dimanche 28 août 2011

SNEL + REGIDESO = « ETIAGE »


Confidences de chauffeur de ministre

Etiage. Voilà la dernière kinoiserie à la mode dans notre vocabulaire au taux du jour. Je l’ai entendu pour la première fois de la bouche même de mon patron le Ministre des Affaires stratégiques (à prononcer avec respect…) : « étiage ». Derrière ce mot apparemment innocent se cacheraient tous nos malheurs, nos désastres climatiques, nos tsunamis.

Pour la Société Nationale des Electrochocs (SNEL) et pour la Régie des Seaux (REGIDESO), le fleuve Congo est le seul coupable ; ce fleuve serait maudit : sans eaux, infécond et impuissant à donner vie et courant. D’ailleurs depuis que j’ai entendu ce mot tabou, « étiage », il me revient à chaque fois, comme des reflux de cauchemars, soit à travers les reportages de la télé, soit entre deux veilles, soit à travers la radio-trottoir.

Oui, la radio-trottoir s’est accaparée l’évènement et l’a relayé à Radio-télé-couloirs et à Télé-Gueules. Ce mot-là « étiage » semble avoir donc damé le pion aux autres usages spéciaux kinois comme « délestages », « kulunuiteries », « Régie des Seaux », « Société Nationale des Electrochocs », etc.

A propos de la Société Nationale des Electrochocs justement : samedi passé, l’étiage a fait des dégâts tragiques dans le quartier. A cause des délestages et des tensions de courant « mata-kita », une des habitations a pris feu en pleine nuit, surprenant les résidents dans leur sommeil.

Le papa, un veuf, comme dans un cauchemar, a senti la fumée envahir sa chambre. Il a tout de suite pensé à ses filles au bout du couloir. Il a cru bien faire de courir à leur secours. Peine perdue : dans la cuite et le vertige du sommeil et de la fumée, le papa n’a pas su retrouver la porte de sortie.

Les filles elles, ont eu le temps et la chance de s’échapper et d’alerter les voisins, qui ont défoncé les antivols de la chambre à coucher du « vieux ». Trop tard : les voisins n’ont trouvé dans la chambre qu’un corps inerte et calciné. Entretemps le feu avait gagné et mangé une partie de la rue. Mais comment éteindre l’incendie, alors que les tuyaux d’eau de la Régie des Seaux sont atrocement secs, comme l’étiage du fleuve maudit!

Oui, tout arriverait à cause du fleuve maudit, du moins d’après la Régie des Seaux et la Société Nationale des Electrochocs. Désormais tous les quartiers de la capitale sont logés pour ainsi dire à la même enseigne borgne.

Désormais, matin-midi-soir, des colonnes de va-nu-pieds malgré eux, toutes catégories confondues, traversent héroïquement la ville pour se baigner nues dans les rivières riveraines. Et tant pis si elles sont infestées de choléra puisque les usines de traitement hygiénique d’eau sont le carnaval des foules de crapauds et des larves d’anguilles. Des tas d’anguilles sous roche ! Tout ça, étiage !

Désormais, comme les cases des villages de l’arrière-pays, les quartiers entiers, les bars, les églises, les « ligablos », sont éclairés à la bougie, à la lampe-tempête, et surtout au clair de lune. Et l’on entend, au soir tombé, les cigales et les chauves-souris chanter et rimer en cacophonie des moqueries du genre :
« Au clair de la lune mon ami chauffeur, prête-moi tes pluies de pleurs pour laver mes peines »

… Tout est, n’est-ce pas, étiage ! Comme je l’ai dit, Radio-trottoir, Radio-télé-couloirs, Télé-gueules ont pris l’affaire au sérieux et en mains. Lorsque dans un bar-nganda, la tournée du chef est à bout de bière et que les verres sont vides, les cuiteurs et les ambianceurs crient : « C’est l’étiage ! ».

Lorsqu’un client mâle en mal de rut sur le trottoir sollicite auprès de la belle de nuit des faveurs à crédit, faute d’argent, il justifie sa dèche par les mêmes mots : « C’est l’étiage ! ». Lorsque, devant la feuille blanche, l’écolier finaliste aux examens d’Etat ou l’étudiant potache en première session sèchent à grandes sueurs, ils pestent au fond du cœur : «C’est l’étiage !».

Lorsque les statistiques scolaires et académiques de réussite en première session, passablement médiocres, c’est-à-dire entre cinq et dix pour cent, sont rapportées aux autorités de tutelle, elles s’exclament : « C’est l’étiage ! ». Lorsqu’à l’église après la messe du dimanche, le curé fait le compte des dons des fidèles, et constate, comme en ce moment une baisse de vocations pécuniaires, il supplie en levant les bras au ciel : «C’est l’étiage !»

Mais le comble des rumeurs a été relayé par notre co-locataire, la prostituée. Je ne sais pas quel malotrus lui a appris sur le trottoir et sur le tas que le mot-vedette «étiage» avait comme racine étymologique, mais néanmoins pernicieuse et ambiguë, « tia », c’est-à-dire «enfoncer», «violer». «Etiage» serait donc devenu, après d’inombrables versions et perversions à la kinoise et à la …radio-trottoir : le geste pornographique et fatal d’Adam et Eve… Remake

YOKA LYE ANDREYOKALYE@YAHOO.FR

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