dimanche 22 décembre 2013

«Joseph Kabila» mobilise. Enjeu : un troisième mandat présidentiel

 

"Joseph Kabila", l’homme qui veut rester calife à la place du calife.

A l’instar de certains dirigeants africains dont le second et dernier mandat expire dans deux ou trois ans, «Joseph Kabila» est plus que jamais tourmenté par l’après-2016. 


L’homme redouterait les poursuites judiciaires dont il pourrait faire l’objet après la perte de ses immunités présidentielles. Les "affaires" ne manquent pas. On peut citer notamment le massacre des adeptes de Bundu dia Kongo et les assassinats de plusieurs journalistes et des défenseurs des droits humains dont Floribert Chebeya, Fidèle Bazana, Pascal Kabungulu. etc. 

"Joseph" n’aurait plus, dès lors, qu’une obsession : durer, en obtenant la prolongation du mandat en cours ou s’octroyer un troisième mandat par le biais d’une révision de la Constitution. 

Dimanche 15 décembre, sur instruction du "raïs", le président de l’Assemblée nationale, le PPRD Aubin Minaku, a présidé une «réunion secrète» au Palais du peuple. Un seul objet à l’ordre du jour : la recherche des voies et moyens pour permettre au «raïs» de se succéder à lui-même après le 19 décembre 2016. Ambiance.

«Il y a une vie après la Présidence de la République». C’est le credo que ne cesse de répéter le professeur André Mbata Mangu de l’Université de Kinshasa. Comme pour rassurer les futurs ex-présidents africains, cet éminent constitutionnaliste soutient que trente anciens chefs d’Etat et de gouvernement sont encore en vie en Afrique après avoir quitté le pouvoir. 


Ce discours est loin d’être reçu cinq sur cinq par «Joseph Kabila» et son entourage. Ici, l’heure est à la «mobilisation générale». Un «brain storming» est chargé de trouver la formule la moins mauvaise tant au plan interne qu’externe pour rester aux affaires après 2016.

Sur instruction du «raïs», les «grands manitous» de la «majorité présidentielle» se sont réunis le dimanche 15 décembre au Palais du peuple. Selon un des participants qui a contacté Congo Indépendant, la réunion a porté uniquement sur «l’avenir politique de Joseph Kabila après décembre 2016». 


A en croire cette source, «les ténors de la majorité présidentielle ont été chargés par la haute hiérarchie de réfléchir sur la stratégie et la tactique à mettre en œuvre afin de parvenir soit à la prolongation de deux ans du mandat présidentiel en cours ou de légaliser la possibilité de briguer un troisième mandat par la révision de la Constitution». «L’absence d’Augustin Katumba Mwanke s’est fait cruellement sentir», indique-t-on.

L’irremplaçable Katumba Mwanke

Il semble que la disparition du tout-puissant conseiller présidentiel, dans un accident d’avion survenu le 12 février 2013 à l’aéroport de Bukavu, a laissé un «vide» qui n’a pas été comblé à ce jour. 


Selon des sources proches de la «Kabilie», l’actuel ambassadeur de la RD Congo à Kigali, Norbert Nkulu Kilombo, tente d’occuper la place vacante. «Il lui manque un brin de charisme qu’avait Katumba», commente un observateur du sérail. 

Celui-ci de raconter une anecdote : «Après le discours présidentiel du 23 octobre dernier annonçant la mise en place du gouvernement de cohésion nationale, le Premier ministre Matata Ponyo devait remettre sa démission. 

Par une fausse timidité, Joseph Kabila n’a jamais osé signifier l’éviction à ses premiers ministres. Cette tâche est confiée à des intermédiaires chez Matata. Celui-ci résiste. Il paraît décidé à rester à son poste. 

C’est Katumba qui avait invité Antoine Gizenga à remettre sa démission. Il avait fait de même avec Adolphe Muzito. Il manque quelqu’un pour parler à Matata». 

A quand le fameux «gouvernement de cohésion nationale» ? «Il n’y aura pas de nouveau gouvernement avant le 15 janvier 2014». Pourquoi ? Mystère.

Selon certaines informations fragmentaires, «Joseph Kabila» et les «ténors» de sa majorité ont prévu des actions sur deux directions : nationale et internationale.

Dans le premier cas de figure, «Joseph Kabila» compte sur les opérations de recensement de la population pour gagner du temps. Celles-ci devraient débuter l’année prochaine pour s’achever au mieux en 2016 et au pire en 2018. 


