jeudi 28 février 2013

M23 : Makenga remplace Runiga accusé d’« appuyer des activités illégitimes de Ntaganda »

jeudi 28 février 2013



Le général Sultani Makenga est devenu mercredi 27 février à Bunagana (Nord-Kivu) le « président » du M23, après avoir destitué Jean-Marie Runiga accusé de « haute trahison » du fait d’ « appuyer des activités illégitimes du général Bosco Ntaganda ».

Ce dernier avait démis en janvier 2009 le général Laurent-Nkunda de la direction du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), avant de signer le 23 mars à Goma l’Accord de paix avec le gouvernement de la RD Congo.

« Monsieur Runiga vient d'être destitué de ses fonctions de président du mouvement pour incapacité et incompétence. Il appuie financièrement un général recherché par la Cour pénale internationale: monsieur le général de brigade Bosco Ntaganda », a expliqué à l’AFP le porte-parole militaire du M23, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama.

« Haute trahison »

Dans un communiqué, le général Makenga accuse le chef politique du M23 Jean-Marie Runiga d’avoir « détourné les ressources financières du mouvement pour appuyer des activités illégitimes et prohibées, notamment le recrutement des cadres politiques et militaires pour le compte du général Ntaganda ».

Cet appui a permis au général Bosco Ntaganda de « tenter une incursion dans l'espace sous notre contrôle pour y semer troubles et divisions », a-t-il indiqué.

Selon le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, la décision de la destitution de Jean-Marie Runiga a été prise par « le haut-commandement militaire et le congrès » devant lesquels Jean-Marie Runiga « a reconnu qu'il avait collaboré » avec Ntaganda. Pour le porte-parole militaire du M23, « donc, il a avoué ».

En compagnie des militaires qui lui sont fidèles, Runiga a quitté sa résidence de Bunagana pour « rejoindre » le général Ntaganda dans le « parc des Virunga ».

Profondes divergences

De profondes divergences opposaient depuis quelques semaines le chef militaire Makenga et le chef politique Runiga au sein du M23.

Des sources contactées par le journal belge La Libre Belgique renseignent que le général « Sultani Makenga estime que seules les raisons de la création du M23 doivent constituer des revendications : la mise en œuvre de toutes les clauses de l’Accord de paix du 23 mars 2009, qui avait mis fin à la rébellion du CNDP ».

En cas d’accord aux pourparlers en cours entre le M23 et le gouvernement de la RDC, Bosco Ntaganda - recherché par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre dans une autre région – serait obligé de « quitter le Kivu ».

Au vu de la « rapide victoire militaire du M23 » dans la prise de la ville de Goma le 20 novembre 2012, Jean-Marie Runiga « veut au contraire élargir les revendications du groupe à des objectifs nationaux et est favorable à un nouveau partage du pouvoir à Kinshasa ».

« Cette faction tente donc d’élargir la direction du M23 en y introduisant des non-Kivutiens, notamment l’ex-député Roger Lumbala (Kasaï Oriental), qui a dernièrement tenté de recruter, en Afrique du Sud, deux fils de feu Laurent Kabila, Etienne et Emmanuel Kabila, selon ce dernier », rapporte La Libre Belgique.

Sanctions onusiennes

Début janvier 2013, le Conseil de sécurité des Nations unies avait interdit de voyager et gelé les avoirs de Jean-Marie Runiga Lugerero et Eric Badege considérés respectivement comme « le chef civil du M23 » et « un commandant du M23 soupçonné d’exactions contre des femmes et des enfants ».

« Nous estimons que ces décisions vont faciliter des progrès vers une paix durable dans l’Est de la RDC », avait déclaré dans un communiqué l’ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, Suzanne Rice. Elle avait également demandé aux membres du M23 et du FDLR « de faire défection et de se démobiliser afin de se dissocier des groupes sanctionnés ».

La diplomate américaine avait évoqué l’éventualité de « mesures supplémentaires du Conseil contre ceux qui persistent à fournir un appui extérieur au M23 ou à contrevenir à l’embargo sur les armes » imposé aux groupes armés actifs en RDC.

« Ces sanctions, qui viennent d’être prises contre les deux groupes armés à la base de la déstabilisation dans la région de l’Est de la RDC et qui empêchent aux membres d’un mouvement comme celui-là d’aller et de venir, vont avoir un impact sur tous les apprentis sorciers qui s’apprêtaient à faire comme Runiga ou d’autres », avait aussi réagi le porte-parole du gouvernement de la RD Congo, le ministre des Médias Lambert Mende Omalanga.

En novembre 2012, l’Onu avait pris des sanctions contre deux autres dirigeants du M23, Baudouin Ngaruye et Innocent Kaina.

Le premier est accusé d’exécutions et de tortures contre des déserteurs du M23, ainsi que de graves violations des droits de l’homme et du droit international. Il aurait commis des meurtres, des mutilations et des enlèvements des femmes.

Le second est accusé d’avoir supervisé le recrutement et l’entraînement de plus de 150 enfants pour la rébellion du M23. Il aurait également tué des rebelles qui avaient cherché à s’enfuir, selon le comité des sanctions du Conseil de sécurité.

Il est aussi accusé de crimes contre l’humanité commis dans le district de l’Ituri en Province Orientale, entre mai 2003 et décembre 2005.

Le chef militaire du M23, Sultani Makenga, est lui aussi sous le régime des sanctions du Conseil de Sécurité de l’Onu depuis le 13 novembre 2012.

Quant au général renégat Bosco Ntaganda, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), la procureure Fatou Bensouda avait demandé mercredi 21 novembre 2012 dans un communiqué qu’il soit « impérativement arrêté ».

« Tant que Bosco Ntaganda et Sylvestre Mudacumura (des FDLR) ne seront pas arrêtés et traduits en justice, ils continueront à être les principaux instigateurs de l’instabilité qui prévaut sur l’ensemble de la région des Grands Lacs, constituant ainsi la plus grande menace pour la population civile », avait-elle fait remarquer.

« Les acteurs étatiques et non étatiques devraient faire de l’arrestation de ces deux fugitifs une priorité absolue. Il est temps d’écouter la voie des victimes de cette région. Leur appel est simple: elles veulent que justice leur soit rendue dès aujourd’hui », avait souligné la procureure Fatou Bensouda.

Angelo Mobateli
Le Potentiel

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