajouté.
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Eddy Isango

VOA

mercredi 6 avril 2016

Bénin: qui est le nouveau président Patrice Talon?

le 06-04-2016

 

Le nouveau président béninois, Patrice Talon.
© PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Patrice Talon, élu le 20 mars dernier avec plus de 65 % des voix, prête serment ce mercredi à Porto-Novo. Une investiture sans chefs d’Etat, une exigence du nouveau président qui veut une gouvernance « sobre et sous le signe de la compétence ». 


Qui est ce self-made-man qui a bâti une fortune dans un des pays les plus pauvres du monde, a été un faiseur de rois avant de s’exiler en France et d’être accusé dans une tentative d’empoisonnement de l’ancien président Boni Yayi ? 

Qui est cet homme, 58 ans le 1er mai, marié, père et grand-père, qui suscite autant l’admiration que le mépris chez ses compatriotes ?

De notre correspondante à Cotonou,

« Il voulait être pilote d’avion. Il a piloté des entreprises, et bientôt, il pilotera le Bénin ». La phrase, prononcée à l’entre-deux-tours, vient d’un de ses proches. Etre pilote, c’était le rêve du jeune Patrice. Bac + 2 en maths-physique obtenu à Dakar, il réussit le concours d’Air Afrique, mais lors de la formation en France, il est recalé pour problème de vue.

L’homme d’affaires

C’est là que l’histoire commence, dans la mythologie familiale et pour sa communication. S’il perd le goût des études, il renoue avec le sens des affaires qu’il avait déjà tout gamin. En 1984, à 26 ans, il rentre au Bénin et crée la première société de distribution d’intrants. 


Ensuite, profitant de la libéralisation au début des années 90 sous la présidence de Nicéphore Soglo (avec lequel il est parenté grâce à son épouse), il construit trois usines. 

Premières pierres d’un futur empire cotonnier : il finira par maîtriser la filière de bout en bout « représentant 90 % des capacités de production », selon un spécialiste. En homme d’affaires redoutable. « C’est un compétiteur, il faut qu’il élimine ses concurrents et tous les moyens sont bons : les ruses, les intimidations », témoigne un acteur du secteur qui l’a côtoyé de très près.

Pour ses partisans, c’est de là que vient l’inimitié à son égard. « Qui dit affaires dit concurrents. Qui dit réussite dit envieux. Patrice Talon veut être le meilleur dans ce qu’il fait », explique Orden Alladatin, qui a coordonné sa campagne. 


Après le coton, ce sera le port de Cotonou et le Programme de vérification des importations dont il remporte l’appel d’offres en 2010. L’objectif est de mieux contrôler et taxer les marchandises qui arrivent. Ce sera le début des ennuis.

Accusé par le gouvernement d’avoir pillé les ressources douanières, placé en garde à vue, il fuit le Bénin en septembre 2012 et vivra en exil en France jusqu’en octobre 2015.  


Suivront les affaires de tentative d’empoisonnement du président Boni Yayi et de complot contre l’Etat. Elles donneront lieu à un feuilleton politicojudiciaire qui prendra fin en 2014 avec le pardon du chef de l’Etat et l’abandon des poursuites.

L’argentier de la politique

C’est d’ailleurs ces épisodes qui l’ont projeté sous le feu des projecteurs au Bénin. Jusque-là, Patrice Talon était très discret, même si son influence était grande. En particulier dans la vie politique qu’il a largement financée. 


Il ne s’en cache pas : « J’ai contribué à préserver la démocratie en finançant les partis. Les opérateurs économiques sont capables d’utiliser leurs soutiens aux politiques pour des causes inavouées, parfois perverses », racontait-il lors d’une rencontre avec la diaspora à Paris en décembre dernier.

Faisait-il notamment référence à sa brouille avec Boni Yayi, dont il a soutenu les campagnes de 2006 et 2011 et qui, selon plusieurs témoignages le présenter comme une chance pour le Bénin, avant que les choses ne se gâtent entre eux ? 