Pour lui, c’est une aubaine pour s’octroyer une prolongation de mandat durant au moins deux ans. Dans sa volonté de briguer un troisième mandat, il ne fait pas non plus mystère de sa volonté de faire modifier le mode de scrutin aux élections provinciales. Motif de la modification : manque de moyens. Il s’agit naturellement d’un fallacieux prétexte.

L’article 197 de la Constitution stipule que les députés provinciaux «sont élus au suffrage universel direct secret ou cooptés pour un mandat de cinq ans renouvelable». 


Dans son allocution du 23 octobre dernier devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, «Joseph Kabila» - qui est censé veiller au respect de la Constitution (article 69) - recommandait à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) «d’envisager, dès ce jour, la présentation au Parlement, dans le meilleur délai, du calendrier électoral et de poursuivre le cycle électoral en vue de procéder avec diligence, à l’organisation des élections locales, municipales, provinciales et sénatoriales». 

Il ajoutait : «J’invite par ailleurs les deux chambres de notre Parlement ainsi que le gouvernement à mener une réflexion prospective sur le mode de scrutin proportionnel. Il y a lieu également d’entrevoir les modalités pratiques d’organiser les élections provinciales au suffrage universel indirect, afin de minimiser le coût des opérations électorales».

Des dossiers judiciaires

Au plan extérieur, «Joseph Kabila» et les "super faucons" de son entourage déploient des talents d’imagination pour «faire passer la pilule» d’un troisième mandat auprès du Congrès et de la Maison Blanche. 


Dan Gertler, homme d’affaires et «ami» du couple présidentiel congolais, pilote le lobbying auprès des milieux américains. C’est lui qui a fait appel à l’homme d’affaires Jack Rosen, président du Congrès juif aux Etats-Unis. 

Celui-ci serait, semble-t-il, chargé de «sensibiliser» les membres de l’establishment américain. Problème : comment le rétribuer sans qu’il ait des problèmes avec le fisc US? 

«Dan» qui ne manque pas d’idées, lui a trouvé un poste d’administrateur à la Gécamines. A l’insu du gouvernement.

D’autre part, le très controversé président de la Ceni, Apollinaire Malu Malu, devrait effectuer, mi-janvier prochain, une "mission" très spéciale en Belgique. Il devrait, à cette occasion, s’adresser aux membres de la Commission des relations extérieures du Sénat belge. 


Un seul point à l’ordre du jour : l’organisation des élections locales et provinciales au Congo. «Pendant que Rosen mène des actions dans les milieux américains, Malu Malu va sonder le monde politique belge sur l’idée d’un troisième mandat présidentiel pour Joseph Kabila», souligne la source. 

Et de conclure : «Il n’est pas exclu qu’une révision de la Constitution soit mise en route au retour de Malu Malu. Tous les scénarios sont à l’examen y compris celui de présenter la candidature de l’épouse Kabila, née Olive Lembe, lors de la présidentielle de 2016. 

Joseph Kabila s’accroche au pouvoir pour s’éviter des ennuis judiciaires éventuels devant la Cour pénale internationale… ». Outre le massacre des adeptes de Bundu dia Kongo et les assassinats non élucidés de plusieurs journalistes et défenseurs des droits humains.

On apprenait que plusieurs familles kinoises dont les enfants ont été sommairement exécutés lors de l’opération "Likofi" contre les "Kuluna", sont sur le point de se constituer en parties civiles pour assigner "Joseph Kabila" devant la Cour pénale internationale du chef de "crime contre l’humanité". 


Dans son allocution du 23 octobre dernier, le numéro un Congolais avait donné un ordre plus que clair : "Dans les milieux urbains, particulièrement à Kinshasa, une nouvelle forme de criminalité s’observe de plus en plus, créant la psychose au sein de la population. 

Toutes les voies de droit doivent être utilisées par la police et la justice, afin d’y mettre fin, rapidement et de manière définitive". De l’avis général, ce mot d’ordre a été interprété comme un "permis de tuer". Il y a eu des règlements de comptes. 

Et pourtant, l’article 61 de la Constitution est sans équivoque : "En aucun cas et même lorsque l’état de siège ou l’état d’urgence aura été proclamé (...), il ne peut être dérogé aux droits et principes fondamentaux ci-après : le droit à la vie; l’interdiction de la torture et des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (...); le principe de la légalité des infractions et des peines; les droits de la défense et le droit de recours; (...)".

Dans l’oraison funèbre qu’il a prononcée lors des funérailles de Nelson Mandela, le président américain Barack Obama n’a pas manqué de fustiger certains satrapes africains qui brutalisent leurs peuples, méprisent les valeurs démocratiques tout en admirant Mandela.

D’ici à 2016, beaucoup d’eau pourrait couler sous les ponts du Congo-Kinshasa. 

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Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant

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