samedi 16 octobre 2010

L'impact du jatropha comme source d'énergie sur le développement de la RDC

LANTE oléagineuse et toxique, le jatropha comporte plusieurs vertus faisant de lui une base importante du développement socio-économique. De la fourniture d'énergie à la protection de l'environnement en passant par la création des emplois, la culture de cette plante en République Démocratique du Congo mérite une attention particulière de la part des autorités pour le bien-être national.
Plante de jatropha - 75.2 ko











L'énergie est un facteur important du développement socio-économique des pays et des peuples. La République Démocratique du Congo qui se veut reconstruite et développée ne peut lever ce défi que par une bonne maîtrise de son secteur énergétique. D'où la mise en place de sa politique énergétique visant notamment l'augmentation de 6 à 45% de taux d'électrification nationale d'ici 2015, sa fiabilisation ainsi que la promotion des exportations de l'énergie. Et parmi les stratégies arrêtées pour cette fin, figure la promotion des énergies nouvelles et renouvelables. C'est dans cette catégorie qu'appartient le jatropha qui attire de plus en plus de l'intérêt à travers le monde entier. Cependant, il reste tout de même inconnu de certains milieux, raison pour laquelle il nous conviendra de l'introduire avant de donner son impact sur la politique énergétique de notre pays, la République Démocratique du Congo, et sa contribution dans le développement socio-économique de cette dernière
Il convient, en guise d'introduction de la plante, de dire que le jatropha est une plante à fleurs rouges qui peut atteindre 8 m de hauteur avec une durée de vie de 40 à 50 ans. Il ne peut être consommé par les hommes, encore moins par les animaux à cause de sa toxicité. Cette plante pousse en climat tropical ou subtropical, elle supporte des pluviométries allant de 400 à 2000 mm de précipitation moyenne annuelle, des terres marginales sont favorables à sa culture mais pour un meilleur rendement à usage commercial, un sol fertile associé à un apport en eau est mieux indiqué.
L'arbre commence à produire (de 2 à 6kg de grains par an) à partir de la première année mais la productivité maximale est atteinte entre 3 et 4 ans. La cueillette est manuelle, les fruits peuvent tomber pas terre en secouant légèrement l'arbre. L'on peut estimer à 20kg des graines cueillies, transportées et décortiquées par ouvrier par jour. Sa graine contient une teneur en huile de 27 à 40%. L'on peut ainsi espérer avoir 600 litre d'huile à partir d'un hectare.
Le jatropha est une plante qui existe depuis bien longtemps. Originaire de l'Amérique Centrale, elle a été introduite par des marins portugais via les Îles du Cap Vert aux différents pays d'Afrique et d'Asie. Vers les années 30 et 40 du 20ème siècle au Mali, les colons français ont testé son huile comme biocarburant avant de l'orienter vers la métropole pour la production du célèbre « Savon de Marseille ».
Par ailleurs, des discussions sur les énergies renouvelables vers les débuts des années 80, ont conduit à la mise sur pied par Elsbett d'un moteur spécial qui fonctionne avec l'huile végétale. Ainsi, l'Agence Allemande de Coopération Technique (GTZ) avait décidé de produire l'huile de jatropha afin de l'utiliser comme biocarburant de ce genre de moteur dans le projet intégré de développement rural aux Iles Du Cap Vert.
 







