A. K.
10 Décembre 2010
Comment quelqu'un qui était censé jouer le rôle d'arbitre dans le jeu électoral s'est-il transformé aussi facilement en pièce maîtresse de l'une des parties prenantes ?
Co-signataire de l'accord politique de Ouagadougou avec Laurent Gbagbo, Guillaume Soro n'a eu de cesse depuis mars 2007 de dire que son mouvement rebelle et lui se plaçaient désormais dans une position de neutralité, à équidistance des chapelles politiques et des candidats à la présidence de la République.
En conséquence, le président de la République, M. Laurent Gbagbo lui a laissé les mains libres dans la gestion du processus électoral.
Quand donc la crise éclate au lendemain du second tour de la présidentielle, ce que l'on était en droit d'attendre de Guillaume Soro, c'était qu'il demeure à équidistance des chapelles afin d'initier un dialogue constructif pour régler le différent en s'appuyant principalement sur les instruments légaux. Au lieu de cette position de sagesse qui aurait permis de préserver le pays de certains dérapages, Guillaume Soro s'est rapidement rangé du côté d'Alassane Dramane Ouattara, refusant d'entendre les dénonciations de fraudes massives et de violences soulevées par Laurent Gbagbo. Quand on a promis des élections justes, transparentes, équitables et crédibles, on prend au moins le temps de regarder de plus près les plaintes des uns et des autres. Surtout quand celles-ci sont soutenues des témoignages et des documents. Mais que non !
En quelques jours, Guillaume Soro a retrouvé ses habits d'agent d'Alassane Ouattara à la tête d'une rébellion dont le seul objectif a toujours été de faire partir Laurent Gbagbo du pouvoir. Par tous les moyens. En 2007, cinq ans après le déclenchement de la rébellion, il était parvenu au constat que la solution militaire avait échoué. Gbagbo était toujours au pouvoir et le pays demeurait divisé en deux. La rébellion ne pouvait plus avancer. Elle était en plus minée par des dissensions internes qui menaçaient de la faire imploser. Et les populations lasses d'attendre la réalisation des promesses et s'appauvrissant de jour en jour, n'étaient plus loin de se révolter.
La proposition de dialogue direct du président Gbagbo au dernier trimestre de 2006 était alors apparue pour lui comme du pain béni. Il sauta alors sur l'occasion en faisant le pari de faire aboutir par d'autres moyens le principal objectif de la rébellion. C'est d'ailleurs ce qu'il confia en privée à la presse française dès qu'il fut certain d'être nommé premier ministre en mars 2007. "Je vais feinter, dribbler Gbagbo", s'était-il lâché. C'est vrai qu'il avait nié avoir tenu ces propos, mais, comme on le dit ici, "ce qui est dit est dit".
Mais il a compté sans Laurent Gbagbo n'est pas tombé de la dernière pluie. Et donc qui ne se laisse pas dribbler aussi facilement. Aujourd'hui coincé dans un hôtel, premier ministre d'un gouvernement qui n'a aucune prise sur la réalité, Guillaume Soro au bord d'une crise de nerf, a repris sa rengaine de rebelle. Celui qu'il appelait il y a seulement une semaine "Monsieur le président" ou "le chef de l'Etat", est subitement redevenu "Monsieur Gbagbo". Il menace de prendre ses responsabilités si on ne lui laisse pas le choix. Mais quelle responsabilité n'a-t-il pas prise depuis septembre 2002 ?
Alassane Ouattara aurait certainement eu quelque chance de convaincre certains sceptiques si Guillaume Soro ne s'était pas précipité pour se jeter dans ses bras. Car cette nouvelle association prouve au moins que l'ancien Premier ministre chef d'une rébellion qui n'a jamais déposé les armes est complice dans la gigantesque fraude organisée dans le Nord au profit d'Alassane Ouattara.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire