samedi 9 novembre 2013

Le général Olenga commente la victoire de l’armée congolaise

8 novembre 2013
  
                 Le Général Olenga

Nommé chef d’état major des forces terrestres après la suspension du général Amisi, soupçonné de trahison, le général François Olenga est un nationaliste de la première heure : opposant au président Mobutu, il étudia en Tchéquie, puis fut longtemps réfugié en Allemagne et il ne revint au Congo que dans le sillage de Laurent –Désiré Kabila, lorsque ce dernier entreprit, durant la guerre de 1996-97, de chasser le dictateur, avec le soutien des armées du Rwanda et de l’Ouganda. 

C’est dire si Olenga, devenu officier au sein de l’armée gouvernementale, où il fut, entre autres, chargé de la logistique, participa à toutes les guerres et rencontra personnellement les principaux acteurs de la région, les présidents du Rwanda et de l’Ouganda et aussi l’actuel ministre de la défense rwandais James Kabarebe qui, après la première guerre du Congo, occupa durant quelques mois les fonctions de chef d’état major de l’armée congolaise.

Aujourd’hui, le général Olenga estime que les vexations subies sur le front de l’Est ont été lavées : « lorsque, dans une interview au « Soir », Kabarebe a osé déclarer que l’armée congolaise ne serait même pas capable de tuer un rat, je me suis senti furieux, humilié. Mais c’est sur le terrain que j’ai voulu répondre et aujourd’hui c’est chose faite : le M23 et ses alliés ont été boutés hors du pays… »


« Durant des mois, avec l’appui du chef de l’Etat, nous avons procédé à la réorganisation, au rééquipement de l’armée et surtout nous avons engagé des unités qui jusque là n’avaient pas été engagées au Kivu, dont des commandos formés par la Belgique. Ces derniers venaient de Kindu, d’autres formés par les Américains provenaient de Kisangani et d’autres encore avaient été formés par les Chinois. Lorsque fin août, le M23 a repris les combats, nous avons répliqué et le bilan a été positif, malgré des pertes qui se sont élevées à 78 morts et 200 blessés dans nos rangs. Nous avons alors repris 13 positions et beaucoup de matériel, des canons sans recul, des munitions, des appareils de communication Motorola…Nous avons compris que cette fois nous serions en mesure de gagner la guerre… »


Rompu aux tactiques de l’adversaire, le général Olenga cette fois décide de s’en inspirer : « à mon tour, je les ai infiltrés. Dans les rangs du M23 j’avais des hommes (qui ont aujourd’hui regagné leurs unités…) qui me tenaient informé de tout : les renforts qui arrivaient puis repartaient, les points où ils allaient attaquer. J’avais même été averti qu’ils planifiaient de m’assassiner… »


La semaine dernière en effet, alors que sur le terrain la situation était encore incertaine, le lieutenant colonel Ndayambathe (qui avait été intégré au sein de l’armée congolaise lors d’un précédent brassage) s’est présenté à l’état major de Kinshasa et, au vu de ses galons, a réussi à arriver jusque devant le bureau d’Olenga. 


C’est là qu’une secrétaire, presque par hasard, l’a arrêté et a ordonné que, comme tout le monde, il soit fouillé. La balle déjà dans le canon, un revolver chargé fut découvert sur lui. 

Alors que l’enquête toujours en cours démêle un complot aux nombreuses ramifications, le général Olenga peut déjà nous préciser que « le cellulaire de l’officier attestait de nombreuses communications, dont l’une, vingt minutes avant les faits, avec le chef des mutins, le colonel Vianney Kazarama… »

A aucun moment le général Olenga n’a cru aux pourparlers de Kampala entre le gouvernement et les rebelles, à la posibilitéde trouver une « solution politique » : « j’ai toujours pensé que ni New York ni Kampala ne pourraient terminer cette guerre, que la solution à cette mutinerie serait militaire. L’ennemi nous a beaucoup sous estimés…


Après les combats de fin août, nous avons continué à nous réorganiser et l’ennemi a commis l’erreur de contre attaquer. Pensant que nous allions répliquer via Kibumba, ils ont dégarni Rubari et sur ordre du chef (Kabila) c’est là que nous avons attaqué, afin de reprendre les principales localités du Nord Kivu, Kiwanja, Rumangabo, Rutshuru. » 


Olenga poursuit : « nous étions nombreux, bien préparés, les hommes étaient motivés, les évacuations sanitaires étaient prévues, des avions étaient prêts. Trop c’était trop, notre pays n’avait pas mérité pareille humiliation, les hommes voulaient se battre. Les unités qui n’avaient pas été prévues nous appelaient pour protester, ils voulaient y aller….