Après la crise énergétique des années 70, des discussions des pays industrialisés (G7) ont débouché à la décision selon laquelle ils devraient soutenir les pays en développement. Le Gouvernement Allemand a ainsi commencé un programme spécial d'énergie « SEP » pour la mise en pratique des technologies des énergies renouvelables au Mali. En 1987, la Division de la Mécanisation de l'Agriculture lui a demandé d'étudier l'usage de l'huile de jatropha comme biocarburant en continuation de l'expérience commencée par les Français vers les années 30-40. A ce jour, une forte promotion est soutenue autour de cette plante qui, à cause de sa toxicité ne peut entrer en compétition avec les produits alimentaires tels le manioc, le mais, le soja, la canne à sucre, le blé, la noix de palme…dont la consommation est déviée pour la production des biocarburants.
La République Démocratique du Congo n'en est pas du reste surtout qu'elle est en plein processus de la production des biocarburants. Son appui à la culture du jatropha entreprise par l'Organisation Non Gouvernementale « Centre d'appui au développement intégral de Mbakana », CADIM en sigle, le démontre. En fait, cette ONG a débuté sa culture expérimentale à Mbakana pour se rendre compte si le milieu de la RDC peut tirer profit des propriétés de cette plante pour éclairer ses campagnes. Pour elle, tous les ingrédients sont déjà mis en place dans un futur proche pour que la RDC soit comptée parmi les grandes nations productrices de biocarburant.
De plus, la société canadienne Carbon2Green travaille sur deux projets de jatropha en RDC : celui de l'électrification rurale dans la partie ouest du pays base sur la culture de jatropha sur une étendue de 14 000 hectares devant débuter en 2009, et celui de la production des biocarburants base la même culture sur une étendue de 40 000 hectares devant débuter au premier semestre de l'an 2010. Cela marque la mise en valeur de cette plante dont les graines pourrissent car ne trouvant pas une grande utilité.
Notre souhait est qu'à l'instar de ces deux institutions précitées, d'autres investisseurs soient également attirés par l'exploitation de cette plante, appelée « or vert », en République Démocratique Congo, cette dernière offrant des conditions favorables : un niveau de précipitation moyen de 1070 mm pour l'ensemble du pays, 80 à 115 millions d'hectares de terres arables non encore exploités, main d'œuvre disponible, potentialité d'un marché local…
L'impact du jatropha dans la politique énergétique de la RDC n'est pas négligeable. Ainsi par la fourniture de la coque, du biocarburant, et des tourteaux qui sont tous des sources d'énergie, le jatropha y jouera un rôle qui n'est pas le moindre.
La coque qui renferme les grains de jatropha est une source d'énergie comparable au bois de chauffe et peut être utilisée en remplacement de celui-ci.
Graines de jatropha - 92.2 ko










De ses graines, l'on extrait de l'huile par pressage. L'huile obtenue, comparable au diesel, peut directement servir de biocarburant. C'est cette huile, à l'état brut, qui a alimenté l'un des trois turboréacteurs du Boeing 747 de la compagnie Air New Zealand qui a volé dans le ciel néo-zélandais pendant deux heures en date du 30 décembre 2008. C'est cette huile brute qui alimente des groupes électrogènes dans nombreux villages du Mali ; c'est d'elle dont on se sert pour l'éclairage public des rues près de Rio De Janeiro au Brésil.
L'Agence Allemande de Coopération Technique (GTZ) l'a également testée avec succès dans l'alimentation du moteur d'une pompe a eau. Le sénégalais Cheik Gueye a pour sa part inventé un réchaud pouvant rendre possible l'utilisation d'1 litre d'huile de jatropha pour cuire 3 repas pour une famille de 10 personnes.
L'huile de jatropha peut aussi être transformée par trans-estérification pour servir de biodiesel. Biodiesel que l'Inde a utilisé dans un certain nombre d'essais pour ses transports publics, tant sur ses trains que sur ses autobus et qui rejoint la gamme des autres biocarburants dont l'Union Européenne a décidé une présence à hauteur de 10% dans la consommation totale des véhicules d'ici l'an 2020.
Quant aux tourteaux, ils peuvent atteindre les 2/3 du pressage. Ils interviennent dans la production du biogaz et ce dernier peut être utilisé comme combustible dans un moteur à gaz ou centrale thermique pour produire de l'électricité et la chaleur. Pour la firme française Agro Energie, Agroed en sigle, qui s'est investie dans la production de l'énergie à base du jatropha, 15 000 tonnes de tourteaux permettent d'obtenir 2,7 millions de kWh, de quoi couvrir les besoins quotidiens en électricité de 6 000 personnes.
Le biogaz peut également, à l'instar du gaz naturel, servir pour la cuisson des aliments. En effet, les tourteaux interviennent aussi dans la fabrication des billettes ou briquettes servant de combustible et de chauffage à la place du charbon de bois comme les expériences en ont déjà démontré au Madagascar.
De ce qui précède, il nous revient de dire que l'exploitation du jatropha, qui part de sa culture à la production de l'énergie peut efficacement contribuer au développement socio-économique de la République Démocratique du Congo.
Sa culture constitue une nouvelle source de revenu pour les paysans par notamment la vente de ses graines. Elle leur permet aussi d'intensifier les cultures vivrières qui évoluent en polyculture avec le jatropha de manière à ne pas exposer ce dernier à des ravageurs avec risque de mauvais rendement. Ce qui entraînera sans doute une croissance de la main-d'œuvre paysanne surtout pour les couches vulnérables dites défavorisées que sont la femme, les jeunes ruraux et les jeunes diplômés sans emploi.
L'opportunité de rendre cette main-d'œuvre plus active peut se créer à travers des techniques d'octroi de micro-crédits à des taux d'intérêt relativement bas. Nous pensons pour ce faire aux œuvres du bangladais Muhammad Yunus avec la création de la première institution de micro-crédit, le Grameen Bank. Il faudrait également s'attendre à une remise en état de fonctionnement des banques de l'agriculture.
N'oublions cependant pas de noter que cette plante, cultivée à quelque fin que ce soit (énergétique, médicale, militaire, cosmétique, environnementale…), dégage un impact environnemental incontournable. Agent efficace de lutte contre l'érosion (cette dernière est l'un des éléments à la base de la dégradation de l'environnement de notre pays), le jatropha constitue un important puits de carbone. Le profit qui pourrait en résulter est que en plus de la protection de nos sols contre l'érosion, sa culture est une technique de réduction des émissions de gaz à effet de serre par la séquestration du dioxyde de carbone. Cette technique a une valeur monétaire dans le cadre de Mécanisme de Développement Propre (MDP) instauré par le Protocole de Kyoto.
Jatropha curcas - 105.9 ko
Jatropha curcas