« Il a investi dans la politique pour maximiser son investissement et servir ses intérêts », contredit un chef d’entreprise qui l’a rencontré plusieurs fois. Orden Alladatin nuance : « C’est la démocratie qui lui a permis de s’enrichir ! ». « Il avait des relations quasiment partout dans l’appareil de l’Etat », confirme Mathias Hounkpe, politologue.

Le président

Patrice Talon assure qu’il ne se vengera pas. Son ambition serait-elle plutôt d’être un pilote aux commandes de son destin ? Celui qui a fait campagne sur le thème du « nouveau départ » dit qu’il veut rentrer dans l’histoire de son pays autrement. 


« C'est aussi un nouveau départ pour moi. Je ne suis plus satisfait du Béninois que je suis, confiait-il à RFI après un meeting en mars. On ne peut pas se satisfaire des succès qu’on a eus dans une vie antérieure et rester dans ses souvenirs de gloire. Il faut que notre pays aille mieux pour que chacun vive mieux ».

Martin Rodriguez, concurrent en affaires, exilé aux Etats-Unis pendant 10 ans et qui vient de créer un parti d’opposition, lui donne le bénéfice du doute : « Quand il était homme d’affaires, il a pu nous bloquer et enterrer nos projets. Que fera-t-il maintenant ? ». « C’est comme si Patrice Talon avait deux vies. 


Dans la première, il a amassé une fortune colossale, c’est un passé indéfendable. Dans la nouvelle, il veut se faire une bonne image et développer son pays. S’il est aussi impitoyable qu'en affaires, le Bénin va décoller », s’amuse un fin connaisseur du tissu économique.

Portera-t-il la rupture qu’il dit vouloir incarner ?  


Changera-t-il des pratiques politiques qu’il a favorisées et qu’il dénonce aujourd’hui ? Les défis sont nombreux et il est attendu au tournant. En particulier, des milliers de jeunes sans emploi qui ont été séduits par son parcours et ses promesses. Quant à la société civile, elle a promis de surveiller de très près l’action du président Talon.

Un patrimoine transparent ?

« Je ne suis plus opérateur économique », disait Patrice Talon en janvier lorsqu’il présentait son projet de société dans les jardins du Novotel, dont il est actionnaire. Comme il l’est, avec son épouse et ses enfants, des sociétés du groupe Talon au Bénin (intrants, usines d’égrenage, services portuaires) et dans d’autres pays comme la Côte d’Ivoire.

Il doit transmettre une déclaration de tous ses biens et patrimoine à la chambre des comptes de la Cour suprême lors de son entrée en fonction. « Une déclaration la plus exhaustive et formelle possible, car il veut être irréprochable », explique un de ses avocats, maître Séverin-Maxime Quenum. 


Dans l’accord signé avec la vingtaine de candidats qui lui a apporté son soutien avant le second tour, il a été mentionné qu’il ne devait pas y avoir de conflits d’intérêts.
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Delphine Bousquet 
RFI 

Combats et calculs politiques à l'approche de la présidentielle au Gabon

le 6 Avril 2016


Le leader de l'opposition gabonaise Andre Mba Obame. (AP Photo/Joel Bouopda Tatou)
 
Démissions au sein du parti au pouvoir, guerre d'égos dans l'opposition : à quelques mois de la présidentielle au Gabon, petits calculs et grandes manoeuvres ont déjà commencé à Libreville.

Rien ne va plus au Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir). L'annonce mardi de sa candidature à la présidentielle par le patron démissionnaire de l'Assemblée nationale gabonaise, Guy Nzouba Ndama, figure politique bien connue dans le pays, est un coup de massue, même si beaucoup s'y attendaient depuis sa démission du perchoir la semaine dernière.

L'ex-numéro trois du régime sera donc l'un des principaux rivaux du président Ali Bongo Ondimba, candidat à un deuxième septennat.

Autres concurrents affichés: l'ancien président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, qui bat campagne depuis des mois, et le deuxième Premier ministre d'Ali Bongo, Raymond Ndong Sima.

