samedi 21 décembre 2013

A Bossangoa, des maisons brûlées, des armes et la tension au "maximum"

le 19/12/2013

 

A Bossangoa, à 300 km au nord-ouest de la capitale Bangui, les armes circulent toujours, les pillages et les incendies continuent malgré l'arrivée des forces françaises. "La tension empire, on est en alerte maximum", dit un humanitaire, même si l'armée française se veut rassurante.

Mardi soir, vent de panique à Bossangoa. Entre deux rumeurs de massacre dans la région, humanitaires et officiers de l'armée française et des forces africaines reçoivent des informations faisant état de la préparation d'une attaque massive de miliciens chrétiens anti-balaka contre les Séléka et les musulmans.

Mercredi au petit matin, la tension retombe. Seul coup de chaud: vers 2H00 du matin, les soldats français sont tombés nez-à-nez dans la rue avec une poignée de Séléka armés de kalachnikov. Ces ex-rebelles, censés rester cantonnés chez eux, ont été désarmés, selon les militaires français.

Leurs armes vont rejoindre le tas de "100 ou 200" kalachnikov, fusils et autres machettes qui ont été saisies depuis deux semaines à Bossangoa et dans sa région, selon les militaires français.

Dans la nuit, les Français ont aussi saisi des jerricans d'essence dans une maison, quelques heures après une série d'incendies de huttes au toit de paille dans des quartiers chrétiens et musulmans de la ville.

Un humanitaire qui connait bien les lieux est anxieux: "la tensions empire de jour en jour. Nous sommes en alerte maximum". Les humanitaires sont d'autant plus sur le qui-vive qu'ils ont reçu dans la nuit des informations inquiétantes provenant de Paoua, à 150 km de là.

Des Séléka ont tiré à la kalachnikov et au lance-roquette, sans faire de victimes, à l'issue d'une tentative raté de conciliation avec des anti-balaka et des habitants de cette petite ville proche du Tchad, selon des sources humanitaires concordantes. Les anti-balaka auraient menacé de revenir, mais pour attaquer cette fois.

"Il y a des armes dans les camps"

"C'est très fragile, il y a encore des foyers de tension", regrette le capitaine Angoya Aboni, chef de la force africaine à Bossangoa, 150 soldats congolais qui patrouillent sur leurs pick-up, kalachnikov entre les jambes.

"Il y a encore des pillages commis pendant la nuit pour échapper aux patrouilles des forces africaines et des Français", dit-il. "Et les assaillants qu'on récupère armés, sortent des camps, preuve qu'il y a des armes dans les camps".

Le 7 décembre dernier, après un regain de violences dans la région, et dans le pays, ses hommes ont voulu désarmer les anti-balaka mêlés à la foule des déplacés en majorité chrétiens du camp de l'évêché. Mais la situation a été jugée trop dangereuse, au milieu de ce camp de 40.000 personnes où le moindre mouvement de foule peut tourner au drame.

Les Français ont stoppé l'opération. Nouvelle consigne: que les hommes en armes quittent le camp. Les forces africaines "ont vu une cinquantaine d'anti-balaka quitter le site avec des machettes en main ou un vieux fusil en mauvais état", raconte le capitaine français Jean-Yves Gueguen.

"Cycle de haine"

Pour le préfêt de Ouham, la région de Bossangoa, Clotilde Namboï "il y a un cycle de haine et il n'est pas terminé". "Les musulmans et les chrétiens se vengent", dit-elle et s'il y a "une petite accalmie dans la ville, dans les coins plus reculés, c'est précaire".

Dans l'hôpital de Bossangoa, géré par MSF, les blessés par balle ou à coups de machette qui se présentent encore, arrivent de la brousse et leur agression date de plusieurs jours, affirme le coordinateur de l'ONG, Joseph Baugniet.

De passage à Bossangoa mercredi, le chef du dispositif militaire français en Centrafrique, le général Francisco Soriano a jugé que la "tension était fortement retombée" dans le pays, après deux semaines de violences.

Le capitaine Gueguen n'exclut pas qu'il y ait encore des armes dans les camps et il note que "les conditions ne sont pas encore réunies pour que les gens retournent dans leur village". Mais il insiste sur le chemin parcouru. "Quand nous sommes arrivés, les Séléka voulaient tirer au mortier sur le camp des chrétiens", dit-il.

Deux semaines plus tard, ces même Séléka sont cantonnés dans leur maison: "ils ont été neutralisés". Il y a les incendies de maison, les pillages, mais ils sont "isolés" et il y aura toujours des "bandits". "On ne pourra jamais être derrière chaque manguier", dit-il.

AFP

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