Par ailleurs, l'énergie produite contribuera à rehausser le taux de desserte actuelle, ce qui bouleversera sans doute l'économie tant locale que nationale. Outre l'électrification, cette énergie peut permettre la mise sur pied des unités de production dans la campagne telles que des moulins, des limonaderies, des savonneries, des brasseries… en utilisant de la matière première locale. Elle permettra également la redynamisation des entreprises en réduction ou en cessation de production due à la carence d'énergie, la création des nouvelles structures de production et la croissance de la production intérieure. Toutes ces activités sont la base d'un essor économique susceptible de rendre le Trésor Public plus viable.
Que dire de toutes les constructions dont le pays a besoin, routes, écoles, universités, hôpitaux, hôtels… et de ceux-ci qui s'en suivent production des matériaux de construction, circulation des véhicules, éclairage… : ils sont tous consommateurs d'énergie et doivent trouver satisfaction dans l'accroissement de la desserte nationale. Et le marché européen des biocarburants s'offrant, le pays a l'opportunité d'y écouler la valeur ajoutée issue de la consommation nationale.
Il ressort de ces éléments que l'exploitation du jatropha comme source d'énergie peut permettre à la République Démocratique du Congo de relever son économie et le niveau de vie de sa population. La culture du jatropha en association avec d'autres cultures vivrières comme le mais, le riz, les légumineuses (haricot, arachide,…), est une occasion non pas seulement de mettre en valeur ces terres arables non exploitées mais aussi d'accroître la culture vivrière, un moyen d'assurer la sécurité alimentaire. Aussi, la création d'emplois, l'augmentation de la production nationale, la réduction des importations des produits pétroliers, l'accroissement du chiffre d'affaire financier local et national, la possibilité d'exportation, la diminution de la pauvreté, la protection de l'environnement … sont autant d'avantages à retenir dans l'actif de l'exploitation du jatropha à des fins énergétiques en République Démocratique du Congo. Le promouvoir, c'est promouvoir un développement durable du Pays.
Par : Suzanne Litoma Liyenga © La Conscience 7 mai 2009
Licenciée en Droit/ Université de Kinshasa
Kinshasa - RDC
Technological Economics and Management Master Degree Candidate/ Tongji University
Shanghai - China

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