samedi 15 janvier 2011

Accélération de l’Histoire : L’exemple tunisien

 
L’ex-président tunisien El Abidine Ben Ali. Photo d’archives.

La nouvelle de la «chute» d’El Abidine Ben Ali a fait l’effet d’une bombe non seulement en Tunisie mais aussi dans les capitales africaines. Après avoir dirigé son pays d’une main de fer durant vingt-trois années, le très coriace président tunisien El Abidine Ben Ali – qui s’était au demeurant confectionné une Constitution sur mesure, suivez mon regard – a été balayé par l’ouragan de l’Histoire. Le dictateur déchu a été forcé de quitter son pays par la petite porte suite à ce qu’il faut bien qualifier de révolution populaire. Les Tunisiens ont décidé de redevenir maîtres de leur destin collectif. Ils n’ont pas attendu l’aide de la "communauté internationale" pour mettre fin à un pouvoir honni mais soutenu par l’Occident. C’est un exemple à suivre pour les peuples africains en général et Congolais en particulier.
Au début de soirée de ce vendredi 14 janvier, on apprenait que le Premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi venait d’annoncer que le président Ben Ali «était temporairement dans l’incapacité d’exercer ses fonctions». Et qu’il assumait désormais «la charge de président par intérim». "Comme le président est temporairement dans l’incapacité d’assumer ses devoirs, il a été décidé que le Premier ministre exercerait provisoirement ses fonctions", a-t-il déclaré en promettant d’amorcer des "consultations" avec les représentants des forces politiques et socialescomposantes politiques.

Au départ, il y a un "grain de sable" qui s’est glissé dans l’engrenage jusque là bien huilé du régime Ben Ali. Ce grain de sable s’appelle Mohamed Bouazizi. Agé de 26 ans, diplômé mais sans emploi, Bouazizi s’est converti en vendeur de légumes à la sauvette. A l’aide d’une charette, il parcourt sa commune pour écouler sa marchandise. Le 17 décembre dernier, des agents municipaux confisquent son outil de travail et ses produits. Bouazizi se présente à la maison communale pour exprimer ses doléances. Il trouve porte close. Il décide d’aller voir le gouverneur, l’accueil est identique. Personne ne veut l’écouter. Frustré et désespéré, Bouazizi s’asperge de l’essence et s’immole devant le gouvernorat. C’est le tollé.

Durant un mois, les Tunisiens vont descendre dans les rues pour dénoncer la corruption, le népotisme et l’emprise de la famille Ben Ali et celle de son épouse sur la vie économique du pays. Durant vingt-trois ans, tout en jetant les bases d’un certain essor économique, Ben Ali a oublié l’essentiel. C’est-à-dire l’homme. Il a muselé la presse, réprimé l’opposition et mis les magistrats sous les ordres du pouvoir politique. Des méthodes qui rappelent celles de pas mal de satrapes africains.

Les Tunisiens ont payé le prix fort pour arracher cette "libération". Nul ne sait combien de citoyens de ce pays ont perdu la vie au cours des manifestations de ces derniers jours. Des policiers n’ont pas hésité à tirer à balle réelle. Ce qui s’est passé ce vendredi 14 janvier 2011 en Tunisie est un exemple de courage et de détermination à suivre pour les peuples africains en général et les Congolais en particulier.

Le 26 janvier prochain, le président congolais "Joseph Kabila" doit "célébrer" le dixième anniversaire de son accession à la tête de l’Etat congolais. Dix années au cours desquelles le régime a fait couler le sang des Congolais. Beaucoup de sang. Tous les citoyens ont encore frais en mémoire le carnage mené, en 2007 et 2008, par les éléments du fameux "bataillon Simba" dans les rangs des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo. Le dernier cas en date s’est passé jeudi 13 janvier 2011 à l’Université de Kinshasa. Plusieurs étudiants ont été fauchés par les balles des policiers kabilistes. Des témoins parlent d’une vingtaine de tués. Pourquoi?

En dépit d’un bilan calamiteux, "Kabila" et ses affidés tentent d’endormir la population en vantant des prétendues réalisations dans le cadre des "Cinq chantiers". Depuis quelques jours, "Joseph" veut se tailler une Constitution sur mesure pour perpétuer sa présence à la tête d’un pays mis en coupe reglée par lui-même et sa fratrie. L’exemple tunisien doit plus que jamais inspirer les Congolais de Kinshasa lesquels vivent les mêmes frustrations que le peuple tunisien. Le "grain de sable" est là. Il s’agit de la manifestation étudiante qui a eu lieu jeudi à l’Université de Kinshasa.

L’heure est venue de soutenir ce mouvement citoyen. Il s’agit de maintenir la pression qui vient d’être amorcée. C’est l’occasion pour le peuple congolais de se réapproprier son destin. Comme les Tunisiens en Tunisie, le Changement en RD Congo sera l’oeuvre des Congolais ou ne le sera pas. Les Congolais seraient mal inspirés de continuer à lorgner vers un hypothétique bouleversement politique impulsé par la "communauté internationale". L’avenir du Congo est et reste avant tout l’affaire des Congolais. Il n’y a aucune "autorisation" à attendre de la part de la communauté internationale dont la duplicité est devenue légendaire.

C’est le temps de l’action. Suivons l’exemple tunisien!
Baudouin Amba Wetshi 
© Congoindépendant 2003-2011

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