Auparavant notre armée était infiltrée, à tous les niveaux : le jour où j’ai menacé de fusiller tous ceux qui étaient en communication avec l’ennemi, on a vu filer des colonels, des majors…Ces gens avaient été intégrés au sein de l’armée congolaise au fil des différents accords d’intégration, de mixage mais en réalité, ils avaient été formés au Rwanda, en Ouganda. Un chef qui est au service de l’ennemi c’est ce qu’il y a de plus dangereux… »


Malgré les dénégations de Kigali et le fait que les observateurs n’aient relevé aucun soutien rwandais au M23, le général Olenga soutient cependant que des Rwandais ont combattu jusqu’au bout aux côtés des rebelles et il cite le nom d’un colonel et de six capitaines de l’armée rwandaise tués au combat, dont les corps ont été évacués « ils ne laissent jamais les corps des leurs sur le terrain… , mais des hommes à nous les ont photographiés… Demandez à la Monusco : ses hommes ont même découvert dans les rangs du M23 un lieutenant colonel rwandais qui revenait d’une mission au Darfour… »


Olenga reconnaît cependant que ce n’étaient pas les Rwandais qui avaient planifié les opérations aux côtés du M23, se contentant d’appuyer, ce qui explique pourquoi certaines erreurs ont été commises, dont les FARDC ont bénéficié : est ce que Makenga est un bon stratège ? No, sinon il n’aurait pas dégarni…


Aux yeux du général quatre étoiles, la bataille du Kivu, qui a fait 292 morts dans les rangs du M23, des dizaines de morts et de blessés dans les rangs des FARDC était bien une bataille entre deux armées régulières, entre deux Etats et non une « opération » contre un groupe de rebelles affaibli.


Les forces onusiennes, même si elles sont intervenues avec l’artillerie et des bombardements aériens, ne se sont pas portées en première ligne. 


Lors de sa conférence de presse, le représentant spécial de l’ONU Martin Kobler avait d’ailleurs confirmé que « cette victoire est celle de l’armée congolaise, les forces de l’Onu ont surtout conformément à leur mandat veillé à protéger les civils. C’est pour cela que notre artillerie est intervenue à Bunagana, après que le M23 aie tiré au canon sur la ville… »

Plus que jamais, Olenga est hostile à une nouvelle réintégration d’une fournée de rebelles au sein de l’armée : « alors que le M23, battu, ne comptait plus que quelque 200 hommes, je me demande d’où viennent les 1700 hommes qui se sont retrouvés en Ouganda et affirment qu’ils veulent revenir dans l’armée congolaise. 


A l’avenir, les recrutements se feront sur base individuelle, ainsi que le prévoit d’ailleurs notre règlement militaire ; on vérifiera les noms et les lieux d’origine de chacun et seuls les Congolais de souche seront engagés. Il y a encore du travail à faire pour nettoyer l’armée, je dois la protéger…»

Avec vigueur, le général dément que les éléments hutus rwandais aient combattu dans les rangs de l’armée congolaise : « ils ont violé nos filles et nos femmes, pillé nos villages…Leur place n’est pas chez nous, ils sont notre prochaine cible, nous voulons les désarmer et les ramener au Rwanda. 


En espérant qu’on ne nous les renvoie pas d’ici quelques mois… Après les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) viendra le tour des rebelles ougandais ADF-Nalu : tous les groupes armés étrangers doivent quitter le Congo… »

Malgré tout, le général s’interroge encore sur l’objectif réel de la reprise des combats, sur la raison de l’accumulation de matériel militaire dont des pièces neuves, 300 tonnes d’armement découvertes à Chanzu, davantage que l’arsenal dont disposait l’armée congolaise elle-même : « je crois, au minimum, que l’objectif était de reprendre Goma, afin de faire remonter les enchères lors de la négociation de Kampala. Mais pour moi, c’était inacceptable, jamais Goma n’allait tomber une fois de plus… » 

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Le carnet de Colette Braeckman

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