Le scrutin à un seul tour, dont la date n'a pas été officiellement annoncée, devrait se tenir fin août, selon des sources proches de la présidence.

La semaine dernière, M. Nzouba Ndama, suivi par neuf députés, avait démissionné avec fracas de ses fonctions pour protester notamment contre la destitution de trois parlementaires à l'origine d'une branche dissidente au sein du PDG baptisée "PDG Héritage et Modernité".

"Conflit de générations"

Ce courant, rassemblant une quinzaine de députés et d'anciens ministres, dénonce "le bilan calamiteux" d'Ali Bongo.

"Une sorte d'asthénie s'est progressivement installée dans l'action", a accusé M. Nzouba Ndama, malgré les espoirs suscités par le président Bongo lors de son élection en 2009 après la mort de son père.

Il a également tiré à boulets rouges contre les membres du premier cercle du chef de l'Etat, les accusant de "mépriser les faibles et les moins nantis par une exhibition indécente des signes extérieurs de richesse" et de "pratiquer des transferts immenses de capitaux vers d'autres pays".

Par leur "impertinence irrévérencieuse", a-t-il ajouté, ce premier cercle - des quadragénaires apparus après la mort d'Omar Bongo - a aussi contribué à créer un "conflit de génération" en "désacralisant les rapports entre les aînés et les cadets".

Au Palais du bord de mer (palais présidentiel), on relativise. "C'est un putsch interne raté. Il espérait pouvoir imposer des primaires (pour désigner le candidat du PDG, ndlr) mais le président a pris tout le monde de court" en annonçant sa candidature dès le 29 février, assure une source proche de la présidence : "maintenant, c'est trop tard pour lui, (...) il est fini".

"Regardez les opposants gabonais: ils ont tous passé au moins 20 ans au parti, ont été ministres... Si le pays va mal c'est en grande partie leur faute, alors quelle est leur crédibilité?", ironise cette source.

Eviter de mauvaises surprises

Signe que le sérénité n'est pas totale, Ali Bongo a tout de même reçu lundi une centaine de députés PDG - presque tous excepté les frondeurs- pour éviter d'autres mauvaises surprises et s'assurer le soutien de sa majorité jusqu'à l'élection.

"Il y a beaucoup de mécontents, de gens qui regrettent le temps d'Omar, au Parlement comme dans les instances dirigeantes du Parti, ou au gouvernement", explique un observateur averti de la politique gabonaise. "Mais beaucoup savent aussi qu'ils ne doivent leur poste qu'au PDG, et n'osent pas claquer la porte".

Du côté de l'opposition, l'ambiance n'est pas vraiment à l'unité non plus, malgré les promesses d''"Union sacrée". En janvier, l'annonce de la candidature de Jean Ping, ancien ministre d'Omar Bongo, a fait voler en éclats la "candidature unique" prévue par le Front uni de l'opposition.

Depuis, les divisions n'ont cessé de se creuser. L'Union nationale (UN), l'un des principaux partis du Front, n'a toujours pas annoncé de candidat même si circule le nom de Casimir Oya Mba, un ancien Premier ministre d'Omar Bongo.

La liste de prétendants à la magistrature suprême devrait encore s'allonger, avec les opposants Pierre Claver Maganga Moussavou, ou Jean de Dieu Moukagni-Iwangou.

Dans le cadre d'une élection à un seul tour, "plus il y a de candidats, plus ça profite à Ali... Mais les opposants sont pour l'instant incapables de s'unir, ils se connaissent bien et la plupart se détestent", souligne l'observateur: "c'est une guerre d'égos". 

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VOA
Avec AFP

dimanche 20 mars 2016

Congo-Kinshasa : Kabila a allumé la mèche

le



A l’ouverture de la session parlementaire, mardi dernier, le président du Sénat, Kengo wa Dondo (indépendant), a plaidé pour le respect de la Constitution (adoptée par 84 % des électeurs), vieille de dix ans seulement et déjà plusieurs fois modifiée afin d’accroître les pouvoirs du président Joseph Kabila.

