Mende dévoile les «preuves accablantes» du soutien des officiels rwandais au M23
Les «preuves accablantes» contenues dans les annexes du rapport du Groupe d’experts onusiens identifient le ministre de la Défense et le principal conseiller militaire du président Paul Kagame parmi les officiels rwandais qui approvisionnent le M23 avec des soldats, des armes et des munitions.
Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a dévoilé jeudi 28 juin à Kinshasa les «preuves accablantes» des experts onusiens démontrant que «le Rwanda a violé les sanctions des Nations unies en approvisionnant les mutins du groupe armé antigouvernemental dénommé M23 avec des armes, des munitions, des soldats et des jeunes recrues rwandaises».
«Les rapporteurs onusiens citent des officiels rwandais de tout premier plan, notamment un membre du gouvernement, le ministre de la Défense, de même que le chef d’Etat-major général des Forces de défense rwandaises et le principal conseiller militaire du président Kagame.
Autant dire que le sommet de la hiérarchie militaire de ce pays voisin», a déclaré le ministre Lambert Mende Omalanga en charge des Médias, des Relations avec le Parlement et de l’Initiation à la nouvelle citoyenneté, au cours d’un point de presse.
«Les preuves accablantes contenues dans le rapport du Groupe d’experts indépendants sur la violation de l’embargo décrété sur les armes destinées aux groupes irréguliers en RDC indiquent que la bande à Bosco Ntaganda disposait en fait d’appuis de très haut niveau de la part du gouvernement rwandais», a insisté le porte-parole du gouvernement.
Il a indiqué qu’un certain nombre d’éléments contenus dans ce rapport étaient connus des autorités congolaises. «C’est depuis le mois de janvier 2012 que nos services d’intelligence ont été alertés à cet égard lorsque commencèrent des vagues de désertion dans trois régiments FARDC en garnison au Kivu.
Le gouvernement, qui avait gardé sous le coude les renseignements ainsi recueillis, les avait partagés avec les préposés rwandais à l’Equipe mixte de vérification», a encore révélé l’homme d’Etat congolais.
DES FAITS IRREFUTABLES
D’abord, il y a eu «la capture par les FARDC le 14 juin à Rugari (Rutshuru) de l’adjudant Etienne Ntakirutimana des Rwanda Defense Force, qui faisait partie d’une première unité de 80 militaires réguliers de RDF envoyés à Runyonyi pour faire jonction avec les mutins de la bande à Ntaganda et Ruzandiza alias Makenga début mai, pour y préparer un bivouac pour Ntaganda qui venait d’être mis en déroute à Kibumba et Bunaga».
Ensuite, ça été la présence confirmée dans les rangs du fantomatique M23 d’au moins trois bataillons commandés par des officiers rwandais : le 31ème bataillon (colonel Modeste, ex-FAR déployé à Runyonyi, le 69ème bataillon (lieutenant-colonel Thadée, ex-FAR) déployé à Mbuzi et le 99ème bataillon (colonel Kitoko, ancien de l’APR) à Chanzu.
«Ces trois bataillons rwandais en mission commandée auprès de Ntaganda ont reçu leur ordre de marche du général Gashahiza, commandant la 305ème brigade des RDF à Kinigi près du parc des Virunga», a précisé le ministre Mende.
Enfin, ce fut le «passage par le territoire rwandais du colonel mutin Ruzandiza alias Sultani Makenga, n°2 de la bande à Ntaganda» accompagné de 60 éléments de la bande avec armes et munitions pour rejoindre Runyonyi la nuit du 3 au 4 mai 2012 suivant un itinéraire précis (Bukavu au Sud-Kivu-Cyangungu au Rwanda-Kamembe-Kabuhanga-Gikongoro-Butare-Ngororero-Gisenyi-Mutara-Gasinzi-Kinigi) d’où ils seront escortés jusqu’à Runyonyi au Nord-Kivu.
Ils ont reçu aide et assistance, notamment des facilités de transport lacustre et routier, des uniformes militaires ainsi que des armes et des munitions des mains du major RDF Bakubirigwa et du capitaine Laurent Gasana, S2 de la brigade RDF de Rubavu. A Kabuhanga, ils ont eu une séance de travail avec le général Ruvusha, commandant division a.i. de Rubavu.
«On est loin, très loin d’un quelconque conflit entre communautés congolaises qui n’existe pas ou d’une confusion faite au Congo-Kinshasa entre des compatriotes locuteurs du Kinyarwanda et des sujets rwandais évoquée par les autorités rwandaises», a balayé le ministre Mende d’un revers de main les élucubrations de Kigali.
LES « EXIGENCES » DE KINSHASA
Le Conseil de sécurité ayant rendu publics le rapport des experts onusiens, la RDC «exige que les filières de recrutement, de renforts, d’armement et de ravitaillement en faveur des bandits armés de Ntaganda en terre rwandaise soient démantelées inconditionnellement».
Elle «insiste» auprès de ses «partenaires de la direction politique rwandaise pour qu’ils cessent de chercher, par des insinuations déplacées, à ramener à la surface les atavismes ethniques d’une époque révolue» et dont la région n’a que trop souffert. «Il n’y a à ce jour aucune confrontation interethnique entre des populations congolaises qui vivent au Kivu.
Seules les forces négatives et ceux qui leur apportent soutien et assistance à partir de l’extérieur continuent à instrumentaliser ces pauvres énergumènes pour semer le chaos qui fait durer leur projet de cueillette sans contrepartie des ressources naturelles congolaises», a souligné le ministre Mende.
La RDC veut aussi que «cessent également, les propos infamants des autorités rwandaises tendant à décrire la République démocratique du Congo comme un Etat failli dépendant pratiquement de leur bon vouloir pour résoudre ses problèmes».
Il en est de même de «leur lobbying un peu trop agressif en faveur de négociations entre le gouvernement congolais et des forces négatives dont le seul haut fait d’armes notables est d’avoir distrait les FARDC de la traque des FDLR que le Rwanda lui-même n’a cessé de réclamer sur tous les tons au cours de ces dernières années».
La RDC juge «dangereuse, pour la paix et la sécurité dans la région», la tentative délibérée du Rwanda de donner une coloration politico-ethnique à un groupe criminel reconnu comme tel par l’ensemble de la communauté internationale, « alors que la classe politique congolaise, dans son ensemble, et toutes les communautés ethniques qui ont en partage les deux provinces du Kivu sans aucune exception la condamnent».
«Il n’est pas inutile de rappeler, aux apôtres de la banalisation du terrorisme, la vanité ce qui tient lieu des revendications de la bande à Ntaganda et Ruzandiza alias Makenga», a averti le porte-parole du gouvernement.
Angelo Mobateli
© Le Potentiel
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