mercredi 3 août 2011

Rébellion ivoirienne : Bonne question, mauvaise réponse



les rebelles à Abobo
L’homme qui n’a pas de papiers d’identité est un apatride par excellence. Ainsi les papiers d’identité créent le lien ombilical mais aussi donnent un droit de cité doublé de repère culturel parfois. C’est pourquoi être sans papiers dans son pays de naissance peut provoquer une légitime révolte si cette situation a été imposée par l’administration. En d’autres termes, une administration qui refuse de délivrer des titres d’identité aux nationaux doit être attaquée juridiquement. Dans le cas ivoirien, ce fut l’une des revendications de la rébellion du Nord qui estimait d’ailleurs faussement à trois millions de personnes, les laissés pour compte de l’administration de notre pays. Pourtant, les registres sont partout les-mêmes ainsi que les procédures. Les audiences foraines ayant abouties à l’identification des populations, quoique mal conduites, ont démontré qu’il y avait un peu plus d’un demi-million d’âmes non existantes dans les dossiers officiels ivoiriens. C’est donc le Front Populaire Ivoirien opposé à l’estimation des rebelles qui était proche de la vérité.
Or, quelques années plus tôt, ADO disait avoir été spolié de sa nationalité dès lors que sa candidature a été rejetée pour la présidentielle au motif de nationalité douteuse. Il a par conséquent entraîné un pan entier de la population ivoirienne à transformer un problème individuel en crise nationale. De surcroît, après l’apparition de la Charte du Grand Nord, il paraissait légitime de s’attaquer à l’administration si l’exclusion de la communauté nationale des Nordistes était avérée. C’est la bonne question qui était alors posée à l’Etat de Côte d’Ivoire. Néanmoins, ce bon questionnement à contre lui, l’absence d’une mesure administrative fut-elle un décret, un arrêté ou une circulaire encore moins une loi, qui consacre l’exclusion des ressortissants du Nord. Les différents gouvernements d’Houphouët-Boigny à Laurent Gbagbo en passant par Konan Bédié et Robert Guéï, ne portent aucune trace de mesures discriminatoires au détriment des Nordistes. On subodore que, seules quelques brebis galeuses parmi les forces de défense et de sécurité, ont pu illégalement sévir contre les noms à consonance nordique. Si cela avait été observé à grande échelle, une marche de protestation aurait pu sanctionner cet état de fait comme dans tous les Etats de droit. Le Grand Nord par ses ressortissants n’a pas voulu battre le pavé à la manière du démocrate Laurent Gbagbo… Le train de l’exclusion véhiculant des wagons de spoliation de nationalité qui eux-mêmes tirent la violation de tous les droits humains, on a dû par conséquent déplorer quelques cas de destructions illégales de pièces d’état civil, de concussion, de favoritisme et tutti quanti.

Quelle réponse devait-on apporter à une telle situation, à supposer qu’elle existât vraiment fut-il de façon marginale ?

Les ressortissants du Nord qui se disent victimes plus ou moins avérées d’exclusion dont le porte-voix est ADO ont préféré le chemin de la rébellion. Or ce genre de mouvement n’étant pas une révolution, ne fait pas table rase du passé. A l’évidence, il reconnaît la légalité constitutionnelle, respecte les lois et les autorités. Il cherche juste à rectifier ce qui est tordu dans l’exécution des décisions administratives et politiques. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, la régionalisation des nominations du personnel (hauts et cadres moyens) de tous ordres devrait être depuis la prise du pouvoir par ADO, corrigée au profit de la compétence. L’idéal vers lequel tous devraient tendre est celui de l’amour de la patrie et l’égalité de tous les habitants du pays devant les services de l’Etat, citoyen ou pas. En d’autres termes, ADO qui a Sali notre pays en le taxant de pays employant des enfants dans les plantations de cacaoyers, lui qui dit avoir tant souffert de la discrimination, apporte la pire réponse à ce dont il se plaignait hier. Si c’est pour continuer la même chose en pire, à quoi sert-il de faire de l’alternance, que disons-nous, un coup d’Etat ?

Sur le plan judiciaire, ADO oublie tout l’argent qu’ont rapporté le café et le cacao sortis du pays au moment où le vieux Houphouët-Boigny était agonisant en Europe. A quand l’audit de son passage à la primature ? ADO connaît-il ce qu’on appelle un crime économique ? Le pays sous sa responsabilité a failli tomber en cessation de paiement (Salaires). Il va falloir qu’il justifie ici et maintenant sa fortune. Après cela, on pourra seulement parler des détournements opérés par les refondateurs. Le « vieux père » Bédié ne pourra-t-il pas être emporté par le tourbillon de la justice, car lui non plus n’est pas très propre.
La vraie réponse dont la question n’est pas encore clairement posée ne réside-t-elle pas à notre avis, dans l’idée avancée par Yacouba Konaté in « Côte d’Ivoire, année terrible 1999-2000 p.253 et suivantes », confirmée par Tiburce Koffi in « Côte d’Ivoire, l’agonie du jardin p.324 et suivantes. 2006 » ? Le problème du Nord est ailleurs, car l’idée du souvenir de l’empire du Mandingue hante et tente plus d’un de ce côté-là. Par ailleurs, se laisser commander par les « boussoumanis » comme les Nordistes désignent les Sudistes, est l’idée devenue la goutte d’eau qui a fini par faire déborder le vase. C’est pour cela que nous pensons que la rébellion est une mauvaise réponse à une bonne question de l’identité (nationale). Encore faut-il envisager le problème à l’envers ? Si des frères estiment être envahis par les peuples du Nord, quelle assurance les Nordistes Ivoiriens donnent-ils à leurs concitoyens Sudistes pour les tranquilliser contre les cousins du nord du Grand Nord ? Il ne faut pas régler le problème à moitié si on veut une réconciliation presque parfaite et définitive.

source : Julius Blawa Gueye

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