Le président de l’Assemblée nationale, lui, Aubin Minaku (PPRD, le parti de M. Kabila), a annoncé que la majorité présidentielle se concentrerait sur les élections locales et provinciales (qui servent aussi à renouveler le Sénat) - mais n’a rien dit sur la présidentielle, qui doit constitutionnellement avoir lieu en novembre 2016.

Pour les observateurs, c’est de plus en plus clair : le principal scrutin, celui que tout le monde attend, n’aura pas lieu cette année, le pouvoir refusant de facto de le préparer afin de se maintenir au pouvoir.

Trop simple !

Le 15 mars, un thuriféraire de Joseph Kabila, Tryphon Kin Kiey, assurait dans le journal "Forum des As" que l’article 70 de la Constitution disposait "qu’à la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective d’un Président élu"

Faux, souligne pour "La Libre Belgique" un bon connaisseur de la Constitution congolaise : "L’article 70 parle ‘du’ président élu, pas ‘d’un’ président élu. C’est un article défini, ce qui signifie qu’il faut qu’il y ait un tel élu pour que le Président sortant reste éventuellement en place le temps nécessaire à l’investiture de son successeur. Sinon, bien sûr, ce serait trop simple : pas d’élection, je reste au pouvoir !"
 
S’il n’y a pas d’élection présidentielle, on doit se rapporter à l’article 75, qui fixe qu’"en cas de vacance pour cause de décès, de démission ou pour toute autre cause d’empêchement définitif, les fonctions de Président de la République […] sont provisoirement exercées par le président du Sénat", poursuit-il. 

Pour de nombreux juristes, "ou pour toute autre cause d’empêchement définitif" couvre le dépassement des deux mandats successifs de cinq ans.

Le président du Sénat étant Kengo wa Dondo, la majorité présidentielle veut des élections provinciales, afin de placer éventuellement à ce poste un de ses membres, au cas où le maintien des occupants actuels des postes ne se passait pas sans casse.

Quand et où aura lieu l’explosion ?

"On ne se demande pas si une explosion va avoir lieu, confie à "La Libre Belgique" un haut cadre d’entreprise. On se demande où et quand elle aura lieu. Certaines sociétés préparent d’ailleurs déjà des plans d’évacuation."
 
Selon certaines sources, des figures du régime "tentent de se préparer un plan B" pour ne pas couler avec le navire si Joseph Kabila ne réussissait pas à se prolonger malgré l’interdiction qui lui en est faite par la Constitution. Ils font comprendre qu’ils n’agissent comme ils le font que parce qu’ils y sont obligés; donnent à des gens extérieurs à la Majorité présidentielle des faveurs ou des renseignements qu’ils ne leur demandaient pas, etc.

Pour le moment "tout est verrouillé" par le pouvoir, notent les observateurs. La Majorité présidentielle a remporté la présidence de 17 des 21 nouvelles assemblées provinciales - au milieu d’accusations d’achats de voix dans un contexte de salaires non payés depuis des mois.  

La répression frappe toute contestation. Les dirigeants politiques d’opposition ou dissidents de la majorité sont empêchés de parler à leur électorat, ou de se déplacer - voire de prier tranquillement, pour des dissidents katangais - et leurs médias fermés.
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Marie-France Cros
LaLibre.be

Coupés du reste du monde, les Congolais votent pour la présidentielle

20.03.2016  

Coupés du reste du monde, les Congolais votaient dimanche pour une élection présidentielle opposant huit candidats au chef de l'Etat sortant Denis Sassou Nguesso.  

 

Bureau de vote lors des élections présidentielles de Makelele à Brazzaville, le 20 mars 2016. (AFP/ Marco Longari)

Les autorités ont annoncé samedi la coupure de toutes les télécommunications (téléphone, internet, SMS) dans le pays dimanche et lundi "pour des raisons de sécurité et de sûreté nationales" afin d'empêcher l'opposition de publier des "résultats illégaux".

En l'absence de communications téléphoniques, les journalistes de l'AFP présents à Brazzaville n'étaient pas en mesure d'obtenir des informations sur le déroulement du scrutin dans le reste du pays.

A Brazzaville, à la mi-journée, les opérations de vote se déroulaient dans le calme.

Le scrutin devait commencer à 07H00 (06H00 GMT) mais dans la plupart des bureaux de vote visités par l'AFP les opérations de vote ont commencé avec un retard d'une heure. Les bureaux doivent fermer à 18H00. Les résultats pourraient être connus à partir de lundi soir.

"Il y a eu des retards mais ça va mieux, les choses se passent dans le calme", a déclaré Eric Katolo, chef d'une mission d'observation (18 personnes) de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).

L'Union européenne, elle, a jugé que les conditions pour un scrutin transparent et démocratique n'étaient pas réunies, et a renoncé à missionner des observateurs.

D'une manière générale, l'affluence n'était pas très forte à la mi-journée, mais c'est une constante les jours de vote au Congo.

M. Sassou a voté dans le centre de Brazzaville vers 11H15. Le Congo expérimente avec cette présidentielle le bulletin de vote unique faisant apparaître les noms des neuf candidats, chaque électeur devant indiquer son choix par une croix ou une empreinte digitale sous le nom retenu.

A Poto-Poto, dans le centre de la capitale, les rues étaient par endroit envahies par des dizaines de jeunes profitant de l'interdiction de la circulation pour jouer au football.

La présence policière était visible, notamment aux barrages filtrant les véhicules autorisés à rouler, mais en rien écrasante.

Dans le quartier défavorisé de Makélékélé, dans le sud de la capitale, on ne cache pas son rejet du président. "Il n'aura pas dix voix ici", assure Raymond, maçon de 56 ans.

- L'ONU appelle au calme -

"Vous en France, un jour d'élection, l'institution peut couper [les télécommunications] ?" s'emporte-t-il.

A Ouenzé, quartier nord acquis au président, on ne cache pas non plus ne pas apprécier l'impossibilité de téléphoner. Mais on raille l'opposition. Le "changement" qu'elle propose fait peur à certains. Ici, on veut "la stabilité" et "la paix", deux mots-clef de la campagne de M. Sassou Nguesso.

Coalisés contre le président , qui cumule plus de 32 ans au pouvoir à la tête du Congo, petit état pétrolier d'Afrique centrale peuplé de 4,5 millions d'habitants et où la pauvreté est massive, cinq candidats d'opposition estiment que les conditions ne sont pas remplies pour des élections "sincères, crédibles et transparentes".

Ces candidats n'envisagent pas de boycotter le scrutin mais ont appelé le peuple à "exercer sa souveraineté" dans le cas où le président sortant l'emporterait dès le premier tour, comme il l'a promis à ses partisans.

Craignant des violences après le scrutin, les Nations unies ont appelé jeudi toutes les parties au calme.

N'ayant aucune confiance dans la Commission nationale électorale indépendante (CNEI) chargée de publier les résultats, les cinq candidats du pacte anti-Sassou - Guy-Brice Parfait Kolélas, Jean-Marie Michel Mokoko, Claudine Munari, André Okombi Salissa et Pascal Tsaty Mabiala - ont créé une "commission technique" parallèle pour surveiller le scrutin.

Ses délégués avaient pour mission de photographier à l'aide de téléphones portables les procès-verbaux des bureaux de vote afin de compiler ses propres résultats pour les comparer à ceux publiés au niveau national.

La coupure des communications les empêche de le faire. L'opposition avait assurée qu'elle alignerait cinq délégués dans chaque bureau de vote du pays, mais n'y était parvenu dans aucun de ceux visités par l'AFP à Brazzaville.

A la tête du Congo de 1979 à 1992 sous le régime du parti unique, M. Sassou Nguesso était revenu aux affaires par les armes en 1997, avant d'être élu en 2002 et réélu en 2009 lors d'élections contestées par l'opposition. Sa candidature a été rendue possible par un changement de Constitution ayant fait sauter les deux verrous qui l'empêchaient de se représenter.

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VOA
Avec AFP